dimanche 2 septembre 2018

Nous les coyottes, film franco-américain de Hanna Ladoul et Marco La Via

Nous les coyottes est un film franco-américain de Hanna Ladoul et Marco La Via que j'ai découvert dans la sélection en compétition au festival Paysages de cinéastes. Ces deux réalisateurs, qui n'ont pas trente ans, ont beaucoup de talent et leur premier film est une grande réussite.

A écouter la musique qui accompagne le générique on pense qu'on va regarder un film léger dont le propos serait de nous raconter ce que le rêve dit américain peut encore avoir de légitime. Amanda (Morgan Saylor) ambitionne de travailler dans la musique, Jake (McCaul Lombardi) pourrait faire n’importe quel petit boulot, tant qu’il est avec elle. 

On découvrira au contraire tout ce que le mythe cache de violence et de cruauté dont sont victimes tous ceux qui ne sont pas dans la droite ligne de l'american way of life bien pensante et surtout très installée.

Malgré tout, il existe des réservoirs d'espérance pour qui a un moral d'acier, quelques dons, et surtout la chance de faire "la" bonne rencontre.

Hanna Ladoul et Marco La Via ont composé un road movie qui se déroule en 24 heures chrono et qui peut être considéré comme une forme de documentaire sur Los Angeles, à la fois social, visuel et musical. Ils nous font traverser plusieurs quartiers de cette mégapole qu'ils connaissent bien puisqu'ils s'y sont installés il y a quatre ans, et entendre toutes les influences qui se côtoient dans cette ville où se lancent les courants artistiques.

L'épopée d'Amanda et de Jake amène le spectateur à reconsidérer ses a priori. La jeune fille n'obtiendra peut-être pas le job tant convoité et pour lequel elle affiche les bonnes compétences. La nonchalance de son petit copain n'est peut-être qu'un trait de caractère qui lui permettra de conserver son énergie et de décrocher un emploi qui les sauvera du désastre. 

Elle est courageuse mais cela ne suffit pas. Il passe pour un glandeur mais ce n'est pas un handicap.

Les deux français ont tourné avec peu de moyens (mais ils ont bénéficié du prêt d'une caméra de Panavision équipée d'objectifs comme on en rêve), sans matériel d'éclairage, à la fois par nécessité et par choix artistique. Ils ont privilégié les plans serrés, avec des focus sur des détails, en floutant les fonds, quitte à saturer les couleurs, ce qui procure un sensation d'intimité et d'urgence, surtout quand les personnages sont en mouvement.

Plusieurs scènes de dialogues sont davantage posées quand les mots tombent comme des menaces. Par exemple lorsque Amanda réalise que son entretien d'embauche concerne en réalité un stage de 12 mois non rémunéré mais qui pourrait constituer une formidable opportunité ... pour l'employeur opportuniste. Et à chaque fois que le décalage culturel entre la province et la grande ville a besoin de se faire cruellement ressentir.

A d'autres moments on a le sentiment que la caméra était là, en position cachée, ... quand la tante, qui n'est pourtant pas "croyante" mais dont les enfant vont à l'école catholique, annonce que le couple fera chambre à part en raison d'un qu'en dira-t-on non négociable. Ou encore quand le gardien de la fourrière les escroque d'une somme colossale, bien supérieure à la valeur de leur voiture.

On traverse Los Angeles du Nord (la tante d'Amanda habite le quartier de Tarzana) au Sud en passant par Hollywood, et en plongeant dans l'eau (glacée) du Pacifique qui borde la plage de Venice... On avale des kilomètres d'autoroutes et on finit, no pas par un coucher de soleil mais par un ciel de nuit sur lequel se découpent des silhouettes de coyotes. Il est vrai que ces animaux encerclent la ville et leurs hurlements sont assez stressants. Je les ai entendus de près lors d'un séjour en Californie et je me souviens de la peur qu'ils engendrent.

La lumière éclate quand l'un ou l'autre croise ce qu'on appelle de belles personnes. C'est la libraire passionnée de poésie. C'est un sans abri. C'est encore un jeune rappeur (Khleo Thomas) qui commence des percussions sur une simple pochette de CD et improvise des paroles. Cela donnera Momentum imaginé avec le français Charles Caste (Clovis XIV) et qui sera produit par le compositeur du film, Juan Cortès.

La bande originale reflète l’éclectisme de la scène musicale actuelle de Los Angeles. Avec des artistes comme Ray BLK (Doing Me), l’américaine-allemande-jamaïcaine Amber Mark (Space), Goldmyth (Faded Dreams), Caribou (Can't Do Without You), le nouveau groupe FUKC créé par le français Lemuel Dufez (Too Good, ou I Love L.A), ou encore Devoted dont j'adore le morceau qui est dans le film, Santa Fe.
Les réalisateurs disent avoir étés été inspirés et confortés dans leur démarche par plusieurs films qui utilisent cette même unité de temps de 24 heures : Oslo, 31 août de Joachim Trier, Oh Boy de Jan-Ole Gerster, et bien sûr la trilogie des Before de Richard Linklater. On pense aussi pendant la projection à Cassavettes et à de multiples autres références. La photo ci-dessus rappelle Titanic.

Quelques heures peuvent suffire à changer une vie. Ce qui ressort du film c'est une intense joie de vivre et ça fait du bien !

On retiendra le nom des acteurs principaux, encore peu connus bien que déjà vus dans Homeland pour elle et dans American Honey pour lui. Et biens ur il faudra compter avec le duo prometteur d'Hanna Ladoul et Marco La Via.


Nous les coyotes (We the coyotes), de Hanna Ladoul et Marco La Via
Avec Morgan Saylor (Amanda) , McCaul Lombardi (Jake) , Betsy Brandt (Jeanine), Khleo Thomas, Lorelei Linklater
France, Etats-Unis, 2018. Présenté à la sélection ACID au 71ème Festival de Cannes, 2018
Sortie nationale le 12 décembre 2018

1 commentaire:

Unknown a dit…

Tu donnes super envie de voir ce film. Il ne faudra pas que j'oublie en décembre!

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