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dimanche 13 septembre 2026

Le Procès d’une vie de Barbara Lamballais et Karina Testa

Le Procès d’une vie a été honoré au cours de al dernière cérémonie des Molières de trois statuettes :
- Molière du spectacle de théâtre privé
- Molière des autrices francophones vivantes pour Barbara Lamballais et Karina Testa
- Molière de la comédienne dans un second rôle pour Jeanne Arènes, tour à tour Lucette Duboucheix, une des co-accusées et Simone de Beauvoir, qui recevait ainsi le troisième Molière de sa carrière.
Été 1971, Marie-Claire, 16 ans, tombe enceinte. Bien que ce soit un crime puni par la loi, elle ne veut pas garder l’enfant. Elle veut avorter. Solidaire, sa mère, Michèle puis Lucette, Renée et Micheline mettent tout en œuvre pour l’aider. Mais l’avortement clandestin tourne mal… Automne 1972. Toutes les femmes se retrouvent inculpées. Une certaine avocate, Maître Gisèle Halimi, orchestrera ce procès, le procès de Bobigny. Leur courage a écrit la suite de l’Histoire.
J'avais tellement été convaincue par Hors-la-loi de Pauline Bureau que je n'avais pas, a priori, eut l'envie d'aller voir Le procès d'une vie sachant qu'il s'agissait du même sujet. Je me souvenais encore de répliques entières.
Mais j'avais été troublée par les paroles de Barbara Lamballais et Karina Testa le soir des Molières :  Restez dignes même si vous doutez. Ne cherchons pas à plaire. Ayons confiance en nous. Incroyable mais pas impossible. J'étais admirative de leur détermination puisqu'elles ont  tout de même consacré huit années de travail avant de pouvoir le créer l'an dernier en Avignon au théâtre des Gémeaux. Et puis j'avais très envie de voir jouer Jeanne Arènes (ci-dessus à droite).

Le jeu de l'alternance (et à ce titre je regrette que le théâtre n'affiche pas les noms de la distribution du jour) a voulu que ce soit une autre comédienne le soir de ma venue, de même pour le rôle de Gisèle Halimi, repris par Emilie Chevrillon (qui en a tout à fait la carrure). Ils sont tous méritants car ce n'est pas une mince affaire que d'incarner 28 personnages quand on n'est que 7, mais offre à chacune de beaux moments, par exemple à celle qui interprète la mère de Marie-Claire Chevallier. Mention spéciale d'ailleurs au seul homme qui en joue 6. 

La principale différence avec la version de Pauline Bureau consiste à davantage attirer le regard sur Gisèle Halimi (c'est elle que l'on voit au centre de l'affiche, reprenant un cliché de l'époque) que sur les accusées, même si le spectacle s'inscrit bien dans une dynamique en faveur de la cause féministe. D'ailleurs il commence par une adresse au public en reprenant l'assemblée générale historique moment historique du 5 avril 1971 qui fait suite à la parution de l’illustre Manifeste des 343 salopes, appelant à la dépénalisation de l’avortement et qui a ouvert la voie à la légalisation de cet acte en France.
On apprend beaucoup de choses sur la vie et la personnalité de l'avocate, en particulier sa difficulté à se faire admettre comme l'égal de son frère au sein de sa famille. Il fallut une grève de la faim pour que son père cède.

La scénographie est inventive et permet, par le biais de miroirs coulissants de voir en quelque sorte l'envers de chaque scène. Les changements se font à vue, comme nous y a habitué Alexis Michalik. Et parfois trois actions se déroulent simultanément, imprimant à l'ensemble un rythme soutenu qui provoque de la tension.

Les dialogues sont parfois brutaux, probablement fidèles à ce qui s'est réellement passé. On désigne une femme enceinte contre son gré comme étant "ennuyée", une formule qui prend des allures de nom de code. Quand le petit ami de la jeune fille s'offusque qu'elle ne veuille pas poursuivre la grossesse : Avorter ! C'est dégueulasse … C'est la tôle si ça se sait.

J'espère que chaque spectateur aura compris que c'est lui (violeur de Marie-Claire, seulement 16 ans) qui la dénoncera à la police pour s'éviter des poursuites après un vol de voiture.

La fin apporte un dénouement positif (sans surprise puisque nous connaissons l'histoire) mais qui est bien amené en rappelant d'une part que l'intention de Gisèle Halimi n'était pas de justifier qu'on puisse enfreindre la loi mais de convaincre qu'elle devait avancer. Et d'autre part en donnant la parole à toutes les femmes qui, s'exprimant d'une même voix, créé une chaine de sonorité qui provoque des applaudissements nourris.
Le Procès d’une vie
De Barbara Lamballais et Karina Testa
Mise en scène Barbara Lamballais assistée d’Armance Galpin
Scénographie : Antoine Milian
Lumières : Rémi Saintot
Son et musiques : Benjamin Ribolet
Costumes : Marion Rebmann - Perruques : Julie Poulain
Avec Jeanne Arènes ou Vanessa David ou Barbara Bolotner : Simone de Beauvoir, Lucette, Agnès
Clotilde Daniault ou Shady Nafar ou Emilie Chevrillon : Gisèle Halimi
Maud Forget ou Milia Dugoua Mace : Marie-Claire
Déborah Grall ou Aurélie Toucas ou Charlotte Campana : Renée, Fritna
Karina Testa ou Julie Farenc-Deramond ou Peggy Martineau : Micheline, Djamila, Mélanie, Professeur Milliez
Céline Toutain ou Anne Buffet : Paulette, Michèle
Julien Urrutia ou Charles Morillon : Pierre, Edouard, Daniel, le gardien, le médecin, le juge
Du mercredi au samedi à 21h, dimanche à 15h,
Représentations supplémentaires : les mardis à 21h à partir du 6 octobre, lundi 28 décembre à 21h,
Relâches : jeudi 24 et vendredi 25 décembre, vendredi 1er janvier.
Tout public, à partir de 13 ans
Au Théâtre du Splendid
48 rue du Faubourg Saint-Martin - 75010 Paris

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