samedi 30 juin 2012

Bienvenue parmi nous de Jean Becker

Le film n'est pas accompagné de critiques aussi bonnes qu'il le mérite. On se demande parfois si la presse assiste aux projections ou s'auto-influence à partir de la lecture du synospsis.
Malgré sa renommée, Taillandier, la soixantaine, a brusquement cessé de peindre. Ni sa femme ni son meilleur ami ne parviennent à renouer un dialogue qui le ferait sortir de sa dépression. Il fuit brutalement son domicile sans donner de vraie explication. Sa route va croiser celle de Marylou, une jeune fille rejetée par sa famille. Après quelques prises de bec ces deux là vont découvrir qu'il y a encore des raisons d'espérer, ou du moins de continuer.
Dit comme çà, cela aurait pu être mièvre, glauque ... c'est tout le contraire. L'histoire a été imaginée par Eric Holder, à qui on doit aussi "Mademoiselle Chambon" et "L'homme de Chevet". Le roman a été publié chez Flammarion en 1998. 

Jean Becker aime filmer la nature. Après le Poitou des "Enfants du Marais" c'est la Bretagne qui est le cadre de l'aventure. Il y a moins de personnages que dans ses précédents films. L'action semble plus resserrée, avec de belles respirations humoristiques qui accompagnent le périple des deux protagonistes.

Le boucher peu compréhensif est qualifié de Thénardier de l'entrecôte. Taillandier qui ne parvient pas à fixer son attention et à respecter les horaires se rebiffe : va pas me chier une pendule pour 15 minutes de retard ... Et à partir de là il décide de devenir végétarien ... par pure provocation bien sur.

La sollicitude de ses proches l'exaspère. Ce n'est pas sa vie qu'il ne supporte plus, c'est pire : c'est lui qu'il ne supporte plus. Il voit ses dessins comme des merdes à répétition et le spectateur entend la musique en boucle tourner en rond comme ses idées noires.

Même son meilleur copain ne peut le ramener à la raison : j'y arrive plus, même me lever le matin c'est un exploit. A toi je peux bien le dire, tout m'emmerde. Même Alice et les enfants. j'arrive plus à donner le change, faire semblant, faut que çà s'arrête !

Il y aurait bien une solution, au bout du fusil de chasse qu'on lui vend pour aller au sanglier, mais même çà c'est au-dessus de ses forces. Reste donc la fuite, la vraie, pour n'importe où. Il tombe sur Marylou, une jeune fille rebelle dont le personnage a du séduire Jean Becker. On sait qu'il aime ce type de rôle. On se souvient d'Isabelle Adjani en 1983 dans "L'été meurtrier" tiré du roman de Sébastien Japrisot. D'ailleurs nos héros en regardent un extrait à la télévision ...

On craint un moment que la gamine s'amourache du sexagénaire, ou l'inverse. Mais non,  on en reste à une relation père-fille parfaitement orchestrée. Patrick Chesnais, déjà remarquable dans Tu seras mon fils est formidablement juste en bougon au grand coeur. Jeanne Lambert lui donne la réplique sans démériter.

Certes, c'est une happy end un peu conventionnelle qui advient au bon moment, mais il n'en demeure pas moins que le sujet central, la dépression sans raison apparente est bien traitée. On ressort de la salle plus léger, ce n'est pas si fréquent.

A quand l'adaptation pour le cinéma d'un autre livre d'Eric Holder, Bella Ciao ?

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