Avignon 2019

Ayant vu plus d'une centaine de spectacles (entre le Festival d'Avignon, le Off et même celui qu'on appelle le If) il n'était pas possible de dédier un billet à chacun, ou sinon, pendant plus de trois mois, il n'aurait plus été question d'autre chose sur le blog.
Impossible par exemple d'attendre le 1er octobre pour publier des chroniques sur la rentrée littéraire !
J'ai décidé de rassembler tout ce qui concerne Avignon sur le mois de Juillet. Etant plus approfondis que ce que j'ai écrit régulièrement cet été sur la page Facebook A bride abattue ces articles sont très longs à écrire. Je m'aperçois en ce début de septembre, alors que je viens de mettre en ligne celui qui est daté du 14 juillet, que je prends trop de retard sur d'autres sujets dont il est important de ne pas différer davantage la parution. C'est pourquoi les chroniques avignonnaises, qui ont en quelque sorte valeur d'archive, vont désormais s'insérer rétroactivement.
Je vous invite donc à scroller régulièrement pour les lire ou à utiliser la catégorie "Avignon" pour les faire apparaître. Ou encore, et ce serait le plus efficace, à entrer votre adresse mail dans le rectangle blanc "Pour recevoir par mail ... etc".

mercredi 4 septembre 2019

Je ne suis pas Michel Bouquet au Poche-Montparnasse

Une génération n'apprend rien à une autre, c'est ce que Michel Bouquet a dit à Charles Berling au cours d'un des entretiens qui ont été publiés sous le titre Les joueurs chez Grasset, déjà en 2001.

C'est ce que rapporte Maxime d'Aboville sur la scène du Théâtre de Poche Montparnasse devant un public qui sait parfaitement qu'il n'est pas Michel Bouquet, alors que cet acteur s'est lui-même exprimé ainsi et que son visage occupe l'affiche et que j'ai eu l'impression (était-ce une hallucination ?) entendre Fabrice Luchini.

Même ton, même phrasé ... un peu lent, un peu trop fort aussi, la faute au micro sans doute. Mais pourquoi sonoriser un comédien et courir le risque de fatiguer les premiers rangs et surtout de déformer la voix ? S'il était accompagné d'un orchestre cela pourrait se justifier, mais seul, de face, et dans une salle aussi modeste ... je n'en comprends pas l'intérêt.

Le spectacle est cependant d'une admirable simplicité, qui permet au spectateur de se concentrer au bout de quelques minutes sur le texte, et rien d'autre. Maxime d'Aboville ne fait pas grand chose, et c'est parfait. Il n'aurait pas été nécessaire d'en "rajouter" comme on dit. Damien Bricoteaux a épuré la mise en scène. Marguerite Danguy Des Déserts a imaginé un décor qui évoque le rideau de fer des grandes scènes rendant le doute impossible. Nous sommes au théâtre.

Il y a une certaine facétie à se confier en public : je suis content de bavarder de tout ça car comme ça ça m'oblige à me découvrir.

De fait, on apprend que Michel Bouquet a vécu en pension de 7 à 14 ans, que son père traumatisé par la Première Guerre mondiale ne lui parlait pas, qu'il a subi l'exode et tout le bastringue ... (ma grand-mère m'en a tant parlé que j'imagine ce que cachent les points de suspension), qu'il a élevé les deux enfants de sa femme Juliette, qui sont devenus les siens, qu'il n'a jamais su conduire, au grand désespoir de Claude Chabrol dont il massacra une Mercedes, qu'il regrette que la Sologne ait été coupée en deux par une autoroute, même si ça peut être beau ... une autoroute.

On comprend qu'il doit probablement sa passion pour le théâtre à son père comme à sa mère, mais pour des raisons différentes. Maxime d'Aboville fait vivre avec émotion, mais sans pathos, le désarroi du petit garçon, si souvent mis au piquet à l'école qu'il en eut ce surnom et qui, une fois adulte, trouve sa voie : Je vais être heureux dans un monde totalement inventé.

Enfant, il s'installait dans une bulle, en s'inventant une histoire pour ne pas crever. Plus tard il découvre l'extraordinaire tranquillité des acteurs que personne ne vient déranger tant qu'ils sont dans leurs rôles. Et il développe un style de jeu particulier : Tu peux être touché, tu dois pas le montrer (...). Moi je ne suis rien, je ne suis pas Michel Bouquet.

Il guettera la sortie des artistes de l'Opéra comique, en face des Noces de Jeannette (le restaurant existe toujours) et implorera un rendez-vous avec Maurice Escande qu'il a tant admiré dans le Malade imaginaire. Et on se souvient de l'interprétation que Michel Bouquet en fit dans la mise en scène Georges Werler.

Nous y voilà. Bientôt ce sera la voix off qui s'élèvera rejouant la scène entre lui et celui dont il voulait tant devenir l'élève. J'aimerais vous dire un texte. De qui ? De vous !

Le maitre approuvera : Bonne voix. Bonne diction.

Personne n'aura donné de leçon à personne et surtout pas une leçon de théâtre. Pourtant nous aurons beaucoup appris ce soir, comme toujours lorsqu'il est question du parcours d'une vie. Et nous aurons gouté une forme d'humour tout à fait "bouquetienne".

Je ne suis pas Michel Bouquet, de Michel Bouquet
D'après Les Joueurs, entretiens avec Charles Berling (Editions Grasset) avec Maxime d'Aboville 
Mise en scène Damien Bricoteaux
Décor Marguerite Danguy Des Déserts
Lumières François Loiseau
A partir du 4 septembre 2019 à 19h
Au Théâtre de Poche Montparnasse
75 boulevard du Montparnasse - 75006 Paris - Réservations 01 45 44 50 21

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