lundi 2 novembre 2009

Et si on dansait ? d'Erik Orsenna

Prix Goncourt avec L’Exposition coloniale (Seuil, 1988), Erik Orsenna, de l’Académie française, est parait-il, un des auteurs les plus appréciés des Français.

Après La grammaire est une chanson douce, après Les Chevaliers du Subjonctif, après La révolte des accents, il poursuit les aventures grammaticales de son héroïne Jeanne et de son frère Tom avec Et si on dansait ? qu’il annonce comme un éloge de la ponctuation.

Sa lecture m’a promenée. On tourne en rond (ce qui n’est pas illogique pour une danse, j’en conviens), version intellectuelle du facteur n’est pas passé.

On sait tous que le trait d’union annonce le lien. Que l’apostrophe signale la disparition d’une lettre. J’ai par contre appris (p. 95) que les blancs, ces espaces entre les mots, n’avaient été employés en Europe que vers l’an 800, à l’époque de Charlemagne, constituant ainsi les toutes premières ponctuations.

J’aime les parenthèses qui sont autant de grains de sel dans une démonstration. Je ne saurais me passer des guillemets qui épicent mes analyses. Je sème les virgules comme j’avale une gorgée d’eau, pour faciliter l’élocution et retarder le point final.

Le point virgule fait débat. Pour les parisiens ce nom évoquait davantage la salle de concert qui a fait débuter Jean Marie Bigard et Florence Foresti qu’une dissertation. C’est qu’on ne le trace pas par hasard ou par erreur. Sans bonne volonté, sans intention résolue point de point virgule.

Ce n’est pas l’éloge qu’Erik Orsenna en a fait qui pouvait me convaincre ; l’envolée lyrique était bien tentée mais trop brève. Il le qualifie (p.84) d’espèce menacée au même titre que le panda géant, le grand requin blanc, le cacatoès à huppe jaune ou le gecko à queue feuillue … Il construit tout le livre autour d'une métaphore écologique pour le moins excessive. Je connais et je respecte son combat dans la bataille de l'eau (j'y reviendrai un jour prochain en relatant le débat auquel il a participé à Nancy sur la faisabilité de bâtir une ville durable au 21° siècle) mais on ne peut tout de même pas brandir le spectre de la pollution à tout va.

Et puis l’idée n’était pas nouvelle. Sylvie Prioul, avant lui, avait lancé un cri d’alarme avec La Ponctuation ou l'art d'accommoder les textes.

J’aime qu’une porte soit ouverte ou fermée. Le point virgule m’a toujours paru louche et j’avais renoncé à son emploi, de peur de me tromper d’usage. Erik nous dit en substance qu’il donne du rythme à la phrase, sans la couper ; qu’il la réveille ; qu’il la relance. "En substance", parce que son explication est ponctuée de virgules alors que le point virgule me semble être ici le signe congru.

Si j’osais je m’armerais d’un stabilo fluo pour traquer l’animal dans les ouvrages de l’académicien ; je le marquerais d’un trait rose pour mieux en suivre la trace ; je ferais de subtiles statistiques que j’expédierais sur son site ; l’homme a suffisamment de malice pour prendre bien la chose.
Dans le genre faites ce que je dis, pas ce que je fais, c'est un génie. Il n’utilise pas le point virgule. Cela pourrait être drôle de s’en prétendre le défenseur s’il ne prenait pas sa plume d'académicien pour nous l’écrire.

Quand je le trouve enfin c’est dans une fable de La Fontaine qui en compte 6. Doit-on y voir l’explication du titre, sorte d’hommage à la fourmi laborieuse ? Serais-je médisante ? Je trouve enfin (ouf) deux points virgule page 117. Il s’en est fallu de peu que je ne puisse employer le pluriel.

Mais plutôt que de faire des reproches oratoires à ce cordonnier mal chaussé je vais m’exercer à suivre la préconisation. Les lecteurs attentifs auront donc remarqué que depuis quelques jours j’emploie ce petit signe rebelle qui a pratiquement disparu de la littérature. J’accepte donc de rejoindre le maigre bataillon de ses défenseurs pourvu qu’il serve mon style. Nous verrons à l’usage si l’essayer c’est l’adopter.

2 commentaires:

martine a dit…

Très joli petit billet sur le livre d'Orsenna que je suis en train de parcourir, comme ... écrivain fantôme pour un petit élève dépassé! Mise en abyme magnifique de la vie réelle!
Je suis parfois étonnée de certains exemples, tels que l'herbier ou la dispute entre frère et soeur, mais sinon c'est plaisant à lire!
PS ds votre commentaire : il s'en est fallu de peu = le verbe être...

J'aime aussi le qualificatif de suspensif chez Orsenna pour les ... et qq métaphores aériennes...

marie-claire a dit…

Merci. J'ai corrigé. Entre être et avoir notre plume balance parfois ...
J'ai appris aussi grâce à vous que la mise en abîme (qui est un procédé que j'apprécie particulièrement) pouvait aussi bien s'écrire abyme.

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