Avignon 2019

Ayant vu plus d'une centaine de spectacles (entre le Festival d'Avignon, le Off et même celui qu'on appelle le If) il n'était pas possible de dédier un billet à chacun, ou sinon, pendant plus de trois mois, il n'aurait plus été question d'autre chose sur le blog.
Impossible par exemple d'attendre le 1er octobre pour publier des chroniques sur la rentrée littéraire !
J'ai décidé de rassembler tout ce qui concerne Avignon sur le mois de Juillet. Etant plus approfondis que ce que j'ai écrit régulièrement cet été sur la page Facebook A bride abattue ces articles sont très longs à écrire. Je m'aperçois en ce début de septembre, alors que je viens de mettre en ligne celui qui est daté du 14 juillet, que je prends trop de retard sur d'autres sujets dont il est important de ne pas différer davantage la parution. C'est pourquoi les chroniques avignonnaises, qui ont en quelque sorte valeur d'archive, vont désormais s'insérer rétroactivement.
Je vous invite donc à scroller régulièrement pour les lire ou à utiliser la catégorie "Avignon" pour les faire apparaître. Ou encore, et ce serait le plus efficace, à entrer votre adresse mail dans le rectangle blanc "Pour recevoir par mail ... etc".

jeudi 5 septembre 2019

Michel for ever au Poche Montparnasse

Voilà un spectacle qui est respectueux, joyeux et inventif.

Si je connais peut-être 80 % de l’œuvre de Michel Legrand, qu’il s’agisse de musiques de film ou de chansons, ce n’est pas le cas de tout le monde et beaucoup de personnes hier soir m’ont dit avoir découvert des titres qu’elles n’avaient jamais entendus.

Michel for ever se déroule dans une forme de cabaret, dans la salle du sous-sol du Poche Montparnasse, et vous pouvez même commander une boisson à un prix très modeste en début de spectacle alors que les deux musiciens ont déjà commencé à jouer. L'ambiance club de jazz aurait énormément plu à Michel Legrand, né en 1932 d'un père compositeur autodidacte.

À l’occasion d’un prétendu reportage sur la famille Legrand, un journaliste réunit trois passionnés de l’œuvre du compositeur pour faire revivre son esprit et son univers. Et surtout ses mélodies enchantées et ses orchestrations élégantes. 

La mise en scène s’organise autour de ce personnage qui tire les cartes d'un jeu qui reprend les thèmes principaux de l'oeuvre du grand musicien.
Le propos est un petit peu tiré par les cheveux puisque le comédien intègre la troupe pour lui aussi chanter et danser. Il est donc manifeste qu’il connaît parfaitement le sujet mais ce n’est pas dérangeant.

Et surtout le travail de Stéphan Druet et Daphné Tesson est formidablement inventif pour illustrer chaque morceau tout en évoquant la vie de cet immense musicien. Ils ont voulu imaginer un feu d'artifices pour traduire son éclectisme puisqu'il était autant capable de composer la musique d'un dessin animé, que celle d'un film, d'une comédie musicale, d'un ballet ou un concert entier. C'était un pari et c'est très réussi.

On nous a remis la liste des 29 morceaux mais on en entendra davantage puisqu'il y aura plusieurs medleys. C'est beaucoup et peu à la fois car Michel Legrand a composé près de 150 partitions. C'était un travailleur acharné. Il a évidemment travaillé avec les plus grands noms de la musique française dont il a parfois lancé la carrière comme Claude Nougaro. C'est en duo avec lui qu'il interprétera les Don Juan que nous verrons ce soir dans une chorégraphie astucieuse.

Sa passion pour le jazz l'a amené à collaborer avec Mile Davis et Louis Armstrong, John Coltrane, Bill Evans, mais aussi Frank Sinatra ou Ella Fitzgerald.

Il reprend en 1954 I Love Paris, une chanson écrite et composée par Cole Porter. Il orchestre en 1966 C'est si bon que Barbra Streisand enregistrera en anglais la même année.

Surnommé le big Mike par Jean Cocteau, il est surtout un compositeur de musiques de films, en particulier pour Jacques Demy. On entendra avec plaisir Les Parapluies de Cherbourg, Les Demoiselles de Rochefort (qui nous sera donné en plusieurs langues) et Peau d’Âne, avec une scénographie particulière pour chaque morceau.
Il aurait été impensable de ne pas jouer aussi Les Moulins de mon coeur (Oscar de la meilleure chanson originale pour The Windmills of Your Mind de L'Affaire Thomas Crown en 1969 qui représente un record avec 7 minutes de musique sans dialogue pour illustrer une partie d'échecs mémorable), Un été 42 (meilleure musique de film en 1972 ). Il aura un troisième oscar pour Yentl en 1984 (meilleure adaptation musicale) que nous n'entendrons pas.

Par contre nous aurons Sweet gingerbread qui est un morceau moins connu. Ce spectacle est un vrai régal car tout est bien pensé, orchestration comme interprétation, et chorégraphie bien sûr, avec plusieurs numéros de claquettes et des costumes toujours bien pensés.

Michel Legrand se sera lancé régulièrement des défis car rien ne lui plaisait plus que d'être débutant, ce qui l'amenait à être toujours plus audacieux. Il échoua sur un seul projet, celui d'être centenaire en nous quittant prématurément. Il aurait très certainement aimé cette soirée qui lui correspond si bien et sa musique demeure à jamais, toujours si vivante.

"Il n’y a pas une seule note que je regrette", disait-il. Nous non plus !
Michel for ever
Conçu et mis en scène par Stéphan Druet et Daphné Tesson
Musiques de Michel Legrand
Avec Gaétan Borg (ou Vincent Escure), Julien Alluguette (ou Sébastiàn Galeota), Emmanuelle Goizé (ou Vanessa Cailhol), Mathilde Hennekinne (ou Léovanie Raud), Benoit de Mesmay (ou Joël Bouquet) et jean-Luc Arramy (ou Jean-pierre Rebillard)
Depuis le 29 août 2019
Du mardi au samedi à 21h15, dimanche à 17h30
Au Poche Montparnasse - 75 bvd du Montparnasse - 75006 Paris

La photo qui n'est pas logotypée A bride abattue est de Pascal Gely

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