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jeudi 27 septembre 2018

Misery de William Goldman d’après le roman de Stephen King

J'avais a-do-ré le film de Rob Reiner, qui avait été un vrai choc en février 1991. Le couple composé par James Caan dans le rôle de l'écrivain Paul Sheldon et Kathy Bates dans celui d'Annie Wilkes,  l'infirmière maléfique me semblait inégalable.

Et pourtant je jurerai aujourd'hui qu'on ne peut pas imaginer mieux que Francis Lombrail et Myriam Boyer.

Avec une histoire conçue par un maitre du suspense (Stephen King), une adaptation cousue main par Viktor Lazlo, un décor (de Jean-Pierre Laporte) très intelligemment suggestif d'une Amérique "provinciale", conformiste et éloignée de tout, des éclairages adéquats, et pour cause puisque c'est le metteur en scène Daniel Benoin qui les a réalisés (qui a lui-même mis en scène et joué la pièce il y a quinze ans dans une autre adaptation), et deux grands comédiens ... le succès est assuré, et mérité.

Maintenir le suspense pendant près d'une heure trente demande beaucoup de soin. Et ça commence par la tempête de neige qui a (aurait ?) causé l'accident de Paul Sheldon, le romancier et créateur du personnage de Misery. Prise dans un violent blizzard, sa voiture a dérapé sur le verglas et est tombée dans un ravin. Les bourrasques sont perceptibles à jardin et on ressent quasiment le froid d'un hiver qui promet d'être terrible. Il faut aussi citer le recours intelligent à la vidéo (Paolo Correia) pour suggérer ce qui n'est pas montrable et entretenir l'angoisse, à commencer par nous faire vivre l'accident.

Par chance (fatalité ?) l'écrivain a été secouru par sa plus grande fan (fanatique) qui se trouve être infirmière. Le public assiste à son réveil dans le chalet isolé. Rien de mal ne peut vous arriver. Pas avec Annie près de vous. Je suis votre fan numéro 1.
Peut-on faire confiance à quelqu'un qui a donné à son cochon le nom de l'héroïne qu'elle vénère et qui s'exprime parfois à la troisième personne, ce qui témoigne combien elle peut se sentir une mission surhumaine ? Le sauvetage n'est pas un miracle. Je vous suivais, reconnaitra Annie. Elle prendra soin de lui ... jusqu'à ce qu'elle apprenne que le neuvième opus, le dernier de la série qu'elle affectionne, raconte la mort de l'héroïne à laquelle la retraitée s'est quasiment identifiée.

C'est grâce à Misery que je sais que je ne suis pas seule au monde. Un écrivain, c'est Dieu pour celui qui lit ses histoires.

Paul Sheldon ne pourrait pas cacher la mort de son personnage principal. Annie a subtilisé le cartable qui était à coté de lui dans la voiture. L'écrivain a le sentiment de vivre un mauvais rêve et nous partageons ses cauchemars, grâce au recours de la vidéo alors que la neige n'en finit pas de s'accumuler à l'extérieur.

Annie ne cédera rien et le contraindra à récrire le roman en faisant ressusciter Misery. Le bruit de la machine à écrire deviendra lancinant alors que son cerveau échafaude un plan pour se sortir de cet enfer. Et vous verrez que l'affaire est loin d'être gagnée. Rien ne fonctionne comme on peut s'y attendre dans un monde "normal". La mise en scène est angoissante à souhait. Plusieurs de nos sens sont sollicités pour nous faire frissonner. La vue bien sur, mais aussi l'oreille et même le non dit en évoquant le vaudou. On a vraiment le sentiment que s'il échappe à Annie ce seront les coyotes qui auront raison de lui.
La tension se relâche à de brefs instants, pour mieux nous serrer la gorge ensuite. Connaitre l'issue ne change rien à l'affaire. Le spectateur, même averti, est jusqu'au bout subjugué par les deux comédiens qui nous font vivre une large palette d'émotions. Myriam Boyer y est redoutable et on est soulagé -façon de parler- de voir la complicité (artistique) qui l'unit à Francis Lombrail aux saluts. L'ovation est amplement méritée.
Puisse le succès de la pièce guider le spectateur à re-découvrir l'immense oeuvre de Stephen King! Ou de lire l'ouvrage que lui a consacré Alexandra Varrin, une fan authentique et animée d'excellentes intentions.

Misery de William Goldman d’après le roman de Stephen King
Adaptation française de Viktor Lazlo.
Mise en scène de Daniel Benoin assisté de Alice-Anne Filippi Monroché.
Avec Myriam Boyer et Francis Lombrail.
Scénographie de Jean-Pierre Laporte.
Costumes de Nathalie Bérard-Benoin.
Lumières de Daniel Benoin. Vidéo de Paolo Correia.
Au Théâtre Hébertot
78 bis boulevard des Batignolles, Paris 18ème
01.43.87.23.23. www.theatrehebertot.com
Du mardi au samedi à 21h00 et le dimanche à 15h00

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