mardi 26 juin 2012

La saison 2012-2013 du Théâtre des Sources de Fontenay-aux-Roses (92)


La "présentation de saison" est un exercice formel aussi périlleux qu'une remise de prix. C'est franchement barbant si le ou la maitresse de cérémonie n'a pas d'humour. C'est usant quand çà se traine en longueur, avec même parfois un manque d'oxygène quand les salles sont bondées.

Le choix de la date est aussi crucial. En juin le risque est grand qu'elle entre en collision avec la fête de l'école de votre progéniture, ou avec "la" soirée entre potes déterminée en fonction d'une météo qui se remet soudain à l'heure d'été.

En septembre vous avez d'autres priorités et c'est vraiment parce qu'on n'a encore rien trouvé de mieux pour faire le meilleur choix de son abonnement que vous vous résignez à venir.
Rien de tout cela ce soir au Théâtre des Sources de Fontenay-aux-Roses. Premier bon point pour sa directrice Laurence Ackermann, qui arrive à égalité avec Françoise Pointard du Centre d'art et de culture de Meudon. Bravo à ces dames ! Comme je n'ai pas prévu de troisième présentation avant septembre (mon calendrier n'étant pas assez extensible) je ne mettrai personne à la troisième place.

Faisant allusion à Brassens, Laurence a "tricoté", un verbe qu'elle affectionne, sa programmation sous le double signe de la curiosité et du rendez-vous ... avec nous bien sur.
Il lui suffit de pointer son doigt magique en direction de la régie pour qu'on ait envie de nous lever et de danser sur la fanfare serbe de Boban i Marko Markovic Orkestar qui a tout de même signé plusieurs musiques de films d'Emir Kusturica. J'adore Goran Bregovic dont  le titre Nie ma, nie ma ciebie (sans toi) me donne toujours le frisson. Mais Boban sait aussi bien insufler la joie tsigane et l'esprit de fête.
Première nouveauté : les rendez-vous du mardi au bar du théâtre, sous son lustre kitchissime à rêver. Huit semaines durant, on pourra entendre ou voir un spectacle qui ne sera jamais ni tout à fait le même ni tout à fait un autre avant d'en discuter ensemble autour d'un verre.
Patrice Caratini, Hildegarde Wanzlawe et Rémi Sciuto lanceront le concept avec leurs Short Songs en français, allemand, anglais et portugais d'octobre à décembre. Et vu ce qu'on a entendu à la fin de la soirée cela promet d'être de très bons moments, surtout qu'Hildegarde chantera en "acoustique", c'est-à-dire sans micro, avec sa voix et avec son corps, c'est dire ...
Il y aura aussi Vernissage, de Vaclav Havel, au second trimestre, mis en scène par Adrien de Van (à droite sur la photo ci-dessus). Une sorte de parodie de pendaison de crémaillère dans l'appartement d'un couple d'amis où vous serez invités comme une trentaine d'autres petites "souris-fantômes". Il faudra retenir votre appétit à l'apparition du décortiqueur d'amandes.
Grand moment de théâtre le 19 octobre avec la Villégiature de Goldoni, mise en scène par Thomas Quillardet, qui m'avait réjouie il y a un an au Théâtre de l'Odéon, dans le cadre du festival Impatience. Sans être du docu-théâtre, on se sent quand même si proches des personnages que l'on se projette sans hésiter dans leurs manières de sauver la face. Leurs faiblesses et leurs supercheries nous émeuvent autant qu'elles nous amusent. On rit de bon coeur et on applaudit à l'inventivité de la mise en scène, et à l'originalité du décor ...
La légende de Bornéo explore d'autres travers de l'âme humaine. Après les loisirs vu par Goldoni, c'est le monde du travail qui est passé au crible par le Collectif L'Avantage du doute, avec humour derrière un titre exotique qui devrait provoquer l'attention du public. Ils ont appliqué dans leur démarche de collectage de témoignages la technique du QQOQCCP (pour Qui ? Quoi ? Où ? Quand ? Comment ? Combien ? Et pourquoi ? »), une démarche d'analyse reposant sur un «questionnement systématique et exhaustif» dont la qualité conditionne celle de l'analyse proprement dite.
Sauf que bien entendu le résultat est subjectif, forcément, s'agissant d'un théâtre dit engagé, mais qui n'est pas pour autant "pénible ou chiant" comme nous préviennent Simon Bakhouche et Claire Dumas chargés ce soir d'en assurer la promo. Ils nous promettent joie et plaisir. A vérifier sur place.
Vous veillerez à venir sans objet de valeur les 16 et 17 novembre parce que James Chadier risque de subtiliser un truc ou un autre, comme ce soir le portable d'un spectateur pour le faire entrer, de gré ou de force (le téléphone, pas l'homme) dans un ballon gonflé à bloc sous nos yeux dubitatifs histoire de rendre un appareil avec une fonction supplémentaire, waterproof, à son propriétaire à la fin du numéro. Faut le voir pour le croire et James sait s'y prendre pour semer le doute. On se dit tout de même que si c'était vrai, il serait pas ici mais à Las Vegas ... quoique.

Un stage intergénérationnel de magie est programmé en amont pour apprendre aux enfants à léviter leurs parents ... que l'artiste encourage à l'éviter peut-être.

Le Festival MARTO, initié depuis 13 ans autour de l'amour de la marionnette par un trio de directeurs de la banlieue sud (dont Gérald Chatelain ici même) reviendra en force en novembre décembre. J'avais rendu compte l'an dernier du spectacle du Bob théâtre, que j'affectionne particulièrement, et en toute réciprocité, à travers Nosferatu.
L'Emission est proposé par Johanny Bert en théâtre d'objets dans le bar, sous le "fameux" lustre.  Un texte sarcastique de Sabine Révillet qui alerte sur le ramollissement du cerveau du spectateur scotché à l'écran de la télévision. Donné pour une toute petite jauge le spectacle ne s'adresse pas du tout à un public d'enfants malgré les références (trompeuses) à l'univers des Playmobil. Le Bob sera présent sur le plateau avec une exposition interactive qui sera en entrée libre. Si vous les connaissez vous savez à quoi vous attendre : du farfelu et du décalé hissé au nième degré.
Plus tard, et pour clôturer la saison, Johanny Bert reviendra dans le carre de la Biennale des arts de la marionnette avec l'Opéra du dragon, une fable poétique et politique qui met deux maux en balance, le choléra ou la dictature.

Le Trio Opus 71, bien connu des habitués des brunchs du Théâtre 71 de Malakoff viendra le 12 décembre pour un concert assez exceptionnel. Ensuite, changement de cap avec du cirque. Un couple en pyjama, un piano, un drap, un lampadaire ... et en route pour un Carrousel des moutons doux comme un câlin qui s'envolera avant que papa Noël ne redescende par la cheminée. On nous promet une soirée "juste jolie et très très belle".
En janvier, première édition de ZOOM sur un univers, en l'occurrence celui des Palabres avec trois spectacles qui mixeront la danse, le cirque et les livres. Chiche l'Afrique, interprété par Gustave Akakpo, est une charge au vitriol sur l'action néocoloniale prêtée à la France en Afrique, dite aussi Françafrique car si l'Afrique était mal partie, la France est bien restée ...

Tout à fait fédératrice, sera la Valse en trois temps qui conjuguera le blues, et le baroque en trois déclinaisons très accessible le 1er février.
Michel Boujenah s'estime Enfin libre, comme homme et comme artiste dans un nouveau spectacle où il donne le meilleur de lui même, comme s'il avait perçu l'urgence à gagner en intensité. J'étais ressortie des Nouveaux magnifiques avec une pointe de déception i y a cinq ans (le blog n'existait alors pas encore). Mais Laurence nous promet d'être franchement ému avec celui-ci à condition de ne pas arriver en retard, sinon vous allez vous faire houspiller par l'artiste qui ne perd pas une miette des réactions du public.
Cette année la Médiathèque et le Conservatoire s'allient avec le Théâtre pour le festival des musiques initié depuis 15 ans et dont Tandem sera le point d'orgue. André Minvielle, longtemps compagnon de route de Bernard Lubat joue avec les mots et les rythmes sur la musique jouée à l'accordéon par Lionel Suarez. Trois extraits nous ont donné un avant-gout de l'étendue de la palette de ces artistes qui offriront un voyage musical aux accents parfois nougaresques.

Ce seront aussi les Rebels of Rhythm qui ont remporté un énorme succès l'an dernier au Café de la danse avec Percosa. Ils font des percussions avec n'importe quel objet et transportent le public avec une énergie comparable aux Tambours du Bronx.


Une bonne programmation inclut en toute logique un Shakespeare. Laurence a retenu As you like it, une pièce sur le désir et le plaisir, mise en scène par Cendre Chassanne. Beaucoup de surprises nous attendent. Le rôle du bouffon a été donné à une femme, ce qui modifie le point de vue puisque, à l'époque de l'auteur tous les rôles étaient joués par des hommes. Shakespeare avait mis beaucoup de musiques et de chansons dans cette pièce. Les comédiens chanteront donc naturellement sur scène.

Les Rencontres de cultures Urbaines seront un temps fort du mois d'Avril en croisant les disciples comme le clam et le hip-hop et en s'appuyant sur le travail fait en amont. Il ne sera pas nécessaire de porter l'uniforme des rappeurs pour être admis au festival : le baggy ne sera pas exigé et vous remettre votre ceinture à votre pantalon.

Chorus fera halte à Fontenay avec le duo de Raggasonic Sound System le 19 avril, en avant-première de l'album qu'ils sortiront en octobre.
Après Erwan et les oiseaux, que beaucoup d'abonnés ont apprécié, Jean-Yves Ruf revient avec l'Homme à tiroirs, lointainement inspiré de Bartleby, un fonctionnaire qui décide un jour de ne plus ... fonctionner en cessant de faire quoi que ce soit. Il s'en explique avec une économie de mots : je préférerais ne pas. L'acteur suisse Antonio Troilo rend merveilleusement l'absurdité du monde du travail, comme autrefois Tati ou plus récemment Raymond Devos, ou le Collectif l'Avantage du doute (la Légende de Bornéo).
Après ceux qui jonglent avec les idées voici quatre circadiens qui jonglent avec des balles, rappelant la pluie de balles qui clôturaient le Démiurges du Bob théâtre. Pan-pot ou Modérément Chantant est visuellement proche des grandes eaux de Versailles.

Enfin Jean-Jaques Vanier, chroniqueur de France Inter, du Fou du roi et de Rien à cirer, a sélectionné les meilleurs extraits de ses quatre derniers spectacles écrits avec François Rollin pour nous plonger dans un humour absurde sans jamais remonter à la surface.

Une belle saison donc qui s'enrichit encore de spectacles jeune public, scolaires ou familiaux, d'abonnements croisés avec les théâtres voisins, et les toiles du cinéma le Scarron. Avec en prime le coup de coeur du jeudi suivi d'un débat, à l'initiative de l'association des amis du cinéma. Toute l'équipe est venue saluer à la fin et vous donne rendez-vous dès le mercredi 29 aout.

Toute la programmation en détail et en images sur le site du théâtre.

Et celle du cinéma le Scarron ici. L'association est joignable par mai à l'adresse : amis.sourcesscarron@orange.fr

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