On connait tous l’histoire dont il est impossible de ne pas avoir visionné un extrait de l’une ou de l’autre version.
Nous voici au Théâtre Libre, à deux pas du théâtre Antoine où l’immense Maillan officiait. Par chance la comédie pétillante écrite par Barillet et Grédy il y a plus de 45 ans reste tout à fait entendable, ce qui dénote que nous n’en avons pas fini avec le machisme bien que les femmes ne se laissent plus cantonner à une telle vision (sauf peut-être une certaine épouse d’un certain président outre-Atlantique mais là n’est pas la question. Et c’est sans doute au final une idée judicieuse que d’avoir quasiment repris le décor d’origine, tout à fait daté et ponctué de parapluies. On est en terrain de connaissance …
Dans la ville tranquille de Sainte-Gudule, rien ne semble pouvoir troubler la vie bien rangée de la famille Pujol. Et pourtant… Quand Robert, patron austère d’une usine de parapluies, est victime d’un malaise, son épouse Suzanne se voit contrainte de reprendre les rênes de l’entreprise. Docile et dévouée, Suzanne se révèle finalement une cheffe d’entreprise brillante et inattendue !
Au-delà du décor la super bonne idée est d’avoir fait une distribution au petits oignons, ce qui a sans doute pesé dans la nomination de la pièce aux prochains Molières au au titre de Meilleure Comédie. Avec en tête Clémentine Célarié qui combine intelligemment comédie et sérieux.
On ne se souvient pas de Patricia Karim qui était la Nadège d’origine. Par contre Karin Viard avait fait du personnage une parfaite secrétaire dans la version cinématographique. Ici c’est l’excellentissime, Hugo Bardin alias Paloma (remplacée dans le rôle de Nadège par Kameliya Stoeva le 23 avril), qui fait le job et qui aurait bien mérité une nomination comme Molière de la révélation. Quel vent de folie douce !
Philippe Uchan, Jérôme Pouly, Benjamin Siksou, Alexie Ribes et Valmont Folcher se donnent admirablement la réplique avec une belle énergie et une complicité évidente … jusqu’aux lapsus et petits incidents rattrapés avec une dextérité jouissive.
On se surprend à trouver que des répliques cultes qui n’ont (malheureusement) pas tant que ça vieilli :
- Ton avis ? Tu as un avis ? Je te demande de partager le mien.
- Je n’ai pas à m’excuser d’être femme.
Côté bande-son, on s’amusera de reconnaître le générique d’Aujourd'hui madame, qui était d’ailleurs utilisé dans le film, et qui « date » l’époque. Ce magazine destiné aux femmes au foyer, ces fameuses « ménagères » a été diffusé sur la deuxième chaîne de 1970 à 1982. Le grand succès de Dalida, véritable ode à la liberté, qu’est Laissez-moi danser, lui fait en quelque sorte contrepoint.
On entend bien à la fin que la France est une grande baraque qui manque de femmes au pouvoir. On pourrait reprocher à Charles Templon de n’avoir pas osé dépoussiérer les dialogues en écrivant une adaptation qui aurait résonné avec les préoccupations actuelles. Et pourtant je lui donne raison. Tout en conservant l’action en 1977 le réalisateur avait glissé dans son film des allusions politiques contemporaines à la sortie du long métrage (se moquant aussi bien de Sarkozy que deSégolène Royal) qui ont terriblement mal vieilli, si bien qu’il en devient incompréhensible. Le journal La Croix avait d’ailleurs titré cruellement à l’époque Potiche un film cruche.
On remarque malgré tout que si au début le chemisier de Suzanne la confond avec le tissu vert des coussins du canapé, signifiant combien elle est ravalée à un niveau d’objet, à la fin elle resplendit en rouge alors que le mari a revêtu un blouson … vert.
Elle est brillamment ressuscitée au Théâtre Libre jusqu’au 14 juin 2026 où le rire contamine la salle entière et ça fait du bien sans prendre la tête.
Potiche de Barillet et Grédy
Mise en scène : Charles Templon assisté de Félix Beaupérin
Mise en scène : Charles Templon assisté de Félix Beaupérin
Avec Clémentine Célarié , Hugo Bardin (Paloma), Philippe Uchan, Jérôme Pouly, Benjamin Siksou, Alexie Ribes et Valmont Folcher
Lumières : Denis Koransky assisté Mathilde Monier
Décors : Nicolas Delas
Costumes : Emmanuelle Youchnovski assistée de David Rossini
Création sonore : Côme Ranjard, Benjamin Siksou, Camille Vitté
Perruques : Dorian Jollet
Costumes : Emmanuelle Youchnovski assistée de David Rossini
Création sonore : Côme Ranjard, Benjamin Siksou, Camille Vitté
Perruques : Dorian Jollet
Au Théâtre Libre - 4 bougnats de Strasbourg - 75010 Paris
Du 12 février au 14 juin 2026
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