samedi 18 octobre 2014

Le Spoutz d'après Marcel Pagnol par la Compagnie Marius

Un temps fort du Théâtre Firmin Gémier, nomade pour l'occasion. Une troupe qui arrive avec ses gradins, on se doit de l'accueillir dans un lieu adéquat. Ce sera le gymnase du COSOM. La Comp. Marius est OK. Habitués au plein air tous les comédiens ont adopté l'endroit  sans discuter car il est destiné à être détruit. On sent d'entrée de jeu que ces gens là ont une belle âme.

Et pourtant l'acoustique y est déplorable. Waas Gramser nous a dit après le spectacle qu'elle abandonnait d'être comprise. C'était exactement ce que j'ai pensé au cours de la soirée : Allez, je renonce à tout comprendre.

Le Spoutz a été écrit par Marcel Pagnol, immortalisé au cinéma par Fernandel en 1938. C'est l'histoire d'un apprenti épicier qui rêve de grandeur. A force d'y croire cela deviendra peut-être une réalité.

Toute la troupe s'amuse avec le jeu. On entend l'accent flamand et on oublie que la pièce a été créée à Marseille.

Pourtant la Comp. Marius nous propose, avant de nous installer sur leurs gradins, de casser la croute dans une ambiance méditerranéenne, avec une sardine et un verre de muscat, le tout à des prix quasi coutants, respectivement 4 et 2 €. On se sent responsables de fournir à manger à tous ceux qui sont venus en autobus. Et quand ils restent plus longtemps ils installent une vraie cuisine. Le public apprécie ce partage, en prenant le temps de s'installer. cela facilite le dialogue.

On assiste aux derniers préparatifs, à l'installation des costumes en coulisses ... on se met dans l'ambiance de manière plus conviviale que les traditionnels trois coups précédents le lever de rideau.

D'ailleurs point de rideau ici. Tout se fera "à vue" comme dans la tradition d'un théâtre de tréteaux très simple.
Ce ne sont pas de "vulgaires" sardines que la Compagnie a sélectionnées. Ils ont choisi la Belle-Iloise, de belles boites, et délicieusement bonnes. Le choix est aussi large que la sardine qui a bouché le port de Marseille.
On s'installe progressivement dans les gradins de bois, comparable à un amphithéâtre universitaire, prêts à assister à une leçon de théâtre composée de 57 tableaux et 34 personnages avec seulement cinq acteurs pour tout faire.

Pour les acteurs, c’est un plus, une force que la pièce ait été écrite pour une troupe par celui qui  à l'origine interprétait lui-même le rôle principal. Et très franchement, Kris Van Trier se mesure tout à fait à Marcel Pagnol, Raimu ou Fernandel. Il y a certainement quelque chose de jouissif et de très intime pour eux. Comme un frère toujours à leurs côtés. Je pense que ces rôles sont des cadeaux.
On reconnait des répliques mythiques : Il faut travailler pour vivre. Le métier d'épicier est noble. Tu n'es pas bon à rien, tu es mauvais en tout ! C'est toi qui te fout de notre gueule ou eux de la tienne ?  un petit idiot qui se prend pour un grand acteur. Alors quand je pleure ça les fait rire ? Tu n'as jamais pu faire comme les autres.
Voilà résumé l'essentiel de la pièce. Irénée rêve de devenir comédien et il saisira l'occasion de jouer un rôle phénoménal dans un film phénoménal.

Les comédiens aiment faire du théâtre en extérieur depuis 1999, même s'il pleut affirment-ils. C'est une question d'atmosphère. Chaque lieu est un défi. Et surtout cela restitue un espace de liberté aux spectateurs. D'ailleurs une voiture traversera l'allée qui longe le gymnase. Et ils ont beaucoup d'astuces et d'idées pour convoquer le rire : des portes trop petites, un singe, un canon ... sans parler des interactions avec le public (des collégiens ce soir). Ils n'hésitent pas à amender leur texte, glissant une allusion à un acteur "français" comme Gérard Depardieu ou une exhortation en guise de conclusion : Continuez la France, je vous aime !
On entend avec nostalgie Luis Mariano. La farce est violente mais la fin est heureuse. On ne se quittera pas sans pouvoir de nouveau discuter avec la troupe. L'usage veut qu'ils offrent toujours de partager "le mousseux" après le spectacle.
La troupe jouera en néerlandais et en français à Bruxelles. Tout s'arrange en parlant dans une autre langue, cela aide à prendre un peu de distance, soulignera Waas Gramser qui signe la mise en scène avec Tris en insistant sur le fait qu'ils ont toujours travaillé ensemble.
Le rôle du Spoutz est difficile parce qu'il n'est pas bâti, à l'inverse de Marius, sur des répliques saccadées comme une parie de ping pong. Les acteurs n'avaient pas vu le film avant de commencer leur mise en place. Aujourd'hui ils estiment ce film trop romantique et trop sérieux. C'est un drame, mais trempé au fer de l'humour. ce sera leur dernier mot.

Le Schpountz, d'après Marcel Pagnol, au COSOM d'Antony (92)
Jusqu'au 19 octobre puis en tournée

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