Je ne saurais dire si c’est un atout ou un inconvénient mais toutes les couvertures des romans étrangers publiés par Philippe Rey se ressemblent si bien qu’on a le sentiment, une fois qu’on en a lu un, d’avoir déjà ouvert les suivants.J’aurais juré que Par où entre la lumière n’était pas une nouveauté, d’autant que raconter une famille par le prisme du temps qui passe n’est pas une idée neuve, ni chez Joyce Maynard, ni chez d’autres. Alors à quoi bon ? Je n’aurais sans doute pas fait l’effort de cette lecture (tout de même plus de 600 pages, ce qui se traduit le temps de lecture en un nombre d'heures très conséquent) s’il n’avait pas figuré dans la sélection du Prix des lecteurs de Vallée Sud Grand Paris 2026 - Catégorie romans étrangers.
Eleanor est de retour dans la maison familiale du New Hampshire, quittée vingt-cinq ans plus tôt. Cette ferme où elle avait épousé Cam, celui qu'elle croyait être son grand amour et dont elle s’était séparée. À ses côtés, son fils Toby : à trente ans, qui porte les séquelles neurologiques d’un accident survenu dans l’enfance et savoure un quotidien tranquille auprès de ses chèvres.Eleanor apprend à vivre au rythme des tâches agricoles et de ses inspirations artistiques. Elle reçoit de loin en loin des nouvelles de son fils aîné, Al, établi à Seattle avec sa compagne qui peine à avoir un bébé ; et elle regrette le silence de sa cadette Ursula, qui la prive de visites à ses deux petits-enfants.Tandis qu’elle accueille sa nouvelle voisine enceinte de neuf mois, Eleanor prend conscience des sacrifices qu’elle-même a endurés, se dédiant entièrement au bonheur de ses proches.Ce roman, qui court du début des années 2010 à nos jours, relie l’évolution de ses personnages aux transformations de la société américaine. En explorant une famille meurtrie aux liens distendus, Joyce Maynard lui offre une singulière perspective de réconciliation : et si la lumière leur parvenait du plus fragile d’entre eux ?
Le résumé est comme on dit cousu de fils blancs. Eleanor affirme ne jamais savoir ce que son fils Toby, avec son cerveau endommagé, comprend du monde qui l'entoure et de sa place dans le monde. Ou ce que le monde comprend de lui (p. 99) mais lire qu'elle le considère comme un trésor rare nous donne une clé sur la manière dont le roman va nous donner une leçon de vie.
Et puis lisant sur le site de l’éditeur qu’il a déjà été primé, je sens déjà moins d’appétit à le découvrir. S’il me séduit je n’aurai aucun mérite…Mais comment ignorer un ouvrage de l’auteure de Un jour tu raconteras cette histoire qui m’avait tant touchée ?
Sept ans plus tard, j’ai le sentiment que l’auteure a écrit presque la même histoire. Celle d’une femme accompagnant les derniers jours de la vie de son mari, même si le contexte est différent. J'ignorais que ce roman était la suite directe de "Où vivaient les gens heureux". Dans ce nouveau volet, Eleanor retrouve les siens, non pour refaire l’histoire, mais pour raconter ce que deviennent les existences après de grands remous. Je n'ai absolument aucune envie de me plonger dans le précédent. Cet opus me suffit amplement. Et j'ose espérer que nous ne sommes pas partis pour une trilogie.
Je regrette profondément d'être aussi sévère mais alors que les premiers chapitres se déployaient avec une écriture magnifique, les ciselant comme autant de nouvelles, et que j'avais été happée par cette lecture comme on l’est par un pochon de chocolats, le fil de l'histoire s'est relâché à mesure qu'une mécanique du ressentiment revenait sans cesse en boucle au moins un chapitre sur quatre.
Malgré leur faible longueur, l'ensemble (172 chapitres de 2 à 10 pages) des 600 pages est devenu un pensum. J'ai bien compris que l'auteure détestait Trump, et elle n'est pas la seule. Mais était-ce nécessaire de se moquer aussi régulièrement de sa couleur de cheveux et de ses cravates rouges ?
Elle est si critique qu'elle en affute notre regard et nos exigences. Arrivée aux deux tiers je me suis contrainte à poursuivre, comme on chemine épuisée sur une route de montagne qu'on s'est promis d'achever. Si j'osais j'en donnerais quelques extraits … C'est incroyable que l'éditeur n'ait pas suggéré des coupes.
Le titre est la traduction littérale du titre original, lui-même tiré d'une citation de Leonard Cohen dans Anthem, 1992 : There is a crack in everything. That’s how the light gets in. (Il y a une faille en chaque chose. C’est par là que s’infiltre la lumière.)
Le chanteur a été inspiré par la tradition juive des vases brisés, que Joyce Maynard exploite elle aussi. Et d’ailleurs quand Toby découvre en miettes un vase en verre soufflé à 6000 dollars il commente "Pas grave. On le mettra sur le rebord de la fenêtre. Ça fera des arcs-en-ciel" (p. 101).
Il est intrigant pour nous français de lire Jacques Cousteau pour désigner celui que nous n'appelons que "le commandant Cousteau" (p. 172). Et amusant de noter que lorsque sa jeune voisine veut créer une entreprise de nettoyage spécialisée on a l'impression que c'est une filiale des cleaners d'une célèbre émission de télé-réalité.
Bref, il y a beaucoup d'éléments qui ne sont pas nouveaux. Et pourtant Joyce Maynard a raison on ne peut pas réparer les erreurs passées. On ne peut qu'espérer faire mieux à l'avenir (p. 140). Après un drame on a le coeur brisé et puis on ramasse les morceaux (…). On pleure ce qui est perdu et on recherche où on peut ce qui fait du bien (p. 199).
Elle a raison mais il ne me semble pas utile de nous le dire à de multiples reprises.
Par où entre la lumière de Joyce Maynard, traduit de l’anglais (États-Unis) par Florence Lévy-Paoloni, Philippe Rey, en librairie depuis le 21 août 2025
Prix Lucien-Barrière du roman américain 2025
Sélection du Prix des lecteurs de Vallée Sud Grand Paris 2026 - Catégorie romans étrangers.
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