dimanche 27 avril 2008

UN COIN DE VERDURE, BLEU COMME UN ORAGE

La météo annonçait de lourdes perturbations à l'Ouest. J'espérais un sursis, pour me laisser le temps d'être éblouie, cette année encore, par l'explosion du cénaothe planté en bordure de l'allée.

Je guettais depuis plusieurs semaines le gonflement des bourgeons floraux violacés dont certains laissaient déjà entrevoir la douceur d'un bleu pâle.

Hier, le buisson s'était mis à résonner d'un crissement montant crescendo. Le ti-ti-tit d'un couple de mésanges bleues exerçait sur moi une attraction insistante, rivalisant avec l'arôme sucré du lilas double.

J'ai appris d'expérience que les oiseaux se sont durablement installés dans le prunus. L'enivrant parfum du lilas est un paradis auquel je ne saurais me dérober. Qui me téléporte dans le jardin de ma grand-mère. Qui reste indissociablement relié à la fragrance du muguet annonciateur de Mai, de la désormais proche fin de l'année scolaire, et de l'été à venir.

Par sa forme conique, la grappe du lilas évoque aussi la barbe à papa dont mon grand-père me régalait à la foire de Sens tandis que nous allions de stand en stand suivant un parcours rituel immuable. La friandise pastel récompensait la fastidieuse exploration des baraques foraines qui s'abritaient sous l'ombrage vert tendre des marronniers en fleurs.

Serré contre l'arbuste parme, le céanothe bleu électrique éclate en exhalant des senteurs douceâtres. Les ondes ultra-violettes agissent sur les abeilles aussi sûrement que le signal intermittent d'un sémaphore aimante les bateaux en perdition.
Les flancs des mouches à miel s'alourdissent de pollen. Le voletage devient hasardeux. J'assiste, impuissante, à un ballet sans grâce, ponctué de vrombissements d'hélices fatiguées par les décollages incessants.

Aucune alerte ne semble pouvoir arrêter l'approvisionnement frénétique des insectes, si ce n'est la conscience de devoir rapatrier le fardeau d'ambre jaune avant un accident fatal.

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