jeudi 6 septembre 2018

Le Roi Arthur, écrit et mis en scène par Jean-Philippe Bêche

Aller voir le Roi Arthur à la Cartoucherie, dans la très belle salle de Pierre du Théâtre de l'Epée de bois, équivaut presque à lancer une partie de jeu vidéo. Je l'écris sans aucune malice. Le spectateur est tout autant immergé dans cette folle saga que s'il était lui-même aux manettes.

Tout concourt à rendre l'aventure quasi vivante. Le cadre du lieu, qui suffit amplement comme décor naturel, mais les murs nus d'une ancienne usine, d'une carrière à ciel ouvert, d'un pan de château ou même une église désaffectée seraient tout autant opportuns. Je verrais très bien le spectacle l'été prochain dans l'enceinte de l'abbaye d'Hambye (60).

Les costumes (de Catherine Gorne Achdjian) conviennent parfaitement à instaurer une atmosphère qui soit plus onirique que strictement médiévale, en particulier la robe fabuleuse de (la fée) Morgane et la superposition de tartans écossais de Merlin (l'enchanteur).

Peu d'accessoires mais essentiels : quelques bougies, et des épées pour des combats à la vie à la mort, réglés par le maître d’armes Francois Rostain.

Les lumières d'Hugo Oudin sont très justes pour instaurer un climat dramatique avec de puissantes projections rouges inondant des coulisses qui prennent des allures de souterrain. Ou installant sur le sol la forêt, de Brocéliande, une croix, et à son intersection, le symbole des chevaliers de la Table ronde. 

Et surtout, à égalité de force, le jeu des comédiens (il faudrait tous les citer) et la musique interprétée puissamment en direct par Aidje Tafial. L'emploi des percussions n'est pas nouveau mais il convient ici à la perfection, et peut aussi offrir des accords évoquant l'Orient. Les bruitages sont élaborés avec un travail de vocalises apparenté au beatboxing et le recours à des cris d'oiseaux.

Tous les ingrédients sont présents pour captiver un public à partir de 10-12 ans, et cela sans complaisance aucune.

Faut-il rappeler néanmoins que le mythe du Roi Arthur s'inscrit dans une époque légendaire que l'on peut probablement situer aux premiers temps de la Chevalerie, vers la fin du Vème siècle ou au début du VIème siècle ?

L’histoire de ce roi est héroïque, malheureuse et tragique. Et c'est bien à un drame que le spectateur est convié par Jean-Philippe Bêche qui a décidé d'en récrire les aventures il y a quatre ans, sous forme d'une pièce de théâtre qui fut publiée avant même qu'il ne la monte sur scène par la Société des Ecrivains. Elle va prochainement être rééditée en incluant les modifications et ajouts, inévitables, engendrés par le passage à une version plus théâtrale.

Tout en étant de la prose, on entend un effet de rimes à l'intérieur des répliques, ajoutant une musicalité poétique à mesure qu'on progresse dans l'histoire, à la manière des contes épiques d’autrefois. Y croire ou non, là n'est pas la question. Le spectacle se vit, un point c'est tout.

On peut malgré tout remarquer quelques accents féministes. La reine Ygerne (Catherine Aymerie le jour de ma venue) regrette que les hommes décident de la vie des femmes. On notera que Morgane (Marie-Hélène Viau) peut être considérée comme une femme émancipée.

On entend de superbes déclarations d'amour, comme celle de Lancelot (Lucas Gonzalez) : j'existe dans tes yeux, sinon je ne suis rien, ou de Guenièvre (Morgane Cabot) : j'ai fleuri très haut sur votre arbre mais le vent m'a décrochée et je suis tombée.
Tout le propos serait, comme le préconise Merlin (Jérôme Keen) de retrouver ce qui est perdu, à savoir le graal. Et surtout ne jamais cesser d'y croire.

Les combats résonnent dans la salle d'armes du château de Camelot. Les murs de pierre donnent une dimension sacrée à ce monde d'honneur où chaque instant est vécu intensément. On s’aime, on se déchire, on le dit, on se le crie au visage. On s’avoue des choses terribles, le coeur ouvert, exacerbé, sans rien craindre ni de la vie ni de la mort. Les sentiments sont forts, violents, profonds et urgents. Chaque parole prononcée, chaque geste tracé engage l’être tout entier. C’est un monde d’absolu, où la chair et le sang ne se délient jamais.

Il est heureux que Jean Philippe Bêche ait pu monter le spectacle en région parisienne avec la  Compagnie du Rameau d’Or, dont le nom est dédié en quelque sorte à son père, auteur de romans historiques pour la jeunesse et qui s'inscrit naturellement dans la tradition de la transmission du pouvoir. On lui souhaite maintenant une belle tournée.

Le Roi Arthur
Ecrit et mis en scène par Jean-Philippe Bêche
Avec Antoine Bobbera, Lucas Gonzalez, Jean-Philippe bêche, Jérôme Keen, Erwan Zamor, Marianne Giraud-Martinez (en alternance avec Catherine Aymerie), Marie-Hélène Viau, Franck Monsigny, Morgane Cabot et Fabian Wolfrom
Musique interprétée en direct par Aidje Tafial
Du 6 au 23 Septembre (prolongé jusqu'au 14 octobre 2018)
Du jeudi au samedi à 20H30, matinées samedi et dimanche à 16h
Au Théâtre de l'Epée de bois
Cartoucherie de Vincennes
Route du Champ de Manoeuvre 75012 Paris
01 48 08 39 74

Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de Cécric Vasnier

Aucun commentaire:

Articles les plus consultés (au cours des 7 derniers jours)