mercredi 11 juillet 2018

J'ai testé Too good to go, l'application écolo anti-gaspi


(mis à jour le 27 septembre 2018)

J'en ai entendu parler par une émission sur M6 (le dimanche 1er juillet). Le concept m'a immédiatement séduite et vous allez comprendre pourquoi je plébiscite après quatre usages tout à fait différents que je vous raconte en détail.

La recherche par géolocalisation est extrêmement pratique. On voit tout de suite quels sont les points de retrait dans un périmètre raisonnable autour de soi ... Les photos sont très alléchantes mais, et c'est le premier constat, il y a beaucoup de points rouges, ce qui signifie que tout a été retenu, ou déjà enlevé.

Cependant on peut configurer l'application pour limiter les propositions aux disponibilités du moment. On peut aussi attribuer un coeur aux commerçants favoris pour les retrouver plus vite au sein de l'offre (grandissante). 

On constate d'ailleurs qu'il n'y a guère que 3 ou 4 paniers possibles par site, ce qui est une source d'étonnement : comment peuvent-ils prévoir leurs invendus ? J'avais imaginé une plus large fourchette. Je me rendrai compte au fils des jours que le nombre d'invendus ne bouge jamais, comme s'il correspondait à un "contrat".

Autre écueil, la fourchette horaire de retrait. Il faut s'y prendre à l'avance. Il est plus de vingt heures, j'ai peu d'opportunité à part Pomme de Pain qui est tout de même à plus d'un kilomètre d'où je me trouve (2 stations de métro mais soyons écolo jusqu'au bout, j'y vais à pied).

Le hasard fait que je passe à l'angle de la rue de la Boétie, où il y a précisément une boulangerie Eric Kayser qui est répertoriée par l'application. Rien n'y est disponible, tout aurait donc été vendu. Pourtant les vitrines regorgent encore de produits et nous sommes à moins de dix minutes de la fermeture. On jettera beaucoup de marchandises ce soir dans ce point de vente ... (je dois préciser que depuis la rédaction de cet article j'ai expérimenté plusieurs fois des paniers Kayser qui longtemps se sont classés parmi les meilleurs jusqu'à ce que j'observe un déclin très net en terme d'accueil, de quantité et même de variété. La vraie consommatrice que je suis en est véritablement choquée et je ne peux donc que vous inciter à faire votre propre expérience).

Un sac m'attend chez Pomme de pain. J'avais lu qu'il était recommandé d'amener son contenant. Je sors mon matériel. Le vendeur n'hésite pas, et met son sac (tout beau, tout neuf) à la poubelle.
Ici aussi les rayonnages sont pleins. Brader quatre paniers n'a pas de sens ... sauf si le véritable objectif est de faire une opération de communication (c'est au fond de la publicité à moindre frais) et de véhiculer une image écologique et respectueuse des ressources (alors que la majorité des produits sont dans des emballages jetables).

En attendant, je bénéficie d'un menu à 12 euros, payé 4. Mais à ce tarif là je devrai me passer de couverts et de serviette. On s'essuiera la bouche d'un revers de main ... en se disant qu'à l'avenir outre le sac (on reste écolo) on prévoira d'avoir sur soi une fourchette, un couteau, une cuillère ... et une serviette en tissu pour se protéger des éclaboussures, même si on n'a pas davantage de sauce pour croquer la salade comme un lapin.
On ne va pas dîner face à un décor idyllique comme on nous le montrait à la télévision, le plus rationnel est d'appliquer le plan B en rentrant à la maison, après avoir customisé un peu les plats.
Une fois déballé, l'ensemble est copieux mais peu engageant. La salade sera améliorée avec une sauce moutardée et quelques échalotes confites. La pizza gagnera à être arrosée d'un filet d'huile d'olive,  enrichie de câpres, puis réchauffée (après avoir mis la roquette de coté).
Il me restait un verre de gaspacho au réfrigérateur qui convint parfaitement. Rien à redire à la salade de fruits qui se laissa manger sans regret.

Seconde expérience cette fois en banlieue quelques jours plus tard, à la Croix de Berny. On m'invite à un barbecue après 20 heures 15 en me priant d'apporter un dessert. Tout est fermé alentour. Je dégaine mon smartphone et ouvre Too good to go. Le fournil de Maria, à près de 2 kilomètres, est encore ouvert et propose 4 paniers à 3, 90 euros (valeur 12, voire bien davantage). J'en réserve un.

Je me présente quelques minutes plus tard et je fais hélas une fausse manœuvre pour l'acquitter. Je m'apercevrai le lendemain que ce sont deux paniers qui me seront facturés car malgré l'assurance de la vendeuse (vous ne l'avez pas pris, pas grave, vous ne le paierez pas, tout panier commandé ne peut pas être annulé moins de trois heures avant l'heure de retrait, ce qui se comprend, bien entendu).

Cette fois on me demande de choisir et je constate que ce sont bien les invendus du jour qui sont proposés. J'accepte volontiers la suggestion de la serveuse de repartir avec cette tarde aux fraises (pour 6 personnes). Et avec ceci ? Je suis surprise de sa question parce que le dessert est énorme (valeur 18 euros si je l'avais acheté quand il était encore en vitrine, ce soir il "passe" à 6 euros, qui sont à décompter du total de 12 ... donc facturé 1, 95 ... vous suivez ?).

Je peux donc ajouter une grande baguette viennoise, un pain fantaisie aux figues et aux raisins et comme il me reste (encore) du crédit elle m'encourage à choisir deux mini viennoiseries ... qui seront parfaites pour le petit déjeuner du lendemain.
Hormis le souci de règlement (qui a été traité par le site auprès duquel j'ai laissé un message explicatif) je trouve cette expérience très satisfaisante. A noter d'ailleurs la qualité de la réponse du site, qui anticipe sur une question qu'on pourrait se poser à propos de l'annulation d'un prélèvement bancaire. Chapeau ! La communication est globalement très soignée, et transparente. C'est rare et donc je le souligne. Le jour où on décernera des récompenses dans ce domaine, Too good to go sera honoré. Bravo pour la qualité des réponses ... qui ne sont jamais formulées en langue de bois !

Troisième expérience avec une enseigne alimentaire que je n'imaginais pas voir figurer parmi les commerces adhérents, un Auchan de centre ville. Je réserve un panier de 4 euros (valeur annoncée 12). Je prends cette fois un vrai risque parce que je sais que je ne choisirai rien et que l'étendue des références est très large. A priori j'aime tout et je mange de tout mais je suis perplexe sur ce que je vais trouver.

Quand l'hôtesse revient avec une cagette pleine de produits frais je me dis que j'ai bien fait de venir avec un sac isotherme. Plusieurs points positifs me surprennent agréablement : une DLC d'au moins deux jours, et une variété qui compose quasiment un menu (une salade composée, du pâté de campagne, un morceau de gruyère AOC, six grandes galettes de blé noir à garnir et 4 yaourts dont 2 fondants bio au chocolat). Il y a amplement de quoi dîner pour 3 personnes et la valeur de l'ensemble dépasse largement les 12 euros annoncés. Rien que l'étiquette restée sur le gruyère s'élève à près de 7 euros. Mon estimation est de 16 euros.

De plus j'ai découvert un magasin de centre ville, facilement accessible et qui s'était modernisé depuis la dernière fois que j'y avais mis les pieds. Cela m'a donné envie d'y revenir.

Quatrième commande, cette fois plus audacieuse. Je parviens à combiner le moment de ma sortie du théâtre (Le Lucernaire, rue Notre-Dame-des-Champs où je suis allée voir l'excellent spectacle musical Il love Piaf qui se termine vers 22 h 20-25) avec le quart d'heure de retrait imposé par Sushishop, pile à la sortie du métro Denfert-Rochereau (ne pas arriver avant 22 h 30 mais surtout pas après 22 h 45). J'avais réservé mon panier l'après-midi juste après ma place de théâtre, sachant que je n'aurais pas le temps de préparer un dîner. Je m'étais munie d'un sac isotherme.

C'est un des paniers les plus chers (7 euros) mais l'enseigne est plutôt généreuse comme on peut en juger sur les photos. J'estime la valeur marchande à plus de 33 euros. La soupe miso est réellement raffinée. L'accompagnement qui se trouve dans le carton est du riz (que je consommerai le lendemain en complément d'une ratatouille maison qui n'attendait que lui).

De plus l'accueil en boutique a été très agréable puisqu'on m'a proposé de choisir entre deux sacs tout prêts. Le serveur était manifestement heureux de ne plus devoir jeter les invendus le soir grâce à cette formule. Enfin ayant remarqué qu'Anne-Sophie Pic a conçu plusieurs sushis pour l'enseigne je me promets de revenir pour déguster ces bouchées qui doivent être triplement bonnes. Je me doute bien que je ne les trouverai jamais dans un panier. Et c'est cela aussi Too good to go, une forme de réciprocité avec les enseignes que l'on apprécie.

Depuis ma première expérience j'ouvre l'application plusieurs fois par semaine et je découvre de nouvelles enseignes, des cuisines inattendues ... en combinant mes déplacements et mes contraintes d'emploi du temps, notamment quand j'enchaine plusieurs pièces de théâtre puisque je chronique beaucoup de spectacles. Je suis devenue véritablement fan de Too good to go même si je reste prudente et que j'ai mes préférences.

J'ai de gros coups de coeur et de grandes déceptions comme avec cet hôtel qui promet de sauver un petit déjeuner complet et qui m'a remis un sac avec 25 mini viennoiseries identiques. C'est généreux mais stupide (d'autant qu'à près de midi il restait beaucoup d'autres produits). Il faut avoir alors un grand congélateur pour ne pas perdre de la marchandise. Comme encore avec un commerçant qui entre l'heure où j'ai commandé et le moment où je suis arrivée chez lui avait purement et simplement déclaré qu'il n'avait plus rien. Etant au théâtre, en mode avion, je n'avais pas été prévenue et ce n'est pas à 23 heures qu'on trouve un autre lieu et on se passe alors purement et simplement de repas. On se dit alors que ces gens là n'ont pas intégré le concept dans sa totalité. Nous sommes de "vrais" consommateurs qui déjeunent ou dînent réellement ce qui est dans le panier, et le plus souvent en extérieur. Il y a plusieurs enseignes dont j'ai, depuis, une mauvaise image ... et j'ai hâte qu'on puisse sur l'application mettre des appréciations.

Revenons aux convives du barbecue du samedi précédent. Ayant apprécié la tarte, et la trouvant sans conteste "maison", ils avaient illico téléchargé l'application.

Il y avait parmi eux un geek bon chic bon genre (futur cadre sup mais pour le moment stagiaire dans une société internationale et donc peu argenté) qui, après avoir été un peu dédaigneux à l'égard du concept, a fait volte face après plusieurs tentatives.

En effet, quand on travaille dans une boite démunie de cantine, située dans un de ces quartiers de Paris où déjeuner dans le moindre troquet coute au bas mot 15 euros, et que l'on ne touche qu'une indemnité de stage, Too good to go est une aubaine.

Surtout si on vise les enseignes qui sont fermées le soir parce qu'elle ont tout intérêt à vider leurs frigo vers 15 heures et qu'il est alors possible de "choisir" au lieu d'emporter le panier totalement "surprise". Il faut néanmoins, de mon point de vue, garder à l'esprit la nature du concept de départ, la lutte contre le gaspillage alimentaire, et non l'utiliser avec une mentalité de profiteur.

C'est pourquoi il faut lire sur le site toutes les conditions de manière à utiliser l'application dans les règles.

Il y a bien d'autres manières de faire ses courses de manière rationnelle et d'éviter le gâchis. Ouvrez l'oeil. De plus en plus d'enseignes vendent les chutes de jambon cru ou cuit, baissent les prix de la viande quand la barquette approche la DLC (or la viande est bien meilleure quand elle est un peu mâturée), soldent les fruits et légumes dont la consommation devient urgente.

Il suffit de savoir éplucher et cuisiner pour se régaler d'associations inattendues. J'ai ainsi imaginé des plats originaux et délicieux comme une compotée de poivrons aux champignons à laquelle je n'aurais jamais pensé si je n'avais vu un (très grand) panier de ces produits pour ... 2 euros seulement chez mon marchand de légumes habituel.

Ecologie, économie et gourmandise peuvent se conjuguer mais rien n'est automatique !

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