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jeudi 10 mai 2012

Grâce de Delphine Bertholon


Ce livre a toutes les qualités. C'est peu dire que j'ai adoré. Voilà, c'est écrit. Et qu'on ne m'accuse pas d'être fan inconditionnelle de Delphine Bertholon ! Si j'avais beaucoup aimé Twist, dont je ne rate pas une occasion de faire une promotion amplement méritée, je m'étais un peu fait violence pour entrer dans l'Effet Larsen sans aucun regret ensuite.

Grâce ne m'inspirait pas non plus. Je dois avoir un problème avec les titres, ou avec les résumés. Celui-ci annonçait un thriller et je n'ai pas cette passion. Mais il ne m'a pas fallu plus de quelques secondes pour être accrochée par l'histoire.
1981, dans sa maison près de Villefranche-sur-Saône, la très jolie Grâce Marie Bataille, trente-trois ans, vit au rythme des retours de son mari, représentant en électroménager, lorsque Christina, une jeune fille au pair d’origine polonaise vient perturber une vie qui semblait jusque-là tracée à la craie… En 2010, Nathan, son fils, vient fêter Noël en famille, avec ses petits jumeaux. Sa soeur Lise, désormais rousse flamboyante, est déjà là.Mais cette fois-ci, tout est différent. « Dès que je passai le seuil de la maison, je sus que quelque chose n’allait pas. » dit-il d'entrée de jeu. Nathan apprend que son père, disparu sans crier gare trois décennies plus tôt, a refait surface. D’inquiétants phénomènes surviennent alors dans la maison familiale. Grâce invoque les fantômes, les secrets et les non-dits familiaux, sur le rythme staccato d’un thriller psychologique.

J'hésite à vous en dire plus. Ce drame familial sur fond de maison hantée est un cauchemar véritable, mais c'est un livre d'horreur qui n'est horrible que pour les personnages et c'est là que Delphine Bertholon est une artiste.

Les émotions des personnages se répercutent dans les murs sans provoquer notre effroi, mais une immense joie de lecture. La collusion entre les faits historiques des années 81 et suivantes avec des évènements plus récents est totalement réussie. Le tricotage entre le passé, sous forme de journal, et le présent fait intelligemment progresser l'intrigue qui avance comme un tango.

A plusieurs reprises une pensée prend forme dans notre cerveau de lecteur quelques secondes avant de la voir écrite noir sur blanc. L'écriture est ultra cinématographique sans verser dans le scénario. Elle prend appui sur nos craintes ataviques en invoquant la fatalité : ce qui est susceptible de mal tourner tournera nécessairement mal (page 122). L'amour, c'est comme la météo, sans arrêt on se trompe (page 163).

On est dans l'erreur quand on croit le bonheur éternel. Mais on l'est tout autant à penser le voile du malheur incapable d'être soulevé par un souffle infime, comme celui d'un enfant. Il faut lire Delphine Bertholon. Elle est surprenante. Toujours.

Grâce de Delphine Bertholon, chez Jean-Claude Lattès, avril 2012

samedi 31 janvier 2015

Les corps inutiles de Delphine Bertholon, chez JC Lattès

Si j'avais découvert Les corps inutiles au cours d'une séance de lecture à l'aveugle j'aurais parié sur l’auteur tant il correspond au "style Bertholon". C’est encore un duo de sœurs. Il est encore question de poupées. Et c’est encore un sujet qui touche à la liberté de mouvement et aux sensations.

Delphine Bertholon explore le déséquilibre inné ou acquis. Je devrais écrire "ou subi". Dans un de ses premiers romans, Twist (que je n’ai pas chroniqué parce que le blog était alors balbutiant et que je recommande vivement), elle relatait l’histoire d’un rapt en pointant les ressorts psychologiques que la jeune fille activait pour parvenir à se sortir de la relation d’emprise de son ravisseur.

Cette fois le crime est différent. Il s’agit d’une tentative de viol que Clémence conjure en sacrifiant toute sa sensibilité. C'est le moyen que l'adolescente a trouvé pour conserver sa liberté. Une stratégie de survie en quelque sorte. En paralysant ses émotions elle refoule les mauvais souvenirs qu'elle n'a pas pu partager avec des adultes bienveillants. Son corps lui devient étranger, mais il demeure et le titre résonne comme une provocation. Aucun corps n'est inutile à proprement parler. 

Le récit entrecroise le présent et le passé. Le lecteur navigue entre le passé et le présent, entre l’année où les faits ont eu lieu, la jeune fille avait 15 ans, et aujourd’hui alors qu’elle en a 30 et mène cahin-caha sa vie d'adulte. Les évènements sont encore si douloureux qu’ils justifient d'être relatés à la troisième personne dans les chapitres consacré à cette quinzième année. Arrivée à l’âge de 30 ans Clémence est parvenue à un peu de distance et peut s’exprimer en utilisant le " je".

Clémence n’a plus de sensations mais elle a des émotions.  Je ne sens rien mais je ressens tout, je baise donc je suis, je suis un être humain (le mot figure entre guillemets à la page 60 et toute la phrase est placée entre parenthèses alors que l’information est de nature essentielle).

Beaucoup de mentions surgissent ainsi entre parenthèses, comme enchâssées dans le texte, jouant le rôle de notes de bas de page, comme des pensées additionnelles en quelque sorte. Elles sont souvent très touchantes, comme celle-ci (page 64) où replongée à l’âge de 15 ans elle souhaite devenir insensible et grandiose, voir le monde derrière des yeux de verre, et ne plus avoir mal. (Elle ne savait pas encore qu’il fallait quelquefois se méfier de ses désirs).

La relation d’amour qui unit les deux jeunes filles au-delà de leurs différences de tempérament et de vécu est très forte. Elle compense un peu la fausseté des rapports avec des parents auxquels on a menti ou évité de démentir. (Page 178)

Sa sœur, Suzanne, espère le meilleur. Clémence redoute le pire. Elle a des doigts en or pour dessiner et peindre mais elle n’a pas la main verte. Ses cheveux sont rouges, encore une provocation. Qui plus est, elle est affectée d’une exquise anomalie, l’hétérochromie. Autrement dit ses deux yeux ne sont pas de la même couleur, ce qui n'est pas vérifiable sur l'illustration de la couverture ... (une photo magnifique choisie par Delphine parmi celles d'une artiste qu'elle apprécie beaucoup, Anka Zhuravleva).

Quand son amie Sophie la trouve rafraichissante elle trouve l’idée amusante, et même en quelque sorte rassurante car cela signifie qu’elle est une fiction, pas seulement pour elle-même (page 140).

Le roman fouille d'une certaine façon la question du pardon et de l’oubli. Ce n'est pas parce que le crime n'a pas été consommé (il ne s'agit "que" d'une tentative) qu'il n'en est moins grave et lourd de conséquences. Avec un prénom qui évoque la douceur, Clémence finira-t-elle par recouvrer la sérénité ? Peut-être avec Arthur dont le prénom fait penser à la chevalerie.

Je me demande souvent si le choix du prénom des protagonistes est totalement conscient chez les auteurs. En tout cas je suis d'accord avec Delphine : Avec l’inconscient il n’y a jamais de coïncidence (page 252).
Delphine Bertholon est l’auteur de Twist, L’Effet Larsen, du très remarqué Grâce et, plus récemment, du Soleil à mes pieds, tous parus chez Lattès, les trois derniers tous chroniqués sur le blog.

Elle cisèle, de livre en livre, un style bien particulier à mi-chemin entre réalité et science-fiction, avec beaucoup de psychologie, et une écriture qui éclaire la narration. Par exemple : Mon répondeur clignotait, trois messages écarlates dans l’habitacle rainuré de la machine noire (page 185).

Le livre sort officiellement en librairie le 4 février 2015 mais il était déjà en vente aujourd'hui au premier Salon Lire c'est libre, au rez-de-chaussée de la mairie du VII° arrondissement où Delphine avait été invitée à venir dédicacer l'ouvrage. Je suis donc en quelque sorte "autorisée" à publier cette chronique sans plus attendre.

Les corps inutiles de Delphine Bertholon, chez JC Lattès

vendredi 5 novembre 2010

L'effet Larsen de Delphine Bertholon

(billet mis à jour le 16 novembre 2010)
Delphine Bertholon fait partie des auteurs de la rentrée présents au Salon du livre sur la place à Nancy. Son allure est aussi juvénile dans la réalité que sur la photo du bandeau de son livre précédent, Twist, que j'avais beaucoup apprécié.

Ne vous fiez pas au sourire angélique. Le roman est assez sombre. Cet affichage en couverture suggère un roman autobiographique, (c'est juste une impression) renforcé par un récit à la première personne bien que l'auteur désigne le père et la mère en employant leurs prénoms. D'autres éléments troublent la représentation que le lecteur se fait de la situation narrative. Et c'est intéressant que le lecteur ait des doutes sur sa propre perception.

L'essentiel de l'histoire se passe théoriquement l'été 1998, qui fut torride nous dit-elle. Mais les grandes canicules sont celles de 1975 et surtout 2003, référence historique, laquelle a provoqué de nombreuses morts partout en France. Après vérification l'été 98 fut effectivement très chaud jusqu'à la mi-août dans de nombreuses régions.

Nous avons perdu l'habitude de compter en francs et leur surgissement surprend. C'est que l'euro n'a été institué qu'en 2002. On ne doit donc pas s'étonner de relever des prix en francs. Par contre là où j'ai cru voir un véritable anachronisme c'est quand elle fait référence au coup de tête de Zizou (page 85) qui s'est produit en 2006. Je sais maintenant que Delphine se souvenait d'une tête qui permit aux bleus de marquer un des buts les plus importants, et non au fameux "coup de boule" plus récent. Je suis d'accord avec sa petite remarque reçue par mail depuis la première publication de ce billet : C'est qu'il nous en fait, ce Zizou !

J'ai ressenti le télescopage des évènements comme une forme supplémentaire d'effet Larsen. Le roman ne se cantonne pas à la description du handicap auditif de la mère de Nola, consécutif à un traumatisme psychologique et aux conséquences de cette particularité. C'est l'entièreté du déroulement de l'histoire qui résonne en grinçant. Delphine Bertholon superpose les retours en arrière, multiplie les points de vue, reprend l'analyse de scènes familiales, ressuscite des souvenirs ... tout en poursuivant une quête de LA vérité.

Avec ce quatrième livre la jeune femme s'affirme comme spécialiste des relations humaines et des rapports de force familiaux. Si l'on accepte de suivre Nola dans sa révolte et dans son enquête on pénètre dans un univers qui accorde une jolie place à une forme de surréalisme. On se demande sans cesse si tel ou tel personnage pourrait réellement exister. Harriet Mc Bean, sa voisine excentrique est l'exemple le plus emblématique.

Suite au décès brutal de son mari la mère de Nola doit quitter le pavillon de Montreuil qui, malgré sa simplicité, avait quelque chose de merveilleux. Le déménagement constitue un traumatisme supplémentaire et fatal. Ce fut l'exil de trop, écrit-elle.

La vie de la mère et de la fille bascule. Isolement, privations, manque d'argent et de distractions, immersion dans le monde du travail dans une ville étouffante alors que les copines de lycée, partent au bord de la mer, voilà quelques-unes des contraintes difficiles à supporter pour une jeune fille. Mais le pire est sans doute la constatation de la dégradation de la santé mentale de sa mère.

Une des thèses les plus intéressantes de Delphine Bertholon est qu'il existerait un mimétisme réciproque entre les logements et leurs habitants. Notre personnalité pourrait modeler nos lieux de vie à notre image tout comme inversement l'endroit où l'on habite serait susceptible d'influencer nos humeurs, voire notre santé mentale.

Ne dit-on pas que certaines maisons ont une âme ? On a tous fait l'expérience d'une mauvaise nuit dans une chambre inconnue où l'on ne se sentait pas à l'aise, sans pouvoir expliquer pourquoi. Il y a par contre des endroits où l'on aurait envie de prendre racine.

Impuissante à trouver du positif dans un présent si âpre Nola va tenter de remonte le cours de l'histoire pour mieux comprendre ce qui a pu se passer. A force de guetter le moindre indice elle va penser que son existence est au cœur d'un secret de famille qu'elle éclaircira par tous les moyens, une fois qu'elle sera parvenue à prendre de la distance, physiquement et psychiquement

C'est une fresque sociale et familiale dans laquelle on se reconnait par instants. On suit Nola sans la lâcher comme si elle était notre petite sœur dans sa quête du père et de la mère, se demandant qui si l'un et l'autre sont bien ceux que l'on croit, puisque c'est bien connu, les choses n'existent que par la perception qu'on en a.

Un roman fort et une belle écriture qui aurait pu valoir à Delphine Bertholon d'être retenue dans des sélections. Bientôt sans doute ...

vendredi 7 février 2025

La baronne perchée de Delphine Bertholon

J'aime beaucoup les romans de Delphine Bertholon. J’en ai chroniqué, au moins six, et tous apprécié.

Evidemment chaque parution est à la fois une promesse et une inquiétude. Et comme l'auteure est plutôt du genre à douter d'elle-même elle me transmet ses affres avant chaque nouvelle lecture.

Les premières pages de La baronne perchée m'ont vite rassurée. Ce huitième roman est fort agréable à lire tout en ayant une profondeur appréciable.

On y retrouve les éléments constitutifs du jeu de cartes de Delphine : le poids des non-dits, un passé qui resurgit, des rendez-vous manqués qui ne vont pas le rester, des paysages de bord de mer.

Quelque chose d'impalpable m'a rappelé aussi la jeune fille de Twist (il faut reconnaitre que je suis fan de ce livre) même si Billie n'est pas enfermée dedans mais "dehors".
Inspirée par sa lecture du Baron perché d'Italo Calvino (qu'il n'est pas nécessaire d'avoir lu nous-mêmes), l'adolescente s'installe dans une cabane au milieu des arbres, dans un parc d'accrobranche désaffecté, face à l'océan. C'est l'été, ses camarades sont en vacances, son père au travail, à la conserverie. Personne ne remarque sa fuite, à l'exception d'un étrange rôdeur aux allures de Clint Eastwood dont le lecteur ignore les intentions.
Le père finira par s'affoler mais, désemparé, il sollicitera l'aide de Nelly, une jeune journaliste habituée à mener des enquêtes. Sans certitude d'arriver à temps pour sauver Billie.
Je n'allais pas résumer l'intrigue en la dotant d'une happy-end. Quand on connait l'addiction de Delphine Bertholon pour les séries et son goût pour l'horrible on peut légitimement s'attendre à ce que son scénario ne soit pas imbibé d'eau de rose. De fait, il y a des choses terribles dans ce livre, que vous découvrirez le moment venu.

Faisons confiance à l'astrologie pour rester sereins. Billie est Lion, un signe de passionnés, de déterminés, toujours prêts à relever de nouveaux défis (p. 132) faisant d'elle une superstitieuse optimiste. Ou peut-être la fille de son père, Léo, qui, bien que porteur d'un prénom fort, est victime d'un grave alcoolisme. Pour construire un tel personnage, Delphine a pu s'appuyer sur Le Son de ma voix de Ron Butlin, publié chez Quidam éditeur, dans lequel le romancier et poète écossais raconte l'histoire d'un alcoolique écrite (et c'est peu fréquent) à la seconde personne.

Billie est orpheline de mère. On l'apprend très vite et on comprendra plus tard comment le passé à pu provoquer de si lourds dégâts. Une pathologie psychiatrique en est à l'origine et l'auteure s'est documentée à l'extrême pour garantir la véracité de ses propos. Ceci, combiné à son art du principe cliffhanger tant utilisé dans les séries TV (et qu'elle est habituée à pratiquer comme scénariste), procure à la lecture à la fois suspense, originalité et empathie.

Nelly - cette fille qui ressemble trop au pain d’épices (p 184) et vous comprendrez pourquoi le moment venu - le fait remarquer avec à propos : N’importe quelle folie inspirée par un roman est un truc merveilleux (p. 168). La robinsonnade est un point de départ abracadabrant qui va nous amener dans un univers, certes inhabituel, mais parfaitement construit et tout à fait plausible. Je ne suis pas étonnée que dans son obsession du détail Delphine soit allée jusqu'à vérifier qu'aucune tempête ne ravagea la côte au cours de l'été pendant lequel se déroule cette épopée.

Je ne suis pas davantage surprise de savoir qu'elle a écouté en boucle Crispy Bacon, un morceau de musique techno de Laurent Garnier, un maitre du genre, pour écrire en cadence la scène de la voiture (p.102).

Le roman est destiné à un public adulte mais je serais curieuse de connaitre les retours d'adolescents car, à plusieurs reprises, je l'ai senti écrit pour eux. Peut-être parce que le personnage de Billie semble totalement vrai et que ses interrogations sont celles qui peuvent secouer sa génération. Egalement parce qu'on croise des figures emblématiques de la littérature jeunesse comme Matilda, la gamine surdouée de Roald Dahl (on notera au passage, et c'est conscient pour l'auteure, que la mère de Billie s'appelle Mathilde, et que Malhamé n'est pas particulièrement bienaimé, signifiant le poids du choix des patronymes), Alice au pays des merveilles, et bien sûr Côme Laverse du Rondeau dont les aventures ont de quoi faire rêver (p 64). Encore aussi parce que la couverture (extrêmement élégante) nous rapproche de cet univers de la jeunesse et annonce le retour du printemps. Enfin parce que si le prénom de Billie fait penser à Holiday, la chanteuse de Solitude, il est aussi celui d'une artiste plus contemporaine, Eilish, l'interprète de Bad Guy.

Les adultes apprécieront d'autres références, à Victor Hugo, à Baudelaire et au Spleen, à L'Attrape-cœurs de J. D. Salinger (1951) que Billie a déjà lu et assimilé, du haut de ses douze ans, prévenant son père que les gens qui pleurent à s'en fondre les yeux en regardant un film à la guimauve, neuf fois sur dix, ils ont pas de coeur (p. 21).

Dans les nouvelles générations (hormis dans les familles monoparentales où les rapports sont forcément déséquilibrés), les pères s'impliquent fortement dans l'éducation et la vie quotidienne. Dans le roman, aucun des deux pères n'a voulu le devenir. La naissance de l'enfant intervient comme un accident de parcours. Ce qui ne signifie pas pour autant qu'ils aient renoncé à jouer leur rôle.

La relation entre Billie et Léo, dont le travail d'étripeur dans une sardinerie est contraignant, est d'ailleurs très touchante, ponctuée de codes, que ce soit les citations littéraires, ou musicales. Il annonce son entrée dans la chambre de sa fille comme Gainsbourg dans Hôtel particulier avant d’enlacer Melody (p. 70) :
Si vous frappez : À la porte / D'abord un coup, puis trois autres / On vous laisse entrer.

Sans chercher à résumer le roman en quelques mots on pourrait dire que c'est une histoire de réparations (le mot est intentionnellement au pluriel). Et quoi de plus inspirant en la matière avec le kintsugi, cet art japonais selon lequel on restaure des objets cassés ou abîmés, non pas en dissimulant les fêlures, mais en les sublimant avec de l'or ? Je n'en connaissais pas le terme mais c'est ce que j'ai longtemps pratiqué en redonnant vie à des objets selon la technique de la mosaïque.

Taire les non-dits et les secret n'est jamais bon. Vaut mieux y coller un fil d'or.

Je mentionnais plus haut que tous les éléments constitutifs du jeu de cartes de Delphine étaient présents. Je pourrais ajouter, même si c'est anecdotique, son goût pour les nouilles instantanées (p. 26) et aussi -puisque nous sommes entre nous- son amour pour les pieuvres qui lui fait placer une douce Poulpatine en peluche dans le lit de Billie (p. 199).

Vous l'aurez compris. J'ai adoré cette gamine que je compte bien retrouver dans quelques années car il me semble que son histoire familiale pourrait connaitre un nouveau rebondissement.

En attendant, je vous souhaite à vous aussi une belle évasion par la lecture, qui est tout de même un bon moyen de le faire tout en gagnant en fantaisie.
Delphine Bertholon est l’auteur de  Twist, L’Effet Larsen, du très remarqué Grâce, du Soleil à mes pieds, puis Les corps inutiles tous parus chez Lattès et plus récemment, Dahlia chez Flammarion.

La baronne perchée de Delphine Bertholon, chez Buchet Chastel, en librairie le 6 février 2025

mercredi 3 mars 2021

Dahlia de Delphine Bertholon

C'est au bord de la mer que j'ai fait la connaissance avec Dahlia alors que l'actualité résonnait de multiples affaires ayant marqué l'adolescence de personnes plus ou moins connues.

Les révélations sur les violences sexuelles faites aux enfants ne sont pas nouvelles. Mais on en parle davantage depuis notamment la pièce (et le film) Les chatouilles.

J'avais lu peu de temps auparavant l'excellent ouvrage de Vanessa Springora, Le consentement. Curieusement peut-être, c'est surtout avec un film que je ferai un rapprochement, La fille au bracelet de Stéphane Demoustier.

Car, le sujet principal du roman de Delphine Bertholon me semble être la question de la vérité … ou du mensonge.
Début des années 1990, dans le sud de la France. Lettie, quatorze ans, vit avec sa mère dans un mobile home et brûle secrètement d’être quelqu’un d’autre. Quand survient Dahlia, une fille un peu étrange, une ardente amitié se noue entre ces adolescentes que tout semble opposer. Dahlia a deux jeunes frères, des parents généreux, et Lettie voit dans le père de son amie l’homme idéal, celui qui lui a toujours manqué.
Chacune envie l’autre ; qui sa tranquillité, qui sa famille joyeuse. Mais le jour où Dahlia lui confie un secret inavouable, en la conjurant (Tu dois me promettre de ne jamais en parler à personne- p. 58) Lettie ne parvient pas à le garder. La famille de son amie vole en éclats.
L'éditeur interroge sur la quatrième de couverture. Au milieu du chaos, le doute : et si Dahlia avait menti ?

C'est exactement la question inverse que je me suis posée tout au long de ma lecture : et si Dahlia disait vrai ?

Difficile d'aller plus loin en évitant de donner une piste sur l'une ou l'autre voie. Ce roman est un thriller, certes psychologique, mais puissant. Delphine Bertholon y explore le lien ambigu entre adolescence et vérité, et les frontières floues qui nous séparent du passé.

La couverture est particulièrement bien pensée. La jeune fille se tient au bord de l'océan, et son corps exprime une indécision extrême. Dire ou ne pas dire … L’injonction de se taire est à double tranchant. Elle pourrait constituer un test, celui de l’épreuve de la loyauté de Lettie. C'est une torture que l'auteure décrit avec la précision d'un scalpel : Les mots de Dahlia faisaient des petits paquets givrés dans mes veines, empêchant mon sang d’irriguer mon cœur, ma tête.

Dahlia a martelé l'interdiction en poursuivant : Ne le dis à personne. Si quelqu’un l’apprend, je te jure, je me tue. Quel désarroi et quel malentendu pour Lettie qui s’attendait (espérait ?) une déclaration d’amour.

J'ai pensé aussi au film de Guillaume Canet (Ne le dis à personne) et j’ai imaginé le pire des scénarios, tout en étant persuadée que je sous-estimais ce qui allait se passer car je connais l’appétence de Delphine pour ce type de rebondissement.

Le roman brûle en trois parties. L’étincelle a eu lieu. Suivra L’embrasement, du fait que la confidence, comme on s’en doutait, n’est pas restée secrète, mais surtout parce qu’elle rencontre le passé de sa mère.  Lettie, la fille sans père, accuse celui de son amie. Puis La combustion et les brûlures, autrement dit les dommages collatéraux.

Lettie n’est guère fière de son comportement. Elle raconte l’histoire des années plus tard et en ayant "peur à présent de ce qui aurait pu lui arriver" parce qu’elle mène une vie sans frein. On peut déplorer le défaut de communication entre les deux filles. Toujours est-il que la situation se fige et devient irréversible.

C’est vaguement pour se punir d’avoir trahi son amie qu’elle tombe dans les bras d’un copain qui n’aurait pas dû être plus qu’un simple flirt (p. 116). L’été suivant se déploie dans l’insouciance et la joie. La bande d’amis compose au fond de la mer d’étonnantes compositions de galets que les journalistes qualifient de Land art. Mais il sera écrit que l’insouciance sera éphémère. Une fille de la bande a failli se noyer. 

Lettie sera elle-même victime du mensonge d’un de ses pseudo amoureux. Tout le monde triche dans le roman malgré une évidente envie d’authenticité. Soit par intérêt, soit par négligence, comme si pour les uns, rien n’était grave, trop pour les autres.

Quand la légende dépasse la réalité, on publie la légende (p. 200). Dans la vraie vie aussi, parfois, les histoires l’emportent sur les faits…

Dahlia de Delphine Bertholon, Flammarion, en librairie le 17 mars 2021

lundi 26 août 2013

Le soleil à mes pieds de Delphine Bertholon

Delphine Bertholon aime les drames qui commencent mal et qui se terminent sur une ouverture sur l'espoir et la lumière. Au motif que la vie est pire que n'importe quelle fiction (p. 141) elle s'en donne à coeur joie pour concocter des romans qui seraient un point de départ idéal pour un scénariste de films d'horreur en panne d'inspiration. Elle en a fait plusieurs brillantes démonstrations avec Twist, en 2008, l'Effet Larsen en 2010, et Grâce l'an dernier. Le soleil à mes pieds n'échappe pas à la règle.

Dans ses livres, la mère est toujours en souffrance, première victime d'un détraqué, d'un handicap ou pire ... le père absent ou empêché, les enfants en quête d'identité. Il y a des secrets, des fantômes, des non-dits familiaux et le cadre exerce une influence sur les personnages comme si l'endroit où ils vivent leur ressemblait, à moins que ce ne soit l'inverse.

Tout part cette fois d'un putain de fait divers sans coupable (p. 93 et 145) avec une première victime, la mère, et l'action tourne autour de son fauteuil à bascule en ellipse, entrainant la Grande et puis la Petite.

Deux ans d'écart seulement entre elles (si on s'en tient à l'âge civil), qui pèsent très lourd et des tempéraments diamétralement opposés. La quatrième de couverture présente la Petite fragile et ravissante, se protégeant du monde dans le cocon de sa chambre de bonne; la Grande nymphomane, tyrannique et machiavélique s'agitant dans la ville. On nous promet que si le sort semblait avoir scellé leur destin, les rencontres parfois peuvent rebattre les cartes.

C'est la Petite qui parle. Elle raconte ... le soleil à ses pieds, qu'elle va retrouver dix-huit ans plus tard, et suivre la piste de l'énigme.

La couverture fournit un indice flagrant : des sandales, décolletées sur l'avant, des talons de bois peint avec des brides en liens autour de la cheville. Dorées. Démentiellement dorées (p. 113) qui seront une pomme de discorde entre les deux soeurs.

Vivent-elles en symbiose comme l'anémone et le poisson-clown ? L'une est-elle sous emprise de l'autre ? Laquelle croire ? Se laver, c'est un peu s'effacer (p.42). Et au rythme où la Petite récure elle n'existera bientôt plus. Encore heureux qu'elle parvient à se calmer un peu en jouant à la télékinésie ou à la détective en découvrant un mot doux (p. 54) pour laisser au temps le temps d'enclencher un processus de résurrection.
L'histoire tangue habilement entre horreur et policier, avec un détour sur ces Grands Boulevards (p.103) que je connais désormais si bien que j'ai cru un instant que nous allions entrer au Manoir de Paris où la Grande aurait une place toute légitime.

Le soleil à mes pieds de Delphine Bertholon chez Jean-Claude Lattès, ISBN 978 2709 6310 82, sortie le 22 aôut 2013
Et précédemment sur le blog :
Twist, L’Effet Larsen et Grâce, tous trois parus chez Lattès.

vendredi 4 septembre 2015

D'après une histoire vraie de Delphine de Vigan, chez Jean Claude Lattès


(mise à jour le 1er décembre 2015)

Le grand public guette le nouveau Nothomb à chaque rentrée. Je l'ai fait moi aussi, je le concède. Mais, cette année, la découverte du dernier De Vigan m'intéressait bien davantage. Sans que ce soit exclusif parce que j'étais tout autant impatiente d'avoir entre les mains le dernier Bertholon, Tessarech, Giraud, Blondel ... pour ne citer au hasard que quelques-uns de mes auteurs préférés, qu'ils aient ou non publié fin août.

Cela faisait plusieurs années qu'il n'y avait pas eu de nouveau de Vigan à l'horizon. Rien en 2012, ni les suivantes. Je patientais. Sans me douter que l'auteur me donnerait la réponse dans ce roman - car c'en est un - qui est sorti le 26 août dernier.

Le vrai du vrai c'est la conséquence de sa rencontre avec une femme et qui aurait provoqué deux ans d'impuissance à écrire. Ce démon reste masqué derrière une initiale, L. qui s'entend aussi à la troisième personne (elle) tandis qu'une pléiade de prénoms comme François, Olivier, Nathalie ... surgissent au fil des pages de ce roman à (petites) clés pour le cercle littéraire.

Rassurez-vous : point n'est besoin de débusquer les patronymes pour apprécier l'ouvrage. Je ne vais pas vous les donner. A l'exception du nom de famille du compagnon de l'écrivain, puisqu'il est de notoriété publique, François Busnel, qui anime la Grande Librairie sur France 5.

Delphine de Vigan fait référence dans son livre à son passage dans cette émission littéraire quelques semaines après la sortie de Rien ne s'oppose à la nuit. Elle dit combien cette soirée lui a été reprochée, les mauvaises langues estimant qu'elle avait bénéficié de favoritisme. Elle relate la jalousie dont elle a été abusivement la cible puisque ce roman était déjà un grand succès. Elle raconte surtout combien elle était terrorisée de s'exprimer devant François Busnel ce soir là. C'est tout à fait exact. Il se trouve que j'y étais et je me souviens parfaitement de la façon dont elle se tenait, avec le plus de discrétion possible, comme si elle avait voulu se fondre dans le décor.

Elle m'avait très gentiment dédicacé cet ouvrage après l'émission. Sa manière d'écrire m'avait surprise. Non pas parce qu'elle écrivait de la main gauche mais par sa façon unique de tenir son stylo. Ce qui est drôle c'est que ce geste fait l'objet d'une mention dans le dernier roman. Mais je peux jurer que je ne suis pas L.

Nous avions ce soir là évoqué la question de la vérité. Je n'avais pas pu m'empêcher de l'interroger sur deux ou trois points, en raison des prénoms et des patronymes qu'elle avait employés et qui faisaient terriblement écho à ma propre histoire familiale. Ce n'était que pure coïncidence.

Il faut se garder de raccourcir le titre D'après une histoire vraie en laissant tomber le premier mot. Il est essentiel. Finalement tous les auteurs écrivent "d'après" des éléments plus ou moins réels. Et c'est ce mot là qui situe le texte dans l'univers du roman.

L. demande trois photomatons (p. 203) pour conserver un souvenir de Delphine. Sans doute les trois clichés reproduits sur la couverture ... à ceci près que ce n'est pas le visage de Delphine, même si la ressemblance est troublante.

Delphine de Vigan a effectivement écrit pour le Paris des Femmes. Elle s'est rendue au festival de Chalon sur Saône en avril 2014. Que les faits rapportés soient un peu, beaucoup, ou exacts à la folie, peu m'importe. La lecture de ce dernier roman est tout à fait palpitante, à la manière d'un polar, jusqu'au mot FIN*. Et je vous encourage à entreprendre ce voyage plusieurs fois parce qu'il y a de toute évidence plusieurs niveaux de lecture.

L. porte la même initiale que Lucile, la mère ou Liane, la grand-mère ... de Delphine et déjà dans Rien ne s'oppose à la nuit (p.204), elle s'inquiétait du livre qu’elle écrira après, lorsqu’elle sera délivrée de celui-ci. La question du sujet la hante. Et je ne suis pas loin de penser que L. est son double au simple motif que l'écriture est une grenade (p. 212).

Je n'ai pas recueilli de confidence mais je suis persuadée que l'histoire qui nous est racontée a été inventée de toutes pièces pour ce qui est de l'enchainement des actions. Vue la noirceur de certaines scènes je souhaite sincèrement à Delphine de ne pas les avoir vécues et si par hasard c'était le cas j'ose croire qu'elle interprétera mes doutes comme une preuve de sympathie.

En tant que lectrice j'ai pourtant totalement adhéré au scénario, même si les citations empruntées à l'univers de Stephen King m'ont mise sur la piste de l'hommage. Je suis une fan inconditionnelle de Misery, que j'ai vu plusieurs fois.

La construction du roman en trois actes, séduction, dépression et trahison, démontre une analyse rigoureuse de la relation d'emprise, ce qui n'a rien d'étonnant pour quelqu'un qui connait le sujet du harcèlement au travail, déjà traité dans Les heures souterraines.

Delphine de Vigan raconte aussi la pesanteur des dédicaces et je la comprends. Tous les auteurs le disent. Elle a beaucoup donné dans le registre de l'autobiographie. Je ne veux plus faire çà (écrire sur sa famille), pas sous cette forme confie-t-elle p. 208.

En fait elle punit son personnage. Elle règle des comptes. C'est très habile, très intelligent, même généreux. Elle est elle-même et son double. Un double L.

Ce qui est surtout "vrai" ce sont ses réflexions sur l'écriture. Au lieu de nous livrer un livre sous forme d'essai, à la manière de Barthes, elle nous offre un thriller psychologique. C'est tout de même plus réjouissant. Autrement dit un livre dans le livre.

On pourrait tout de même lui faire un reproche : la source des lettres anonymes n'est pas élucidée, à moins qu'il n'y ait rien à en dire ... ce qui reviendrait à supposer qu'elles furent le fruit d'une imagination débridée.

Emilie Frèche traite à sa manière, et de façon elle aussi très réussie, le même double sujet, l'écriture et l'emprise avec un Homme dangereux.

D'après une histoire vraie de Delphine de Vigan, chez Jean Claude Lattès
Sélectionné pour le Goncourt
Prix Renaudot attribué le 3 novembre 2015
Goncourt des lycéens le 1er décembre 2015

jeudi 17 mars 2011

Le Salon du Livre de Paris rouvre ses portes

Je ne suis pas encore blasée d’être invitée à l’inauguration d’un Salon aussi prestigieux. En faire le compte-rendu est un exercice imprévisible : on n’a pas tous les ans la chance de saisir une photo un peu décalée ou d’entendre une confidence amusante. Difficile de prévoir où aller pour cueillir cette perle.

L’an dernier j’avançais au petit bonheur. Maintenant que je connais beaucoup d’écrivains ma motivation a changé. Ce qui me plait c’est de les revoir et de pouvoir échanger quelques mots en dehors du contexte un peu stressant (pour eux) de la sortie de leur dernier titre.

J’aime aussi mettre un visage sur les voix des attachés de presse, surtout quand on a échangé de multiples mails. J'aurais pu mitrailler les "people" avec qui j'ai discuté ou que je reconnaissais dans les allées, une coupe de champagne d'une main, un toast de l'autre, un livre coincé sous le bras. Mais ce n'est pas mon style de jouer les paparazzi.

Ce sont les éditions de l'Épure qui m'ont donné envie de sortir l'appareil photo. Ces créations de pièces montées de Frédérique Decré avec des chutes de cartons d'imprimerie ont séduit tous les visiteurs. Des gâteaux comme cela, on en croquerait volontiers. Cet éditeur accomplit par ailleurs depuis 20 ans un superbe travail éditorial dont je parlerai bientôt avec plus de détails.

La soirée n'est pas pour autant une complète partie de plaisir. Parce qu’il y a du bruit, une foule bigarrée, que la signalétique est toujours aussi étonnante, si bien qu’on se perd et qu’on finit par renoncer à chercher le stand de X ou de Y. Levez les yeux au plafond et votre regard flottera entre les panneaux. Faisons un test : quelle est la rangée que j’ai photographiée ?

Non ce n’est pas la I comme Imprimerie, mais L comme Livre. Et vu que certaines allées sont en pointillés le plan n’est pas mentalisable sans effort. On est vite dans la position d’un véhicule que son GPS fait tourner en rond, sujet que j'aborderai bientôt sur le blog. Je vous promets du vécu.

C’est ainsi que je me suis retrouvée devant le stand Michelin. Figurez-vous que Michel Houellebecq n’avait jamais contacté la marque pour demander l'autorisation de citer son nom en long, en large et en travers de la Carte et le territoire. Loin de se plaindre, Michelin apprécie une publicité aussi intense, et dopée par le Prix Goncourt.

Juste en face, le stand de l’ECPAD, ce qui m’a permis de régler en moins de temps qu’il n’en faut pour le raconter le problème que m’a causé hier la frilosité de la Maison des arts d’Antony (92). En résumé on m’avait demandé de modifier le compte-rendu d’une exposition de photos de l’ecpad pour intégrer une mention de copyright ecpad dans chacune des photos que j’avais prises, ce que j’avais refusé de faire parce que je mentionnais l’origine des clichés et que surtout « mes photos de leurs photos ne pouvaient pas être leurs photos ». Leur responsable partage mon point de vue, a lu l'article d'origine et l'a jugé immédiatement publiable en l'état, sans aucune modification. Ce sera fait sous peu.

Sans divulguer des scoops indiscrets je peux dire que les visiteurs ne verront pas Claire Castillon qui est à l'étranger, que Martin Provost fera un saut rapide mais que ce soir il ne relèvera pas le nez de ses papiers car il est en train d'écrire un nouveau roman (comme Delphine de Vigan). Je parlerai du prochain film de Martin Provost très bientôt. Il a tourné en avril 2010 « Où va la nuit » dans l'Avesnois, une très belle région que j'ai eu l'occasion de mieux connaitre lors de mon passage à Aiguilles en fête . Le film retracera les mésaventures d'une femme recluse, régulièrement battue par son mari, et qui finit par le tuer pour échapper à son emprise... C'est Yolande Moreau, césar de la meilleure actrice en 2009 pour « Séraphine » qui interprète le rôle principal et qui m'a donné l'occasion d'écrire une de mes premières critiques. Sortie annoncée en salles le 4 mai. Rendez-vous sur A bride abattue pour une chronique dans la semaine du 6 avril.



Vanessa Caffin
, dont le 3ème roman "Rossmore Avenue" vient juste de sortir (et que je suis en train de lire) s’est déjà remise elle aussi à écrire, dans un style qui renoue avec celui de Mémoire vive. L’action se situera de nouveau en France, et même à Paris. Le sujet est (encore) en lien avec un travail sur la mémoire dans une atmosphère de suspense. Vanessa adore l’univers du polar où elle plongera sans doute un jour à son tour. Ceux qui pensent que les écrivains sont égocentrés se trompent furieusement. Chacun m'a donné ce soir des conseils de lecture. Vanessa m’incite à entrer dans la caravane de Nadine Monfils qui s’amuse de la proposition. Le héros des Vacances d’un serial killer est plutôt déjanté, me prévient-elle. Fabienne Jacob est elle aussi entrée en écriture mais je n’en saurai pas davantage sur le sujet que le double indice « ni femme ni lorraine ».

Sophie Adriansen
, coauteur avec Rodolphe Macia de Je vous emmène au bout de la ligne, passe du témoignage au roman. Nous découvrirons son premier livre personnel d'ici la fin de l'année. A sa place sera publié chez Laura Mare. Une histoire de destins croisés de deux jeunes femmes que tout oppose. J'ai apprécié la nouvelle forme de communication, imaginée par Anne Cazaubon, journaliste radio et télévision, avec ses Textopolitains (Collection : Cause toujours, Casterman, 2011). Chaque livre est un carnet de tickets à découper, à distribuer ou à abandonner derrière soi sur un fauteuil dans les transports en commun. Une phrase très courte en forme de clin d’oeil, d’aphorisme, d’invitation, de question, de sourire… comme par exemple celle-ci : Notre histoire touche à sa fin ... je descends là. Ce n'est pas parce qu'on a l'habitude d'écrire des scénarios pour la télévision qu'on se sent de faire le travail sur son propre livre.

Delphine Bertholon
ne signera pas le scénario de Twist pour France 2. Je suis impatiente de voir la version filmée de ce livre qui fut un coup de cœur. Les discussions avec les auteurs sont informelles le soir de l'inauguration. Le public apprécie par contre les quelques mots qu'il échangera au moment d'une rituelle séance de dédicace. Les organisateurs en ont programmé 3800, de quoi satisfaire les 2 millions de visiteurs attendus.

Même s'il manque toujours celui dont on vient d'apprécier le livre et avec qui on aimerait échanger. Par exemple j'aurais aimé converser avec Jean Echenoz dont les Eclairs (éditions de Minuit) m'ont touchée. Ou encore avec Bruno Tessarech qui, après le magnifique témoignage des Sentinelles, s'est plié à l'exercice de la lettre avec Vincennes pour Nil-Editions.

J'ai par contre bavardé cuisine et bonheur avec Akli Tadjer, Prix de la révélation littéraire en 2000, qui traitait de l'amour paternel avec Il était une fois, peut-être pas. On parlait aussi de la rentrée prochaine (eh oui déjà …) dans les coursives. Par exemple chez Buchet-Chastel il y aura un brusque changement de registre pour Jean-Philippe Blondel. Avec G 229, il nous embarquait joyeusement dans une salle de classe. Il poursuit sur le chemin de l’autobiographie en revenant cette fois sur un passé forcément douloureux. L’auteur a perdu sa mère et son frère dans un accident de voiture dont son père fut le seul rescapé. Jean-Pierre part brutalement à San Francisco avant de rallier Morobe. (la suite en septembre …)

Également à découvrir à la rentrée, et après le Tigre blanc, le nouveau roman d'Aravind Adiga. Il replantera ses griffes dans une petite ville indienne d’aujourd’hui avec Les ombres de Kittur. Pas besoin d'attendre au-delà du mois de mai on pourra savourer la Modiste, une comédie à l’italienne très dialoguée écrite par Andrea Vitali. Cet auteur nous brossera le portrait des habitants d’un village du bord du lac de Côme dans les années 1950, véritable clochemerle italien. Parmi eux une jeune veuve mettra ses voisins en panique avec ses projets de remariage.

La communauté de lecteurs Babelio (dont je fais modestement partie) était présente pour la première fois.

Le Salon est aussi un lieu de remise de prix. J'ai choisi de relayer un des moins médiatiques, le Prix poésie des lecteurs Lire et faire lire, décerné pour la neuvième année en 2011. Ce sont les Zanimaux Zétonnants de Constantin Kaïteris (Editions Corps Puce, 2009) qui ont reçu les plus grand nombre de suffrages de la part des 245 bénévoles de l'association qui lisent auprès d’environ 4250 enfants de 42 départements français. J'ai beaucoup d'admiration pour le travail des bénévoles de Lire faire lire dans les écoles élémentaires ou maternelles. Ces passeurs d'histoires sont un peu des substituts de grands-parents qui maintiennent de précieux liens intergénérationnels et qui, au quotidien, déclinent la citation de Marcel Proust figurant en tête du dossier de presse du Salon : la lecture est une amitié.

Le Salon du livre de Paris est aussi le moment de faire le point sur l'édition et les tendances du marché. On prédisait que l'e-book signait la mort du livre. Que nenni puisque les ventes qui progressent sur Internet sont ... des ventes de livres papier. Certes la profession de libraire est en souffrance mais ce sont les plus gros qui semblent résister le moins bien. Il faut croire que les lecteurs sont attachés à la relation de proximité quand celle-ci est de qualité. Attendons quelques jours pour dresser le bilan de ce salon nouvelle mouture : moins de jours d'ouverture mais sur des plages horaires plus étendues.

Principaux ouvrages des auteurs cités dans le billet : Vanessa Caffin pour Mémoire vive et Rossmore Avenue (lecture en cours) Claire Castillon pour les Bulles Martin Provost auteur de Bifteck Delphine de Vigan avec les Heures souterraines Delphine Bertholon pour Twist et pour l'Effet larsen Jean Echenoz et Des Eclairs Bruno Tessarech avec les Sentinelles, et Vincennes (lecture en cours) Akli Tadjer, pour Il était une fois, peut-être pas Rodolphe Macia et Sophie Adriansen avec Je vous emmène au bout de la ligne Fabienne Jacob pour Corps Michel Houellebecq pour la Carte et le territoire (lecture en cours) Anne Cazaubon avec Les Textopolitains

lundi 19 août 2013

La rentrée littéraire sur A bride abattue

(mise à jour 8 octobre 2013)
J'ai placé un assez grand nombre de couvertures de livres sur le billet rituel du premier du mois. Tout n'est pas encore lu mais le sera sous peu.

Je suis déjà frappée par les affinités qu'on peut dégager. L'autobiographie est un thème qui interroge beaucoup et sous une forme inhabituelle.

Arnaud Viviant se prend pour sujet. Brigitte Giraud se livre comme jamais. Bruno Tessarech tisse un roman autour du faux, du vrai et du vraisemblable. Amélie Nothomb revient sur un épisode de sa vie qui avait fait l'objet d'une émission télévisée en nous donnant à comprendre la face cachée, et plus intime, du reportage.

L'adolescence est aussi une clé d'analyse. C'est le magnifique Muette d'Eric Pessan et le troublant livre de Véronique Olmi. C'est aussi le public visé par Laurent Bettoni.

La question des rapports entre frères et soeurs, du pouvoir et du contre pouvoir est au coeur du dernier Bertholon. Elle traverse les Petites scènes capitales de Sylvie Germain qui, à leur manière, répondent à Brigitte Giraud alors que Nathalie Brisac propose une vision métaphorique du bonheur à la portée des plus jeunes lecteurs.

Sylvie Germain fait entendre les suites pour violoncelles de Bach alors que Véronique Olmi  joue le piano de Mozart. Mais chez l'une comme l'autre la guerre apparait en toile de fond.

L'écriture préoccupe suffisamment pour être traitée en mettant en parallèle le métier d'écrivain avec celui de critique par Arnaud Viviant, ou de nègre par Bruno Tessarech.

Jean-Marc Roberts avait dit des choses très justes à propos de l'effervescence de la rentrée littéraire. Il manque cruellement à "ses" auteurs mais il est là néanmoins, dans nombre de dédicaces, comme chez Brigitte Giraud ou Bruno Tessarech.

Enfin si la corrélation entre le corps et l'esprit est au coeur du livre de Brigitte Giraud comme de celui de Julie Bonnie, elle est bien entendu le sujet de l'analyse que Martin Winckler fait de la série du Dr House. C'est aussi le point de départ du premier roman de Sophie Van der Linden. Celui ci se situe en Chine alors qu'Amélie Nothomb revient au Japon.

Beaucoup d'échos donc entre tous ces livres à propos desquels je publierai un billet :

La vie critique, Arnaud Viviant, Belfond, sortie le 14 août 2013
Avoir un corps, Brigitte Giraud, Editions Stock, 21 août 2013
Art nègre, Bruno Tessarech, Buchet-Chastel, 22 août 2013
La nostalgie heureuse, Amélie Nothomb, Albin Michel, 22 août 2013
Muette, Eric Pessan, Albin Michel
Le soleil à mes pieds, Delphine Bertholon, Jean-Claude Lattès
Petites scènes capitales, Sylvie Germain Albin Michel, 22 août 2013
La nuit en vérité, Véronique Olmi, Albin Michel, 22 août 2013
Les perroquets de la place d'Arezzo, Eric-emmanuel Schmitt, Albin Michel, 22 août 2013
La fabrique du monde, Sophie Van der Linden, Buchet-Chastel, 22 août 2013
Le plus joli des rêves, Nathalie Brisac, Ecole des loisirs, 29 août 2013
Chambre 2, Julie Bonnie, Belfond, 29 août 2013
Arthus Bayard et les maitres du temps, Laurent Bettoni, Editions Don Quichotte, 17 octobre 2013
Dr House, l'esprit du shaman, Martin Winckler, Boréal, Octobre 2013

La parution des articles n'est pas soumise au niveau de mes appréciations, ou si peu. J'ai tenu plutôt à une alternance entre le féminin et le masculin, parité oblige. J'ajouterai les couvertures des livres au fur et à mesure de la publication de ces billets. Il suffira de cliquer sur l'image pour ouvrir la chronique correspondante.
    
      

dimanche 28 septembre 2008

RENTREE ENCORE MAIS LITTERAIRE

Finis les Chagrin d'école et autres lamentations, voici quelques bonheurs littéraires à croquer avec des yeux tout neufs.

Je pourrais dire que les lignes qui suivent n'engagent que moi. Mais vous n'imaginez tout de même pas que j'ai déjà dévoré l'essentiel de la production qui vient d'arriver sur les rayons des libraires. J'ai plutôt écouté les avis de bibliothécaires averties (pardon pour le féminin pluriel mais il n'y avait pas d'hommes parmi elles le vendredi 19 septembre à la Médiathèque d'Antony ) dont je vais rendre compte ici. Je compte sur vous, lecteurs du blog, pour donner vos points de vue et affiner l'analyse.

D'abord, les ouvrages dont on parle partout ...

Difficile de ne pas commencer par deux auteurs ultra-médiatisées, Catherine Millet avec Jour de souffrance, et Christine Angot (défendue par Catherine Clément sur France Culture). On peut s'énerver du déballage qu'elles font de leur vie privée. N'empêche que Christine Angot ne mérite pas qu'on s'acharne sur elle parce qu'elle dénonce les travers du milieu littéraire. C'est sûr que s'amouracher de Doc Gynéco, sympathisant sarkosyste, n'est pas du tout du goût de certains snobs ultra-branchés de la Rive gauche, au sens propre comme au sens figuré. Cette femme a du culot et du talent. Elle nous livre avec le Marché des amants, une autofiction à clés (Bruno c'est le Doc) que l'on s'arrache et on boit ses confidences comme du petit lait.

Il semblerait que la sortie du Nothomb nouveau ait épuisé sa capacité à créer la surprise tant nous sommes habitués au phénomène qui revient chaque mois de septembre avec une régularité climatique. C'est pourtant, dit-on, une bonne cuvée et... Le fait du prince procure un vrai plaisir de lecture, mais sans enthousiasme.

Alice Ferney est sélectionnée pour le Prix Femina. J'entends dire qu'on a abandonné la lecture de son Paradis conjugal au bout de 40 pages. Il va falloir que je m'y mette ... Vous pouvez regarder une interview de cet auteur ici. Les réactions sont mitigées aussi pour Laurent Gaudé et la Porte des enfers ...

Olivier Rolin est sur les listes de pré-sélection pour les prix littéraires. Son Chasseur de lions retrace des péripéties rocambolesques mais il comporte de très belles pages sur le peintre Manet.

La critique s'emballe pour Tristan Garcia et son premier roman, la Meilleure part des hommes, autre roman à clés qui cette fois flatte l'ego des bobos dans le bons sens. Ce serait le plus gros tirage enregistré depuis les Bienveillantes. On salue aussi Richard Ford et son Etat des lieux qui est l'interrogation d'un agent immbolilier sur le sens de sa vie. Un énorme livre qui sera peut-être le pavé de l'automne dans la crise immobilière qui est en train de se profiler.

Régis Jauffret fait polémique avec Lacrimosa. Le travail d'écriture est inventif et le récit est perçu comme un hommage à la vie malgré un sujet peu engageant à première vue (échange épistolaire entre un narrateur et sa compagne qui vient de se suicider).
Sur la plage de Chesil de Ian Mc Ewan nous plonge dans l'Angleterre puritaine des années 60 en racontant une effroyable nuit de noces entre des protagonistes qui ne se parlent pas et ne se comprennent pas davantage. Comment deux êtres qui n'appartiennent pas au même monde pourront (ou pourraient) s'accorder ?

Sasa Stanisic est un jeune auteur de 23-24 ans qui réussit la prouesse de raconter la guerre avec toute la magie et la poésie dont seul un enfant est encore capable. Le Soldat et le gramophone est un roman enchanteur qui inspire la comparaison avec l'univers du cinéaste Emir Kusturica. Un premier livre dont la presse parle beaucoup.

Après Ouest, primé Livre Inter 2007, François Vallejo publie l'Incendie du Chiado, qu'on annonce encore meilleur.

Maintenant, les ouvrages dont on parle aussi ...

Delphine Bertholon, 32 ans, maitrise de lettres, scénariste, explore le syndrome de Stockholm au travers d'un journal intime à trois voix. Le ton sonne juste, qu'il s'agisse du point de vue de l'un, de l'une ou de l'autre. Il est facile de se télétransporter dans chacun des personnages, y compris même dans celui du ravisseur. Le sujet grave (un rapt d'enfant) est traité avec délicatesse. Evitant la danse macabre, Twist se lit comme on chorégraphie une tarentelle, en véritable ode à la vie et à l'intelligence. Un livre dont je n'ai (déjà) fait qu'une bouchée et que j'aurais envie de poser sur l'étagère juste à côté de No et moi de Delphine de Vigan. C'est probablement parce qu'elles sont de la même génération que les deux auteures portent le même prénom. Elles ont une fluidité de style tout à fait comparable, une écriture moderne, un ton alerte qui ne s'embarasse pas de métaphores ampoulées. Leurs héroïnes sont des jeunes filles surdouées qui ont le sens de la famille, même quand elles ont le moral au fond de ... leurs Converses. Parce que le paraître ne doit pas être sacrifié pour l'être, quoiqu'il advienne.

Encore un roman familial, de qualité et plaisant à lire, avec le Brillant avenir de Catherine Cusset, futur phénomène éditorial d'un niveau comparable à l'Elégance du hérisson.

Fidèle à son art de la caricature et à ses tournures humoristiques, Jean-Paul Dubois nous propose ses Accomodements raisonnables.

2666 est le roman posthume de Roberto Bolano que l'on dit être un des auteurs majeurs de l'Amérique du Sud. Une profonde réflexion sur le mal.

Mémoire du vide, de Marcello Fois est le grand coup de cœur de l'équipe. Élaborée comme une tragédie grecque, c'est la vie incroyable d'un bandit sarde qui nous est donné et qu'on aurait envie de lire à haute voix tellement la langue est belle.

Le très poétique Amour des Maytree apparaitra comme un superbe roman à quiconque dépassera le prologue (peu utile nous dit-on).

La traversée du désert d'Isabelle Jarry est également salué. Une auteure plutôt discrète qui vient d'être interviewée par Nicolas pour son blog, que je vous invite à écouter ici.

Virginie Ollagnier raconte la vie d'un émigré russe blanc dans un très beau roman, l'Incertain, qui succède à Toutes ces vies qu'on abandonne.

Russie toujours, mais féminine cette fois, avec Un jour avant Pâques, de Zoyâ Pirzad qui retrace avec nostalgie une enfance entre une maman russe et un père arménien. Une écriture douce et raffinée, moins dialoguée que le précédent On s'y fera.

Morne Câpresse est le premier roman de Gisèle Pineau. Elle évoque la drogue, la prostitution, l'esclavage qui sont autant de facettes douloureuses de la Guadeloupe d'aujourd'hui.

La reconstruction est aussi un premier roman, d'un cinéaste américain de 61ans qui écrit dans une langue (le français) qui n'est pas sa langue maternelle. En nous parlant de l'Allemagne qui doit se relever de la guerre Eugène Green fouille sa propre existence. Un roman très fort qui n'est pas sans rappeler le Boulevard périphérique d'Henry Bauchau.

Atiq Rahimi est afgan. Mais il habite en France et écrit lui aussi en français. Syngué sabour : pierre de patience traite de la condition féminine dans son pays d'origine. Un livre déjà sélectionné par les libraires.

Autre héro de la cinquantaine, Richard Novak, spéculateur boursier, divorcé et hypocondriaque, va décider de se reprendre en mains sans craindre d'affronter de multiples péripéties, avec humour et fantaisie. Le sujet est grave mais il est traité avec dynamisme et il parait qu'on se surprend à ralentir le rythme de sa lecture pour rester le plus longtemps possible en sa compagnie. 500 pages qui s'avèrent trop courtes pour Ce livre va vous sauver la vie.

Dans un tout autre genre, Ailleurs de Julia Leigh. Un tour de forces en 100 pages seulement (c'est étonnant comme les livres peuvent être ainsi pesés comme si quantité et qualité devaient s'accorder ou se disjoindre) sur un sujet difficile, inénarrable (donc je ne résumerai pas l'intrigue) mais où le pathétique s'efface au profit de l'empathie.
- Mais t'y croies pas une seconde ? interroge la collègue
- Si !
Nous promettons d'en débattre ...

Autre premier roman que les Bains de Kiraly, de Jean Mattern, écrit en un été, et dont le Monde des Livres fait déjà l'apologie.

Philippe Mercier est un écrivain suisse qui écrit en allemand. Ce prof de philo travaille sur l'articulation entre l'échec et le succès, un sujet qui le touche personnellement puisque son père a composé des symphonies qui n'ont jamais été jouées. Il publie sous pseudonyme, l'Accordeur de pianos, ce qui lui donne probablement davantage de liberté d'expression. Son enquête sur la quête de soi se lit comme un thriller à condition de passer le cap des 100 premières pages. (je 'ai emprunté et vous dirai bientôt si j'ai réussi à le dépasser). Son précédent ouvrage, Train de nuit pour Lisbonne avait reçu plusieurs récompenses.

Nuala O'Faolain nous offre son dernier roman, Best love Rosie, dont le titre résonne comme un adieu. L'humour est toujours aussi incisif, ultime preuve de la vitalité qui caractérise les cinquantenaires en cette rentrée littéraire.
Haruki Murakami est un auteur dont les livres passent sans répit d'un lecteur à l'autre. Saules aveugles, femme endormie est un recueil de nouvelles très oniriques. On est heureux qu'après avoir traduit Fitzgerald, Irving et Chandler, il se soit lancé lui-même dans l'écriture tant son univers est fantastique. La traduction des ouvrages précédents était inégale et réflétait mal la pureté et la sensibilité de l'écriture. On espère que cette fois l'osmose sera plus intime.

Et ceux dont il aurait fallu dire quelques mots ...

L'année de l'éclipse de Philippe de la Genadière, encore un livre sur la crise existentielle des quinquas, l'Inaperçu de Sylvie Germain qui traite des secrets de famille, Comme Dieu le veut, de Niccolò Ammaniti, et puis le couronnement de Jean-Marie Blas de Roblès pour son livre publié chez Zulma, Là où les tigres sont chez eux, sorti le 19 août, Prix du roman Fnac 2008 et bien sûr déjà en réimpression, et Le silence de Mahomet de Salim Bachi, sélectionné pour le prix Goncourt. Bref, une rentrée très riche qui nous laisse une belle pile de livres sur la planche.

Et pour faire "glisser" ces nourritures intellectuelles je vous livre une recette facile, de canette rôtie à la betterave qui m'a été soufflée à l'oreille ce matin par la maraichère à qui j'achetais des betteraves crues. Un client venait de lui confier qu'il les fait cuire, non pas une heure à l'eau bouillante comme je le fais basiquement, mais rôties au four avec de la canette. Sur le ton du secret elle m'explique qu'il faut bien frotter la viande avec force sel et poivre, poser dessus les betteraves épluchées, mettre le couvercle sur la cocotte et enfourner une heure.

- C'est tout ?
- C'est tout !

C'était tentant pour moi qui voulais justement que le repas cuise sans que j'intervienne (pour avoir le loisir d'écrire ce compte-rendu tranquillement). La seule chose un peu pénible c'est l'épluchage des légumes, plus durs que des pommes de terre et qui même crus, rosissent les mains. Voici le plat avant d'enfourner :
Prévoyant une réticence masculine à goûter quelque chose de nouveau j'ai, par sécurité, peleéquelques patates que j'ai coupées en deux avec un oignon, un éclat d'ail et une feuille de laurier, avant de les mettre au four dans un second plat à gratin.

Au final j'obtins ce résultat tout à fait intéressant
et plutôt gouteux, avec de jolies couleurs automnales or et rouge cardinal dont la photo ne rend pas fidèlement compte, mais qu'importe ...

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