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mercredi 4 septembre 2013

Pont l'Evêque et Livarot, deux AOC du Pays d'Auge

Je vous annonçais il y a quelques jours une série de billets sur des spécialités normandes. Voici le premier, avec la visite de l'entreprise Graindorge, implantée à Livarot, dans le Calvados.

On rattache ce genre de parcours dans la catégorie du "tourisme industriel". J'aimerais plutôt parler de "tourisme patrimonial" et c'est une chance que nous avons de pouvoir approcher ainsi au plus près la fabrication, en l'occurrence ici de fromages.

Certaines photos sont un peu sous-exposées du fait des prises de vue à travers les vitres. Il ne faut pas que cela vous déroute. Je vous encourage à faire la visite si vous êtes dans la région.

C'est absolument passionnant. Vous ne serez pas empêtrés dans une blouse, avec des surchaussures et une charlotte sur la tête pour garantir l'hygiène des lieux. Ces parois de verre vous permettent de discuter entre vous sans gêner le personnel qui travaille en direct sous vos yeux.

Chaque étape est expliquée avec pédagogie et élégance. On ne s'ennuie pas un instant et on apprend beaucoup. Rien n'est caché. Difficile d'être plus transparent avec ses consommateurs ! Chapeau !

C'est un ancien camion aux armes de Graindorge qui signale que nous allons entrer dans un lieu historique, fondé par Eugène Graindorge, le grand-père de l'actuel PDG, Thierry Graindorge. L'ensemble est en fait tout neuf, suite à un incendie qui a ravagé l'unité de production en 2004, mais sans lequel les progrès n'auraient pas été mis en place si vite ni avec autant d'ampleur.
Nous commençons par un hall d'exposition accueillant des artistes régionaux. On y trouve aussi une très abondante documentation sur tout ce qu'on peut voir ou faire en Normandie.
Au fond de cette salle commence le circuit qui peut accueillir aussi bien les touristes individuels que les groupes ou les professionnels, avec un nombre de visiteurs annuels d'environ 50 000.  Il est conçu pour permettre de suivre l'intégralité de la chaine de fabrication, en l'occurrence du Livarot et du Pont-l'Evêque qui sont les deux fromages fabriqués ici. Le camembert est encore moulé à la louche, mais à Saint-Loup-de-Fribois, près de Crèvecoeur-en-Auge, et le Neuchâtel plus loin, dans la zone d'appellation de ce fromage.

La salle suivante rend hommage aux éleveurs sélectionnés par Graindorge en mettant en valeur le travail de deux couples très différents, Jacqueline et Michel qui travaillent sur le bio, Régis et Marie-Christine avec une salle de traite équipée d'un robot. Tous avec la même démarche de développement de la race normande, nourrie au maximum en pâture ou avec du foin.

C'est une excellente idée de donner ainsi la parole aux producteurs qui sont 130 tous terroirs confondus. Par exemple, et du fait de la petitesse de la zone d'appellation du Neuchâtel ils ne sont qu'une dizaine à fournir le lait à Graindorge pour la fabrication de ce fromage.

Les tanks sont visibles à l'extérieur, rappelant que tout commence avec le lait et les centaines de mètres d'aqueduc sont aussi impressionnants que dans une raffinerie.
On a ensuite une vue plongeante sur le laboratoire. On y exécute un procédé innovant en recherchant l'ADN des gênes pathogènes sur le lait de la veille. S'il arrive qu'on décèle un souci on peut éliminer le lait en question avant sa transformation en fromage, ce qui représente une garantie pour le consommateur, une économie pour l'entreprise. Et qui permet d'agir très vite auprès du producteur.
C'est encore un principe de précaution qui s'applique pour commencer chaque jour par l'emploi du lait pasteurisé avant celui du lait cru. En cas de souci (toujours possible sur le cru) on ne contaminera pas toute la chaine.

Car comme on le voit la chaine est unique. Et il faut un sens aigu de l'observation pour comprendre les changements de type de lait ou de fabrication de fromages. On s'en rend compte par le fait qu'un bac est subitement vide et on s'amuse de voir le robot descendre et monter "pour rien". C'est ce qui s'appelle alors brasser de l'air.
On le remarque aussi à l'emploi de moules carrés (pour le Pont l'Evêque) ou ronds, pour le Livarot comme c'est le cas dans les clichés ci-dessous. Une fois remonté en température à 37°, le lait est emprésuré, ce qui va le faire cailler. Il est ensuite coupé en dés et brassé. Le robot que l'on remarque au centre est une sorte d'aspirateur de petit lait ou de sérum pour être plus précis.
L'intervention humaine est limitée mais demeure indispensable pour égaliser le caillé qui est déversé dans les répartiteurs.
Ce robot qui descend, remonte et redescend après avoir effectué un mouvement de torsion, est la version ultra moderne du fouet à caillé que l'on trouvera plus loin dans la salle musée mais que j'ai placé  juste ici :
La chaine avance en passant sous le pont couvert et enjambeur d'où nous surplombons les opérations. D'autres robots s'activent en reprenant le travail du bras humain.
C'est ensuite la chaine d'emballage (au repos au moment de mon passage) que nous longeons avant de traverser le musée.
Des sonneries de cloches sont diffusées, rendant l'endroit extrêmement rustique, malgré une présentation résolument moderne. Tous les objets traditionnels que je voyais petite dans la ferme de mes  oncles et tantes sont bien là, étonnants pour la jeune génération.
Je suis assez émue de regarder de près un malaxeur à beurre comme celui qu'utilisait ma grand-mère ... normande au demeurant.
On pourrait se croire aussi dans une vraie salle de bistrot. Un film diffuse différentes recettes, une crème brûlée au Livarot, très appétissante, d'autant que je connais le talent de Cyrille, des Toques Rebelles dont j'ai eu l'occasion de gouter les créations. Des fiches recettes sont à disposition dans le hall.

Nous empruntons ensuite une passerelle qui longe le hâloir car il ne faudrait pas croire qu'on emballe le fromage sans ce passage par une période d'affinage. Livarot (à gauche) et Pont l'Evêque (à doite) vieillissent paisiblement.
Deux fromagers les retournent à la main, pour en vérifier aspect. Qu'il ne respecte pas le grammage imposé, que sa croute ne soit pas suffisamment belle ou qu'elle montre une déformation et hop c'est le rejet,. Ceux-ci seront très probablement envoyés en usine pour entrer dans la composition d'un fromage à tartiner ... vous savez ... celui qui fait rire la vache.

Il y a au total une assez forte main d'oeuvre, d'à peu près 250 personnes.
Juste après s'opère le traitement particulier du livarot haut de gamme. Chaque fromage est cerclé par une main experte, exclusivement féminine, de quelques rangées de laiches, des bandelettes faites de joncs aquatiques cultivés en bordure d'étangs à quelques centaines de mètres de la fromagerie. Les laiches sèchent en grenier l'hiver et sont ébouillantées avant l'opération de liage. La méthode garantit de la tenue au fromage dont la souplesse a pour inconvénient un risque d'affaissement. 

A l'origine ces bandelettes, au nombre de 5, comme les galons qui ornent les épaules des colonels de l'armée française ont valu au fromage son surnom de "colonel". C'était le fromage de la région le plus consommé au XIX°, au point d'être baptisé "viande des pauvres".

Ce sont des bandes de papier de couleur verte sur les Livarot pasteurisés. Faciles à reconnaitre donc.
Le tour de main est impressionnant de dextérité et de rapidité.
Ensuite, c'est naturellement que l'on peut acheter un fromage avec une DLC hors du commun. On peut aussi déguster sur place les quatre spécialités de la maison.
Le Livarot est fruité et délicat, néanmoins corsé. Sa croute a été lavée plusieurs fois au cours de l'affinage. elle est jaune orangé, légèrement humide, renfermant une pâte blonde et fondante.
Le Pont l'Evêque plus puissant, développant des arômes de paille. Je le mange avec toute sa croute, du pain noir découpé à l'emporte-pièce en forme de coeur que je trempe comme des mouillettes dans la confiture. Des pêches tombées de l'arbre. J'ose le proposer à l'apéritif avec un verre de pommeau. Pourquoi attendre que les invités soient repus pour leur apporter les fromages ?
Le camembert vous le connaissez tous. Quant au Neufchatel, que Graindorge appelle Coeur de Bray, il a une saveur très particulière, très lactée, plus prononcée que son cousin le camembert et que j'apprécie beaucoup. La légende voulait que les jeunes femmes l'envoyaient aux soldats anglais pour leur témoigner leur amour pendant la guerre de cent ans, pour expliquer sa forme de coeur.
La région a créé le label Gourmandie qui fête cette année le 26 septembre son dixième anniversaire. Ses fromages seront à la place d'honneur.
Fromagerie E. Graindorge, 42 rue du général Leclerc, 14140 Livarot, 02 31 48 20 00

Autres articles consacrés à la Normandie : 
Les chais de Père Magloire
La distillerie Boulard
La Normandie est aussi le pays du Cidre
La teurgoule de Cambremer
Des chambres d'hôtes en Normandie

Merci à Eliott pour ses photos complémentaires.

dimanche 3 janvier 2016

Cheese Day le 25 janvier

Entre les fromages et moi c'est une longue histoire ... d'amour, je ne sais pas, mais de saveur très certainement. Plus de 55 billets sont référencés "fromages" sur le blog et je prétends en connaitre un rayon sur la question bien au-delà de la citation de Brillat-Savarin : un repas sans fromages est comme une belle à qui il manque un oeil. Sa passion pour les plateaux lui a valu, à titre posthume, de donner son nom à une appellation, très onctueuse, donc très addictive.

Il en existe de tant de sortes que tous les goûts peuvent être satisfaits. Je crois que je les aime tous. Je pourrai le vérifier au cours du Cheese Day le 25 janvier, puisque cette journée leur est dédiée, sous l'impulsion de l'agence Transversal qui depuis longtemps oeuvre dans ce domaine et je vous conseille d'aller y faire un tour. Vous pouvez réserver ici.

C'est une première et la manifestation se déroulera pour cette fois uniquement à Paris, au Pavillon Ledoyen. Sont déjà annoncés comme participants la fromagerie E. Graindorge avec son Camembert de Normandie, son Pont L’Evêque et son Livarot, tous trois AOP ; le Comptoir du Fromage avec l’Epoisse Berthaut, l’Etorki et le maroilles Fauquet ; les marques Carré Frais, Caprice des Dieux, Saint Agur ; les fromages italiens Ambrosi et les fromages suisses Emmi  ...

Evidemment je les connais tous, et j'ai presque déjà publié une recette avec chacun. Je serais bien ennuyée de n'en choisir qu'une. La tarte du berger à l'Etorki est un grand classique.

Plusieurs m'ont valu des récompenses. Comme l'étonnante météorite d'Ambert imaginée pour un repas de fête, ou les Rigatonis à la Quiberonnaise, remplis avec une préparation de mousse de sardine au Carré frais qui avaient été primés par 750 grammes.
Plus récemment  j’ai participé à un challenge avec l’objectif de cuisiner la fourme d’Ambert avec, entre autres,  des lentilles et du poisson. Pari gourmand gagné là encore.

mercredi 25 septembre 2013

La Normandie est aussi le pays du cidre

Si j'ai visité des entreprises d'envergure internationale comme Père Magloire et Boulard où le calvados est roi, je me suis aussi rendue chez Ginette et Jean-Luc Cenier qui exploitent la ferme de la Vallée au tanneur à Repentigny (14340), toujours dans le Calvados.

On y trouve tout à commencer par des fromages Graindorge, puisque la ferme fournit en lait la fromagerie. Ses laits sont exceptionnels et très riches en raison de la flore locale et parce que les vaches mangent aussi (raisonnablement) la pulpe de pommes à l'automne. Mais le gros de son activité tourne autour de la pomme : jus de pommes, cidre, cidre AOP, vinaigre de cidre (naturel, non pasteurisé), Pommeau de Normandie, Calvados et même Poiré ...

Ginette est une femme passionnée au sourire resplendissant.

Initialement je suis venue la voir pour qu'elle me parle de sa production de cidres et elle m'a convaincue de gouter (aussi) son calvados que j'ai trouvé très équilibré.

Cela fait du bien de rencontrer quelqu'un qui est encore capable d'optimisme. L'été fut beau, avec 30% d'ensoleillement supplémentaire qui devrait augurer d'une belle récolte. Ici on exploite 4 à 5 variétés de pommes dans une même parcelle pour favoriser la pollinisation. Mais la récolte se fait bien entendu variété par variété.
Les pommes ne sont pas nécessairement d'un rouge éclatant et se font encore discrètes dans les arbres. Leur mâturation va s'échelonner sur une quinzaine de jours.

Chaque arbre est entouré d'un corset pour le protéger des vaches laitières qui broutent dans les champs. Sans cette forme de tuteur il ne pousserait pas droit. Or il doit tenir l'équivalent d'une vie humaine, 80 ans en l'absence de tempête. Les arbres de la parcelle que j'ai photographiée ont 40 ans.
Une ramasseuse à pommes accélèrera la récolte. Un premier tri sera effectué avant le pressage pour éliminer les fruits abimés. Ils seront ensuite broyés et on laissera la pulpe s'oxyder une heure au contact de l'oxygène de l'air. Environ une heure ... tout dépend de la variété et de la période de pressage.

Le cidre n'est pas préparé en début de saison. Il fait encore trop chaud et la fermentation serait trop rapide. Les pommes récoltées à l'automne 2013 donneront un cidre qui ne sera commercialisé qu'en avril-mai 2014. Cela signifie que celui que l'on boit en ce moment a presque un an ...

On utilise ici depuis trois ans des pressoirs modernes, sans doute moins romantiques que celui que l'on peut voir au musée des objets anciens de Père Magloire, avec ses toiles à marc, mais nettement plus commodes à entretenir sur le plan de l'hygiène.
Je me perds toujours entre les dénominations pour le cidre. Ginette explique que le doux n'aura fermenté que 3 mois, le demi-sec 3 mois et demi et le sec (on dit parfois brut) 4 mois. Ainsi donc le doux est le moins fermenté et le plus sucré.
Et si le calvados ne vieillit plus une fois embouteillé par contre la fermentation du cidre se poursuit dans les bouteilles. Avec le temps il va s'acidifier et perdre son gaz si le bouchon n'est pas étanche. Il ne deviendra pas toxique pour autant.

La maison propose un cidre labellisé AOP Pays d'Auge, réalisé à partir de variétés bien définies comme la Rouge Mulot ou la Saint Aubin appréciée pour sa saveur sucrée et sa légère amertume. Ce cidre sera plus fruité en raison de la longueur du cuvage.
On cultive ici beaucoup de variétés anciennes comme la Bretelle, la Hongrie, la Sauget.
Salariée plus d'une douzaine d'années en région parisienne, elle ressentit un jour un déclic qui la fit revenir au pays. Ses parents souhaitaient alors transmettre l'exploitation. Elle a pris leur succession avec son mari (qui se consacre davantage à l'exploitation laitière) et cidre et calvados sont devenus sa grande passion. Parce que ce sont des matières premières vivantes.

Elle suit attentivement toutes les étapes jusqu'à la commercialisation. Elle appartient à des jurys de dégustation pour affiner son palais. Elle a obtenu cette année une médaille d'or en jeune calvados.
Ginette m'a emmenée dans son chai, modeste mais néanmoins conséquent. Nous avons longé les parcelles abritées de haies immensément hautes qui exigent un entretien régulier.

Ses futs proviennent du Bordelais ou de la zone de production du cognac. Elle en a très peu de neufs. Son travail n'est pas comparable à celui d'un maitre de chai d'une grande maison. Elle ne pourrait pas multiplier les assemblages. De ce fait son calvados relève quasiment du "millésime". Bien entendu elle n'emploie ni colorant ni copeaux ... parce que certains, dont elle ne m'a pas donné le nom, accélèrent le vieillissement de leurs cuvées en y ajoutant des copeaux de chêne.
J'ignore sa recette de Pommeau, sans aucun doute un savant mariage de moût de pommes à cidres et de Calvados sélectionnés et vieillis en fûts de chêne. J'ai apprécié sa richesse aromatique, son équilibre des saveurs, ses accents de fruits confits et sa couleur vieil or.
L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération.

Ginette et Jean-Luc Cenier

Ferme de la Vallée au Tanneur- 14340 REPENTIGNY
Tél : 02 31 64 38 69
Port : 06 18 87 34 94
E-mail : getjl.cenier@orange.fr

La ferme est située sur la Route du cidre, près de Cambremer, un village typique et ultra touristique où  elle dispose d'un point de distribution. On trouve un très bon pain aux pommes et au cidre dans l'unique boulangerie du village.
On y fait aussi de la teurgoule qui est vendue au poids. Mais pour cette spécialité proche du riz au lait je vous emmène chez Jacques Sablery dans quelques jours.
La région a créé le label Gourmandie qui fête cette année le 26 septembre son dixième anniversaire. Ses boissons seront à la place d'honneur à coté de ses fromages.

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Les chais de Père Magloire
La distillerie Boulard
La Teurgoule de Cambremer
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