vendredi 15 août 2008

BRUNCH DE REVE AU MURANO

Cela peut sembler de la provocation d'écrire sur la nourriture à peine achevée la lecture de la Cage aux lézards, et pourtant ce n'en est pas. Et puis aujourd'hui c'est ma fête. Personne ne m'a invitée au Murano mais on va faire comme si.

Deux autres éléments ont déclenché ce billet: cela faisait longtemps que le compte-rendu était en rade. Et le crocodile rouge qui me montrait les dents à l'entrée du restaurant est un gros lézard.


Bon d'accord, l'entrée ne paie pas de mine. Et le quartier n'est pas des plus attirants, enfin je trouve ... Mais une fois franchie la porte, et évité le gros lézard rouge et son copain argenté, il suffit de passer derrière les double-rideaux blancs pour connaitre un accueil chaleureux.

Rares sont les clients qui osent s'arrêter tout de suite dans le lobby pour deviser tendrement dans cette causeuse rose bonbon comme le faisaient les Précieuses du temps de Molière. Ce n'est pas un manège : les sièges ne tournent pas autour du pied unique malgré un design semblable aux chaises rotatives pop Chair qui rappelle aussi les coques PVC de Giacomo Andretti. Ou encore le fauteuil que vient de concevoir Carl Öjerstam pour IKEA en s'inspirant de la paume d’une main dans laquelle on viendrait se lover pour se relaxer.

Ici la causeuse est un modèle luxe, ( qui me fait penser à une création estampillée Kartell et Starck) autour d'un vase central, ce jour là accueillant une longue tige d'arum. Il fallait pencher un peu la tête pour se regarder dans les yeux.

On aurait envie de s'y installer pour rêver un temps mais il faudrait pouvoir assumer d'être le point de mire au milieu du hall.

Hormis cette double touche de rose c'est le blanc qui domine dans le lobby. Quelques tables de marbre (blanc veiné de noir) s'éclairent de l'intérieur. D'autres, toutes petites et rutilantes, chacune en forme de lettres d'acier brillant, composent le nom de l'hôtel M.U.R.A.N.O. Elles pourraient juste accueillir un café et nous sommes venus pour un brunch ... Mais leur disposition, devant l'immense Chesterfield blanc, toujours blanc, contribue à donner à la pièce cette atmosphère kitsch néo-seventies tout à fait unique et spécifique du Murano. Au-dessus de nos têtes, la verrière laisse découvrir une cour intérieure et les chambres de l’hôtel à la manière du Pershing Hall. (Mais si ! Vous le connaissez. C'est là que Cécilia a donné sa dernière interview, quand elle s'appelait encore Sarkozy)
La célébrité de Starck (qui n'a pas encore travaillé ici) est telle qu'on lui attribue régulièrement la paternité de la décoration de l'hôtel. C'est Raymond Morel, un designer qui n'exerce plus en France, qui est à l'origine de sa conception. Depuis, c'est la direction de l'hôtel, Jérôme Foucaud et ses collaborateurs, qui renouvelle à son goût les pièces en partenariat avec des créateurs et des artistes contemporains.
L'originalité, que dis-je, la pièce emblématique du Murano, demeure son impressionnante cheminée, véritable rampe lumineuse, qui fonctionne au gaz et qui réchauffe l'atmosphère. Ce sera un délice, tout à l'heure, d'être assise sur le canapé avec les flammes qui caresseront ma nuque. Le Murano est bien le seul endroit que je connaisse où on puisse profiter d'une cheminée sans avoir froid dans le dos, et pour cause ...

Laissons la cheminée de coté pour suivre la maîtresse de maison dans la salle à manger. C'était elle que j'avais eue au téléphone le soir où j'ai réservé : je la reconnais au cliquetis de ses talons sur le marbre. La salle est sombre et étonnante elle aussi. Disons que le décalage est différent. La couleur bordeaux renforce l'aspect théâtral : de grandes orgues lumineuses tombent du plafond en cascade.

Nous avions le choix de poursuivre et de préférer cette table sous la verrière de l'arrière-cour, inondée de lumière naturelle. Mais nous choisirons tout compte fait la discrète pénombre de la grande salle.

La lecture du menu nous absorbe un long moment.
Y aura-t-il vraiment tout cela à goûter ????
Nous sommes heureux d'avoir opté pour une table proche des buffets !

Le garçon s'enquiert de notre choix de boisson chaude. Café pour l'un, thés pour l'autre. Au pluriel s'il-vous-plait parce qu'il revient avec une théière et un assortiment de sachets tous plus tentant les uns que les autres. D'autant qu'ils sont siglés Fauchon. Thé de Chine au jasmin ? Thé à la rose ? Ceylan ? Va pour un Earl grey à la bergamote, à la bergamote de Calabre bien sûr.

Si on veut commencer salé on chipotera entre :
salade d'endive, roquefort et noix
salade de mini tomates mozarella
salade de roquette et stilton

salade grecque à la feta
salade russe au caviar avruga

tzatziti

légumes antipasti
guacamole et légumes croquants

Après on enchainera sur des plats chauds :
tajine de poulet aux fruits secs
chicken wings caramélisées
pommes rissolées au romarin
beignets de crevettes

Des beignets comme ceux-là j'en mangerais sur la tête d'un pouilleux, selon l'expression consacrée. Evidemment on sert aussi à la découpe saumon fumé et jambon cuit au foin. J'avais lu sur le menu "thon fumé en copeaux" et ne le trouvant pas sur le buffet je me suis adressée au serveur qui m'a répondu d'un énigmatique "je vais vois ce que je peux faire en cuisine ..." pour me rapporter quelques minutes plus tard une ardoise avec de superbes tranches d'une finesse et d'un parfum sublimes.

J'ignore comment certains clients se sont adressés au personnel de l'hôtel (j'ai lu de petits compte-rendus acides) mais je ne vais pas faire une seule critique sur la qualité du service. Loin de là !

Comment aimeriez-vous vos oeufs ?
Quels oeufs ? Parce qu'il y a AUSSI des oeufs ! Soit ! A la coque !

Nouveau délice que ces petites choses, bien calées sur un matelas de gros sel, avec leurs mouillettes légères tartinées de beurre Bordier.
Après cela goûtons voir si les jus de fruits sont bons. Aucun des adjectifs de la longue liste de la célèbre lettre de madame de Sévigné ne peut exprimer ce que sont les jus que nous avons dégustés au cours de notre premier brunch au Murano. Carottes, pêche de vigne, pamplemousse, poire, le verre suivant était toujours meilleur que le précédent. J'ai retenu la marque : Milliat.

Nous sommes revenus pour un autre brunch en entrainant des invités. HELAS les bouteilles estampillées Milliat n'étaient plus au rendez-vous. Nous n'avons pas su si nous avions joué de malchance.
Un petit fromage ? Comme ce camembert qui embaume la forêt de chênes ? Ou ce Sainte Maure de Touraine puisque c'est la saison des chèvres en ce moment ? Le service est toujours attentionné. Suivant une chorégraphie bien rodée, les serveurs déplacent les plats pour composer deux tables de buffet toujours alléchantes.

Une pause s'impose. Avec la lecture de la presse. Daniel Pennac rend hommage aux cancres avec un compliment bien tourné : les derniers seront les premiers. Quel mensonge tout de même ! Ne généralisons pas à partir de son cas personnel et exceptionnel ! Les bras du fauteuil de velours sont confortables et encouragent à la nonchalance. Sur la table, des pastels à l'huile apportent des touches de couleur sur la nappe blanche. Ils m'invitent à crayonner une ébauche associant vert-ocre et violet que le garçon conservera.

Changement radical dans les toilettes. Le marbre noir reflète des murs ocre, patinés d'orange et d'argent. Un parfum de cannelle contribue à réchauffer l'endroit. La lumière se faufile derrière les miroirs en vagues rouges. Je les soupçonne d'ailleurs d'affiner la silhouette. Parce qu'après ce que j'ai dégusté ce n'est pas normal de paraître si fine. Petite gâterie chez les hommes : ils ont droit à la télé ! Je ne vous dirai pas quel film. Je ne suis pas allée vérifier. Rien ne m'étonne plus. L'anti-conformisme du Murano n'est pas dérangeant. Parce qu'il est assumé avec classe.

Sans faire la fine bouche nous n'avons pas touché à la corbeille de viennoiserie, aux crêpes, aux cookies, aux fruits, aux céréales, au fromage blanc et à la compote de pommes. Pas plus qu'aux confitures et aux marmelades. Mais nous avions apprécié la sélection de pains avec les salades.

Les panna cotta et les crèmes brûlées sont arrivées vers 13 h 30, dans de minuscules verres (ces verres à vodka qui s'appellent des shots) sur un lit de glace. Nous n'allions pas nous plaindre de leur taille qui autorise une dégustation exhaustive de tous les parfums.

Est-il alors raisonnable de regarder les tartelettes au chocolat, au citron et potiron, aux figues, les éclairs, le cake au citron, le baba au rhum, les financiers, la mousse carambar .... ? Cela fait bien longtemps qu'on a dépassé le stade du raisonnable.
Quand nous y sommes retournés (un autre dimanche) les desserts étaient disposés sur la tablette haute du bar et l'éventail était encore plus époustouflant. Le décor, l'ambiance et la pénombre accentuée ne nous ont pas distraits de faire le meilleur choix et de ramener en pleine lumière notre assiette pour leasavourer.
Les murs capitonnés du bar combinent des tons résolument "vintage" orange et violet. Avec des images qui défilent sur les écrans. Le week-end, l'ambiance y est plutôt tranquille et sereine. Alors, ces couleurs presque agressives, tant à la mode dans les années 70, créent une ambiance décalée, toujours qualifiable de post-moderne, qui m'amuse presque. J'ai l'impression d'être de retour de voyage dans ma chambre de jeune fille. Mais j'imagine que le soir venu, l'atmosphère est radicalement plus hype. Avec une musique plus forte que les airs jazzy qui nous enveloppent.
Puisqu'il faut bien quitter la salle à manger nous allons profiter de la cheminée, de sa quiétude et de sa bonne chaleur. Et suivre les allers et venues d'une clientèle internationale soit disant très branchée et people sans se sentir en position de voyeur. C'est çà aussi qui est appréciable au Murano. On s'y sent bien, tranquillement bien. On oublie qu'on se trouve dans un palace. Peut-être aussi parce que la clientèle ne fait pas de chichis remarquables.

Certains jours (il vous faut consulter le programme sur leur site) le brunch se prolonge jusqu'à 17 heures avec une animation musicale (mais l'addition s'en ressent). Nous avons donc ainsi découvert Cynthia Queenton, une chanteuse d’origine franco maltaise qui allie le charme et le talent.

Tout le monde connait sa voix mais peu savent que c'est ce visage qui se cache derrière le " Dam doum doum doum " qui ponctue les jeux d'image annonçant les écrans publicitaires de France 2. Ecoutez plutôt. Je vous ai entendu dire "Ah oui !", ne niez pas. Ou alors c'est que vous n'avez pas ouvert le lien.

Mais Cynthia Queenton a un registre plus large. Elle revisite la célèbre chanson de Julio Iglesias Vous les Femmes, sous le titre Pauvre diable, qui est la piste 6 de l'album Murano Unplugged. Je pense que vous pourrez en écouter un extrait en cliquant ici et en suivant ensuite les instructions. Ou alors écoutez plutôt... le Murano est un lieu très impliqué musicalement.

Sa voix s'accorde parfaitement aux rythmes du jazz et de la bossa avec lesquels elle chante des standards qu'on écoute avec plaisir en les redécouvrant. Ses références sont Ella Fitzgerald, A.C.Jobim, Cole Porter et Michel Legrand … dont elle reprend beaucoup de succès. Elle est aussi auteur compositeur et la publicité l'a déjà sollicitée pour des marques de prestige comme Cartier, Boucheron, Bulgary.
Elle conjugue grâce, émotion et charme. Elle allie le glamour des années 50 avec sourire et raffinement tout en conservant une candeur rafraichissante. Ce dimanche là elle se produisait en duo avec un musicien. Ne la manquez pas dans les salles parisiennes qui la programment ( le Réservoir, Le Divan du monde, le Baiser salé …) ou au Murano où il est certain qu'elle sera bientôt de retour.

Enfin mention particulière aux jeunes filles du service vestiaire. J'avais perdu mon ticket et elles ont patiemment passé en revue les fourrures pour retrouver mon petit imper qu'elle m'ont rendu avec leur charmant sourire et en me souhaitant une bonne fin de journée.

Il ne pouvait en être autrement.

Le Murano
13 boulevard du Temple (métro Filles du Calvaire)
01 42 71 20 00
(les photos ne portant pas la mention A bride abattue sont reproduites avec l'autorisation du Murano)

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