lundi 16 septembre 2019

La vie scolaire de Grand Corps Malade et Mehdi Idir

J'attendais beaucoup de La vie scolaire, parce que c'était le second film de Grand Corps Malade et de Mehdi Idir et que toute la presse avait crié au génie.

Egalement parce que j'avais vraiment apprécié Patients. Seulement voilà, je ne suis pas autant enthousiaste que je l'aurais voulu, (sans pour autant être déçue, loin de là). En toute logique parce que je connais le sujet de l'intérieur et cela fausse ma perception.

Il faut admettre que le duo, et particulièrement Mehdi Idir qui raconte ici son histoire, soit libre de nous livrer son ressenti sans chercher à être exhaustif sur une année de la vie d'un établissement scolaire de banlieue.

D'ailleurs il s'est permis, et je lui donne raison, de filmer une scène d'apprentissage de la flute alors que cet enseignement n'est plus au programme. Il en gardait un souvenir particulier qu'il voulait partager et c'est bien son droit.
Ceci étant les comédiens, professionnels ou non, sont tous formidables. On ne s'ennuie pas une seconde et l'ensemble est assez juste. Il y a beaucoup de messages directs et indirects à décrypter, ce qui fait que le résultat est riche.

Le titre est polysémique. Il faut avoir un enfant scolarisé dans le second degré ou être "du métier" pour savoir ce que ce terme désigne. La vie maternelle, la vie primaire, la vie universitaire n'existent pas... le travail effectué sous ce label de "vie scolaire" est assuré par les enseignants, ou n'est pas fait.

Pour résumer on peut dire que le ou la conseiller(e) principal(e) d’éducation (CPE) exerce des responsabilités éducatives dans un collège, un lycée ou un lycée professionnel. Il/elle organise le service et contrôle les activités des personnels chargés des tâches de surveillance (autrement dit les pions). Ils sont associés aux personnels enseignants pour assurer le suivi individuel des élèves et procéder à leur évaluation. En collaboration avec les personnels enseignants et d'orientation, ils contribuent à conseiller les élèves dans le choix de leur projet d'orientation.

Il/elle a pour mission d'assurer des relations de confiance avec les familles ou les représentants légaux des élèves, et de contribuer à la qualité du climat scolaire.  Le CPE est donc un interlocuteur privilégié pour les parents d'élèves (signalement des absences et des problèmes liés au comportement, élaboration du projet personnel de l'élève, suivi de la scolarité au sens large...). Il/elle participe à la définition des besoins en matière de gestion de flux d'élèves durant le temps hors classe, élabore la grille des postes permettant une surveillance optimale et conseille le chef d'établissement sur les questions relatives à la sécurité des élèves. Bref le/la CPE est en contact avec tout le monde, adultes et élèves, à l'intérieur comme à l'extérieur du collège. rien d'étonnant à ce que cette personne ait mille choses à faire au même moment.
C'est un poste-clé et il était malin de montrer le quotidien d'un collège depuis ce poste d'observation. La comédienne qui incarne Samia (Zita Hanrot) est remarquable.

Samia est une jeune CPE que l'on dit novice, débarquant de son Ardèche natale dans un collège réputé difficile de la ville de Saint-Denis. Elle y découvre les problèmes récurrents de discipline, la réalité sociale pesant sur le quartier, mais aussi l'incroyable vitalité et l'humour, tant des élèves que de son équipe de surveillants. La jeune femme s'adapte et prend bientôt plaisir à canaliser la fougue des plus perturbateurs. Sa situation personnelle compliquée la rapproche naturellement de Yanis, un ado qui semble renoncer à toute ambition en se cachant derrière son insolence. Elle a flairé son potentiel et va investir toute son énergie à le détourner d'un échec scolaire annoncé et tenter de l'amener à se projeter dans un avenir meilleur. Sa vie a elle changera aussi radicalement.

Si les missions de l’École restent identiques sur l'ensemble du territoire national pourtant la réalité du travail quotidien dépend beaucoup du contexte et de l'historique local, de la composition sociologique des publics accueillis, de la typologie de l'établissement, des moyens (ressources) dont il dispose, ainsi que de la politique et des priorités impulsées par le chef d'établissement.

En cela le choix de l'établissement par les réalisateurs n'est pas anodin. Et le rôle d'interface de la CPE est tout à fait mis en avant. Il m'a semblé que le scénario était très représentatif d'une certaine réalité qu'il faudrait plus de deux heures pour en montrer tous les aspects. 
La vie scolaire demeure un film et pas un documentaire de plus sur les banlieues. Quiconque a travaillé dans le milieu scolaire aura entendu cette petite phrase : individuellement, ils ne sont pas méchants. Le script a été construit de moments vécus ou observés, ou nourris d’anecdotes qui ont été racontées à l'équipe. Il y a un savant cocktail de général et de particulier, de drame et de comédie. C'est ce qui fait la réussite du film.

C'est très malin de commencer par une séquence de cacophonie où le spectateur met un moment à réaliser que les chahuteurs sont ... des enseignants. Le sujet de l'emploi du temps est effectivement une de leurs préoccupations majeures (plus que celui des élèves). Et bien entendu la question des limites, de la nature des sanctions. Quant à la remise des copies, on ne pouvait pas échapper au cliché classique. Par contre le bouchon est poussé très loin dans les scènes de sport.

Il y a plus grave, et le film ne fait pas l'impasse sur le coté social, ni sur la posture de l'échec. L'élève qui pense : et si je ne valais pas mieux que ça n'est pas rare, et cette réflexion soulève l'immense question de la motivation. Comment alors les aider à ne pas gaspiller leur vie ? La chanson de Stevie Wonder Pastime Paradise arrive à point nommé pour que le spectateur s'interroge.

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