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lundi 24 mars 2025

La conférence des oiseaux de Petr Forman

J'aime beaucoup l'atmosphère qui se dégage des spectacles des Frères Forman. Je n'allais pas manquer leur Conférence des oiseaux même si, cette fois, Petr a travaillé seul, sans son frère jumeau Matěj.

Ce texte ne nous est pas inconnu. La traduction de Jean-Claude Carrière, mise en scène par Peter Brook au Cloitre des Carmes au Festival d'Avignon en 1979 fut un immense succès. C'est là que le jeune Petr le découvrit en compagnie de son père. Il n'y a donc pas à s'étonner que l'artiste tchèque ait recours à la trame du texte français pour raconter une histoire perse, somme toute universelle puisqu'il s'agit de la quête de l'homme pour mieux se comprendre et pour mieux vivre. Mais  il a remanié la traduction de Carrière avec le scénariste Ivan Arsenjev.

Le propos est très sérieux mais il devient abordable si on le traite de manière plus légère, en mettant en scène des oiseaux, ce qui était déjà le cas dans ce mythique conte persan écrit en 1177.

Quelques spectateurs ont repéré les ailes d'un grand oiseau noir au-dessus de leurs têtes alors que nous entrions sous le chapiteau, dirigés par des des Persans, vêtus comme au XIIe siècle, un peu menaçants, et veillant au respect des consignes sans dire un mot. 

Les lampes éclairent un palais des mille et une nuits bordé de panneaux glissants en moucharabiehs. Une fois tout le monde casé sur les gradins, les tapis sont roulés. Un homme traverse la scène depuis Cour tenant une cage avec deux oiseaux. Une musique orientale se fraie un chemin à nos oreilles. La traversée de cet homme à la vertu d’un rideau de scène qu’on tirerait. On est aussi dans une atmosphère conte traditionnel. Le ciel est un assemblage de fins cachemires dans des tons de automnals. Au sol un labyrinthe est tracé semblable à celui que j’ai vu au Mexique à Tepoztlán (photographie ci-dessus, prise en 2020).

Face à nous, en hauteur, une sorte de mage nous raconte trois histoires brèves, trois histoires de tête coupée. Dont celle d’un roi qui avait offert une robe magnifique à une de ses esclaves. La fin tragique de la jeune esclave interroge sur la mission des rois. Les oiseaux auraient ils pu rendre le monde meilleur ?

Les personnages se dépouillent presque à vue derrière des vitres qui reflètent les masques d'oiseaux qui nous ont été remis avec nos billets. Les miroirs sont positionnés de telle manière que les circassiens nous apparaissent trois fois plus nombreux une fois qu'ils ont revêtu leur costume de plumes. Une vraie nuée de volatiles. 

Les tissus du ciel sont relevés. Les oiseaux -pieds nus- vont jouer avec nous si nous le voulons bien. La piste devient une jungle.

La pièce raconte l'histoire d'un groupe d'oiseaux pèlerins désireux de restaurer la paix, partant sous la conduite d'une huppe fasciée, à la recherche du Simurgh, ce roi bienveillant qui saura gouverner avec justice, en prenant soin des plus faibles et en offrant à chacun sa part de bonheur. Mais le voyage sera ponctué d'hésitations et d'incertitudes.
J'ai reconnu le paon, le rossignol (queue orange sur corps gris), la chouette, la blanche colombe, le moineau, la pie, le perroquet, l'épervier et la huppe fasciès (en chef de troupe), plus deux chauve-souris, et un corbeau noir de jais.

Le mage reproche aux volatiles de se battre pour quelques graines. Ils savent qu’ils doivent trouver un nouveau roi. S’adressant au public il lui propose : Viens et vole avec nous. Laisse ta vie derrière toiLa guitare électrique monte alors au-delà de la canopée luxuriante. Le spectacle devient saisissant, presque immersif en trois dimensions comme dans l'Atelier des lumières grâce à des projections d'images sur le rideau de fils. Le public qui a assisté aux premières représentations du festival d'Avignon dans la carrière Boulbon s'imagine propulsé des années en arrière.
Ce spectacle offre de très beaux moments de danse et il faut saluer la performance physique des acteurs. On jurerait qu'ils affrontent réellement  pluie et orages, qu'ils survolent un volcan. On s'étonne à peine de les découvrir les ailes empêtrées dans les mailles d'un filet, cueillis par deux mains géantes que domine un visage au regard inquiétant. Allons nous mourir ?

Non, leur répond la voix. Pour trouver Simurgh, vous devez trouver les sept vallées, ce qu’aucun n’a réussi jusque là. Chacune renferme un secret à découvrir, qui sont autant d'étapes par lesquelles les soufis doivent passer pour atteindre la vraie nature de Dieu : Talab (recherche, demande) ; Ishq (amour) ; Ma'refat (connaissance) ; Isteghnâ (détachement - se suffire à soi-même) ; Tawhid (unicité de Dieu) ; Hayrat (stupéfaction) ; Faqr et Fana (pauvreté et extinction de l'ego).
C'est spectaculaire, majestueux, saisissant. La grande force du spectacle se déploie dans la performance des circassiens qui évolue dans un mimétisme stupéfiant avec les volatiles.

Tous les sentiments semblent convoqués et il y a alors dans la contemplation de ce qui nous est donné à voir quelque chose de l’ordre de la méditation et de l'abandon. 

Au cours de leur périple ils vont perdre l'essentiel de leurs plumes. Ils devront tourner en rond et peut-être revenir en arrière., toujours accompagnés de la voix. Pour à la toute fin se rendre compte que le roi Simurgh était en eux.

À l'instar d'autres récits orientaux, le récit est émaillé de contes, d'anecdotes, de paroles de saints et de fous qui les accompagnent. Un à un, chaque oiseau (qui symbolise un comportement ou une faute) a abandonné le voyage, chacun offrant une excuse à son incapacité.
Ils se dépouillent alors de leur  tenue noire. Le public a droit a encore une (dernière) histoire, cette fois de papillons qui se brûlent les ailes, avant d'être abandonné sur une conclusion lapidaire : il a appris ce qu’il voulait savoir et il est le seul à le comprendre. Et c’est tout.

Ne subsiste qu'un triangle jaune au lointain, métaphore du soleil, et nous découvrons aux saluts les six hommes et femmes et les quatre techniciens de la troupe, surpris par le nombre de rappels de spectateurs enthousiastes.
La Conférence des oiseaux d’après le poème éponyme de Farîd al-Dîn Attâr 

lundi 9 décembre 2024

20 ans pour l’Espace cirque d’Antony (92)


Quelques heures se sont écoulées entre notre arrivée sur l’ Espace Cirque d’Antony et l’arrivée sur la piste d’un gâteau d’anniversaire XXL, digne des vingt dernières années.

Avant de nous régaler d’un bonbon coloré translucide nous ne pouvions pas zapper les discours (quoique j’ai vu quelques malins qui se sont faufilés une heure trente après le début de la soirée). Il est vrai que les pouvoirs publics sont de précieux partenaires de l’Espace cirque et ils tiennent à ce que ça se sache et ne s’oublie pas.

Certains ont d’ailleurs les mots justes pour retracer l’histoire de ce pôle national, un des 14 existants dans notre pays et le seul en Ile-de-France. Leurs mots sont choisis pour signifier le vide et le fragile inhérents aux arts du cirque, témoignant combien l’acte du circassien est courageux et éminemment politique.

D’autres répètent, peu ou prou, les mêmes arguments. Tous s’accordent pour conclure combien avoir accueilli 84 chapiteaux différents proposant 695 spectacles ayant touché 210 000 spectateurs, enfants et adultes, sur 20 ans est une prouesse, preuve indéniable aussi de la capacité du cirque à parler à tous en remplissant un rôle crucial sur le plan de l’éducation artistique sur tout le territoire en multipliant (aussi) les interventions dans les écoles, les foyers, les Ehpad.

Antony est devenu au fil de ces années un pôle d’excellence et de référence majeure dans le domaine du cirque contemporain. Ce bilan est le résultat du soutien sans faille des institutions, combiné au dévouement des équipes et à l’énergie du binôme qui en assure la direction : Delphine Lagrandeur et Marc Jeancourt.

L’endroit est un lieu où se confirment les talents mais aussi où s’en découvrent de nouveaux. Il agit comme une rampe de lancement, sur laquelle se conjuguent la création, le dialogue, l’innovation, l’aventure et l’extraordinaire dans le domaine du cirque contemporain, mais pas exclusivement, en tout cas toujours loin du stéréotype d’un cirque figé dans le passé.

samedi 12 janvier 2013

Calacas, par le Théâtre Equestre Zingaro et le manifeste de Bartabas

Je suis allée hier soir voir Calacas, que le Théâtre Equestre Zingaro reprend jusqu'à fin février 2013 avant de partir en tournée.

C'était le premier spectacle de Bartabas auquel j'assistais et il m'a éblouie. Et pourtant j'ai eu d'emblée le sentiment d'une forme de familiarité avec une scénographie qui pourrait surprendre un public non averti.

Venir au Théâtre Equestre Zingaro obéit à un rituel
Bartabas organise l'entrée des spectateurs pour qu'ils aient le temps de se "laver" de leurs soucis pour être en condition de recevoir le spectacle. Il a bien raison même s'il se trouve que lorsqu'on a l'habitude de fréquenter l'Espace Cirque d'Antony on a une bonne longueur d'avance par rapport à un public non averti. Ma perception a été à bonne école. J'ai connu en juin 2010  le Petit Théâtre Baraque de Branlo et Nigloo Roussayrolles qui, me semble-t-il ont créé Zingaro (on disait alors Cirque Zingaro) avant de le céder à Bartabas lequel, à force d'un travail acharné, l'a propulsé au zénith.

Le public antonien a beaucoup de chance aussi parce qu'il avait pu profiter en juin 2009 du spectacle de Baro d'Evel, intitulé le Sort du dedans. On était assis sur des gradins, autour de la piste et on entendait le cheval cavaler derrière et autour de nous au son d'une clochette. En décembre de la même année c'était un superbe travail de dressage avec InSTALLation. Les chevaux blancs "faisaient le mort" sans broncher de longues minutes dans une presque obscurité. L'année suivante nous étions rassemblés autour d'un feu de camp pour Obludarium que les Frères Forman avaient conçu entre cabaret, danse, cirque et marionnettes. Quant à voir des dindons sur scène, celui du cirque Rasposo ne passait pas inaperçu. Il donnait son titre au spectacle, le Chant du Dindon.

De ce fait j'étais très préparée à apprécier Calacas. Je ne me suis même pas étonnée de voir les chevaux galoper sur la scène supérieure. Cela me parut naturel alors que le dispositif était nouveau au Théâtre Equestre Zingaro.

Naturel, mais ô combien exceptionnel. Et le lendemain de la représentation j'ai le sentiment que pas une image ne m'a échappé. Elles sont toutes venues s'imprimer sur le disque dur de ma mémoire personnelle. Je pourrais vous raconter chaque tableau dans le détail. On ressort de Calacas comme "habité" et c'est assez merveilleux. C'est un spectacle qui se vit. Probablement que chacun le découvrira à sa manière, selon son vécu et sa sensibilité mais c'est une expérience que je vous recommande.

Vous aurez compris que j'ai adoré. Parce que si la mort est le thème principal il est traité de manière assez joyeuse. Avec un juste dosage de dérision, de religieux et de sacré, et quelques évocations de l'au-delà.

Une voix râpeuse souhaite la bienvenue au Zingaro. Vous allez voir le spectacle, si çà vous plait c'est pas mal, si çà vous plait c'est bien, si ça vous plait pas c'est le même prix ! On en rit, devinant qu'on ne sera pas dans le troisième cas de figure.
On vient de passer un moment dans la salle ronde à regarder les photos et les vidéos des spectacles précédents. On a pu prendre une collation. On pourra y dîner (sur réservation) après le spectacle. Certains soirs on peut discuter autour d'un feu (il sera allumé à la sortie).
On se sent dans un ailleurs, près des caravanes, où plus de 50 personnes vivent là comme dans un village. Nous sommes "lavés des problèmes de la journée." On grimpe les marches du fort construit par Patrick Bouchin et on aperçoit en contrebas, dans leur box, quelques-uns des 45 chevaux de la troupe.
Il donne une imagerie joyeuse de la mort. 
La scène est dans le noir quasi complet. Des gloussements suggère qu'une troupe de volailles picore dans la sciure. Des enfants pensent reconnaitre des pintades. De fortes odeurs émanent de la sciure. La même voix rappelle les interdits majeurs : cloper, fricoter et picoler pendant le spectacle, et pour les personnes assises au premier rang, de faire des mouvements intempestifs, même s'ils en prennent plein la tronche.

Avec la lumière, on découvrira des dindons qui ressusciteront pour moi un souvenir très vif, celui de Kusturica et du Temps des Gitans. Des clochettes, une procession, un cheval, des chevaux. Mais combien sont-ils s'étonne un enfant devant moi. Ah ... ils sont pleins ... Une incantation s'élève dans une langue qui me semble inconnue.
Un squelette se secoue, se redresse, se prosterne et ... faisant réagir les dindes. Surgit un cheval noir, queue nattées de multiples tresses, un aigle sur le dos, prêt à voler, à chasser, à provoquer la ruade.

Deux hommes orchestres prennent le relai, dansant et courant comme des chevaux, tournoyant en une sorte de valse ou exécutant une danse qui prend des allures de claquettes, alors que notre coeur absorbe les battements de leurs tambours. Les Dupont, en défi permanent, se répondent et s'entrainent. 

On pensera plus tard à la danse macabre du Moyen-Age, et surtout aux fêtes qui se pratiquent au Mexique où les enfants mangent des sucreries en forme de squelette, alors que les adultes vont boire un bon coup dans les cimetières.


Il faut vivre Calacas.
Ce n'est pas une histoire, mais un théâtre de vision et d'images dans lequel on perçoit de plus en plus de choses au fur et à mesure qu'on y pénètre. Avec une alternance de fulgurance comme un galop effréné d'un cheval blanc queue dressé ou des moments plus longs avec une poupée mécanique descendue d'un tableau de Toulouse-Lautrec pour danser le french cancan, une poursuite dans le far-west, des derviches tourneurs, une veuve en robe blanche faisant des huits avec des caporaux, une corrida, une course poursuite de landaus, beaucoup de contrastes.

L'apparition du cheval est parfois théâtralisée par la lumière, le maquillage (parfaitement), le costume (aussi ... avec une robe aux allures de squelette), ses caractéristiques physiques (un dalmatien).

Elle dégage une sensualité particulière. Notre oeil est surpris par les performances des cavaliers qui volent littéralement, et par celles des animaux, capables d'imiter les hommes et de danser. J'ai cru voir un cheval faire les pointes comme une ballerine, un autre balancer du popotin.

Le nouvel espace scénique sert la volonté de Bartabas de nous offrir un spectacle entre ciel et terre. Comme toutes les autres créations de Zingaro il a été écrit pour des gens et des chevaux qui auront disparu dans quelques années.

Il ne faut donc pas oublier que le spectacle vivant est un art éphémère malgré une éventuelle et faible trace vidéo. Il est donc urgent de se rendre au Fort d'Aubervilliers pour le vivre. Ne me dites pas que c'est un peu loin : vous n'aurez qu'une centaine de mètres à peine à faire depuis la sortie du métro (choisir "avenue Jean Jaurès").

Théâtre équestre Zingaro, 176 avenue Jean Jaurès, 93300 Aubervilliers jusqu'à fin février 2013

Puis en tournée à Mulhouse du 12 au 30 avril 2013 au Parc des expositions

A Genève du 29 mai au 7 juillet 2013 sous le Chapiteau Zingaro - Plaine de Plainpalais

A Bègles du 23 aout au 15 septembre 2013 également sous Chapiteau Zingaro
Les éditions Autrement ont publié en septembre 2012 le Manifeste de Bartabas pour la vie d'artiste. Il y écrit, avec la collaboration de Claude-Henri Buffard ce qu'il appelle l'aventure zingaresque, qu'il poursuit depuis un quart de siècle et dont on pense qu'elle ne se prolongera pas au-delà de lui.

Son analyse est fort juste quant aux exigences de la vie d'artiste, à son mode de vie et à la qualité de l'engagement de chacun. Après la sienne on y lit les contributions personnelles et intimes d'Alain Cavalier (cinéaste), Chris Christiansen (jongleur), Luis Francisco Espla (torero), Dominique Mercy (danseur), Ko Murobushi (danseur), Alain Passard (chef cuisinier), Ernest Pignon-Ernest (plasticien), Jack Ralite (homme politique), Christophe Soumillon (jockey), Alexandre Tharaud (pianiste) sans oublier Laurent Terzieff (comédien, portrait par André Velter) et Pina Bausch (danseuse et chorégraphe) avec qui il aurait pu mener un bout de chemin plus long si la vie ... ou la mort y avait consenti.

La photo de Bartabas est signée Philippe Baumann.

mardi 2 février 2010

Circenses par le Cirque Ronaldo

Après les frères Forman qui nous ont enchanté avec leur obludarium, ce sont les Ronaldo qui vont investir l'Espace Cirque d'Antony en février 2010. Certains se souviennent peut-être de Fili (2003) et de la Cucina Dell'Arte (2006).

Et si je laissais cette fois un petit film vous donner un aperçu (très fidèle) de ce que nous allons apprécier ensemble ?



Le chapiteau semblera rescapé du XIX° siècle, le lustre de cristal aurait pu être oublié par les Rasposo qui nous ont fait rêver avec le Chant du dindon en septembre dernier.

Il y aura encore des prouesses à cheval mais nous allons en rire. C'est que nous serons encore une fois surpris puisque nous ne verrons pas tous le même spectacle. Les uns coté coulisses, les autres coté piste ... mais nous échangerons nos places à l'entr'acte.

Circenses sera donné à l'Espace Cirque, rue Georges Suant - 92160 Antony, du 12 au 20 février à 20 heures (dimanche 16 heures, mercredi 15 heures). Navette gratuite depuis la gare RER d'Antony et le Théâtre La Piscine. Pour tout savoir des spectacles de la Scène conventionnée d'Antony-Châtenay : 01 41 87 20 84 et www.theatrefirmingemier-lapiscine.fr

vendredi 8 janvier 2010

CRAZY OBLUDARIUM

(mise à jour le 18 mai 2011)
Le dernier article où il a été question de cirque était une comparaison un peu extrême entre le cirque dit traditionnel et les nouvelles formes plus contemporaines. Ce billet (du 2 janvier) a été beaucoup lu, ce qui témoigne d'un bel intérêt pour ce qu'on désigne aussi sous le terme de "spectacle vivant".

Je reviens d'une représentation d'OBLUDARIUM que j'oserais volontiers comparer cette fois à une revue du même ordre de celles qu'on peut voir dans les cabarets parisiens comme le Crazy Horse. Comparaison n'est pas raison : je ne dirai pas que c'est équivalent, juste que l'un m'a fait penser à l'autre malgré les différences de taille qu'on peut trouver aussi.

Il y avait de la nudité. A commencer par les gambettes du forgeron qui travaille en plein air avant et après le spectacle proprement dit. Petr Forman vient chercher les spectateurs qui piétinent sur la neige pour les conduire par groupe de vingt devant la tente de l'artisan qui actionne le soufflet de sa forge miniature. Il martèle une pièce de métal rougeoyant sur le bord de la bigorne pour l'épointer. L'enclume résonne. Le fer obéit aux coups de marteau et nous commençons à être sous emprise.

Le public réalise progressivement combien l'univers du théâtre des Frères Forman est décalé, à la frontière entre cabaret, cirque, danse et marionnettes. Après la forge c'est la diseuse de bonne aventure qui chante une complainte d'amour à une marionnette dont la manipulation se fait à vue.

Petr nous propose alors une alternative : assister à la représentation à l'étage pour avoir une vue plongeante sur la scène, ou en rez-de-chaussée pour voir les choses par en dessous. Quel que soit le choix on ne sera pas à plus de deux mètres des comédiens et la scénographie permet à tous de gouter le spectacle.

En fait nous sommes à l'intérieur d'un manège. L'espace est limité parce que nous sommes tous limités, comme l'annonce fort loyalement Petr dans son numéro de bateleur. Le plateau de la scène peut tourner à forte vitesse et nous entrainer dans un univers féérique. Il y a de formidables trouvailles visuelles qui vont rester longtemps dans les mémoires des spectateurs : le glissement du géant qui disparait de la scène comme une ombre derrière un mur, l'évolution des soldats de plomb, la danseuse automate d'une boite à musique, la nage des poissons lumineux qui évoluent dans l'espace, une écuyère qui dresse une cavalerie en évolution sur sa robe démesurée en faisant claquer son fouet, une sirène qui elle fait claquer sa queue, un autre numéro de dressage de cheval de bois qui devient plus agile et plus vivant que Pégase ...

Il y a des numéros burlesques comme ce trio de nains hydrocéphales impassibles, déterminés à aller où bon leur semble. Leurs masques finissent par sembler expressifs tant leur numéro est touchant. On espère que le lancer de couteaux au petit bonheur est truqué tant le danger est imminent ...

Il y a les défauts de prononciation de Petr, ses efforts pour nous donner une traduction multilangue de son message, ses approximations spontanées ici ... à ... (il a manifestement perdu le nom de la ville) ... la presque capitale de France, ses jongleries grammaticales : vous êtes gagné, vous êtes perdu ...

Il y a les évocations de l'univers de la comédie musicale comme ce formidable ballet des Jacques qui fait surgir les parapluies de Fred Astaire dansant sous la pluie ou des ramoneurs de Mary Poppins. Le rythme est celui des claquettes et nous ramène illico sur la scène d'une revue et la chorégraphe Veronika Svabova mérite une mention spéciale. D'ailleurs voici le strip-tease pour le moins inventif de la bête humaine, suivi plus tard de danses aux barres sur un air de musique classique que la publicité a souvent utilisé.
Tandis que le public quitte lentement le chapiteau le forgeron a repris son travail en extérieur et prépare le clou du spectacle qu'il refroidit dans le baquet d'eau glacée.











Ils sont vraiment crazy ces tchèques et leur monstruosité est toute poétique.

Obludarium est donné à l'Espace Cirque, rue Georges Suant - 92160 Antony, du 6 au 17 janvier à 20 heures (dimanche 16 heures). Navette gratuite depuis la gare RER d'Antony et le Théâtre La Piscine. Pour tout savoir des spectacles de la Scène conventionnée d'Antony-Châtenay : 01 41 87 20 84 et www.theatrefirmingemier-lapiscine.fr
A Sénart, Cesson-la-Forêt du 22 janvier au 6 février tel 01 60 34 53 60 ou www.scenenationale-senart.com
Les photographies qui ne sont pas mentionnées A bride abattue proviennent du site de la compagnie : http://formanstheatre.cz
Mise à jour du 18 mai 2011 :
Obludarium va être joué devant les parisiens du 24 mai au 2 juillet au Théâtre du Rond-Point, sous chapiteau extérieur, sauf jeudis et lundis. Renseignements sur le site du théâtre.

samedi 2 janvier 2010

Pourquoi pas Pinder ? Et pourquoi plutôt Obludarium ?

Le cirque dont le nom reste indissociable de celui de Jean Richard est revenu sur la pelouse de Reuilly et enchante le public. Il faut dire que c'est là du grand spectacle et j'ai apprécié d'assister à une représentation.
Je ne suis pourtant pas totalement enthousiaste et j'ai cherché à comprendre pourquoi.

Parce que ... j'ai découvert depuis quelques années une autre forme de cirque.
Parce que ... la performance circassienne peut se situer ailleurs que dans les superlatifs. Le plus grand, le plus haut, le plus fort, le plus dangereux ... ne sont pas nécessairement les plus merveilleux.

Parce que ... la dimension poétique est désormais essentielle et que ce ne sont plus les paillettes qui me font rêver.

Parce que ... je n'ai pas besoin d'un Monsieur Loyal pour conditionner mes applaudissements.

Pinder présente d'excellents numéros qui font honneur au cirque traditionnel. Avec notamment l'illusionniste Sophie Edelstein, directrice artistique du cirque et jury d'Incroyables talents, l'émission de M6. Avec son frère, Fréderic Edelstein, un des dresseurs de fauves les plus talentueux. Avec Romina, reine du houlla-hops. Et puis des acrobates, des clowns, un jongleur (révélation d'Incroyables talents ...)

Mais je préfère les chapiteaux plus modestes comme ceux qui s'installent sur l'Espace Cirque d'Antony (92). J'aime sentir l'odeur des chevaux dont les sabots résonnent au premier galop. Je peux lire les hésitations sur les visages des artistes avant les numéros de voltige. J'apprécie leur volonté de se dépasser. J'applaudis sans réserve leur travail de recherche pour surprendre avec parfois un détail un public de plus en plus expert.

Si je frisonne alors c'est de plaisir. J'aime aussi quand la musique occupe une large place. Quand la théatralisation conduit les numéros. Quand l'esprit de troupe accorde la meilleure place à chacun sans hiérarchie. Quand il n'y a pas de garçon de piste ni de second rôle.

Je n'aime pas tout le coté "marchands du temple" qui détourne l'attention avec la vente d'accessoires lumineux et de sifflets qui font ressembler la piste à un stade de football. Je ne vais pas au cirque pour avaler du pop-corn ou me coller les doigts à la barbe à papa. Je viens pour rêver et engranger des images qui me transportent un peu vers les étoiles. Pourtant j'ai d'excellents souvenirs de représentations du Festival de Cirque de Massy (91), mais son chapiteau reste à taille humaine. Il fêtera à sa manière le 150 ème anniversaire de l'invention du trapèze volant. Ce rendez-vous demeure une référence en terme de cirque à la fois classique et expérimental du 21 au 24 janvier 2010.

Une structure minuscule vient de se poser sur l'Espace Cirque d'Antony (92) et elle ne pouvait qu'attirer mon regard avec ses couleurs chaudes et son architecture de ruche. Matej et Petr Forman (qui ne sont autres que les fils du célèbre réalisateur de cinéma Milos Forman) ont voulu restaurer l'esprit des théâtres ambulants des années 30. Leur freak house se réclame du cabaret, du théâtre et du cirque. Et leur univers est un petit monde de monstres.

Tout ce qui est différent fait facilement peur ; tout ce qui ne correspond pas à la norme rend méfiant ... Autrefois il était d'usage de montrer les êtres difformes dans les cirques ; aujourd’hui, ce sont des êtres d'exception magnifiques comme je le disais au début du billet. Les frères Forman décident de prendre le contre-pied de la tendance actuelle, avec tendresse et humour, un peu à la manière de Tod Browning et de sa Monstrueuse parade.

Obludarium, c’est un jeu de mot entre le mot « obluda », monstre en tchèque, et planetarium ou aquarium, explique Petr Forman qui reconnait avoir été inspiré par le cirque, le cabaret, le night club ... pour inventer un spectacle qui fait découvrir la petite histoire des personnages dedans.

Vous verrez donc, mesdames et messieurs, la femme à barbe, le lilliputien, la petite fille géante, ou encore la sirène ... tout ce petit monde étrange et dérangeant, et bien d'autres encore, comme ces marionnettes géantes.

Le cheval sera de bois. L'orchestre tsigane jouera sur l'estrade, en direct bien sur. Les spectateurs devront se serrer sur les deux étages autour de la piste de l'étrange baraque conçue par Matej Forman. On ne va pas tenir à plus de 120 et on jouera à guichets fermés. Ce sera encore une fois un évènement exceptionnel puisqu'il n'y a que deux endroits en région parisienne qui vont recevoir ce cirque de l'étrange : Antony et Cesson-la-Forêt.

Quand vous verrez des extraits dans les meilleures émissions de télévision vous ne direz pas qu'on ne vous a pas prévenus. Il reste peut-être quelques places. A vous d'essayer !

Obludarium sera donné à l'Espace Cirque, rue Georges Suant - 92160 Antony, du 6 au 17 janvier à 20 heures (dimanche 16 heures). Navette gratuite depuis la gare RER d'Antony et le Théâtre La Piscine. Pour tout savoir des spectacles de la Scène conventionnée d'Antony-Châtenay : 01 41 87 20 84 et www.theatrefirmingemier-lapiscine.fr
A Sénart, Cesson-la-Forêt du 22 janvier au 6 février tel 01 60 34 53 60 ou www.scenenationale-senart.com
Les photographies qui ne sont pas mentionnées A bride abattue proviennent du site de la compagnie : http://formanstheatre.cz

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