dimanche 15 juin 2008

JE VOUS AI LUE QUELQUE PART

Une forte assemblée était réunie pour le dépouillement du Prix des lecteurs d'Antony (92) samedi 14 juin puisqu'une cinquantaine de personnes avait fait le déplacement.

170 personnes s'étaient engagées dans l'aventure.
143 avaient voté, nombre élevé au regard des inscrits.
10 romans avaient été sélectionnés et présentés au lectorat potentiel au cours de deux rencontres orchestrées par les bibliothécaires.



La liberté qu'elles ont eu dans l'établissement de la sélection avait autorisé des choix audacieux comme


Cendrillon
d'Eric Reinhardt (sélectionné pour le Prix Médicis)






No et moi de Delphine de Vigan,
couronné depuis par le Prix des Libraires







Mais les grandes pointures s'étaient glissées malgré tout dans la "short list" tel Dans le café de la jeunesse perdue de Patrick Modiano





à côté de livres déjà primés comme La stratégie des antilopes de Jean Hatzfeld (prix Médicis, sélectionné pour le prix Interallié)






Il y avait enfin Les disparus de Daniel Mendelsohn,
qui, depuis a obtenu le prix Médicis étranger







le Canapé roug
e de Michèle Lesbre,
sélectionné pour le Goncourt










la Cage aux lézards
, de Karen Connelly
déjà couronné par le prix Kiriyama en 2006,









Latitudes à la dérive
de Jamal Mahjoub







Les belles choses que porte le ciel
de Dinaw Mengestu









et, enfin, Un homme de Philip Roth







Isabelle Rolland, nouvellement maire-adjoint à la culture, présidait le dépouillement. Des bibliothécaires-assesseurs traçaient autant de bâtons que de voix pour chaque premier choix et chaque coup de coeur tandis qu'une collègue empilait les bulletins suivant le premier choix.

Fabienne Serris était impatiente de connaître l'issue et aurait bien voulu que des résultats intermédiaires soient donnés. Force était de constater que la pile de "la Cage aux lézards" gonflait mais "le Canapé rouge" montait assez vite. Certains lecteurs avaient du interpréter l'expression "coup de coeur" en votant pour des romans hors sélection comme "En plein coeur" de Ray Kluun ou "Le boulevard périphérique" d'Henry Bauchau. Puis "No et moi" remonta vaillamment.

Une discussion s'engagea avec l'assemblée pendant le dénombrement des bulletins, faisant monter la pression. Isabelle Rolland poursuivit le suspense en donnant les résultats du dernier au premier :
  • Dans le café de la jeunesse perdue de Patrick Modiano
  • Latitudes à la dérive de Jamal Mahjoub
  • Cendrillon d'Eric Reinhardt
  • Un homme de Philip Roth
  • La Stratégie des antilopes de Jean Hatzfeld
  • Les Disparus de Daniel Mendelsohn
  • Les Belles choses que porte le ciel de Dinaw Mengestu
  • Le Canapé rouge de Michèle Lesbre, avec 15 voix
  • No et moi de Delphine de Vigan, avec 19 voix
  • La Cage aux lézards, de Karen Connelly, avec 35 voix

Si on considère maintenant le coup de coeur c'est No et moi qui est en tête, avec 21 voix, suivie immédiatement de La Cage aux lézards, avec 17 voix. Si bien que même si on avait voulu tenir compte de cet impact le résultat final n'en aurait pas été modifié.

Le prix a donc été attribué à La Cage aux lézards, de Karen Connelly et le coup de coeur à No et moi de Delphine de Vigan. Résultat qui a réjoui Fabienne puisque la cage était son choix. Et résultat qui me convient doublement pour deux motifs très différents : j'avais suggéré que le règlement permette aux lecteurs de donner un double vote parce que je sentais que les romans n'étaient pas tous à "égalité" de puissance éditoriale et il se trouve que No et moi était mon propre coup de cœur.

L'assistance était prête -en tout bien tout honneur- à défendre son opinion bec et ongles (je ne résiste pas à donner le titre de ce livre formidable). En fait la discussion fut argumentée avec courtoisie entre les pour et les contre. Voici quelques extraits de ces échanges :

- Y-a-t-il quelqu'un qui aurait voté pour Cendrillon et qui pourrait le défendre ? - Faut dire qu'il a été dans beaucoup de sélections ... - Joker !
Une lectrice se lance :
- C'est un livre très riche, avec un côté assez novateur. Il y a des passages que j'ai aimés (la critique sur la télévision actuelle, sur le monde des traders) mais d'autres que je n'ai pas appréciés (ce garçon qui se met en dehors de la vie, un chapitre çà va, mais les autres, j'ai eu envie de les sauter). C'est vrai que c'est un roman fourre-tout. Inégal et déroutant. Avec quelques descriptions magnifiques. disons que c'est un petit concerto, une zarzuela (sorte de petite opérette, mais aussi une variante de la paëlla. pour ceux qui veulent se lancer dans la recette, c'est ici). Bon, c'est vrai que c'est déroutant et je le reprendrai pus tard.
La bibliothécaire qui l'avait présenté reconnait avoir elle aussi sauté des passages. Mais elle souligne l'implication de romanesque. Une collègue insiste sur la scène du bal. Fabienne confie que c'est un des livres qui a le plus fait parler à la banque de prêt.

- Pourquoi avoir sélectionné la Stratégie et les Disparus, deux livres remarquables, mais qui frisent le journalisme ? Ce sont deux témoignages formidables. Ce ne sont pas des romans ! - C'est vrai qu'on peut s'interroger même s'ils ont été publiés en tant que romans, probablement pour avoir une certaine marge de manoeuvre avec la vraie réalité des faits. un peu comme pour ces films où l'on met en garde que "toute ressemblance avec ... ne serait que le fruit du hasard", histoire de couper court à la critique et d'éviter les procès en diffamation.
- La cage aux lézards n'est pas éloignée non plus de l'histoire avec un grand H. - Si on retirait tout ce qui est apparenté à l'autobiographie et au roman historique il ne resterait plus beaucoup de romans purs. - C'est comme Tom est mort ... - Alors c'est comme No et moi, une sorte de docu-fiction.

Fabienne tranche en justifiant que c'était des livres que l'on voulait faire lire. La salle approuve.
- Il y a quelques livres que je n'aurais pas empruntés spontanément et je serais passée à côté de quelque chose en ne les lisant pas. - Je me sens un peu esseulée. je n'ai pas pu rester dans la Cage aux lézards. A la page 30 j'ai arrêté : trop de cauchemars ! est-ce que j'aurais dû aller plus loin ?
-C'est un livre multi-dimensionnel. On peut s'attacher à trois facettes du roman : l'homme nourri de philosophie hindouiste qui meurt détaché de tout, l'évolution de l'enfant, la cruauté qui amène les gens à faire n'importe quoi. Il fallait pour cela accepter de rentrer dedans et ce n'était pas facile. C'est un livre qui a été moins médiatisé que les Disparus.

Je fais partie des lecteurs qui n'avaient pas tout lu. Je n'avais même pas ouvert la Cage aux lézards. Je le reconnais sans ressentir de culpabilité puisqu'il n'y avait pas obligation à lire tous les livres ni à lire entièrement ceux qu'on avait empruntés. Je peux aisément m'en justifier : j'ai calé au bout de 8, avec un formidable besoin d'oxygène. Il y avait trop de malheur dans cette sélection. Un peu comme les informations au Journal de 20 heures qui mettent insuffisamment en avant ce qui marche, ce qui va bien, ce qui peut réjouir. C'est d'ailleurs en grande partie pour cela que je poursuis l'effort (car cela en est un, vraiment) d'écrire dans ce blog. Parce que notre monde de blasés manque cruellement d'enthousiasme.

On croit qu'on est seul(e) à penser ce qu'on pense. C'est une idée reçue. Beaucoup d'abonnés ont fait la même réflexion puisque Fabienne avait ouvert la séance en annonçant que le lundi précédent l'association des Libraires avait effectué une présentation "emballante" de livres gais, suscitant des ah et des oh de satisfaction dans l'assemblée :

Laurent Gaudé, prix Goncourt pour le Soleil des Scorta en 2004. Il avait publié en 2002 la Mort du roi Tsongor. Et Eldorado en 2006.

Alice Ferney, à qui on doit le Ventre des fées, Grâce et dénuement, Conversation amoureuse, Dans la guerre, les Autres. Je viens d'avoir la chance de l'entendre s'exprimer sur l'écriture, dans un blog que je viens de découvrir, dont je vous donne les coordonnées plus loin, et qui recèle beaucoup de choses intéressantes. Vous allez apprécier. Elle explique notamment pourquoi elle écrit sous pseudonyme. (Et Delphine de Vigan confie pourquoi elle a laissé tomber le sien ...)

Michel Le Bris

Richard Ford (je me suis renseignée pour vous : le titre du prochain roman est l'état des lieux)

Valérie Goby, dont la dernière production est qualifiée de stupéfiante.

Je n'ai pas entendu le nom de Jeanne Benameur, qui elle aussi publie une nouveauté. Soit dit en passant je préfère son Présent ! à Entre les murs (le "fameux" livre qui est à l'origine de la palme d'or du festival de Cannes). Mais je vous en reparlerai ...

On nous a fait beaucoup d'autres promesses de cadeaux : un premier Café littéraire le 20 Septembre 2008, Sabine Wespieser en Décembre, Laurent Gaudé au printemps.

Nous nous sommes quittés avec entrain et les conversations interpersonnelles ont fait écho à toutes ces heureuses nouvelles. J'ai alors eu le bonheur de recevoir des avis de lecteurs à propos de mes articles. C'était inattendu et heureux. Je découvrais le visage de mon lectorat. Que je ne connaissais pas puisque son âge moyen se situant au-dessus de 30 ans, il n'a pas pour habitude de laisser des commentaires. Je sais mieux maintenant ce qu'il aime et ce qu'il attend.

Alors à tous ceux qui m'ont dit m'avoir "lue un peu quelque part" je mets dans la corbeille quelques interviews filmées dont deux proviennent d'un blog que je vous invite à découvrir http://auteurstv.blogspot.com :

Alice Ferney pour qui avoir un style c'est savoir créer des écrins pour rendre les mots plus beaux. Elle exprime avec humilité qu'il lui faut une année pour trouver la première phrase du prochain livre. Qu'elle essaie en permanence d'être novatrice sans y parvenir encore.

Laurent Gaudé

et Delphine de Vigan dont je pourrais reprendre à mon compte le contenu de l'entretien tellement je ressens ce qu'elle exprime.

1 commentaire:

CFramboise a dit…

Je ne connaissais pas ce roman primé. Ce doit être éprouvant à lire. De belles découvertes en tout cas

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