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samedi 5 septembre 2026

Quelques mots d'amour, second film réalisé par Rudi Rosenberg

C'est Quelques mots d'amour, le second film réalisé par Rudi Rosenberg, dont c'est le deuxième long métrage, et qui a été présenté dans la section "Un certain regard" au Festival de Cannes 2026, qui a été choisi pour la soirée d'ouverture du festival Paysages de cinéastes dont le thème de la 24 ème édition est l'adolescence.
Sarcelles, 1995. Erika fait de son mieux pour élever seule ses deux enfants mais la quête obsessionnelle de son aînée Abigaëlle pour retrouver son père va bouleverser tout l'équilibre de la famille.
La gamine se persuade que son père, qu’elle n’a jamais connu, l’aime en silence quelque part. Lorsqu’elle se met en tête de le retrouver, Erika se sent obligée de l’aider, tout en cherchant à la protéger.
En grandissant, la quête d’Abigaëlle se transforme en obsession, entraînant avec elle sa mère, sa meilleure amie, et tout son entourage.
La première scène est troublante car on connait la voix singulière et rocailleuse de la gardienne d'immeuble sans pour autant reconnaitre son visage. C'est Liliane Rovère, (la célèbre Arlette Azémar de la série Dix pour cent) qui nous offre un caméo vocal. On aperçoit la silhouette du père à une fenêtre, confirmant que son existence n'est pas un fantasme. Son refus d'accepter tout contact avec son ancienne compagne (Hafsia Herzi) et la fille qu'ils ont eu ensemble est malheureusement très net mais totalement inacceptable par l'enfant.

Erika a toujours su qu'il ne souhaitait pas de cette paternité et accepte la situation. Abi ne peut y croire. Elle est même persuadée que sa mère cherche à l'écarter de son père. La petite fille (Ella Bedoucha pour le rôle à 7 ans) est touchante de spontanéité et d'authenticité, en particulier lorsqu'elle lui écrit, tout autant que sa copine qui après l'avoir lue lui promet "Ton père va te donner une chance".

Bien qu'il comprenne l'importance de cette quête pour la gamine, le spectateur est totalement du côté de cette maman célibataire qui fait de son mieux pour soutenir sa fille tout en essayant de lui faire entendre raison. C'est la meilleure mère possible, s’efforçant de maintenir le cap et l’autorité avec beaucoup d'empathie est de compréhension. A tel point qu'elle cède devant le désir d'Abi d'adopter un chien trouvé dans la rue, malgré les complications que cette arrivée va causer.

Elle va jusqu'à solliciter les conseils d'un psy qui, plein de bon sens, lui répondra : montrez lui que vous êtes de son côté.

Avec un tel sujet, qui doit concerner une large audience, Rudi Rosenberg aurait pu construire un film hyper sérieux, triste, voire pathétique. Mais le rire permet de faire craquer des barrières. Le réalisateur insuffle du sourire dans presque chaque scène. On sourit aussi en entendant résonner la comédie musicale Les Dix Commandements que le jeune garçon écoute à plein tube. Le personnage du psy est totalement "insensé", recevant ses patients dans une pièce qui ne garantit pas l'intimité minimale. Mais ce qu'il dit est néanmoins juste.

Il y a des retournements de situation inattendus, notamment avec le chien qui nous fera verser une larme. Vous les découvrirez par vous-même. Et vous comprendrez qu'à défaut de mots on pourra peut-être recevoir des preuves.

Il faut signaler un casting plus vrai que nature, auprès des habitants de Sarcelles. Hafsia Herzi est la seule comédienne professionnelle, ce qui confère au film un aspect presque documentaire. Sa patience (elle aussi a commencé sans avoir fait d'école) et son immense professionnalisme (y compris dans la direction d'acteurs puisqu'elle est elle-même une excellente réalisatrice) a sans doute permis la justesse de jeu des enfants, Aïdan Djouadi et Mateo Danila pour interpréter son fils Yoni à 5 et 12 ans, Charlie Lugassy et Eden Sarfati pour Chloé, l'amie d'enfance de sa fille à 7 et 14 ans et bien entendu Nour Salam qui est Abigaëlle à 14 ans, et qui est elle aussi une petite exception car elle était déjà en agence, mais sans avoir une forte expérience.

Quand on sait qu'il est interdit de faire tourner les enfants à de multiples reprises et que donc Hafsia a interprété plusieurs scènes en donnant la réplique à une personne imaginaire ou un assistant on ne peut que saluer son travail car rien ne laisse supposer de telles contraintes de jeu.

Le film est un bijou de pudeur, de tendresse et de naturel. Il est autant sensible que personnel. Nul doute que Rudi Rosenberg est un cinéaste à suivre. Carline Diallo, la déléguée générale du festival, ne pouvait pas mieux choisir pour la soirée d'ouverture de cette édition consacrée à l'adolescence.

Quelques mots d'amour, réalisé par Rudi Rosenberg
Scénario : Rudi Rosenberg en collaboration avec Bruno Tracq
Avec Hafsia Herzi, Nour Salam, Ella Bedoucha, Aïdan Djouadi, Mateo Danila, Charlie Lugassy, Eden Sarfati  …
Sortie nationale 28 octobre 2026

Les critiques des films en compétition seront publiées un peu avant la date de leur sortie nationale mais le bilan de l'édition (prévu dans une semaine) les évoquera bien entendu. 

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