vendredi 20 juin 2008

DJAMA BUREN CIRQUE A ANTONY(92) ... UNE PISTE AU CLAIR DE LA LUNE SOUS LE SIGNE DU SERPENT

Très franchement j'ai bien conscience d'être une privilégiée même si je mène une vie que je trouve toute simple. Samedi dernier je roulais entre les colonnes du Palais-Royal que je traversais brutalement en faisant crisser mes pneus sur le sable et ce soir je suis assise dans le sable, le nez en l'air, à suivre les acrobaties de deux funambules, eux aussi à vélo .... sauf qu'on ne se situe pas dans la même catégorie.

J'ai affronté pendant des années le soit-disant "ridicule" de mes déplacements à bicyclette, pesté contre les difficultés à me garer (mon véhicule n'était pas apprécié dans la cour du Sénat ni dans les ministères). Mais quel bonheur d'arriver à l'heure à mes rendez-vous, de faire des courses monumentales sans avoir les bras brisés, d'aller au théâtre sans m'inquiéter de l'heure du dernier métro. Et surtout quelle liberté de mouvement dans une des plus belles villes du monde : descendre à toute allure le boulevard Saint-Michel, admirer un coucher de soleil sur les tours de la Conciergerie, remonter les Champs-Elysées; j'ai plein d'heureux souvenirs qui me semblent uniques.Avec le Vélib je rentre un peu dans le rang.

J'habite en banlieue Sud, c'est là aussi mon privilège car il s'y passe tous les jours quelque chose d'exceptionnel. Quand ce n'est pas la Fête de la Musique avant l'heure c'est un Festival de Cinéma ou c'est le Festival des Arts du Cirque.

Ce soir c'était Solstice avec Djama Buren Cirque, un nom qui ne m'évoquait rien. En arrivant sur l'espace Cirque d'Antony j'ai immédiatement associé les fanions rayés verticalement rouge et blanc aux colonnes du Palais-Royal, plus connues sous le nom de colonnes de ... Buren, en me disant qu'il fallait que j'arrête de faire sans cesse des rapprochements entre tout ce que je vois. Sauf que c'est le même Buren qui est à l'origine de tout cela.

Comme c'est le même Jean Nouvel qui a conçu le Musée du Quai Branly et le collège Anne Frank autour d'un concept de jeu de Duplo géant dont on aperçoit les carreaux rouges et jaunes depuis les gradins. Fausse piste d'ailleurs que ces gradins : le spectacle est d'abord déambulatoire, autour d'un grand échiquier que, privée d'appareil photo, je ne pourrais maintenant vous faire découvrir qu'en croquis. Marc Jeancourt (le directeur du Théâtre) va me mettre en relation avec son photographe. En attendant quelques jours imaginez :



Un chapiteau géant couronné de fanions, aux parois de filets qui délimitent des espaces géométriques carrés avec, à l'intérieur, prisonniers dans des toiles fines, des artistes danseurs, musiciens ou acrobates. Serions-nous des araignées tournant autour d'une nourriture culturelle prête à sortir des cocons ?

Tout est signe. Les coulisses sont suggérées. Le public a sa place, les artistes la leur. Tout va s'organiser facilement. Il suffira à la clownesse bleue (Valérie Fratellini) de fixer le regard de quelques personnes pour être suivie ou au funambule d'agiter innocemment sa clochette pour qu'on lève les yeux au ciel. Le signal de départ est donné par Sissao, la chanteuse, dont la silhouette orange vif agit comme un aimant. Les musiciens lui répondent. Fabien Demuynck détache une corde et l'arène s'ouvre.


Longez les gradins, vous y reviendrez plus tard. Il faut sortir du cercle. Le spectacle commence à l'extérieur comme un spectacle de rue. Pich manipule des bâtons, prisonnier d'une cage de verre invisible qu'il nous rend quasi-palpable. Inlassablement ses bras en explorent les quatre côtés en mouvements d'essuie-glace d'une infinie patience. Son visage exprime une sérénité confiante. Nous sommes autant prisonniers que lui derrière le maillage des cordes alors qu'ayant perçu un interstice ses bâtons sont maintenant de part et d'autre du mur de glace. Mon voisin s'est pris au jeu et interroge sa compagne : il va y arriver à s'en sortir ?

Rassuré, le clown bleu s'éloigne, créant une légère diversion. Pich est maintenant jongleur. Les boules de cristal sont comme charmées par les stridulations du saxophone. L'artiste fonctionne au ralenti, sans perdre une boule des yeux. Elles semblent solides comme du plomb, légères comme des bulles de savon. La manipulation est aussi étonnante qu'une séance de close-up. Pich effectue quatre quarts de tour pour que tous les spectateurs puissent tour à tour vivre l'expérience. C'est à peine si on entend le bruit de quelques entrechoquements, jusqu'à ce qu'une clochette distrait notre regard.

Le fildeferiste est affairé tout en haut. Son balancier devient un aviron poussant une gondole de rêve, ou mesurant le battement d'un métronome géant. Il fait du vélo, ou minuscule, ou trop grand, restant dans la démesure, mais avec légèreté. Une voix s'inquiète : tu crois qu'il fait semblant ? aïe, cette fois il va tomber !
Mais non, dans une ultime facétie il nous mime un parachutiste qui plane à 15000. La voix de Sissao l'accompagne et l'encourage. Elle résonne avec une puissance comparable à celle de la chanteuse d'Allegria qui dynamisait les acrobates du Cirque du Soleil. Avec humour elle nous livre quelques dictons africains à méditer comme celui-ci : Même si son enfant est un serpent, sa mère pourra tout de même toujours bien en faire une ceinture !

Et voici un boa (de plumes, pas de frayeur) qui s'enroule au cou de Christelle Dubois, la contorsionniste qui semble en caoutchouc. Elle mime, avec ses jambes, la chorégraphie que les danseuses bengali exécutent avec leurs bras. La guitare électrique l'accompagne avec prouesse jusqu'à ce que d'un clignement de la jeune femme ne donne au musicien le la de la fin.

Nous suivons le clown bleu pour nous rapprocher de la kora, cet étrange instrument volumineux réalisé avec une demi-calebasse qui tient à la fois de la harpe et de la guitare. Un danseur évolue avec une lourde pierre sur la tête. Il effectue des contorsions. Sissao l'excite avec ironie sur un ton décalé :c'est quelle danse que tu fais là ? C'est tout ce que tu sais faire ? Danser ?

Laure Sinic
se hisse au trapèze. Elle prend des risques, même si un ange bienveillant surveille la longue corde qui l'assure, prêt à tout instant à la retenir en la serrant de ses gants blancs. Je suis assise sur le sable. Le danseur m'a envoutée. La trapéziste se laisse tomber à la renverse. Mon imagination me joue des tours. Le crissement de ses bottes sur les cordes m'évoque le son du crotale.

Le danseur reprend son rythme. La jeune femme peut souffler un peu. Bientôt ils sont à l'unisson. Les spectateurs sont impressionnés. Les instruments se taisent. La transe finale provoque les applaudissements et la foule migre une dernière fois pour gagner les gradins.

On s'installe au hasard. On a compris que toutes les places seront différentes mais qu'aucune ne sera privilégiée. Fabien Demuyinck investit une table oscillante qui ondule comme une couleuvre et qu'il partagera avec une danseuse étonnante elle aussi. Ensemble ils repoussent très loin les limites de l'équilibre que leur compère funambule défie lui aussi, mais au-dessus de nos têtes.

L'espace scénique se multiplie comme un kaléidoscope. Les codes du cirque se conjuguent avec ceux du théâtre et du happening. Chaque artiste revient pour un ultime tour de piste en réponse à notre souhait de "rappel" pourtant resté silencieux. Le clown bleu est triste, au centre de l'arène, nous faisant regretter de ne pas l'avoir vue évoluer davantage. C'est une personne extraordinaire qui a créé avec sa mère (Annie Fratellini) le premier duo féminin de clowns. Elle a été son clown blanc pendant 25 ans. Elle est aussi trapéziste et elle a lancé le Centre des Arts équestres au Moulin de Pierre à Noailles (Oise). Ce soir le clown était bleu. Si Peer Gynt avait été des nôtres il lui aurait offert "son royaume pour un cheval" et nous aurions vu Valérie s'évader.

Les étoiles ont brillé et elles illumineront encore pendant deux soirées le ciel d'Antony. Une piste au clair de lune que j'ai suivi avec l'oeil du serpent.

(Je prie les artistes non cités de m'excuser, en particulier les musiciens burkinabés mais j'ai voulu écrire l'article très vite pour que le spectacle en bénéficie sans délai et sans attendre les vérifications orthographiques ).

Je remercie Christophe Raynaud de Lage d'avoir accepté de me "prêter" quelques clichés. Son reportage sur Solstice et sur son travail est en ligne sur son site ici. Vous pourrez y admirer d'autres photos de ce spectacle et d'autres cirques aussi.

Encore samedi 21 et dimanche 22 juin 08 à 21 heures
Espace Cirque d'Antony, rue Georges Suant,
pour tout savoir sur le Festival Solstice tel 01 46 66 02 74

1 commentaire:

shaina971 a dit…

eh bien quelle cirque tu as dù bien t'amusez à regardez tout çà c'est chouette que cela passe près de chez toi.

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