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vendredi 7 février 2025

La baronne perchée de Delphine Bertholon

J'aime beaucoup les romans de Delphine Bertholon. J’en ai chroniqué, au moins six, et tous apprécié.

Evidemment chaque parution est à la fois une promesse et une inquiétude. Et comme l'auteure est plutôt du genre à douter d'elle-même elle me transmet ses affres avant chaque nouvelle lecture.

Les premières pages de La baronne perchée m'ont vite rassurée. Ce huitième roman est fort agréable à lire tout en ayant une profondeur appréciable.

On y retrouve les éléments constitutifs du jeu de cartes de Delphine : le poids des non-dits, un passé qui resurgit, des rendez-vous manqués qui ne vont pas le rester, des paysages de bord de mer.

Quelque chose d'impalpable m'a rappelé aussi la jeune fille de Twist (il faut reconnaitre que je suis fan de ce livre) même si Billie n'est pas enfermée dedans mais "dehors".
Inspirée par sa lecture du Baron perché d'Italo Calvino (qu'il n'est pas nécessaire d'avoir lu nous-mêmes), l'adolescente s'installe dans une cabane au milieu des arbres, dans un parc d'accrobranche désaffecté, face à l'océan. C'est l'été, ses camarades sont en vacances, son père au travail, à la conserverie. Personne ne remarque sa fuite, à l'exception d'un étrange rôdeur aux allures de Clint Eastwood dont le lecteur ignore les intentions.
Le père finira par s'affoler mais, désemparé, il sollicitera l'aide de Nelly, une jeune journaliste habituée à mener des enquêtes. Sans certitude d'arriver à temps pour sauver Billie.
Je n'allais pas résumer l'intrigue en la dotant d'une happy-end. Quand on connait l'addiction de Delphine Bertholon pour les séries et son goût pour l'horrible on peut légitimement s'attendre à ce que son scénario ne soit pas imbibé d'eau de rose. De fait, il y a des choses terribles dans ce livre, que vous découvrirez le moment venu.

Faisons confiance à l'astrologie pour rester sereins. Billie est Lion, un signe de passionnés, de déterminés, toujours prêts à relever de nouveaux défis (p. 132) faisant d'elle une superstitieuse optimiste. Ou peut-être la fille de son père, Léo, qui, bien que porteur d'un prénom fort, est victime d'un grave alcoolisme. Pour construire un tel personnage, Delphine a pu s'appuyer sur Le Son de ma voix de Ron Butlin, publié chez Quidam éditeur, dans lequel le romancier et poète écossais raconte l'histoire d'un alcoolique écrite (et c'est peu fréquent) à la seconde personne.

Billie est orpheline de mère. On l'apprend très vite et on comprendra plus tard comment le passé à pu provoquer de si lourds dégâts. Une pathologie psychiatrique en est à l'origine et l'auteure s'est documentée à l'extrême pour garantir la véracité de ses propos. Ceci, combiné à son art du principe cliffhanger tant utilisé dans les séries TV (et qu'elle est habituée à pratiquer comme scénariste), procure à la lecture à la fois suspense, originalité et empathie.

Nelly - cette fille qui ressemble trop au pain d’épices (p 184) et vous comprendrez pourquoi le moment venu - le fait remarquer avec à propos : N’importe quelle folie inspirée par un roman est un truc merveilleux (p. 168). La robinsonnade est un point de départ abracadabrant qui va nous amener dans un univers, certes inhabituel, mais parfaitement construit et tout à fait plausible. Je ne suis pas étonnée que dans son obsession du détail Delphine soit allée jusqu'à vérifier qu'aucune tempête ne ravagea la côte au cours de l'été pendant lequel se déroule cette épopée.

Je ne suis pas davantage surprise de savoir qu'elle a écouté en boucle Crispy Bacon, un morceau de musique techno de Laurent Garnier, un maitre du genre, pour écrire en cadence la scène de la voiture (p.102).

Le roman est destiné à un public adulte mais je serais curieuse de connaitre les retours d'adolescents car, à plusieurs reprises, je l'ai senti écrit pour eux. Peut-être parce que le personnage de Billie semble totalement vrai et que ses interrogations sont celles qui peuvent secouer sa génération. Egalement parce qu'on croise des figures emblématiques de la littérature jeunesse comme Matilda, la gamine surdouée de Roald Dahl (on notera au passage, et c'est conscient pour l'auteure, que la mère de Billie s'appelle Mathilde, et que Malhamé n'est pas particulièrement bienaimé, signifiant le poids du choix des patronymes), Alice au pays des merveilles, et bien sûr Côme Laverse du Rondeau dont les aventures ont de quoi faire rêver (p 64). Encore aussi parce que la couverture (extrêmement élégante) nous rapproche de cet univers de la jeunesse et annonce le retour du printemps. Enfin parce que si le prénom de Billie fait penser à Holiday, la chanteuse de Solitude, il est aussi celui d'une artiste plus contemporaine, Eilish, l'interprète de Bad Guy.

Les adultes apprécieront d'autres références, à Victor Hugo, à Baudelaire et au Spleen, à L'Attrape-cœurs de J. D. Salinger (1951) que Billie a déjà lu et assimilé, du haut de ses douze ans, prévenant son père que les gens qui pleurent à s'en fondre les yeux en regardant un film à la guimauve, neuf fois sur dix, ils ont pas de coeur (p. 21).

Dans les nouvelles générations (hormis dans les familles monoparentales où les rapports sont forcément déséquilibrés), les pères s'impliquent fortement dans l'éducation et la vie quotidienne. Dans le roman, aucun des deux pères n'a voulu le devenir. La naissance de l'enfant intervient comme un accident de parcours. Ce qui ne signifie pas pour autant qu'ils aient renoncé à jouer leur rôle.

La relation entre Billie et Léo, dont le travail d'étripeur dans une sardinerie est contraignant, est d'ailleurs très touchante, ponctuée de codes, que ce soit les citations littéraires, ou musicales. Il annonce son entrée dans la chambre de sa fille comme Gainsbourg dans Hôtel particulier avant d’enlacer Melody (p. 70) :
Si vous frappez : À la porte / D'abord un coup, puis trois autres / On vous laisse entrer.

Sans chercher à résumer le roman en quelques mots on pourrait dire que c'est une histoire de réparations (le mot est intentionnellement au pluriel). Et quoi de plus inspirant en la matière avec le kintsugi, cet art japonais selon lequel on restaure des objets cassés ou abîmés, non pas en dissimulant les fêlures, mais en les sublimant avec de l'or ? Je n'en connaissais pas le terme mais c'est ce que j'ai longtemps pratiqué en redonnant vie à des objets selon la technique de la mosaïque.

Taire les non-dits et les secret n'est jamais bon. Vaut mieux y coller un fil d'or.

Je mentionnais plus haut que tous les éléments constitutifs du jeu de cartes de Delphine étaient présents. Je pourrais ajouter, même si c'est anecdotique, son goût pour les nouilles instantanées (p. 26) et aussi -puisque nous sommes entre nous- son amour pour les pieuvres qui lui fait placer une douce Poulpatine en peluche dans le lit de Billie (p. 199).

Vous l'aurez compris. J'ai adoré cette gamine que je compte bien retrouver dans quelques années car il me semble que son histoire familiale pourrait connaitre un nouveau rebondissement.

En attendant, je vous souhaite à vous aussi une belle évasion par la lecture, qui est tout de même un bon moyen de le faire tout en gagnant en fantaisie.
Delphine Bertholon est l’auteur de  Twist, L’Effet Larsen, du très remarqué Grâce, du Soleil à mes pieds, puis Les corps inutiles tous parus chez Lattès et plus récemment, Dahlia chez Flammarion.

La baronne perchée de Delphine Bertholon, chez Buchet Chastel, en librairie le 6 février 2025

mercredi 3 mars 2021

Dahlia de Delphine Bertholon

C'est au bord de la mer que j'ai fait la connaissance avec Dahlia alors que l'actualité résonnait de multiples affaires ayant marqué l'adolescence de personnes plus ou moins connues.

Les révélations sur les violences sexuelles faites aux enfants ne sont pas nouvelles. Mais on en parle davantage depuis notamment la pièce (et le film) Les chatouilles.

J'avais lu peu de temps auparavant l'excellent ouvrage de Vanessa Springora, Le consentement. Curieusement peut-être, c'est surtout avec un film que je ferai un rapprochement, La fille au bracelet de Stéphane Demoustier.

Car, le sujet principal du roman de Delphine Bertholon me semble être la question de la vérité … ou du mensonge.
Début des années 1990, dans le sud de la France. Lettie, quatorze ans, vit avec sa mère dans un mobile home et brûle secrètement d’être quelqu’un d’autre. Quand survient Dahlia, une fille un peu étrange, une ardente amitié se noue entre ces adolescentes que tout semble opposer. Dahlia a deux jeunes frères, des parents généreux, et Lettie voit dans le père de son amie l’homme idéal, celui qui lui a toujours manqué.
Chacune envie l’autre ; qui sa tranquillité, qui sa famille joyeuse. Mais le jour où Dahlia lui confie un secret inavouable, en la conjurant (Tu dois me promettre de ne jamais en parler à personne- p. 58) Lettie ne parvient pas à le garder. La famille de son amie vole en éclats.
L'éditeur interroge sur la quatrième de couverture. Au milieu du chaos, le doute : et si Dahlia avait menti ?

C'est exactement la question inverse que je me suis posée tout au long de ma lecture : et si Dahlia disait vrai ?

Difficile d'aller plus loin en évitant de donner une piste sur l'une ou l'autre voie. Ce roman est un thriller, certes psychologique, mais puissant. Delphine Bertholon y explore le lien ambigu entre adolescence et vérité, et les frontières floues qui nous séparent du passé.

La couverture est particulièrement bien pensée. La jeune fille se tient au bord de l'océan, et son corps exprime une indécision extrême. Dire ou ne pas dire … L’injonction de se taire est à double tranchant. Elle pourrait constituer un test, celui de l’épreuve de la loyauté de Lettie. C'est une torture que l'auteure décrit avec la précision d'un scalpel : Les mots de Dahlia faisaient des petits paquets givrés dans mes veines, empêchant mon sang d’irriguer mon cœur, ma tête.

Dahlia a martelé l'interdiction en poursuivant : Ne le dis à personne. Si quelqu’un l’apprend, je te jure, je me tue. Quel désarroi et quel malentendu pour Lettie qui s’attendait (espérait ?) une déclaration d’amour.

J'ai pensé aussi au film de Guillaume Canet (Ne le dis à personne) et j’ai imaginé le pire des scénarios, tout en étant persuadée que je sous-estimais ce qui allait se passer car je connais l’appétence de Delphine pour ce type de rebondissement.

Le roman brûle en trois parties. L’étincelle a eu lieu. Suivra L’embrasement, du fait que la confidence, comme on s’en doutait, n’est pas restée secrète, mais surtout parce qu’elle rencontre le passé de sa mère.  Lettie, la fille sans père, accuse celui de son amie. Puis La combustion et les brûlures, autrement dit les dommages collatéraux.

Lettie n’est guère fière de son comportement. Elle raconte l’histoire des années plus tard et en ayant "peur à présent de ce qui aurait pu lui arriver" parce qu’elle mène une vie sans frein. On peut déplorer le défaut de communication entre les deux filles. Toujours est-il que la situation se fige et devient irréversible.

C’est vaguement pour se punir d’avoir trahi son amie qu’elle tombe dans les bras d’un copain qui n’aurait pas dû être plus qu’un simple flirt (p. 116). L’été suivant se déploie dans l’insouciance et la joie. La bande d’amis compose au fond de la mer d’étonnantes compositions de galets que les journalistes qualifient de Land art. Mais il sera écrit que l’insouciance sera éphémère. Une fille de la bande a failli se noyer. 

Lettie sera elle-même victime du mensonge d’un de ses pseudo amoureux. Tout le monde triche dans le roman malgré une évidente envie d’authenticité. Soit par intérêt, soit par négligence, comme si pour les uns, rien n’était grave, trop pour les autres.

Quand la légende dépasse la réalité, on publie la légende (p. 200). Dans la vraie vie aussi, parfois, les histoires l’emportent sur les faits…

Dahlia de Delphine Bertholon, Flammarion, en librairie le 17 mars 2021

vendredi 4 septembre 2015

D'après une histoire vraie de Delphine de Vigan, chez Jean Claude Lattès


(mise à jour le 1er décembre 2015)

Le grand public guette le nouveau Nothomb à chaque rentrée. Je l'ai fait moi aussi, je le concède. Mais, cette année, la découverte du dernier De Vigan m'intéressait bien davantage. Sans que ce soit exclusif parce que j'étais tout autant impatiente d'avoir entre les mains le dernier Bertholon, Tessarech, Giraud, Blondel ... pour ne citer au hasard que quelques-uns de mes auteurs préférés, qu'ils aient ou non publié fin août.

Cela faisait plusieurs années qu'il n'y avait pas eu de nouveau de Vigan à l'horizon. Rien en 2012, ni les suivantes. Je patientais. Sans me douter que l'auteur me donnerait la réponse dans ce roman - car c'en est un - qui est sorti le 26 août dernier.

Le vrai du vrai c'est la conséquence de sa rencontre avec une femme et qui aurait provoqué deux ans d'impuissance à écrire. Ce démon reste masqué derrière une initiale, L. qui s'entend aussi à la troisième personne (elle) tandis qu'une pléiade de prénoms comme François, Olivier, Nathalie ... surgissent au fil des pages de ce roman à (petites) clés pour le cercle littéraire.

Rassurez-vous : point n'est besoin de débusquer les patronymes pour apprécier l'ouvrage. Je ne vais pas vous les donner. A l'exception du nom de famille du compagnon de l'écrivain, puisqu'il est de notoriété publique, François Busnel, qui anime la Grande Librairie sur France 5.

Delphine de Vigan fait référence dans son livre à son passage dans cette émission littéraire quelques semaines après la sortie de Rien ne s'oppose à la nuit. Elle dit combien cette soirée lui a été reprochée, les mauvaises langues estimant qu'elle avait bénéficié de favoritisme. Elle relate la jalousie dont elle a été abusivement la cible puisque ce roman était déjà un grand succès. Elle raconte surtout combien elle était terrorisée de s'exprimer devant François Busnel ce soir là. C'est tout à fait exact. Il se trouve que j'y étais et je me souviens parfaitement de la façon dont elle se tenait, avec le plus de discrétion possible, comme si elle avait voulu se fondre dans le décor.

Elle m'avait très gentiment dédicacé cet ouvrage après l'émission. Sa manière d'écrire m'avait surprise. Non pas parce qu'elle écrivait de la main gauche mais par sa façon unique de tenir son stylo. Ce qui est drôle c'est que ce geste fait l'objet d'une mention dans le dernier roman. Mais je peux jurer que je ne suis pas L.

Nous avions ce soir là évoqué la question de la vérité. Je n'avais pas pu m'empêcher de l'interroger sur deux ou trois points, en raison des prénoms et des patronymes qu'elle avait employés et qui faisaient terriblement écho à ma propre histoire familiale. Ce n'était que pure coïncidence.

Il faut se garder de raccourcir le titre D'après une histoire vraie en laissant tomber le premier mot. Il est essentiel. Finalement tous les auteurs écrivent "d'après" des éléments plus ou moins réels. Et c'est ce mot là qui situe le texte dans l'univers du roman.

L. demande trois photomatons (p. 203) pour conserver un souvenir de Delphine. Sans doute les trois clichés reproduits sur la couverture ... à ceci près que ce n'est pas le visage de Delphine, même si la ressemblance est troublante.

Delphine de Vigan a effectivement écrit pour le Paris des Femmes. Elle s'est rendue au festival de Chalon sur Saône en avril 2014. Que les faits rapportés soient un peu, beaucoup, ou exacts à la folie, peu m'importe. La lecture de ce dernier roman est tout à fait palpitante, à la manière d'un polar, jusqu'au mot FIN*. Et je vous encourage à entreprendre ce voyage plusieurs fois parce qu'il y a de toute évidence plusieurs niveaux de lecture.

L. porte la même initiale que Lucile, la mère ou Liane, la grand-mère ... de Delphine et déjà dans Rien ne s'oppose à la nuit (p.204), elle s'inquiétait du livre qu’elle écrira après, lorsqu’elle sera délivrée de celui-ci. La question du sujet la hante. Et je ne suis pas loin de penser que L. est son double au simple motif que l'écriture est une grenade (p. 212).

Je n'ai pas recueilli de confidence mais je suis persuadée que l'histoire qui nous est racontée a été inventée de toutes pièces pour ce qui est de l'enchainement des actions. Vue la noirceur de certaines scènes je souhaite sincèrement à Delphine de ne pas les avoir vécues et si par hasard c'était le cas j'ose croire qu'elle interprétera mes doutes comme une preuve de sympathie.

En tant que lectrice j'ai pourtant totalement adhéré au scénario, même si les citations empruntées à l'univers de Stephen King m'ont mise sur la piste de l'hommage. Je suis une fan inconditionnelle de Misery, que j'ai vu plusieurs fois.

La construction du roman en trois actes, séduction, dépression et trahison, démontre une analyse rigoureuse de la relation d'emprise, ce qui n'a rien d'étonnant pour quelqu'un qui connait le sujet du harcèlement au travail, déjà traité dans Les heures souterraines.

Delphine de Vigan raconte aussi la pesanteur des dédicaces et je la comprends. Tous les auteurs le disent. Elle a beaucoup donné dans le registre de l'autobiographie. Je ne veux plus faire çà (écrire sur sa famille), pas sous cette forme confie-t-elle p. 208.

En fait elle punit son personnage. Elle règle des comptes. C'est très habile, très intelligent, même généreux. Elle est elle-même et son double. Un double L.

Ce qui est surtout "vrai" ce sont ses réflexions sur l'écriture. Au lieu de nous livrer un livre sous forme d'essai, à la manière de Barthes, elle nous offre un thriller psychologique. C'est tout de même plus réjouissant. Autrement dit un livre dans le livre.

On pourrait tout de même lui faire un reproche : la source des lettres anonymes n'est pas élucidée, à moins qu'il n'y ait rien à en dire ... ce qui reviendrait à supposer qu'elles furent le fruit d'une imagination débridée.

Emilie Frèche traite à sa manière, et de façon elle aussi très réussie, le même double sujet, l'écriture et l'emprise avec un Homme dangereux.

D'après une histoire vraie de Delphine de Vigan, chez Jean Claude Lattès
Sélectionné pour le Goncourt
Prix Renaudot attribué le 3 novembre 2015
Goncourt des lycéens le 1er décembre 2015

samedi 31 janvier 2015

Les corps inutiles de Delphine Bertholon, chez JC Lattès

Si j'avais découvert Les corps inutiles au cours d'une séance de lecture à l'aveugle j'aurais parié sur l’auteur tant il correspond au "style Bertholon". C’est encore un duo de sœurs. Il est encore question de poupées. Et c’est encore un sujet qui touche à la liberté de mouvement et aux sensations.

Delphine Bertholon explore le déséquilibre inné ou acquis. Je devrais écrire "ou subi". Dans un de ses premiers romans, Twist (que je n’ai pas chroniqué parce que le blog était alors balbutiant et que je recommande vivement), elle relatait l’histoire d’un rapt en pointant les ressorts psychologiques que la jeune fille activait pour parvenir à se sortir de la relation d’emprise de son ravisseur.

Cette fois le crime est différent. Il s’agit d’une tentative de viol que Clémence conjure en sacrifiant toute sa sensibilité. C'est le moyen que l'adolescente a trouvé pour conserver sa liberté. Une stratégie de survie en quelque sorte. En paralysant ses émotions elle refoule les mauvais souvenirs qu'elle n'a pas pu partager avec des adultes bienveillants. Son corps lui devient étranger, mais il demeure et le titre résonne comme une provocation. Aucun corps n'est inutile à proprement parler. 

Le récit entrecroise le présent et le passé. Le lecteur navigue entre le passé et le présent, entre l’année où les faits ont eu lieu, la jeune fille avait 15 ans, et aujourd’hui alors qu’elle en a 30 et mène cahin-caha sa vie d'adulte. Les évènements sont encore si douloureux qu’ils justifient d'être relatés à la troisième personne dans les chapitres consacré à cette quinzième année. Arrivée à l’âge de 30 ans Clémence est parvenue à un peu de distance et peut s’exprimer en utilisant le " je".

Clémence n’a plus de sensations mais elle a des émotions.  Je ne sens rien mais je ressens tout, je baise donc je suis, je suis un être humain (le mot figure entre guillemets à la page 60 et toute la phrase est placée entre parenthèses alors que l’information est de nature essentielle).

Beaucoup de mentions surgissent ainsi entre parenthèses, comme enchâssées dans le texte, jouant le rôle de notes de bas de page, comme des pensées additionnelles en quelque sorte. Elles sont souvent très touchantes, comme celle-ci (page 64) où replongée à l’âge de 15 ans elle souhaite devenir insensible et grandiose, voir le monde derrière des yeux de verre, et ne plus avoir mal. (Elle ne savait pas encore qu’il fallait quelquefois se méfier de ses désirs).

La relation d’amour qui unit les deux jeunes filles au-delà de leurs différences de tempérament et de vécu est très forte. Elle compense un peu la fausseté des rapports avec des parents auxquels on a menti ou évité de démentir. (Page 178)

Sa sœur, Suzanne, espère le meilleur. Clémence redoute le pire. Elle a des doigts en or pour dessiner et peindre mais elle n’a pas la main verte. Ses cheveux sont rouges, encore une provocation. Qui plus est, elle est affectée d’une exquise anomalie, l’hétérochromie. Autrement dit ses deux yeux ne sont pas de la même couleur, ce qui n'est pas vérifiable sur l'illustration de la couverture ... (une photo magnifique choisie par Delphine parmi celles d'une artiste qu'elle apprécie beaucoup, Anka Zhuravleva).

Quand son amie Sophie la trouve rafraichissante elle trouve l’idée amusante, et même en quelque sorte rassurante car cela signifie qu’elle est une fiction, pas seulement pour elle-même (page 140).

Le roman fouille d'une certaine façon la question du pardon et de l’oubli. Ce n'est pas parce que le crime n'a pas été consommé (il ne s'agit "que" d'une tentative) qu'il n'en est moins grave et lourd de conséquences. Avec un prénom qui évoque la douceur, Clémence finira-t-elle par recouvrer la sérénité ? Peut-être avec Arthur dont le prénom fait penser à la chevalerie.

Je me demande souvent si le choix du prénom des protagonistes est totalement conscient chez les auteurs. En tout cas je suis d'accord avec Delphine : Avec l’inconscient il n’y a jamais de coïncidence (page 252).
Delphine Bertholon est l’auteur de Twist, L’Effet Larsen, du très remarqué Grâce et, plus récemment, du Soleil à mes pieds, tous parus chez Lattès, les trois derniers tous chroniqués sur le blog.

Elle cisèle, de livre en livre, un style bien particulier à mi-chemin entre réalité et science-fiction, avec beaucoup de psychologie, et une écriture qui éclaire la narration. Par exemple : Mon répondeur clignotait, trois messages écarlates dans l’habitacle rainuré de la machine noire (page 185).

Le livre sort officiellement en librairie le 4 février 2015 mais il était déjà en vente aujourd'hui au premier Salon Lire c'est libre, au rez-de-chaussée de la mairie du VII° arrondissement où Delphine avait été invitée à venir dédicacer l'ouvrage. Je suis donc en quelque sorte "autorisée" à publier cette chronique sans plus attendre.

Les corps inutiles de Delphine Bertholon, chez JC Lattès

mercredi 2 octobre 2013

750 grammes s'est lancé dans Prix du Livre de cuisine

Hier ce ne sont pas moins de 3 Prix qui ont été décernés en une soirée, dont 2 pour la première fois.

Nous étions dans l'espace de 750 Grammes, rue du Faubourg Poissonnière. C'est donc de celui là que je donnerai en premier le verdict. Sur la sélection, très fournie je n'en avais chroniqué qu'un seul, La petite épicerie du fait-maison, Solar Editions, mais j'avais feuilleté et apprécié le Fait-Maison, Classiques d'hier & Aujourd'hui, Hachette Cuisine d'Eva Harlé qui était peut-être la seule auteure culinaire présente ce soir.

Un étudiant en cuisine, Larousse Cuisine
Petit Larousse des apéritifs dînatoires, Larousse Cuisine
Fait-Maison, Classiques d'hier & Aujourd'hui, Hachette Cuisine
Un brunch à NewYork, Hachette Cuisine
Best of Paul Bocuse, Alain Ducasse Edition
Aux Lyonnais – Les 30 meilleures recettes, Alain Ducasse Edition
Le cahier de recettes du Manoir d'Eyrignac, Albin Michel
Sur les choux, j'en connais un bout !, Mango Editions
La petite épicerie du fait-maison, Solar Editions
Apéros du monde, Mango Editions
Le carnet de cuisine du pays Niçois, Edition Sud Ouest
Céréales originales et savoureuses légumineuses, Edition Sud Ouest
Je crée mes cadeaux gourmands, Terre Vivante
Mes confitures compotes, fruits séchés et sirops, Terre Vivante

Eva est aussi modeste qu'elle est talentueuse aux fourneaux. J'aurai l'occasion de parler d'elle bientôt. Toujours est-il que la grande gagnante fut Estèrelle Payany pour sa Petite épicerie du fait-maison, un choix que je ne peux évidemment pas renier.

Jean-Baptiste Duquesne a remis le Prix en précisant que le critère déterminant à été la facilité des recettes combinée à l'envie de les réaliser.

Un étudiant en cuisine s'est classé troisième. Un livre "simple, moderne et très complet" nous a dit Pascale Weeks, de c'est moi qui l'ai fait.

A la seconde place, Un brunch à New-York dont Mamina, Et si c'était bon ! a dit avoir tout testé.
Le 6ème Prix des lectrices Confidentielles a été remis par Delphine Bertholon puisque c'était elle qui avait remporté le 5ème, pour son très beau roman Grâce, chez Jean-Claude Lattès. Si son actualité se focalise sur Le soleil à ses pieds qui est déjà un succès de la rentrée, et que j'ai déjà chroniqué, je vous invite particulièrement à lire son précédent, ... et les autres d'ailleurs car elle parvient à chaque fois à surprendre ses lecteurs.
La sélection était riche :

- J’ai aimé être fidèle, Jean-Marc Rivière (JC Lattès)
- Juste avant le bonheur, Agnès Ledig (Albin Michel)
- Lundi noir, Dominique Dyens (Héloïse d’Ormesson)
- Ce que je peux te dire d’elles, Anne Icart (Robert Laffont)
- Une faiblesse de Carlotta Delmont, Fanny Chiarello (Éditions de l'Olivier)
- Shâb ou la nuit, Cécile Ladjali (Actes Sud)
- Complètement cramé, Gilles Legardinier (Fleuve noir)
- Les gens sont les gens, Stéphane Carlier (Editions le Cherche Midi)
- Tombeau pour Don Juan, Margaux Guyon (Plon)
- Si un jour la vie t’arrache à moi, Thierry Cohen (Flammarion)
Je n'avais lu alors que le livre d'Agnès Ledig, déjà récompensée du Prix de la Maison de la Presse qui a peut-être influencé le jury, qui le plaça à la troisième place, préférant couronner un autre auteur. C'est Gilles Legardinier  qui l'emporta pour Complètement cramé,  annoncé en librairie le 18 octobre et que je compte découvrir bientôt.
L'histoire peu banale d'un homme qui quitte tout sur un coup de tête pour se faire engager comme majordome ...
La créatrice du site créé par Hélène Lepetit il y a 13 ans déjà, Maman.fr, avait choisi le même soir pour remettre son premier Prix du Livre Préféré des Mamans. Point de "short list", chaque électrice était libre de chercher l'inspiration dans sa mémoire ou sur ses étagères.

Point de jury trié sur le volet non plus : toutes les mamans volontaires furent sollicitées et 1354 répondirent. autant dire que ce Prix est d'une fiabilité impartiable !

Isabelle Filliozat est arrivée dans le trio de tête pour les ouvrages « J’ai tout essayé » et « Au cœur des émotions de l’enfant » chez Jean-Claude Lattès. On apprécie sa manière d'avoir trouvé le langage qui déculpabilise les mères de n'être pas aussi parfaites qu'elles le voudraient.

L'allaitement, l'épuisement, le handicap ont été des thèmes récurrents dans les choix des votants. Mais c'est Cinquante nuances de Grey, du même éditeur, qui a créé la surprise puisqu'il n'est pas un livre que l'on classerait dans le domaine de l'éducation de l'enfant. Sa présence s'explique par le fait que les mères sont aussi des femmes, ce qui est pleinement rassurant, et qu'elles ne mettent pas de côté leur sexualité. Je ne peux que souscrire étant donné ce que j'ai écrit à propos du livre de E.L. James.

La grande gagnante, loin devant toutes les autres, fut Laurence Pernoud .. on aurait pu le deviner car je ne pense pas qu'une seule maman n'ait jamais ouvert un de ses livres. Je n'échappe pas à la règle : « J’élève mon enfant » fut mon livre de chevet pendant des mois.

Agnès Grison et l'équipe des éditions Horay met à jour chaque année les deux best-seller que sont J'attends un enfant et J'élève mon enfant. Ce n'est que justice qu'elle soit repartie avec le premier Prix.

Des trois récompenses c'est sans doute celle de Maman.fr qui est la plus "parlante" mais aussi celle qui sera la plus difficile à réitérer l'an prochain. A suivre !

lundi 26 août 2013

Le soleil à mes pieds de Delphine Bertholon

Delphine Bertholon aime les drames qui commencent mal et qui se terminent sur une ouverture sur l'espoir et la lumière. Au motif que la vie est pire que n'importe quelle fiction (p. 141) elle s'en donne à coeur joie pour concocter des romans qui seraient un point de départ idéal pour un scénariste de films d'horreur en panne d'inspiration. Elle en a fait plusieurs brillantes démonstrations avec Twist, en 2008, l'Effet Larsen en 2010, et Grâce l'an dernier. Le soleil à mes pieds n'échappe pas à la règle.

Dans ses livres, la mère est toujours en souffrance, première victime d'un détraqué, d'un handicap ou pire ... le père absent ou empêché, les enfants en quête d'identité. Il y a des secrets, des fantômes, des non-dits familiaux et le cadre exerce une influence sur les personnages comme si l'endroit où ils vivent leur ressemblait, à moins que ce ne soit l'inverse.

Tout part cette fois d'un putain de fait divers sans coupable (p. 93 et 145) avec une première victime, la mère, et l'action tourne autour de son fauteuil à bascule en ellipse, entrainant la Grande et puis la Petite.

Deux ans d'écart seulement entre elles (si on s'en tient à l'âge civil), qui pèsent très lourd et des tempéraments diamétralement opposés. La quatrième de couverture présente la Petite fragile et ravissante, se protégeant du monde dans le cocon de sa chambre de bonne; la Grande nymphomane, tyrannique et machiavélique s'agitant dans la ville. On nous promet que si le sort semblait avoir scellé leur destin, les rencontres parfois peuvent rebattre les cartes.

C'est la Petite qui parle. Elle raconte ... le soleil à ses pieds, qu'elle va retrouver dix-huit ans plus tard, et suivre la piste de l'énigme.

La couverture fournit un indice flagrant : des sandales, décolletées sur l'avant, des talons de bois peint avec des brides en liens autour de la cheville. Dorées. Démentiellement dorées (p. 113) qui seront une pomme de discorde entre les deux soeurs.

Vivent-elles en symbiose comme l'anémone et le poisson-clown ? L'une est-elle sous emprise de l'autre ? Laquelle croire ? Se laver, c'est un peu s'effacer (p.42). Et au rythme où la Petite récure elle n'existera bientôt plus. Encore heureux qu'elle parvient à se calmer un peu en jouant à la télékinésie ou à la détective en découvrant un mot doux (p. 54) pour laisser au temps le temps d'enclencher un processus de résurrection.
L'histoire tangue habilement entre horreur et policier, avec un détour sur ces Grands Boulevards (p.103) que je connais désormais si bien que j'ai cru un instant que nous allions entrer au Manoir de Paris où la Grande aurait une place toute légitime.

Le soleil à mes pieds de Delphine Bertholon chez Jean-Claude Lattès, ISBN 978 2709 6310 82, sortie le 22 aôut 2013
Et précédemment sur le blog :
Twist, L’Effet Larsen et Grâce, tous trois parus chez Lattès.

lundi 19 août 2013

La rentrée littéraire sur A bride abattue

(mise à jour 8 octobre 2013)
J'ai placé un assez grand nombre de couvertures de livres sur le billet rituel du premier du mois. Tout n'est pas encore lu mais le sera sous peu.

Je suis déjà frappée par les affinités qu'on peut dégager. L'autobiographie est un thème qui interroge beaucoup et sous une forme inhabituelle.

Arnaud Viviant se prend pour sujet. Brigitte Giraud se livre comme jamais. Bruno Tessarech tisse un roman autour du faux, du vrai et du vraisemblable. Amélie Nothomb revient sur un épisode de sa vie qui avait fait l'objet d'une émission télévisée en nous donnant à comprendre la face cachée, et plus intime, du reportage.

L'adolescence est aussi une clé d'analyse. C'est le magnifique Muette d'Eric Pessan et le troublant livre de Véronique Olmi. C'est aussi le public visé par Laurent Bettoni.

La question des rapports entre frères et soeurs, du pouvoir et du contre pouvoir est au coeur du dernier Bertholon. Elle traverse les Petites scènes capitales de Sylvie Germain qui, à leur manière, répondent à Brigitte Giraud alors que Nathalie Brisac propose une vision métaphorique du bonheur à la portée des plus jeunes lecteurs.

Sylvie Germain fait entendre les suites pour violoncelles de Bach alors que Véronique Olmi  joue le piano de Mozart. Mais chez l'une comme l'autre la guerre apparait en toile de fond.

L'écriture préoccupe suffisamment pour être traitée en mettant en parallèle le métier d'écrivain avec celui de critique par Arnaud Viviant, ou de nègre par Bruno Tessarech.

Jean-Marc Roberts avait dit des choses très justes à propos de l'effervescence de la rentrée littéraire. Il manque cruellement à "ses" auteurs mais il est là néanmoins, dans nombre de dédicaces, comme chez Brigitte Giraud ou Bruno Tessarech.

Enfin si la corrélation entre le corps et l'esprit est au coeur du livre de Brigitte Giraud comme de celui de Julie Bonnie, elle est bien entendu le sujet de l'analyse que Martin Winckler fait de la série du Dr House. C'est aussi le point de départ du premier roman de Sophie Van der Linden. Celui ci se situe en Chine alors qu'Amélie Nothomb revient au Japon.

Beaucoup d'échos donc entre tous ces livres à propos desquels je publierai un billet :

La vie critique, Arnaud Viviant, Belfond, sortie le 14 août 2013
Avoir un corps, Brigitte Giraud, Editions Stock, 21 août 2013
Art nègre, Bruno Tessarech, Buchet-Chastel, 22 août 2013
La nostalgie heureuse, Amélie Nothomb, Albin Michel, 22 août 2013
Muette, Eric Pessan, Albin Michel
Le soleil à mes pieds, Delphine Bertholon, Jean-Claude Lattès
Petites scènes capitales, Sylvie Germain Albin Michel, 22 août 2013
La nuit en vérité, Véronique Olmi, Albin Michel, 22 août 2013
Les perroquets de la place d'Arezzo, Eric-emmanuel Schmitt, Albin Michel, 22 août 2013
La fabrique du monde, Sophie Van der Linden, Buchet-Chastel, 22 août 2013
Le plus joli des rêves, Nathalie Brisac, Ecole des loisirs, 29 août 2013
Chambre 2, Julie Bonnie, Belfond, 29 août 2013
Arthus Bayard et les maitres du temps, Laurent Bettoni, Editions Don Quichotte, 17 octobre 2013
Dr House, l'esprit du shaman, Martin Winckler, Boréal, Octobre 2013

La parution des articles n'est pas soumise au niveau de mes appréciations, ou si peu. J'ai tenu plutôt à une alternance entre le féminin et le masculin, parité oblige. J'ajouterai les couvertures des livres au fur et à mesure de la publication de ces billets. Il suffira de cliquer sur l'image pour ouvrir la chronique correspondante.
    
      

vendredi 25 janvier 2013

La liseuse de Paul Fournel chez P.O.L.

C’est l’histoire d’un mec, il rencontre une fille, mais ... 

Voilà le pitch idéal pour lancer un livre ... enfin selon Pierre Fournel qui se trouve être un vieux briscard de l’édition.  Son dernier livre est un petit bijou qui offre plusieurs niveaux de lecture et qui a réjoui la liseuse quasi professionnelle que je suis devenue au fil des années grâce ou à cause du blog.

Le personnage principal est un éditeur lié à un autre capital que le sien mais qui a gardé son autorité (littéraire). Il a des soucis avec ses auteurs, avec son personnel, ses équipes et ses libraires. On les devine naviguer dans un milieu en attente d’un traitement de choc qui le sortirait de la débâcle, non pas tant la  crise économique, encore qu’elle n’arrange sans doute pas la situation, mais de la baisse des ventes par désintérêt d’un public trop occupé à lire autre chose que du papier. Et tandis que les uns continuent sur leur lancée, espérant encore gagner le concours des meilleures ventes, et que les auteurs lui confient leurs états d’âme. Adèle, son épouse, ne va pas très bien.

Cela fait beaucoup pour un seul homme.

Seul ... pas tant que ça, car tout bien considéré, la relève est proche et n’attend qu’une impulsion pour développer une nouvelle idée. En 2012 les stagiaires sont capables d’autre chose que de faire tourner la photocopieuse. Ils composeront la dream-team du défi exaltant de Robert Dubois.

Puisque le lecteur surfe et navigue, et qu’il a pris l’habitude de faire ses courses sur Internet, Meunier, l’associé de Robert, croit que l’édition pourra être sauvé par la technologie et a chargé une stagiaire d’expliquer à Robert comment se servir d’un lecteur numérique. va mesurer très vite l'ampleur des enjeux.

Une fois l’objet apprivoisé il comprendra l'ampleur des enjeux et du changement qui s'amorce. S'il n'a pas tout à fait l'énergie pour se lancer dans l'aventure il en a assez pour créer une maison d’édition parallèle, Au coin du bois, qu’il drivera en cachette de son associé, en orchestrant les compétences de bande de stagiaires, non pas en raison de leur statut mais de leur jeunesse. La mutation est une affaire de génération.

Toute l’aventure est écrite sous la forme d’une sextine régulière, forme poétique inventée au XII° siècle par le troubadour Arnaut Daniel. L’ensemble constitue un poème de 180 000 signes et blancs. On a envie de s’exclamer vive le traitement de texte pour ne pas devoir les compter un par un.

Je ne vous en dirai pas davantage sur le contenu du livre qui, je me répète, procure de vrais plaisirs. Comme il est agréable de retrouver le quartier St Germain avant qu'il ne soit investi par les boutiques de fringues (à l'exception de la maison Rykiel pour la raison que je donne plus loin). On a très envie de s’amollir dans un fauteuil en compagnie de cette liseuse là, un verre de Brouilly, de Morgon ou de Pic Saint Loup à la main, pour ne citer que quelques-uns des vins appréciés par l’auteur. Il a bien raison d'ailleurs de souligner le lien secret entre les livres et la nourriture et je ne suis pas sûre qu'il perdurera avec l'hégémonie du numérique.

J’étais comme le personnage du roman, rétive à l’usage de cet objet qu’il appelle joliment «liseuse» et j’ai donc réfléchi à son emploi en même temps que j’avançais dans la découverte des péripéties.

J’ai été assez vite convaincue de ses atouts. Ce petit appareil électronique, à peine plus encombrant et plus lourd qu’un livre, comparable à un micro ordinateur, contient des ouvrages sous forme de fichiers que l’on ouvre à volonté, à condition bien sûr de n’être pas en panne de batterie. Les nouveau modèles promettent trois semaines d’autonomie et seraient capables de contenir l’équivalent de plus d’un millier de livres. Auraient-ils le pouvoir de créer une autre forme d’addiction, à l’instar des jeux video ? Ce serait drôle que des adultes se plaignent de ce mal alors qu’on ne sait pas quoi inventer pour redonner le goût de la lecture.

C’est très tentant pour les vacances et me permettrait de ne pas restreindre à cinq ou six le nombre des volumes que je glisse entre les vêtements.

Chaque fichier s’affiche de la manière que l’on a définie. On peut donc changer le visuel de couverture, les caractères, leur typographie et leur taille. C’est pratique pour les mal voyants. Qui sait d’ailleurs si l’évolution ne permettra pas qu’une voix ne fasse la lecture ... même si le livre CD existe déjà pour cela.

Si j’en crois Dubois ce grand confort d’une vraie lecture pourrait prendre une dimension orgasmique (page 50). On peut régler l’intensité lumineuse et ainsi poursuivre en pleine nuit confortablement dans une pièce non éclairée sans déranger le conjoint qui dort d’un sommeil précaire. On peut mettre en surbrillance les passages préférés pour les retrouver ensuite. L’interface tactile donne l’illusion de tourner les pages. Mais le bruit ? fait-elle d’un ronronnement ou un grondement parce que le livre est la discrétion même.

Un certain nombre d’inconvénients demeurent. Ma mémoire essentiellement visuelle risque fort d’être déroutée. J’accroche mes souvenirs à l’illustration de la couverture, au volume et aux proportions du livre. Ma mémoire affective sera tout autant perturbée. Je retrouve instantanément dans mes rayonnages le dernier de Vigan parce que je sais que je l’ai placé, pour des raisons qui me sont personnelles, juste à coté de l’avant-dernier Blondel.

Je pressens que l’e-book me dérangera autant que la migration de PC à Mac, ou si vous préférez de l’environnement Windows à Apple. Pendant un an j’ai pallié l’affichage tristissime des photos classées dans le dossier Images de mon Mac en laissant tous les dossiers ouverts sur ce qu’on nomme le bureau. Imaginez l’encombrement …  Je rallumais souvent le vieux PC pour y voir clair et effectuer des classements avant de retransférer les fichiers. Et puis j’ai découvert une application qui non seulement me permet d’apercevoir le contenus des fichiers classés dans chaque dossier mais aussi d’en balayer le contenu d’un mouvement rapide. Il est probable que pour quelqu’un qui la maitrise la liseuse sera un progrès considérable. J’aurais peur qu’elle ne devienne plus un outil de travail qu’un loisir.

Parfois j’ai envie d’un livre dont la lecture ne monopolisera pas la semaine entière. A d’autre moments je suis prête pour deux jours de lecture quasi non-stop. Les ouvrages qui composent ma PAL (vous savez bien, la Pile à Lire) effectuent ainsi des aller-venues entre le haut et le bas. Il arrive que j’en pose un sur le plateau du petit-déjeuner pour me rappeler que sa lecture est devenue «urgente», même si elle demeure toujours un plaisir. L’objet livre est jaugé d’un coup d’œil  et je ne me vois pas ordonner les fichiers selon leur poids en octets. J’aime aussi feuilleter le roman alors que j’écris la chronique. Retirer alors un à un les marque-pages dont je l’ai truffé fait partie du rituel et de la satisfaction d’avoir «bien lu».

Je viens d’admettre que la liseuse allégerait mes bagages. Mais ai-je envie d’étagères vidées de leur contenu ? Je ne pourrai plus prêter un Janine Boissard à Christine pendant que Marc prendra le train de 06H51 avec Blondel, caler subrepticement un Monfils à Murielle entre les poireaux et une bouteille de lait, oublier un Delphine Bertholon sur le siège arrière de la voiture de Catherine, ou souffler à l’oreille de Jacques que cela va lui faire un bien fou de lire le dernier Pascal Garnier.  Me tordrais-je encore le cou devant les vitrines de Sonia Rykiel pour déchiffrer les titres des piles de bouquins au pied des mannequins ?

Je ne laisserai plus trainer Shaine Cassim ou Valérie Zenatti sur les marches de l’escalier en espérant qu’une petite main innocente, tentée par la quatrième de couverture, n’embarque le bouquin pour le savourer sous les draps. Mission carrément impossible pour faire découvrir Claude Ponti, Tomi Ungerer et Allen Say aux bambins. Quand je songe que nos soirées «bouquinerie», comme on les appelait, quand nous nous serrions tous dans le même lit, auraient pu ne jamais avoir eu lieu ... 

Vous me direz que je pourrais acquérir une liseuse avec une poignée de clés USB pour y copier l’un ou l’autre des fichiers contenus. Mais le plaisir de mettre un bouquin entre les mains des petits lecteurs (et il n’y a pas d’âge pour cela) en leur disant commence, tu n’es pas obligé de finir, mais lis au moins les deux premiers paragraphes ...  et de suivre leur regard déjà gourmand entre les lignes …

J’aime croire que les livres sont toujours prêts à voyager et qu’ils passeront de main en main. Quand une attachée de presse me relance je peux toujours prétendre n’avoir pas reçu le colis, ou arguer que je n’ai pas demandé qu’il arrive dans ma boite aux lettres. Sauf que ces livres non désirés, je les ouvre, les découvre et parfois les aime et les chronique. J’aurais moins d’égard à l’égard d’un fichier pdf. Et je ne serais plus influencée par la dédicace manuscrite de l’auteur sur la page de garde.

Je n’aurai plus d’utilité à collationner les cartes postales, signets et autres marque-pages qui débordent des livres que j’ai entamés (je déteste faire des annotations dans les marges même au crayon et je prends des notes sur des feuilles de papier que je plie en deux … et que certes, parfois je perds). Aurais-je le réflexe d’écrire sur la liseuse, à condition de ne pas oublier d’effacer avant de la passer à un prochain lecteur. Car, et c’est là une initiative tout à fait intéressante, la bibliothèque d’Antony (92) a acquis un certain nombre de ces machines sur lesquelles ont été téléchargés les livres du Prix 2013 des médiathèques d'Antony. Le titre figure aussi dans la sélection d'autres Prix, comme c'est le cas au Plessis-Robinson (92).

L’objet-livre n’est jamais en panne, n’a pas besoin d’être rechargé. On peut même continuer à en tourner les pages tout en touillant la compote. Ah bien sûr, le livre numérique ne connaitra pas le pilon et ce sera une  économie notable. De là à conclure que l’e-book s’inscrit dans le développement durable ...

On pourra aussi se dispenser d’aller au Salon du Livre faire des queues interminables pour espérer échanger quelques mots avec son auteur préféré pendant qu’il griffonne une dédicace. Avez-vous au moins pensé quelle voie ces lignes pourront prendre sur un tel engin ? Tiens je m’imagine, la liseuse sous le bras demandant à Pierre Fournel d’ajouter quelques mots personnels quelque part dans le fichier. Le texte va devenir pénétrable. Le lecteur ne sera plus limité aux marges. Il deviendra un lieu collectif entre celui  (ou ceux) qui l'ont produit et celui (ou ceux) qui en feront usage.

Les attachées de presse n’organiseront plus de rendez-vous avec leurs poulains. Je me demande ce que Georges Pérec en aurait pensé. Il me vient en tout cas une envie pressante de remettre le nez dans le papier, de le respirer, à la recherche d’une sensation.

Voilà une jolie phrase que je n’aurais peut-être pas remarquée sur un e-book, page 47. Il est à peine huit heures et le bureau m’a saisi aux chevilles . Comme cela fait du bien de la recopier –j’ai envie de la mémoriser- pas de devenir un robot – voilà le risque avec la liseuse. C’est de me transformer moi aussi en machine. Le papier nous rappelle qu’on est poussière et qu’on y retournera. Il nous relie à la nature.

Sans vous révéler l’issue du projet, je vous dirais tout de même que Pierre Fournel restaure l’intérêt pour l’objet-livre en nous montrant Robert Dubois choisissant ses livres en librairie comme vous et moi des roses chez le fleuriste, après s’être amusé du désarroi du mec à qui on vient changer la liseuse pour une nouvelle génération au simple motif qu’on renouvelle le parc. Il s’y accroche comme autrefois à ses rames de papier. La nature humaine est ainsi faite qu’elle aspire à la nouveauté plutôt pour les autres que pour elle-même et se cramponne à ses vieilles et rassurantes habitudes. Et pourtant  les liseuses seraient bel et bien en passe d’être délaissées au profit des tablettes parce que celles-ci offrent plus de possibilités, quitte à reléguer la lecture à peu de choses. Et ce serait alors encore le livre qui terminerait perdant.

Est-on vraiment à la porte d'une révolution mentale qui va avoir des conséquences incommensurables sur le cerveau humain ? J'ai entendu Paul Fournel dire en interview que les révolutions technologiques ne se font pas à bords vifs du jour au lendemain. Il prenait l'exemple du vinyle qui subsiste à coté du streaming. Il exprime une certaine forme d'optimisme, voire même d'enthousiasme pour une nouvelle littérature. Rendez-vous dans dix ans !

La liseuse de Paul Fournel chez P.O.L., 2012

jeudi 10 mai 2012

Grâce de Delphine Bertholon


Ce livre a toutes les qualités. C'est peu dire que j'ai adoré. Voilà, c'est écrit. Et qu'on ne m'accuse pas d'être fan inconditionnelle de Delphine Bertholon ! Si j'avais beaucoup aimé Twist, dont je ne rate pas une occasion de faire une promotion amplement méritée, je m'étais un peu fait violence pour entrer dans l'Effet Larsen sans aucun regret ensuite.

Grâce ne m'inspirait pas non plus. Je dois avoir un problème avec les titres, ou avec les résumés. Celui-ci annonçait un thriller et je n'ai pas cette passion. Mais il ne m'a pas fallu plus de quelques secondes pour être accrochée par l'histoire.
1981, dans sa maison près de Villefranche-sur-Saône, la très jolie Grâce Marie Bataille, trente-trois ans, vit au rythme des retours de son mari, représentant en électroménager, lorsque Christina, une jeune fille au pair d’origine polonaise vient perturber une vie qui semblait jusque-là tracée à la craie… En 2010, Nathan, son fils, vient fêter Noël en famille, avec ses petits jumeaux. Sa soeur Lise, désormais rousse flamboyante, est déjà là.Mais cette fois-ci, tout est différent. « Dès que je passai le seuil de la maison, je sus que quelque chose n’allait pas. » dit-il d'entrée de jeu. Nathan apprend que son père, disparu sans crier gare trois décennies plus tôt, a refait surface. D’inquiétants phénomènes surviennent alors dans la maison familiale. Grâce invoque les fantômes, les secrets et les non-dits familiaux, sur le rythme staccato d’un thriller psychologique.

J'hésite à vous en dire plus. Ce drame familial sur fond de maison hantée est un cauchemar véritable, mais c'est un livre d'horreur qui n'est horrible que pour les personnages et c'est là que Delphine Bertholon est une artiste.

Les émotions des personnages se répercutent dans les murs sans provoquer notre effroi, mais une immense joie de lecture. La collusion entre les faits historiques des années 81 et suivantes avec des évènements plus récents est totalement réussie. Le tricotage entre le passé, sous forme de journal, et le présent fait intelligemment progresser l'intrigue qui avance comme un tango.

A plusieurs reprises une pensée prend forme dans notre cerveau de lecteur quelques secondes avant de la voir écrite noir sur blanc. L'écriture est ultra cinématographique sans verser dans le scénario. Elle prend appui sur nos craintes ataviques en invoquant la fatalité : ce qui est susceptible de mal tourner tournera nécessairement mal (page 122). L'amour, c'est comme la météo, sans arrêt on se trompe (page 163).

On est dans l'erreur quand on croit le bonheur éternel. Mais on l'est tout autant à penser le voile du malheur incapable d'être soulevé par un souffle infime, comme celui d'un enfant. Il faut lire Delphine Bertholon. Elle est surprenante. Toujours.

Grâce de Delphine Bertholon, chez Jean-Claude Lattès, avril 2012

mercredi 11 avril 2012

Rencontre avec Frédéric Videau, le réalisateur de A moi seule

Le film est directement inspiré des huit années de séquestration de Natascha Kampusch jeune autrichienne enlevée à l'âge de 10 ans par Wolfgang Priklopil, ingénieur électricien, et séquestrée jusqu'en août 2006, date à laquelle elle s'est échappée. Mais ce n'est pas cette histoire qui nous est racontée.

Ce que Frédéric Videau réussit à filmer, c'est une force de vie qui dépasse l'entendement sans être pour autant plus facile à vivre une fois dehors. Il a rejoint tout à l'heure les spectateurs du Rex de Chatenay-Malabry (92) après la projection pour répondre à leurs questions ... ou leur en renvoyer d'autres car l'homme a du caractère.

L'histoire est bouleversante, les acteurs sont tous excellents et la tension était palpable dans la salle, parce que nous étions en plein dedans. Nos interrogations n'avaient donc aucun recul. Si  nous n'avions pas été "cueillis" à chaud il est probable que nous aurions décodé nous-mêmes les réponses qui sont claires dans le film.

Très loin d'une démonstration comme celle de Faites entrer l'accusé, Frédéric Videau parvient à montrer la contradiction des sentiments à l'intérieur du "salaud," selon le propre terme dont il désigne le ravisseur car il ne fait aucun doute que son acte est criminel, d'un point de légal.

Vincent (dont le prénom et phonétiquement proche de Wolfgang) est à la fois bourreau et victime. Reda Kateb rend les contradictions du personnage, effrayant et détestable dans une des premières scènes où on le voit péter les plombs. "Encore un samedi de tiré", la petite phrase du collègue semble banale. Dite sur un ton qui se veut sympathique elle déclenche une fureur inouïe dont on comprendra la cause plus tard ... encore un samedi loin d'elle, donc un jour de perdu, définitivement.

Cette scène du début du film est essentielle pour qu'il n'y ait pas de doute sur la violence dont l'homme est capable. Il n'y aura plus besoin de la montrer par la suite. On sait qu'elle existe. 

Vincent est étonnamment touchant à d'autres moments quand il subit, il n'y a pas d'autres mots, la mauvaise humeur de Gaëlle (Tu me vouvoie pas, tu m'appelles Vincent !), quand on le sent vide loin d'elle, quand il quémande de l'empathie (On a été heureux ensemble, tu peux pas le nier) et plus encore quand on réalise que c'est sa décision à lui de l'avoir laissée partir. La complexité de la situation est parfaitement rendue sans que le film n'excuse jamais l'acte.
Frédéric Videau a écrit le scénario en pensant à Agathe Bonitzer, qui est une Gaëlle idéale, rousse, aux yeux noirs, insolente, très désobéissante. Là encore pour nous spectateur qui sommes "tombés" dans le panneau du cinéma on craint pour la santé mentale de l'actrice. Elle est tellement dans la peau du personnage qu'on oublie qu'elle joue un jeu et que donc elle ne sera pas "démolie" par le rôle qu'elle aura malgré tout habité. Le réalisateur nous rassure totalement. Elle en est sortie aussi facilement qu'elle y est entrée.

Ceux qui sont allés ou qui iront la voir dans Une bouteille à la mer le comprendront. C'est une grande actrice que l'on découvre en ce moment sur les écrans.

Les parents sont brisés. Leur couple a éclaté. Ni le père, ni la mère ne reconnaisse leur fille, malgré toute l'affection qu'ils voudraient lui témoigner. Le père est devenu alcoolique, au grand désespoir de Gaëlle :

- Tu peux pas arrêter de souffrir Papa ? 
- Toi tu peux ?
- Je suis vivante, Papa !

La culpabilité de la mère n'est pas moins lourde : j'ai rien pu empêcher ...

Et le spectateur s'imagine que la victime, elle aussi, a sa part de responsabilité dans l'affaire : Je me suis pas échappée.

La violence est sous-jacente souvent. L'angoisse de l'abandon est terrible. On a l'impression que cela finit mal alors que non, si on écoute bien les derniers mots : je suis neuve, toute neuve. Je commence par çà.

Ce n'est sans doute pas un hasard si une guitare est accrochée au-dessus de la trappe d'accès au sous-sol. L'instrument est très présent dans la musique du film qui n'est pas un "nappage" placé sur les images pour faire joli. Elle occupe des endroits bien particuliers pour ajouter autre chose que ce qui est alors montré ou dit. Les titres des morceaux correspondent aux séquences en question.

La corde à linge accompagne la joie de Vincent, heureux à l'idée de passer un week-end à deux ... Dans le parc donne une dimension dramatique à la sortie nocturne de Gaëlle. Le CD de Florent Marchet comprend 9 titres, dont Vincent la nuit qui a été retiré de la version finale, mais qui est si beau qu'il a été conservé dans le CD.

La littérature a également une place particulière en raison de l'enfermement de Gaëlle. A part lire, écrire, écouter de la musique et se teindre les cheveux, elle n'a pas grand chose à faire. Frédéric Videau se reconnait comme étant grand dévoreur de livres. Sans doute prendra-t-il le temps de lire le tout aussi intéressant travail que Delphine Bertholon a fait sur le sujet avec Twist ... et qui devait être adapté il y a trois ans pour France 2.

A moi seule est un film sensible, touchant, envers lequel j'avais néanmoins une petite appréhension, croyant connaitre cette histoire par coeur. Et, me croirez-vous j'ai déjà envie de retourner le voir.

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