Lena Hoschek (prononcer "Hochek") est une styliste autrichienne très connue dans son pays et en Allemagne depuis qu'elle a fondé son studio en 2005 et depuis son label ne cesse de prendre de l’envergure.Son nom n’est pourtant pas encore connu en France. Elle est donc venue spécialement à Paris et a présenté non pas une mais deux collections pendant la Fashion Week.
J'ai découvert son univers au cours d'une présentation à la presse le 22 janvier dernier. Elle m'a séduite pour son art de concilier tradition et modernité. Pour les mariages de couleur et la beauté des tissus.
Est-ce parce qu'elle a été stagiaire de Viviane Westwood après avoir étudié la mode à Vienne, qu'elle parvient à dessiner des modèles qui sont autant simples que sophistiqués, originaux qu'intemporels ?
La designer autrichienne travaille avec la volonté de s’extraire du conventionnel et un goût prononcé pour le "fait main". Son travail de corseterie est remarquable, évoquant naturellement le dirldl (mot dérivé du bavarois diorna signifiant "fille") qui est une tenue traditionnelle typique des Alpes. Elle est portée dans plusieurs pays voisins : le sud de l'Allemagne (particulièrement en Bavière), l'Autriche, la Suisse et le nord de l'Italie (Tyrol du Sud). Il est composé d'un corsage, d'un corselet, d'une jupe ample et d'un tablier. Il peut être accompagné d'un gilet et d'un châle en laine.
Créé dans les années 1870, le costume faisait initialement partie du concept de villégiature, réalisé par une classe sociale privilégiée, et devint finalement un symbole de l'atmosphère des pays alpins. Introduit sous forme d'une robe d'été polyvalente, il a été largement diffusé dans les pays germanophones au début du XX° siècle. Aujourd'hui il reste souvent porté les jours de fête (notamment l'Oktoberfest à Munich) ou de kermesse.
L'emplacement du nœud qui tient le tablier est un indicateur du statut de la relation de la femme qui porte le dirndl : à droite la femme est mariée, à gauche la femme est célibataire, au milieu signifie que cela ne regarde pas les autres, dans le dos pour les veuves, serveuses et les très jeunes.
La collection estivale a une seconde source d'inspiration, elle aussi régionale, et qui se trouve être cette fois le sud-est de la France. Mais on peut aussi sentir des influences africaines, tout autant que les films des années 50. l'ensemble est subtilement vintage, et pour cause puisqu’elle peut reprendre le dessin d’un tissu ancien du XIX° trouvé sur un marché aux puces provençal.
Le Vichy revient en force, avec ces poches soulignées d'un galon Vague.
Les silhouettes portent des tenues près du corps, mettant les formes en valeur.
Pour une de ses dernières collections, intitulée "The Brits", la styliste avait puisé son inspiration dans l'univers de Sherlock Holmes, de Miss Marple et de l'héritage britannique en général. Ses robes aussi féminines que strictes, avec leur buste ajusté, le très beau tombé des tissus, leurs manches longues et leurs jupes amples avaient un parfum suranné et fascinant des années quarante... Leur élégance en faisait de vraies robes d'après-midi, tel que le concept avait encore cours durant les Fifties et même les Sixties.
Elle en a conservé l'esprit pour plusieurs pièces du prochain automne-hiver dont elle a déjà dessiné et fait coudre l'essentiel. Cette jeune femme très active peut dessiner une centaine de modèles en vue d'une collection.
Le patrimoine autrichien reste bien présent avec ces tenues à corset ou ornées de rubans.
Pièce emblématique de la maison, la jupe iconique best-seller (Ribbon Skirt), confectionnée à partir de galons de passementerie assemblés selon la pure tradition autrichienne, incarne parfaitement sa signature. Elle lui vaut une certaine célébrité mais elle peut aussi travailler dans un style plus couture, proche d'une certaine … Gabrielle.
Autour de cette création devenue culte, la marque développe un vestiaire complet : robes, pulls, manteaux, pantalons... pensés pour une femme élégante, singulière et affirmée. Ses robes d'après-midi (Tea-time dress) sont un subtil mélange de style anglais strict et de tradition autrichienne. Le boutonnage, le décolleté et le marquage de la taille mettent la féminité en valeur, tout en apportant une note nostalgique. Et pour le soir des broderies de perles embellissent les tissus noirs.
On comprend que des célébrités, artistes, figures de la musique et du cinéma, séduites par l’authenticité et la poésie de ses créations, comme l’actrice de Mad Men Christina Hendricks, la danseuse et entrepreneuse Dita Von Teese, l’icône de la mode Sarah Jessica Parker, ainsi que les chanteuses Lana Del Rey et Katy Perry soient fans des collections de Lena Hoschek. Mais tout le monde peut avoir envie d'en porter. D'autant qu'il y a (aussi) des pièces simples, comme ces hauts tricotés en Italie :
Les matières sont soigneusement sélectionnées, privilégiant les fibres naturelles — coton, soie, cachemire, lin... — et intégrant également des matières recyclées.
Elle travaille avec une quinzaine d'ateliers sous contrat en Europe, notamment au Portugal, en Hongrie, en Slovénie, en Croatie, en Roumanie, en Macédoine du Nord, en Serbie et en Slovaquie. Ces ateliers emploient de longue date des hommes et des femmes, maîtres dans leur domaine, aux parcours inspirants, et sont spécialisés dans différents groupes de produits.
Elle estime que collaborer avec des ateliers de petite taille lui permet de garantir le respect des normes sociales, des conditions de travail équitables et de construire des partenariats fiables. De plus, nous pouvons répondre de manière optimale même aux exigences les plus spécifiques.
Son dynamisme est puissant : "Je m’inspire des gens, de la musique, de la nature et de l’histoire. L’un de mes atouts est ma capacité à m’enthousiasmer rapidement pour de nombreuses choses, notamment pour transformer mes humeurs en mode." Son objectif est de créer des vêtements pour toutes les générations, en conciliant raffinement intemporel, savoir-faire artisanal et responsabilité.
Pour le moment ses modèles sont distribués via Internet et deux boutiques, à Vienne, à Berlin et bien sûr dans à Graz où elle est née en 1981 et où elle a commencé sa carrière à l'âge de 25 ans.
Cet après-midi de découverte de ses collections fut l'occasion d'un partage de gourmandises disposées dans de très jolies créations de Jordane Somville, une bijoutière-céramiste dont j'ai présenté le travail bijoutier il y a quelques semaines.















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