samedi 12 avril 2008

BRAVO ET MERCI MICHEL FUGAIN

J’avais coché le spectacle de Michel Fugain dans mon abonnement au théâtre Firmin Gémier d’Antony sur un coup de tête en dérogeant à mes principes : je n’ai pas pour habitude d’aller aux concerts des grandes pointures. Depuis, j’avais écouté le nouvel album qui ne m’avait pas convaincue. Et aucune entreprise de promotion à outrance n’avait infléchi mon opinion.

Je pensais que je n’aurais pas de mal à transformer mon choix car je savais que le concert était complet mais je n’avais pas le temps de faire la démarche. A en juger par l’accélération des travaux autour de l’ancien théâtre de la Piscine la réouverture était proche et par conséquent la date du concert. La semaine avait été fatigante. J’étais patraque comme on peut l’être quand on prépare une grippe. En quittant hier mon travail à 20 heures j’avais décidé de m’arrêter devant le théâtre juste pour tenter de céder mon billet à quelqu’un et aller dormir.

Le parvis flambant neuf semblait illuminé de torches. Je suis rentrée. Je suis restée.

La sagesse populaire prétend que tout ne peut pas aller tout le temps mal. On cite en exemple le nageur en détresse qui, lorsqu’il touche le fond de la piscine n’aurait qu’à donner une petite impulsion pour remonter à la surface. Je n’y songeais pas en descendant les marches pour trouver une « bonne » place libre mais cette image est totalement évidente depuis.

Enorme chance : un siège vacant au milieu du 2ème rang. Je reviendrai ultérieurement sur Staël, le groupe qui a officié en première partie et qui s’est révélé une heureuse découverte.


Petit entracte où je découvre ces drôles de carcasses qui interrogent les spectateurs. Pour moi, cela ne fait pas de doute, ce sont les chaudières qui permettaient aux baigneurs de se la couler douce dans le bassin. Car c’était bel et bien une piscine qui se trouvait là. La première dans la banlieue parisienne. Je le savais, mais je n’avais jamais été confrontée à ces monstres.

C’est une jolie idée d’avoir installé la cafeteria dans l’ancienne salle des machines.

Retour en salle. Autre interrogation, sur l’âge du chanteur. Il doit bien avoir 50 ans. Non : il avait plus de 20 ans quand j’en avais moins …Les gens essaient de se repérer par rapport à leur propre histoire. J’avais pas 20 ans qu’il était déjà sur scène alors il a forcément au moins 60. Autre questionnement : tu crois qu’il va chanter ses anciennes chansons ? Ah, non, il va forcément faire les nouvelles. Peut-être une ou deux anciennes quand même…

Le sextet de musiciens occupe la scène. Des photographies en noir et blanc sont projetées sur un écran. Michel Fugain démarre sur un rythme jazzy avec une chanson écrite pour lui par Louis Chédid (la Vie) qui donne tout de suite la morale de la soirée en affirmant que l’amour est un sacré cadeau. Il se décrit sans complaisance et interroge avec humour : çà intéresse qui un mec normal ? C’est pour çà que vous avez du courage. Merci.

C’était donc pour cela que je n’étais pas enthousiaste ! Parce qu’inconsciemment je ne voyais pas l’intérêt d’aller écouter un mec normal. J’avais raison. Fugain va nous démontrer qu’il est tout sauf normal, je veux dire, normal au sens statistique du mot.

Quand il nous propose d’entrer dans sa baraque foraine on retrouve le Michel Fugain du Big Bazar. C’est la fête prend soudain une résonance écologique. Fais comme l’oiseau va dans le même sens, avec des paroles qui ont plus de relief que lorsque la chanson a été créée. A-t-on vieilli ou avons-nous désormais une préoccupation plus aiguë du devenir de l’homme ?

Michel voudrait nous expliquer le concept du Bravo et merci. Cafouillage technique : les images ne suivent pas, la bande-son est irrécupérable. Mais on a compris. Il nous ouvre sa valise pour mieux nous ouvrir son cœur, son tout, son moi, son surmoi, bref son histoire, qui est aussi devenue un peu la nôtre.

Il enchaîne avec on laisse tous un jour que la salle chante en chœur. Puis, rupture de ton et c’est un presque clown, en tout cas un comédien, qui flanqué d’un bonnet à pompon et d’un cache-col (non assortis) évoque le métro Glacière en nous invitant à regarder les gens de la grande ville.

Y’a de la bossa nova dans l’airjusqu’à demain peut-être, ou bien jusqu’à la mort, que le public se régale à fredonner. Le rythme d’enchaînement des chansons est soutenu. Anciens et nouveaux titres sont tricotés serrés. A ce stade on ne cherche plus à reconnaître les uns des autres. On apprécie, c’est tout. Et quand on peut on chante avec l’artiste qui ne nous décourage pas !

Le son est excellent. Les musiciens y sont sans doute pour beaucoup. J’entendrai les spectateurs dirent en sortant leur surprise parce que d’habitude, on sait bien que le son sera moins bon qu’avec le CD. Pas le temps de réfléchir au pourquoi du comment, Michel Fugain cueille une charmante Benjamine, en lui ordonnant : viens je t’emmène avec moi, en ballade ! Dommage que je ne puisse photographier les musiciens qui agitent les rétroviseurs de part et d’autre de la Bugatti improvisée avec deux chaises. Il y a du Pow Wow dans l’air.

Bref hommage à Mlle Grattier, la prof de piano qui lui enseigna la très célèbre et très classique méthode Rose avant de subir ensuite l’influence des Beatles, très nettement repérable dans l’interprétation qu’il fait aujourd’hui des Années guitare. Sachant que nombre d’artistes avaient écrit des paroles pour lui je n’aurais pas été surprise d’en voir un l’accompagner ce soir. Et à cet instant précis c’était Bénabar qui s’imposait. A cause de la façon de Michel Fugain d’occuper l’espace, de bouger, de danser, d’être présent avec le public.Une vraie performance !

Il nous révèle qu’il avait 30 ans quand il chantait en 1972 Une belle histoire(indice précieux permettant de calculer qu’il a 66 ans). Déjà à cette époque on opposait le Nord et le Sud avec des cartes postales qui demeurent d’actualité : il rentrait là-haut vers le brouillard …

En maugréant mais çà va où tout çà, plus çà va, plus on va devant, sans savoir où l’on va, çà ne tient pas debout, Michel Fugain fait surgir la mémoire d’un autre clown blanc, Raymond Devos. Il réclame De l’air, de l’air, donnez-moi de l’air. La voix de Claude Nougaro intervient pour annoncer Attablez-vous, la terre est servie.

Superbe message d’amour avec l’amour est une forteresse, dont les murs sont fait de promesse (…de tendresse … qu’il faut réinventer sans cesse…).

Nouvelle rupture énergique avec America et tous les Acadiens, … ceux qui font la musique de Rufus Thibodeaux. Puis Michel Fugain caricature Serge Lama et chante Chaque jour de plus : A quoi çà sert l’amour si c’est un amour sans retour ? Du Fugain comme çà on en veut encore et encore. Et plus si affinités. Les trois-quarts de la salle chantent en mesure. Je ne suis pas en reste. Je m’étonne à me souvenir de tout, par cœur, et sans avoir révisé. On a tellement de chansons dans la tête.

L’artiste nous promet d'abord, une pelle et une pioche pour la terre à semer, … une paire de galoches pour avancer, et aussi son couteau de poche pour le pain à partager.

Après la nostalgie, le soleil, les sud-américaines. Décidément il balance toujours entre le nord et le sud, entre nostalgie et dérision. Mais il sait aussi s’engager et livrer le combat. Presque s’enrager contre la bête immonde : fais de ta rage mon combat !

Je parlerai de toi et le talent du grand Charles Aznavour apporte sa douceur sans que l’artiste ne renonce à son engagement, même si c’est toujours la vie qui l’emporte : viva la vie va !!!

C’est fini. C’est fini ? Voici le temps venu du jeu de cache-cache avec le public. Un rappel suscite une confidence qui ne peut pas avoir été improvisée pour nous en cadeau comme on l’aurait souhaité : cela fait piles 40 ans que Delanoé m’a écrit un texte, … enfin de moins en moins piles, avoue Michel avec le sourire (41 sinon on n’arrive pas à 66), mais on pardonne, parce que c’est si vrai pour nous aussi qu’on n’aura pas le temps … pas le temps de tout faire… même en courant … la salle a le cœur au bord des yeux. Heureusement que dans un ultime volte-face c’est Chante la vie qui prend le dessus.

Mais il y a un deuxième rappel. Etait-il prévu celui-là ? Michel Fugain est probablement fatigué à ce moment-là. Une heure trente sur scène avec cette énergie là, non, ce n’est pas ordinaire. C’est pas un tour de chants, c’est du vrai spectacle. Avec une réelle écriture, et une mise en scène sensible sans sensiblerie. On a tous compris que l’artiste revient de loin, comme on dit. On veut le garder avec nous. Intact. On est aussi dans le partage. Les 40 ans qu’il vient de revisiter sont aussi les nôtres. L’âge moyen de la salle en atteste. Des soucis, des joies, des évènements familiaux sont accrochés à ses chansons aussi pour le public.

Quel autre titre que Fais comme l’oiseau interpréter alors tous ensemble ? La salle, debout, chante en pleine lumière. Cela doit être impressionnant aussi côté scène de diriger une chorale improvisée de plus de 500 personnes, non ?

La verrière du théâtre a pris les teintes d'un arc-en-ciel. Michel Fugain nous quitte avec cette injonction : Soyez heureux ! Nous lui retournons le compliment. Bravo, et merci !

1 commentaire:

Marie a dit…

J'ai beaucoup apprécié les photos et le début de l'article car je me suis baignée dans cette piscine quand j'étais élève au collège de Châtenay.
Cette 2ème transformation me semble intéressante et valoir le détour.
Merci pour ce petit moment de nostalgie.

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