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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.
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mardi 26 mai 2026

Je suis allée au Château du Rivau #1 les jardins

Il y a trois bonnes raisons de vous rendre au Chateau du Rivau si vous aimez les vieilles pierres, les jardins insolites et/ou l’art contemporain.

En effet, situé en Touraine, sur la commune de Lémeré (Indre-et-Loire) et inscrit parmi le réseau des grands sites patrimoniaux de la Loire, le domaine se compose d’une forteresse seigneuriale remontant au XIII° siècle et d’un logis Renaissance classées Monuments Historiques, avec un pressoir original, organisé autour d’un patio comme en Bourgogne et non creusé dans la roche comme c’est fréquent dans la région.

Il réunit l’architecture médiévale et Renaissance, l’art des jardins, l’art contemporain auquel ceux qui ont la chance d’y séjourner ajoutent l’art de vivre.

Je vous emmènerai un prochain jour visiter les bâtiments, admirablement restaurés, et nous nous attarderons sur l’exposition temporaire d'art contemporain qui se poursuit jusqu’au 1er novembre 2026, tout en pointant quelques oeuvres de la collection permanente.

Si vous souhaitez "tout" savoir à propos du Riveau consultez le site qui est très bien fait et où tout est détaillé avec précision.

Aujourd’hui, nous allons arpenter les différents espaces extérieurs qui doivent beaucoup à la détermination et la compétence de Patricia Laigneau, propriétaire des lieux depuis 1992 avec son mari Eric. Car il fallut bien du courage et de l’imagination pour redonner un cadre bucolique à un endroit qui avait été laissé à l’abandon et qui était exploité en tant que ressource agricole. Désormais les jardins sont labellisés Jardins remarquables et composent un écrin à un parc d’une vingtaine de sculptures contemporaines monumentales.

Jardin botanique mais aussi jardin de sculptures, les pièces monumentales de Pierre Ardouvin, Lilian Bourgeat, Laurent Pernot, Jean-Pierre Raynaud, Philippe Ramette, Fabien Verschaere... font écho à la collection d’œuvres d’art exposée à l’intérieur du château : Jan Fabre, Théo Mercier, Julien Salaud, Jeff Koons ... et qui seront détaillés ultérieurement dans un second article.
Il faut resituer le domaine dans une région vallonnée, très verte, marquée par la fameuse douceur de vivre tourangelle. L’arrivée s’effectue par une route de campagne tranquille qui évoque un peu la Toscane et la première impression est olfactive. Patricia Laigneau a été bien inspirée de convertir un dépotoir en un massif de lavandes et de santolines qui nous accueille avec plus d’originalité qu’un parterre de buis.
On estime la superficie du domaine initial des Beauvau au nombre de pigeons que pouvait accueillir le pigeonnier, 1200, donc 2500 hectares en appliquant le droit seigneurial. Une fois passé le portail Renaisssance, nous entrons dans l’enclos de la cour des communs qui s’appelait autrefois Cour des Servitudes et qui, elle aussi, se trouvait dans un état pitoyable.
Il était évident pour Patricia Laigneau de rendre hommage à un homme de la région, l’humaniste et bon vivant Rabelais, connu pour sa formule, l’appétit vient en mangeant, la soif en buvant. Voilà pourquoi le potager porte le nom de Gargantua. Il a reçu le Grand prix du potager innovant en 2017, et il est depuis 2013 Conservatoire du Patrimoine Légumier de la région Centre-Val de Loire. Il va de soi qu'il est cultivé selon les bons principes pour la préservation de la planète. J'adorerais y faire un stage …
Des variétés méconnues ou qui risquent de disparaitre y sont cultivées afin d’être reproduites et partagées avec d’autres jardins comme le Chou navet jaune de Saint-Marc, le Céleri violet de Tours, le Haricot Barangeonnier, le Flageolet de Touraine, la Sucrine du Berry et la Citrouille de Touraine.
A la fin de l’été on verra entre les fleurs des légumes à développement digne de Pantagruel : artichauts, potirons, citrouilles et autres cucurbitacés dont la collection est proche d’une cinquantaine de variétés, parmi lesquelles le Potiron rouge d’Etampes ou le Bleu de Hongrie, le Gros jaune de Paris, la Galeuse d’Eysine, la Courge Marina di Chiogga, la Melonette Jaspée, la Courge Spaguetti ou le Turban d’Aladin, pouvant tous être dégustés dans les deux restaurants. Par contre la Citrouille de Touraine, la Calebasse d’Hercule, la Courge Eponge ou le potiron Jack O’ Lantern ne seront présents qu’à des fins décoratives.
Ce qui frappe le plus, en ce mois de mai, c’est la profusion de roses avec 3000 pieds de 512 variétés, dont certaines sont des variétés anciennes, très odorantes. On admire parmi elles le rosier liane Château du Rivau Everive, créé par André Ève capable de monter jusqu’à près de 7 mètres de hauteur.
Les rosiers sont des couvre murs idéaux pour les douves du château (dont la pierre blanche réfléchissait une lumière éblouissante) ou pour embellir les grands arbres. Élu "Fleur de l'année 2005" par les lecteurs de Rustica, les fruits abondants du rosier liane Château du Rivau font le bonheur des oiseaux. Et je peux vous dire que le concert est incessant.
  
Les roses les plus parfumées sont celles des rosiers galliques mais ceux-ci n’étant pas remontants (ils ne fleurissent qu’une fois dans l’année) ils ne sont pas les plus plantés. Je ne résisterai pas au cours de la matinée à prendre ces fleurs en photo et je vous les montre tout de suite avant de reprendre le parcours.

vendredi 6 octobre 2023

En Addicto de Thomas Quillardet

Je vois beaucoup de spectacles. Certains me marquent à vie. Ce sera le cas de En addicto de Thomas Quillardet dont la Première avait lieu ce soir au Pédiluve, la plus petite salle de l’Azimut à Châtenay-Malabry (92).

Ce n’est pas du tout un souci de planning mais la volonté de l’artiste de jouer au plus proche des spectateurs. Vous ne le verrez pas sur un grand plateau, malgré toute la technique possible des micros HF pour porter sa voix.

Si vous l’avez manqué à Châtenay, et que vous résidez en banlieue sud de Paris, allez par exemple à Cachan. Je sais que je le reverrai à Saint-Quentin-en-Yvelines puisque Lionel Massetat l’a programmé du 2 au 5 avril prochain.

Je dirai simplement aujourd’hui qu’il s’agit d’entendre les joies et les vides de ce que l’artiste définit comme une "polyphonie solo", inventée pour porter les mots et les maux des patients en tentative de sevrage et des soignants débordés (qui n'ont pas encore assisté au spectacle mais qui viendront bientôt). Il nous transmet leurs paroles avec pour résultat une vraie rencontre. Ne vous arrêtez pas à la qualification de seul-en-scène. Thomas est seul, mais accompagné de tant de voix.

Il est déjà assis sur sa chaise quand on s’installe dans les gradins. On hésite entre s'assoir face à lui ou au bout d’une rangée, pour tenter d’échapper à son regard.

Bonjour. Le spectacle s’enclenche. On se dit que bientôt la lumière va progressivement baisser et qu’on pourra se détendre un peu. Peine perdue, nous ne serons jamais lâchés par le regard de Thomas.

Tiens, justement, un Thomas se faufile discrètement dans la cohorte des personnages. Mais bien sûr, ils ne font qu’un, lui et le metteur en scène.

Alors que le réalisme social n’a pas reçu (malgré les excellents comédiens interprétant Welfare dans la cour d'honneur du Palais des papes) le succès espéré au dernier festival d’Avignon, ce spectacle, peut-être parce qu’il est présenté en petite jauge, est totalement prenant et il m’est facile de prédire sa réussite.

C’est avec une certaine fatigue que le public sortira de la salle car on ne peut pas en perdre une miette. A peine est-on entré dans l’histoire de X, dont évidement on voudrait connaître la suite, que le metteur en scène zappe pour diriger la focale sur un autre. Et soudain, ça revient comme dans la chanson. Un couplet vient compléter les informations données précédemment.

Et à propos de musique, la bande-son compose le seul décor. On entendra How Deep Is Your Love, cette chanson des Bee Gees par Barry Gibb, sortie en 1977 sur l'album Saturday Night Fever et plus tard la chanson titre de cet album. Çà fuse comme dans le livre À la ligne, où son auteur nous offrait une vision à 360° de la condition ouvrière contemporaine. Pas étonnant que deux compagnies théâtrales se soient emparées du texte de Joseph Ponthus pour le transposer sur une scène.

Thomas Quillardet n’est ni pédagogue, ni mélodramatique. On est pleinement touché, pas coulé, non. Peut-être néanmoins qu’après on ne regardera plus un alcoolique de la même façon si on comprend que l'addiction c'est une solution pour ne pas se foutre en l'air…On pourrait aller jusqu'à dire que consommer devient de la légitime défense.

De la famille on sait que c'est un nid à névroses, mais on s'y voit, et des addictions on ne connait que ce que font les Alcooliques Anonymes en ignorant qu’il existe des services d’addictologie dans les hôpitaux. Ils sont cruciaux à notre époque où les dépendances ne se limitent plus à la boisson, au tabac, au sexe ou à la drogue. Et on peut rager d’apprendre la fermeture d’un service comme celui où l’artiste a été accueilli en observation pendant cinq mois.

On apprend que le coeur du problème c’est l’abandon. On s’abandonne parce qu’on a été (ou qu’on s’est senti) abandonné installant un vrai noeud comme un lasso. Pourtant l'abandon structure nos vies au quotidien et il faut arriver à dépasser cette frustration. Certains n'y parviennent pas et vivent encore à soixante ans des moments de rentrées au CP 4 fois par jour. Comment, alors, parvenir à aller mieux ? Quand « Y a des moments où on s'abîme / Où le hasard nous assassine » si on écoute attentivement les paroles de Michel Berger chantées par France Gall dans Bébé come la vie en 1980 ?

Ce n'est pas un spectacle intentionnellement prophylactique mais on retiendra que, quel que que soit notre choix, un verre contiendra toujours 10 grammes d'alcool, même le pastis qu'on pense léger. Que la stratégie pour ne pas "boire" au cours d'une soirée est de tenir à la main un verre (de jus de fruits sachant que le jus de pommes avec deux glaçons passera pour du whisky) et de ne jamais le lâcher pour contrer un des aspects les plus graves de l'addiction qui est la perte de contrôle.

Jusqu'à ce qu'un jour, après avoir reconnu cette maladie dont on ne s'imaginait pas victime, on se sentira mieux parce que le comprendre fera du bien et on pourra espérer devenir comme le Max du tube d'Hervé Christiani en 1981 … libre.

En Addicto existe avec notamment le soutien du Festival d’Automne à Paris auquel Thomas Quillardet fut invité pour la première fois en 2018 pour présenter Tristesse et joie dans la vie des girafes de Tiago Rodrigues. Il y est revenu en 2020 pour Ton père, adaptation du roman de Christophe Honoré. Sa dernière création, Une télévision française (2021) avait été jouée à l'Azimut il y a juste un an.

En Addicto de et avec Thomas Quillardet
Dramaturgie Guillaume Poix
Collaboration artistique Jeanne Candel
Création lumière Milan Denis
Du vendredi 06 au mercredi 11 octobre à L’Azimut (Le Pédiluve - Théâtre La Piscine)
18 au 28 octobre - Théâtre de la Ville / Sarah Bernhardt - Paris
15 au 16 novembre - Théâtre Jacques Carat - Cachan
7 & 8 décembre - Le Trident - Scène nationale de Cherbourg
24 au 26 janvier 2024 - La Rose des Vents - Villeneuve-d’Ascq
8 au 10 mars - Théâtre de l'Aquarium - La Cartoucherie dans le cadre du Festival BRUIT
2 au 5 avril 2024 - Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines - Scène Nationale
9 au 11 avril 2024 - Théâtre d'Angoulême - Scène Nationale

mercredi 14 octobre 2020

La Scala inaugure la Piccola Scala et présente le fauteuil d'artiste #6 signé par Elika Hedayat

Je suis revenue à La Scala pour découvrir la Piccola Scala et, à écouter la présidente et le directeur général,  Mélanie et Frédéric Biessy s’exprimer avec flamme, je retrouve exactement l’atmosphère de l'ouverture de l'établissement après l'immense chantier de rénovation des lieux.

Avant de descendre voir cette nouvelle salle (et je vous montrerai au passage des photos des loges que j'avais prises il y a quelques mois) j'ai envie de vous rapporter la manière dont le directeur présente la 6 ème installation qui trône dans le hall.

Il aime dire qu’il arrache un fauteuil à la salle pour le porter dans l’atelier d’un artiste qui en fera une œuvre d’art. En fait l’objet provient d’une réserve ou sera commandé chez le fournisseur quand le stock sera épuisé.

Ce dernier a été imaginé par Helika Hedayat, qui est une artiste iranienne qui connaît la Scala depuis le début de l’aventure (et réciproquement) et son œuvre a été conçue pour la réouverture après le confinement. Elle décline le "mode Scala » comme jamais jusque là. Elle était bien entendu venue voir les œuvres précédentes, lesquelles sont en photo dans l’escalier qui permet d’accéder à la grande salle.
Son titre, Abyssal, lui a été inspiré par le parallèle qu’elle fait entre notre monde et le cosmos, à travers sa perception du corps humain. Elle a imaginé une installation triptyque qui inclut deux vidéos loops de 30 à 40 secondes qui sont projetées en boucle chacun des murs qui se trouvent de part et d’autre du fauteuil, lequel est placé devant un dessin représentant une connexion de neurones (photo ci-dessous).
Je remarque que les fauteuils se ferment et s’ouvrent ... à l’instar d’une bouche et je ne suis pas surprise des titres des œuvres ... Sur la droite, un coeur se déploie sur un fauteuil (Monologue).
Sur la gauche des poissons sautillent d’un siège à l’autre (Dialogue).
Et au centre, bien entendu "le" fauteuil dont la découverte est hypnotique.

samedi 23 mars 2019

Vigile de Hyam Zaytoun


(mis à jour le 30 octobre 2019)

C'est un petit livre par la taille, grand par l'émotion.

C'est une histoire de pulsation. C'est donc une écriture simple par des mots qui sonnent et des phrases courtes ; c'est une écriture lumineuse par l'énergie qu'elle porte. 

La quatrième de couverture résume bien le propos : Un bruit étrange, comme un vrombissement, réveille une jeune femme dans la nuit. Le silence revenu dans la chambre l’inquiète. Lorsqu’elle allume la lampe, elle découvre que l’homme qu’elle aime est en arrêt cardiaque.

Le roman restitue cette folle nuit et les jours qui ont suivi. L'épilogue apporte au lecteur toutes les réponses aux questions qu'il se pose sur l'issue, fatale ou heureuse.

Ce titre de Vigile a de quoi intriguer. Il évoque le gardien autant que le qualificatif qui caractérise un coma de stade 1, désignant un état où le malade n’est pas totalement inconscient. Il devrait alors logiquement s'écrire sans "e". C'est le coma vigil.

La mort est comme un diable qui susurre à l'oreille que c'est déjà trop tard, que tu m'as quittée désormais, que je vais pas y arriver (p.15) mais elle a décidé de ne pas lâcher... et le miracle se produit. Mais peut-on parler de miracle quand il s'agit tout de même d'un coma ?

La narratrice sait à quoi s'attendre. Son père "sort" d'un infarctus (p.23) et elle était probablement en alerte depuis. Elle ose dire au lecteur ses peurs de quelque chose qui a à voir avec le spectre de la déchéance (p.46) et la hantise de la pauvreté ... tout ce qui pourrait arriver s'il ne revenait pas. Les phrases sont devenues plus longues et courent à perdre haleine.

Elle se prépare au pire. c'est ancré en elle depuis l'enfance. Mais elle veut y croire encore : je suis ta vigile, ton garde du corps ... (p.52).

A l'instar de la chanson d'Aznavour ils sont venus, ils sont tous là, près du lit, même les enfants, Margot et Victor, et c'est très difficile pour eux de faire bonne figure. Leur refus d'accepter le destin compte aussi.

Nous ne sommes pas devins, ce que nous vous disons c'est ce qui, nous croyons nous médecins, au vu des statistiques (p.91). Terrible mais honnête parole du médecin à une femme qui refuse simplement de partager ses conclusions et qui veux accompagner encore un peu, toujours plus loin.

Ce roman pourrait être un témoignage. Il est bien davantage parce qu'au-delà d'une leçon d'espoir c'est avant tout une déclaration d'amour par le femme, les enfants, la famille, les amis.

C'est simple, beau, fort, pudique et sincère et ... l'épilogue arrive à point nommé pour relâcher la tension.

Comédienne, Hyam Zaytoun joue régulièrement pour le théâtre, le cinéma et la télévision. Elle collabore par ailleurs à l'écriture de scénarios. Elle est aussi l'auteur d'un feuilleton radiophonique - "J'apprends l'arabe" - diffusé sur France Culture en 2017. Vigile est son premier roman et je l'ai découvert par le groupe des 68 premières fois. Il est sélectionné pour plusieurs prix dont le Grand Prix des Lectrices et des Lycéennes de ELLE.

Hyam Zaytoun est l'invitée d'Entre Voix jeudi 31 octobre à 20 heures. Elle y parle de son parcours, de ses choix artistiques et de ses projets mais aussi du récit musical qu’elle a conçu avec Julien Jolly et qui est à l'affiche du Pédiluve de Chatenay-Malabry le 8 novembre à 21 h et le 9 à 18h. C'est le récit musical pudique, poignant et autobiographique d'une vie qui bascule et qui connait un sauvetage miraculeux.

Vigile de Hyam Zaytoun, Le Tripode, en librairie depuis le 3 janvier 2019

jeudi 18 octobre 2018

Chimie Vivante, troisième album de Féloche

Je connaissais Féloche à travers ses disques. Je suis allée le découvrir sur scène, au Centre Paul Baillart de Massy (91). Il passera bientôt (le 20 décembre) au Pédiluve de Chatenay-Malabry (92).

Il a, à juste titre, un public dans chacun de ces endroits où il s'est déjà produit, et c'est légitime parce qu'il appartient à cette catégorie d'artistes, à la fois chanteurs, compositeurs et interprètes qui aiment la scène.

Découvert aux Francofolies en 2010 ce n'est pas un hasard s'il a été nominé aux Victoires de la musique en 2015 comme "révélation scène de l'année" où il interpréta Silbo que l'on a entendue aussi ce soir.

On entendra aussi Darwin avait raison qui était le titre phare de son premier album, La vie cajun (enregistré à 23 ans, sorti bien plus tard, en 2010).

Féloche, né en 1973, est le petit-fils de de Charles Le Bars, artiste-peintre et sculpteur. Son père, Hugues Le Bars fut un grand compositeur de musiques de film, de ballets de Maurice Béjart et d'histoires pour enfants (Collection Père Castor), célèbre pour avoir souvent inséré des voix dans ses compositions, notamment celles d'André Malraux, Eugène Ionesco, Sonia Rykiel ...

Au début des années 1970, Hugues Le Bars s'était installé au vert dans un petit village de l'Aisne qu'il finit par quitter pour habiter près de Montfort-l'Amaury. Il réinstalla alors son studio non loin des lions et des girafes de la réserve africaine de Thoiry. où il résida une vingtaine d'années avec sa compagne et leurs enfants. est-ce qu'avoir entendu les cris des lions a conditionné Féloche et lui a soufflé l'inspiration pour écrire Crocodile ?

Le clip de cette chanson a été tourné par Yolande Moreau, qui est une actrice et réalisatrice, à l'univers extraordinaire. On se souvient de son interprétation très sensible dans Séraphine, et de la sensibilité de son second film Henri. Ils avaient depuis longtemps le projet de travailler ensemble car elle devait déjà faire le clip de On va ouH! Pour Crocodiles elle a dirigé Féloche en lui suggérant d'être le plus sobre possible, ce qui allait à l'encontre du tempérament bouillonnant qu'il révèle sur la scène mais qui procure un résultat très intéressant.
Les crocodiles, ce sont "les trucs qu'on se prend dans la tête" et qui nous changent, inévitablement. Parce que le corps est une Chimie vivante. Cette chanson donne le titre à ce troisième album et c'est elle qui ouvre le concert.

dimanche 25 mars 2018

Seuls les enfants savent aimer de Cali, au Cherche Midi

Seuls les enfants savent aimer, c'est écrit page 65 (...) Seuls les enfants meurent d'amour. (...) A chaque seconde le coeur d'un enfant explose.

Sans doute le coeur de Cali n'a pas encore cicatrisé puisque à près de cinquante ans il publie ce livre qui, même s'il est présenté comme un roman, est un cri d'amour déchirant : Tu me manques à crever, maman. Jusqu'à quand vas-tu mourir ? (p. 38)

Ce qui est difficile à percer c'est si Cali a écrit avec les yeux de cet enfant de 6 ans qui regarde le cortège funéraire de sa mère passer sous sa fenêtre ou si ses mots sont ceux d'un adulte. Le fait qu'il n'ait pas signé le livre de son vrai patronyme, Bruno Caliciuri, mais de son nom d'artiste fait pencher du côté de la seconde hypothèse qui, forcément, relève moins de l'intime. Cependant je considérerai le texte comme un récit, par respect pour l'homme dont la perte d'une maman si jeune est forcément un grand traumatisme.

Je l'ai rencontré un soir de 2011, dans une toute petite salle de banlieue. Il était venu au Pédiluve soutenir une jeune artiste, Lise, et nous avait fait la surprise de surgir en plein récital. Plus récemment c'est le chanteur MontparnassE qui m'a dit combien il avait été encourageant pour lui. Il lui a offert une chanson au titre ô combien symbolique : Ecoute-moi jusqu'au bout.

samedi 8 novembre 2014

Maya Kamaty livre son premier album Santié Papang chez Atmosphériques

Santié Papang est sorti le 27 octobre chez Atmosphériques. Je l'ai écouté en avant-première mais je n'ai pas eu la possibilité d'en parler avant aujourd'hui. C'est pourtant peu dire que j'ai aimé : je l'ai écouté quasiment en boucle à longueur de temps, pour m'imprégner de toutes les nuances que l'artiste a réussi à harmoniser sur cet album.

La pochette est surprenante, ultra sophistiquée, ne ressemblant pas à ce que Maya Kamaty est dans la réalité, naturelle et attachante.

Si elle a déjà un long passé de festivalière elle n'est pas encore connue du grand public. Pourtant Maya Kamaty a été la première femme lauréate du Prix Alain Peters et du Prix des Musiques de l’Océan Indien en 2013. Et Santié Papang est son premier album.

La chanteuse revendique désormais ses origines réunionnaises. Elle est née d'un père musicien-chanteur (Gilbert Pounia) et d'une mère conteuse qui tous deux ont milité pour imposer la culture réunionnaise. On pourrait penser que ce fut déterminant pour asseoir une vocation artistique. Elle a refusé cet héritage pendant longtemps, jusqu'à ce que tout finisse par l'envahir et s’installer en elle, sans même que sa conscience n’en soit alertée, reconnait-elle.

La belle langue créole de son île, le vent chaloupant du Maloya, la musique et le chant traditionnel de sa terre de naissance et de vie, entraient en elle à son insu, attendant le moment propice pour s’imposer à elle.

Elle signe tous les textes, en créole. Maya Kamaty ne s’interdit néanmoins rien. Surtout le droit de bifurquer vers là où elle ne pensait jamais aller comme chanter en français les deux textes que lui a écrit le poète Michel Ducasse, Ecris-moi et Comme un refrain. Dans l'une ou l'autre langue l'album ouvre grand les fenêtres de l'imaginaire.

Le premier titre, Ansam, finit par être limpide même à celui qui n'a pas l'oreille habituée à ce créole là. D'ailleurs vous savez peut-être qu'à la réunion les métropolitains sont appelés les "zoreilles" parce que précisément ils font tout répéter, espérant comprendre ... On a l'impression de se balancer dans un fauteuil à bascule sous la varangue (sorte de véranda ouverte sur le jardin) en écoutant la voix langoureuse de Maya. Mais pour elle c'est la crainte de l'ouragan à laquelle elle songe, barricadée dans la maison en attendant que l'alerte cyclonique soit levée.

Ecris-moi arrive juste après. Il nous donne très envie de danser. Et nous sommes surpris de presque tout comprendre, sans percevoir que le texte est totalement français. C'est que la poésie de Michel Ducasse est plutôt dense, extrêmement travaillée. On a envie de le paraphraser en le citant : le jeu en vaut la dentelle.

Retour au créole avec Son zié dans une nouvelle intonation. Elle y dénonce les violences conjugales., encore tabou à La Réunion. Le kayamb, son instrument fétiche, résonne étonnamment. C'est sans doute une question de rythme.

Le kayamb est utilisé dans les Mascareignes pour jouer le séga et le maloya. C'est un instrument de percussion idiophone par secouement. Il incarne l’âme de la musique Réunionnaise, résumant toute l’histoire de l’île et l’héritage des esclaves des plantations de cannes à sucre. Ce sont eux qui ont construit les premiers kayambs avec ce qu’ils trouvaient sur place : des roseaux ou des tiges de fleurs de canne à sucre liés entre elles composant deux panneaux montées sur un cadre en bois léger, à l'intérieur duquel on met des petites graines rondes et dures de safran marron, de kaskavel ou de conflor, le tout maintenu par 3 lanières de cuir de peau qui assurent l'homogénéité et la robustesse de l'ensemble. Les graines produisent un son caractéristique lorsqu'elles s'entrechoquent, pareil au bruit des vagues

Le joueur de Kayamb tient son instrument horizontalement. Il le secoue avec l'aide des deux mains en se cambrant légèrement vers l'avant dans un mouvement dansant et en impulsant le mouvement du bout des doigts. 

J'ai particulièrement apprécié la piste 4 Comme un refrain parce qu'on y entend pleinement la voix de Maya, libérée des instruments (on ne perçoit le kayamb qu'à la toute fin). J'ai fini par trouver à qui elle me faisait ici penser, à la chanteuse Daphné.

Suit Santié Papang, qui donne le titre à l'album, tout imprégné de maloya. Elle évoque le mode de vie sur les hauteurs de l'île et les nombreuses fêtes qui sont des moments de purs partages.

La batterie s'affirme avec Mové Rev dans un créole plus "français" dirais-je dans une très belle musicalité qui s'exprime en "plages". La voix s'efface régulièrement pour laisser s'exprimer les instruments et d'autres émotions, en l'occurrence le puits sans fond d'Alice au Pays des Merveilles.

Ti Kok s'inscrit dans une des problématiques de l'île. Il y est question des zoreilles et d'un frère marron (évadé) dans une atmosphère ultramarine. Il est dédié à son frère pour signifier que même si on vit éloignés géographiquement la pensée et l'amour sont plus forts que tout.

Maya exprime de la rage dans Ti Brine. On a envie de comprendre ses propos. Cela tombe bien, si je puis dire car le livret comporte la traduction de chaque chanson. Les paroles ne sont guère plus claires en français mais le regret et la nostalgie sont nets. C'est l'histoire d'une jeune fille qui se languit de la pluie. Il faut savoir que le Maloya, ce blues ternaire issu du chant des anciens esclaves travaillant sur les plantations de canne, et qui est la fierté des Réunionnais fut banni par les autorités, et interdit officieusement jusqu'en 1981.

Mazine évoque les incivilités. Dernié Viraz est inspiré de la vie de Billie Holiday, parlant d'abandon, d'oubli de soi et des dégâts de l'alcool.

Zanfan est une berceuse et Véli c'est l'étoile du berger, une chanson d'espoir et d'amour.

Maya Kamaty (un nom formé en associant deux prénoms, le sien, et celui d’une femme debout, marginale et intense, dont lui a beaucoup parlé son père) avait fait du Maloya le fil conducteur du folk contemporain qu’elle crée en compagnie de son groupe, avec qui elle se produit pour la première fois le 8 mars 2012. Une date à la saveur symbolique. Les femmes ont mis du temps avant d’oser s’emparer du Maloya. "Quand je vois le combat qu’a mené ma mère pour la langue créole et le Maloya, pour moi, c’est un exemple fort. C’est comme si, nous les femmes, nous étions monté dans le train en marche pour nous positionner, en tant que femmes, dans le Maloya" commente Maya.

Ce premier album de Maya Kamaty associe les instruments traditionnels (kayamb, roulèr) aux sonorités de guitares plus contemporaines pour produire un blues métissé de maloya, la musique emblématique de la Réunion. Certains concluront que sa voix se cherche sur la voie qu'elle trace... l'image est plus que juste tant elle exprime des nuances différentes d'un titre à l'autre.

Et si vous pouvez allez la voir en scène la sensation sera plus forte encore : après une tournée en Corée, en octobre elle a fait une halte à Paris puis au Pédiluve de Châtenay - Malabry (92). Début novembre elle fut aux Liaisons Musicales de Marcq-en-baroeul (59), au Festival Vand'Influences de Vandoeuvre-les-Nancy (54) puis à l'Auditorium de Saint Florent le vieil (49).

Le 20 novembre elle sera au Mundial Montréal à Montréal. Le 7 mars 2015 à la Journée de la femme de Magny-les-Hameaux (78), le 9 avril au Coquelicot de Fougères (35) et le lendemain au Théâtre Victor Hugo de cette même ville. On peut suivre son actualité sur son adresse facebook.

Dans quelques jours je vous emmènerai faire un autre voyage, découvrir d'autres rivages marins ... en Baie d'Arcachon, et je vous promets quelques surprises.

samedi 9 février 2013

Le théâtre Firmin Gémier La Piscine fête son cinquième anniversaire avec Daniel Buren


Ce n'est pas tout à fait juste parce que le théâtre Firmin Gémier a bien plus de 5 ans. Cela fait quelques années qu'il a investi l'ancienne Piscine de Chatenay-Malabry, d'où son nom.

Longtemps les deux bâtiments ont fonctionné en parallèle et puis la découverte d'amiante dans le plafond de Firmin Gémier a sonné la fin du lieu auquel l'équipe et le public était si attaché. Il n'y a plus de théâtre désormais a Antony, du moins en salle permanente.

Rien de plus normal dans ce contexte d'avoir envie de se réjouir tous ensemble et de faire la fête en l'honneur de la structure chatenaisienne autour d'un programme fléché plutôt varié.
Cela a commencé très sérieusement par une causerie matinale à propos de l'impact du numérique qui devait être passionnante mais à laquelle je n'ai pas pu assister. Je m'étais inscrite au déjeuner. Pour 12€ nous pouvions manger un plat "bio" et un dessert, le tout préparé par la Cie Ap'nez.
L'après-midi offrait un festival de découvertes. Des visites bien sûr de l'équipement. Je le connais bien et j'ai laissé ma place. Vous pouvez jeter un oeil sur la structure et ses coulisses en regardant ce que j'avais écrit il y a 5 ans précisément ... à l'inauguration de ce pôle culturel.
J'aurais pu céder à la tentation de ces pâtisseries réalisées par l'Association des Femmes relais d'Antony. Le prix demandé (1€ le gâteau et 0, 50€ la tasse de thé à la menthe) était plus que raisonnable. Si j'avais été plus attentive au programme j'aurais fait l'impasse sur le déjeuner.
L'heure était propice pour apprécier un massage thaï sous les mains expertes d'Aurore, dans l'ambiance très zen du pédiluve ...
... avant de rejoindre quelques minutes plus tard les gradins douillets de la petite salle de concert devenue salon littéraire. Détente assurée en écoutant par exemple la Cantatrice chauve de Ionesco, lue par lui-même, ou un morceau de musique.
Des membres du Club photo d'Antony étaient là pour immortaliser les visiteurs dans un décor d'agence de voyage pour 1€. Des animations étaient proposées aux enfants. Et une leçon de clownerie aux parents en salle de répétition à 15 heures ... enfin pas tout à fait car il s'agissait en réalité d'un spectacle.
Un bref coup d'oeil en coulisses m'a permis de voir l'envers du décor de la performance prévue le soir dans la grande salle sous la houlette de Daniel Buren. La structure entretient une longue histoire avec cet artiste passionné de cirque et qui a déjà participé à un spectacle d'un festival Solstice.
Vu de face c'est un panneau de bandes noires et blanches, de strictement 8,7 cm de largeur, mesure que je connais depuis la visite du Silo de Marines où se trouvent deux de ses oeuvres assez impressionnantes.
Assis au premier rang Daniel Buren, micro à la main, dicte les consignes à des apprentis-artistes : "Alice, en haut , rouge".
Et tandis que la jeune fille saisit un rectangle de papier rayé rouge et blanc et entreprend de le coller à l'emplacement exigé voilà maintenant Soraya qui reçoit l'ordre de placer un bleu clair en haut, puis Inès un milieu jaune.
May devra coller un milieu vert, Juliette un haut violet alors que Alice poursuit le travail tant qu'elle ne recevra pas une instruction contraire.
Les ordres suivent : Inès, en bas rose. Juliette en haut bleu foncé. May, bas bleu foncé. Alice ! (la jeune fille suspend son geste et repose la feuille rouge et blanche) : milieu jaune. La voyant coller le rectangle jaune au milieu, mais toujours sur la gauche, on comprend que chacune a en quelque sorte la responsabilité d'une bande verticale large de deux rectangles et que les instructions doivent s'entendre dans une zone unique.
L'oeuvre se poursuit selon une chorégraphie imposée par Daniel Buren dans laquelle les emplacements des escabeaux ont eux aussi une signification. Toutes ne vont pas à la même vitesse. May en a collé 10 alors que Soraya n'en a positionné que 6. Chacune poursuit ... soudain la voix retentit : Alice, stop. May stop. Les jeunes filles s'éclipsent en coulisses.
Daniel Buren continue à ordonner, comme s'il se livrait à un rééquilibrage constant des couleurs. Il rappelle Alice lui demandant du vert, en haut à gauche. dans les premiers rangs on sent l'odeur légère de la colle. Les pieds glissent, parfois patinent. dans la salle on toussote parfois, toujours discrètement.
Sans fatigue ni lassitude apparente chacune continue à se saisir d'un rectangle, encoller, poser, coller, surcoller. La réserve de rectangles, dissimulées de la vue du public devant l'oeuvre semble inépuisable. On pense aux Balais de l'Apprenti sorcier déversant leurs seaux d'eau sur la musique de Fantasia ...
On cherche à comprendre ... ou pas ... Tiens, le rouge sera bientôt totalement sacrifié. Un rectangle vert se détache, bizarrement positionné. 
On ne voit plus de rouge, ni de jaune, presque plus de orange, et bientôt le violet n'existera pas davantage. Ne subsistent que deux tons de bleus et du vert.
Juliette ! En haut à droite, déchirure ! L'ordre provoque des applaudissements alors que la jeune fille tire l'échelle, monte et commence à faire doucement apparaitre des couleurs précédentes. le sourire de l'artiste es frappant.
Les instructions concernent désormais les zones à découvrir et le hasard guide aussi les doigts qui déchirent une épaisseur plus ou moins importante.
Au final c'est très beau, magique.
Saluts. Applaudissements. On n'a pas vu l'heure passer.
Quelques-uns s'approchent pour une photo en gros plan, une question aux artistes. D'autres se précipitent pour aller danser. DJ Couf Couf est déjà aux platines en Salle des machines.
Dommage que l'oeuvre soit éphémère ... On la verrait bien quelque part, en harmonie avec les éclairages si particuliers de la coupole et si beaux.

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