Avignon 2019

Ayant vu plus d'une centaine de spectacles (entre le Festival d'Avignon, le Off et même celui qu'on appelle le If) il n'était pas possible de dédier un billet à chacun, ou sinon, pendant plus de trois mois, il n'aurait plus été question d'autre chose sur le blog.
Impossible par exemple d'attendre le 1er octobre pour publier des chroniques sur la rentrée littéraire !
J'ai décidé de rassembler tout ce qui concerne Avignon sur le mois de Juillet. Etant plus approfondis que ce que j'ai écrit régulièrement cet été sur la page Facebook A bride abattue ces articles sont très longs à écrire. Je m'aperçois en ce début de septembre, alors que je viens de mettre en ligne celui qui est daté du 14 juillet, que je prends trop de retard sur d'autres sujets dont il est important de ne pas différer davantage la parution. C'est pourquoi les chroniques avignonnaises, qui ont en quelque sorte valeur d'archive, vont désormais s'insérer rétroactivement.
Je vous invite donc à scroller régulièrement pour les lire ou à utiliser la catégorie "Avignon" pour les faire apparaître. Ou encore, et ce serait le plus efficace, à entrer votre adresse mail dans le rectangle blanc "Pour recevoir par mail ... etc".

dimanche 1 septembre 2019

Cyrano dans la mise en scène de Bastien Ossart

Ils furent nombreux à me dire que je devais absolument aller voir Cyrano au théâtre le Funambule Montmartre. Je n’en avais aucune envie parce que j’en avais déjà vu plusieurs versions, au théâtre, au cinéma et même en BD, et que personne jusqu’à présent n’avait égalé Gérard Depardieu dans le rôle. Je connais la pièce presque par cœur. Plusieurs phrases sont cultes. Bref,  j’y allais à reculons. Je suis ressortie enthousiaste au dixième degré.

Je me souviens de nombreuses versions de Cyrano, au théâtre, au cinéma et même en bande dessinée ... mais celle-là les surpasse toutes. Elle sera parfaite ... quand l'affiche aura été liftée parce que -et je ne suis pas la seule- je n'y avais pas vu le moins du monde ... le profil d'un nez.

La couleur violette ne m’attirait pas. C’est en sortant du théâtre, alors que je discutais avec une des trois comédiennes que mes yeux l’ont décryptée : c’était le profil de Cyrano qui était représenté sur la gauche avec Roxane assise sur son nez tandis que la pleine lune se détachait sur un ciel crépusculaire. Ce n’était pas évident au départ parce que le bas de l’affiche est souvent tronqué. Si la mâchoire n’est pas reconnue ... on croit voir une fée clochette posée sur un rocher noir. 

J'ai beau savoir que Cyrano est la sublimation de la méprise, il y a des actes manqués dont on peut se dispenser, parce qu'au prochain festival d'Avignon une affiche comme celle-là ne sera pas attractive.

Mais revenons au spectacle. L'éclairage à la bougie et aux lampions avec une gestuelle élégante comme une danse met le public dans l'ambiance. Le metteur en scène a choisi trois femmes, ce qui ne perturbe pas la compréhension. Je dirais presque "au contraire" parce que le timbre de voix féminin apporte au personnage de Cyrano toute la douceur qui manque parfois aux interprètes masculins.

Une autre idée majeure est de n'avoir pas attribué un rôle en particulier à chacune des trois comédiennes. Iana Serena de FruitasLucie Delpierre et Marjorie de Larquier font ce qu'il faut, au bon moment, sans s'approprier un personnage plus qu'un autre. Le résultat apporte une universalité aux personnages principaux qui nous surprennent toujours, par une intonation, un geste, une manière de se déplacer, alors que bien entendu aucun doute ne s’installe jamais puisque un masque ou un vêtement permet immédiatement d’identifier celui qui parle.

L'emploi des masques renforce l'effacement du comédien au profit de chaque personnage qui, de ce fait, existe pour lui-même. La beauté des alexandrins écrits par Edmond Rostand est restituée sans faille. La diction est d'une maitrise absolue. Les comédiennes ont fait un travail exemplaire pour faire résonner chaque alexandrin sur la bonne longueur d’onde. Pas un mot ne nous échappe. On entend le texte à la perfection. L'auteur est un grand poète : Le baiser est un point rose que l'on met sur le verbe aimer.
J'ai découvert cet après-midi des intentions que je n'avais pas remarquées jusque là. Par exemple que Roxane ne s'appelait pas Roxane, mais Madeleine. Qu'elle faisait preuve de prévenance (et peut-être déjà alors de sentiments) à l'égard de son cousin en persuadant De Guiche de le priver de guerre. Qu'elle lui avouait son amour à la toute fin. Que Christian avait proposé à Cyrano de renoncer à Roxane. Que peut-être la mort de Christian au combat n'était pas fortuite et relevait du sacrifice.

Vivre une nouvelle lecture de cette pièce dont je connais des pans entier absolument par coeur fut une surprise autant qu'un immense bonheur.
Les trois jeunes femmes sont autant à l'aise en paroles qu'en gestes. C'est un régal et plusieurs scènes sont de petits bijoux. La mise en scène de Bastien Ossart est à saluer chapeau bas. Il y a beaucoup de gravité mais aussi beaucoup d’humour. À commencer par la première scène interrompu par la tirade du téléphone portable qui est un petit bijou. Une autre scène plus tard sera assez amusante, avec sa distribution de petits gâteaux. Le public est souvent interpellé mais sans aucune adresse racoleuse.

On entend quelques mesures de la Marche pour la Cérémonie des Turcs de Lully (c'était inévitable) mais le morceau qui revient régulièrement est le thème du Mariage de l'album Shine de Hicham Chahidi et il se prête à merveille à de savoureuses chorégraphies.

Ne vous dispensez pas d'aller voir ce spectacle seul, en famille, avec vos élèves si vous en avez. C'est au Théâtre Funambule Montmartre où il est prolongé jusqu'au 12 décembre. Envoutement garanti !

La compagnie Théâtre Les Pieds Nus méritera de monter sur la scène de la remise des statuettes organisée par Les Molières. Merci à ceux qui m'ont poussée à surmonter mes réticences. J'ai failli manquer un des meilleurs spectacles que j'ai vu de toute ma vie ... même si j'en collectionne plusieurs dans cette catégorie.

Il est irréprochable. Tenez, si je m’écoutais, j’y retournerai encore et encore.
Cyrano dans la mise en scène de Bastien Ossart
Avec Iana-Serena de Freitas, Lucie Delpierre, Nataly Florez en alternance avec Marjorie de Larquier
Une production Théâtre Les Pieds Nus & Le Funambule Montmartre
Au théâtre Le Funambule Montmartre
53 rue des Saules - 75018 Paris
Du mercredi au samedi à 19h ou 21h (en alternance une semaine sur deux)
Les dimanches à 17h30.
Jusqu'au 12 décembre 2019 (et plus si nouvelles prolongations)

Aucun commentaire:

Articles les plus consultés (au cours des 7 derniers jours)