Une fois traversé son visage imprimé sur le rideau en lamelles, et si vous faites le (petit) effort de déchiffrer les cartels de l'exposition qui vient de démarrer à la Cinémathèque, sobrement intitulée Marilyn Monroe, et de visionner les extraits de ses films vous comprendrez combien l'impitoyable système des studios pendant sa courte carrière d'actrice à Hollywood (1946-1962) a pesé sur ses épaules. Vous serez alors épaté par son naturel et son talent.Elle fut injustement déconsidérée, comme interprète, et ceux qui l'adulèrent en tant que star ne lui rendirent pas service puisqu'ils furent incapables de la soutenir.
Elle a été broyée par le système jusqu'à en mourir très jeune : elle n'avait que 36 ans !
L'exposition présente une vraie actrice qui incarne et compose des rôles à l'écran et qui donne envie de visionner entièrement sa filmographie. Sa beauté et son naturel sont manifestes dès ses premières apparitions.Norma Jeane est découverte par un photographe pendant la guerre alors qu'elle travaille à l'usine. Devenir mannequin lui permet d'être indépendante financièrement, de divorcer et d'échapper à sa condition d'ouvrière.
La pin-up incarne les enjeux de son temps. Figure patriotique pendant la guerre, elle symbolise davantage le potentiel domestique dans les années 1950. Elle est jeune, blanche et enjouée, érotisée sans être vulgaire et jamais individualisée. Elle est un idéal féminin caractérisé par une forme de naïveté sexuelle. Le visiteur est soumis à de forts contrastes, entre des photographies éclatantes de simplicité et de vitalité et d'autres d'une sophistication extrême. On retrouvera le même décalage entre la Marilyn en jean et la star en robe de mousseline.
Le pantalon et la blouse en soie de la garde-robe personnelle de Monroe, années 1950 provient d'une boutique Jax tenue et dirigée par Jack Hanson (qui en ouvrit deux au début des années 50 : une à Beverly Hills et une à New York, près de l'appartement où vivait Marilyn).
Pourtant les studios exploitent d'emblée la figure de pin-up dans les films de Monroe, mais aussi dans toutes ses apparitions publiques. Les critères de la Mmm Girl -slogan promotionnel des studios- sont simultanément repris par la presse puis par ses premiers biographes.
Lorsque cette photographie de Philippe Halsman de starlettes de la Fox paraît dans le magazine américain Life du 10 octobre 1949, Marilyn semble être une reine entourée de ses dames d'honneur, assise au centre et au premier plan. Le cliché est sous-titré "Sept starlettes hollywoodiennes et un ex-modèle formant un gentil portrait de groupe avant de donner totalement libre cours à leurs émotions dans un essai à l'écran".
Le but de ce reportage était de témoigner des talents des jeunes actrices en herbe et de l'intérêt de prendre des cours d'art dramatiques : (de gauche à droite, de haut en bas) Lois Maxwell, Suzanne Dalbert, Enrica Soma, Laurette Luez, Jane Nigh, Dolores Gardner, Marilyn Monroe et Cathy Downs (qui est l'ex-mannequin ayant posé pour Vogue).
La séance aurait eu lieu au Beverly Hills Hotel le 9 mai 1949, tel que l'atteste un tampon de date au dos d'une photographie.
On exhibe un soutien-gorge, une veste en hermine blanche, une paire d’escarpins dorés, une robe vaporeuse … qui tous "auraient pu" être portés par la star. On cherche à déconstruire le mythe mais, en nous les montrant, on épingle encore davantage le statut de star qui,
cela étant, est un fait historique.
Ce modèle est un "bullet bra", en coton blanc, datant des années 1950, appartenant à la collection du musée des Arts décoratifs de Paris Achat. Ce sous-vêtement n'a pas été porté par Marilyn mais il est particulièrement emblématique de sa silhouette en sweater ajusté.
Le soutien-gorge pointu, la garde-robe personnelle de Monroe et les costumes de Niagara d'Harry Hathaway (1953) très ajustés (ci-dessous) illustrent parfaitement cette silhouette : épaules étroites, poitrine marquée, taille fine et hanches épanouies.
Contrairement à d'autres actrices de son époque, comme Audrey Hepburn qui se lie avec Hubert de Givenchy, elle n'a pas d'attachement spécifique à la haute couture même si certaines maisons, comme Dior, tentent de l'approcher.
Ce sera Chanel dont le nom restera associé à l'actrice. Comme nous le rappelle ce petit flacon d'extrait n°5 et sa boite, vers 1950-1960, prêté par la maison de haute-couture, sponsor de l'exposition.Cette hermine d'hiver, années 1960, collection du musée des Arts décoratifs, n'a pas été, elle non plus, portée par Monroe mais elle caractérise la mode de son époque, outre sa blancheur qui accrochait la lumière.
Et nous n'avons pas davantage cvu celle-ci (à gauche), conçue par William Travilla, sur la star car la scène de Comment épouser un millionnaire (1953) fut coupée.
Celle de droite est la réplique de la robe portée pour l'anniversaire de John Fitzgerald Kennedy, Collection de Greg Schreiner où son apparition ne fut jamais vue comme le soutien d'une célébrité à un programme, comme cela serait le cas pour tout autre acteur s'affichant aux côtés d'un homme politique, mais uniquement comme un débordement affectif et sexuel incontrôlé. A l'origine dessinée en 1962 par Jean Louis, cette robe a été réalisée pour la série Les femmes du clan Kennedy de Larry Shaw (en 2001).
Cette lecture illustre très bien le maintien de la femme "borderline" soumise aux hommes dans l'image publique de Monroe. A entendre les commentaires d’invités VIP hier j’avais l’impression que c’était ce qui était recherché par les visiteurs qui veulent entretenir l’image d’une femme désaxée … et donc coupable, méritant sans doute son sort. J’ai plusieurs fois "remis les pendules à l’heure" en soulignant que personne ne méritait une fin aussi tragique et aussi prématurée, rappelant son décès à 36 ans. Ah oui tout de même, répondait le (vieil) homme songeur, effectivement c’est très jeune.
Toujours est-il que l'exposition est ponctuée de clichés montrant une Marilyn touchante, par exemple sur le tournage des Désaxés de John Huston (1961), ou beaucoup plus tôt en 1956 photographiée par Joshua Logan devant la Petite danseuse de quatorze ans d'Edgar Degas, au domicile du producteur et collectionneur William Goetz. S'est-elle alors doutée que sa propre vie serait aussi dure et contrainte que celle d'un petit "rat" ?
La jeune femme semble très naturelle avec Keith Andes sur le tournage du Démon s'éveille la nuit de et Fritz Lang (1952). L'exposition éclaire aussi les préconceptions, à la fois des icônes hollywoodiennes, mais aussi des femmes en général.
Marilyn pensait ses rôles et les préparait consciencieusement. Son style de jeu a fait l'objet de lectures variées. Sa langueur offerte à tous les regards renvoie à une expression très démonstrative mais dès que son personnage se et en mouvement, c'est avec des gestes précis, assurés et rapides, suggérant une fébrilité ou une capacité de réflexion face aux situations. Et bien qu'accusée alors d'être borderline, ses quatre derniers films (Certains l'aiment chaud, Le Milliardaire, Les Désaxés et Something's Got to Give) font aussi état de la maturité et de la détermination de la comédienne.
Pour certains, l'actrice incarne la femme fatale à la perfection : celle qui fait une chose tout en feignant d'en faire une autre, qui donne l'impression d'une duplicité et d'un monde intérieur plus complexe que l'apparence ne le laisse supposer ; ou une variante moins intrinsèquement maléfique, qui refuse de se soumettre aux contraintes de la société. Pour d'autres, l'image accolée à la star d'une sexualité sans complications pour les hommes perturbe sa crédibilité d'actrice, incarnant la criminelle menaçante du film noir.
Et pourtant, érotisée sans jamais être vulgaire, dès ses premiers films, mais aussi dans toutes ses apparitions publiques, elle cristallisa les contradictions des années 50, à la fois puritaines et obsédées par la sexualité, par sa supposée spontanéité, provenant de son image de pin-up.
L'exposition est intéressante aussi pour comprendre la vision (masculine) de la femme américaine de l'époque. On entend Jane Fonda s'exprimer à propos des normes de la beauté dans Sois belle et tais-toi (1981), dirigée par Delphine Seyri.
On s'en amuse mais le salon de coiffure comprenant ces appareils Wella professionels (Machines à permanente et Casque séchoir 1940, 1952 et 1960) était un lieu de torture, non ?
Une interview concernant la carrière des femmes dans les années 50 est un véritable pamphlet misogyne. Après l'effort de guerre, les idées freudiennes se diffusent plus largement et de nombreux docteurs promulguent l'idée selon laquelle les femmes privées de la possibilité de servir une famille sont sujettes à des comportements déviants.
La propagande en faveur du foyer s'accompagne du retour au corps féminin stéréotypé, abandonné dans les années 1920 au profit du modèle filiforme de la garçonne dont Marilyn est très éloignée.
Une chose est sûre : je n’aurais pas voulu vivre à cette époque, et encore moins endosser un tel destin.
Une rétrospective intégrale est programmée (du 8 avril au 12 juillet). Tous les films de Marilyn Monroe seront projetés (32 longs métrages), permettant de mesurer l’évolution de son jeu, des petits rôles aux chefs-d’œuvre de Wilder ou Cukor. de nombreuses animations et évènements sont également prévus, à suivre sur le site de la cinémathèque.
Marilyn Monroe du 8 avril au 26 juillet 2026
Commissaire Florence Tissot
Cinémathèque 51 rue de Bercy - 75012 Paris













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