mercredi 13 août 2008

HISTOIRE d'ILES ou ELLES





Oléron, Belle-Ile, Ré, Aix ...

Une île, c’est une promesse de dépaysement qui ne répond pas forcément à l’attente qu’on a projetée. Peu importe l’endroit, pourvu qu’on ait l’ivresse, me direz-vous …Ne croyez pas qu’il suffit de passer le pont pour connaître le nirvana. Les déconvenues sont toujours possibles et je ne vais pas les dissimuler derrière des descriptions exotiques. Vous n’allez pas regretter la terre ferme à laquelle vous êtes attachés.

Voici deux ou trois choses que j’ai apprises d’elles …
avant d'arriver là où je suis, sous mon althea, à déguster ce dessert là.

Oléron, espèce de tiret parallèle à la côte. Premier rempart pour arrêter les averses. L’avantage est que s’il pleut à bâbord il fait beau à tribord. L’île est trop large pour recevoir uniformément la pluie sur toute sa surface, et elle est suffisamment étroite pour qu’on ait le temps de faire le trajet d’un bord à l’autre en prenant le nuage de vitesse. On a fait l’essuie-glace à en avoir le tournis. Mais on a aussi glané les papillons, ces petits coquillages orangés et oblongs que maman grillait sur un barbecue improvisé. C’était le temps du camping en famille.

Plus tard ce fut
Belle-Ile
Une île entre le ciel et l’eau
, une île, sans homme ni bateau !
C’est en massacrant cette chanson de Serge Lama que nous avions abordé au Palais après la traversée du golfe du Morbihan, cramponnés à nos vélos.
Nous nous extasions alors de pas grand-chose. L’Erika n'avait pas déversé sa cargaison (1999), l'île était encore secrète, d'une innocence que le tournage de Dolmen (2004) a balayé d'un travelling.

Notre vision idyllique de l’endroit s’est brisée net : la chambre retenue pour le mois depuis le continent s’offrait au vent du large. Le cabinet de toilettes était un vrai cabinet et pas du tout la salle d’eau qu’on avait imaginée.

La sirène du premier ferry nous réveillait trop tôt le matin. Les lumières rouges et vertes des balises du port nous maintenaient éveillés tard dans la nuit. Des rafales puissantes charriaient des embruns qui eurent tôt fait de poisser nos vêtements. Des odeurs de gaz-oil s’infiltraient entre les carreaux disjoints des fenêtres. Nous avons sacrifié le matelas pour colmater les ouvertures les plus proches du lit et nous dormions sur le sommier. On se levait brisés. Mais nous gardions l’enthousiasme de notre jeunesse. Nous étions venus pour conquérir un territoire sauvage, préservé des voitures et de l’agitation. Nous n’allions tout de même pas nous plaindre !

A pieds, nous aurions bien tenu une semaine, mais à vélo, il ne nous en fallut pas tant.
Au soir du troisième jour nous avions tout découvert :

- Le banc de pierre, unique souvenir des séjours de Sarah Bernhardt au manoir du Penhouët, à la pointe des Poulains,

- L’hôtel super luxueux du Castel Clara, où François Mitterrand venait régulièrement faire une onéreuse thalasso dans les années 80,
-
Les falaises de Sauzon, le port de Locmaria , la citadelle Vauban,
-
Les aiguilles de Port-Coton, immortalisées par Claude Monet,
- Les phares,
- De vieux maraîchers qui labouraient encore leurs parcelles en poussant la charrue,

- et même la pimprenelle et l’asphodèle ...
La seule « activité » manquant à notre programme aura été de rêvasser sur la plage des Grands Sables ou sur le sable grenat de Poul Pez, abandonnés aux rouleaux, mais les bourrasques et la pluie nous dissuadaient d’enfiler le maillot de bains.


Nous eûmes tous les deux la même idée au même instant. Postés en aguets à une encablure du port, nous avons scruté les passagers que déversait le ferry du soir. Un jeune couple hésitant abordait l’île avec une confiance aussi belle que la nôtre trois jours plus tôt. Ils ne savaient pas où passer la nuit, comptant sur leur bonne fortune pour se loger. Nous les avons recommandés à notre propriétaire qui –du coup- accepta sans discuter de nous rendre le chèque de caution couvrant le mois de location.


Nous fumes les derniers à embarquer pour le dernier passage.
Un violent orage éclata pendant la traversée. La façade de l’hôtel de Vannes où nous avons posé les valises ne m’a laissé aucun souvenir. Ce dont je me rappelle avec netteté c’est de la tiédeur de la chambre, des lourds rideaux fleuris, de notre absurde joie à la perspective de regarder un film à la télévision, et surtout, surtout, du confort de prendre un bain chaud dans une baignoire propre. Me revenaient ces mots de Victor Hugo, écrits à sa fille Léopoldine, en octobre 1839,
On s’en va parce qu’on a besoin de distractions,
on revient parce qu’on a besoin de bonheur.


Quelques années plus tard nous étions de retour sur le bord de l’Atlantique. Des reportages alarmants dissuadaient d’aller à en plein été. Certains jours de juillet le temps de traversée s’allongeait tant que des enfants voyageant avec des parents inconséquents étaient morts de soif dans des voitures surchauffées. La destination nous tentait. Prudents, nous y sommes allés pour le Jour de l’An. Je n’y ai que d’excellents souvenirs malgré quelques soucis que nous n’avions pu éviter :
. La brusque déclaration de varicelle qui explosa le lendemain de l’accostage sur le corps de notre fille aînée et deux jours plus tard sur celui de son frère cadet.

. les plages interdites de baignade (on n'avait même pas le droit d'y pointer le bout d'un orteil juste pour voir. Et ramasser des galets était formellement déconseillé mais j'ai quand même tendu la main vers quelques-uns que j'ai peints ensuite) parce qu'un bateau avait fait naufrage au large avec une cargaison de détonateurs (!)

Nous n'avons rencontré ni ânes en culottes (une sorte de pantalon de Vichy à bretelles protégeait autrefois leurs pattes des attaques des moustiques alors qu'ils ramassaient le varech), ni jeunes filles en quichenotte (du temps de l'invasion anglaise elles portaient une large coiffe pour embarrasser les soldats qui voulaient les embrasser, leur signifiant kiss me not).

Mais nous avons sillonné toutes les pistes cyclables, discuté avec des cueilleurs de sel, grimpé au sommet du phare des Baleines, vérifié que la pointe bicolore du clocher d’Ars pouvait servir d’amer aux navigateurs, compté les moutons qui croquaient la bonne herbe salée, goûté les pommes de terre, le sel au goût de violette, bu de l'écume, qui est la bière blanche locale et nous nous avons été initiés à la fabrication du pain.

Nous avons aimé les maisons blanches aux volets verts, repeints chaque année avec les fonds des pots qui avaient été utilisés pour les bateaux de pêche. Le vert étant la couleur imposée pour les coques rétaises voilà pourquoi les volets étaient de cette couleur. Une seule maison dérogeait, avec ses volets rouges sang de boeuf. Mais c'était la demeure d'une artiste, chanteuse célèbre dans les années ... la mémoire me fait défaut. Et depuis, la mode est à la couleur bleue ...

Jamais deux sans trois.
Suffit donc de poursuivre le cap.
La quatrième
fut la plus paisible.

Aix
était une retraite agréable. Ses roses trémières, ses forts, ses plages sauvages ou disciplinées. Nous n'avons connu aucune fausse note. Force est de reconnaitre que je n'y ai pas vu ni fait grand chose à part cette composition de galets.

Enhardie, mon regard pouvait se poser plus loin. La Réunion m'accueillit avec un naturel charmant. Drôle de sensation que de se sentir des affinités dans un endroit qui est tout de même à des milliers de kilomètres de chez soi. Est-ce l'extrême gentillesse des habitants, l'absence de barrage linguistique, je m'y sentais bien. Son nom est tout un symbole : il signifie la capacité des peuples de multiples origines de cohabiter en bonne intelligence. Je rêve d'y retourner. J'ai tellement de voeux à faire ...

Il existe sur l'île, à chaque détour que fait la route, des niches avec des statues, toutes différentes, et toutes dédiées à un unique Saint-Expedit. M'étonnant de cette coïncidence on m'expliqua que les pratiquants catholiques avaient sollicité le Vatican. A la réception des sculptures on chercha le nom des saints. On ne trouva que celui de l'expéditeur, écrit sur chacune des faces des caisses. C'est par suite de ce malentendu qu'on crut que c'était le nom des statues. La logique va encore plus loin. Les habitants avaient une telle foi dans le pouvoir des saints qu'on jure qu'il suffit d'une prière, et d'une seule, pour que le souhait soit exhaussé. C'est ce qui s'appelle "vite expédié", justifiant ainsi doublement son nom.
Les bananes aussi, n'y portent pas toujours leur appellation habituelle. Dans cette île on les désigne communément sous le nom de "figues", j'ignore pourquoi, mais cela fait lien avec la confiture que j'ai faite il y a quelques jours.
Les hibiscus y poussent avec sauvagerie.
Bananes et hibiscus sont aisément trouvables en métropole. Pour preuve cet arbuste (qu'on appelle aussi althéa) photographié dans mon jardin et qui, en gros plan, fait aussi penser à la rose trémière.


Pour terminer, une petite douceur
pour il ou elle qui réunit des bouchées de Glace pralinée feuilletée au chocolat autour d'un îlot macaron, quelques rondelles de banane brulante (mais pas brûlée) sous un saupoudrage de cannelle, mouillées d'un embrun de rhum paille (martiniquais cette fois).


Petit conseil pour réussir la cuisson de la banane il faut garder quelques braises en fin de barbecue. Ce n'est peut-être pas appétissant mais le fruit, protégé par sa peau, est juste fondant, et sa chair sera encore ferme.

A vous maintenant de poursuivre le voyage, de le ponctuer d'une étape gourmande et de poster le tout à Claudia de Cuisine Framboise.

2 commentaires:

CFramboise a dit…

Ca y est j'ai posé les valises. je prolonge ce jeu jusqu'au 30 , le temps de refaire surface. Merci pour ce beau texte. Bonne rentrée

marie-claire a dit…

Bonne rentrée à toi aussi. J'ai suivi ton périple estival et apprécié tes "cartes postales". J'ai trouvé l'idée très moderne.
La prolongation permettra d'autres contributions. Ce sera un régal de tout découvrir.

Articles les plus consultés (au cours des 7 derniers jours)