Je ne suis pas particulièrement attirée par les robes de princesse mais lorsqu’elles sont le résultat d’une alliance entre tradition, patrimoine et créativité je ne peux qu’écarquiller les yeux et saisir la chance que nous offre le musée des Arts décoratifs de présenter La mode en majesté.C'est une exposition qu’il est urgent de découvrir car elle vit ses derniers jours. Elle est consacrée à la haute couture et aux traditions à la Cour de Thaïlande réunissant plus d’une centaine de tenues et d’accessoires exceptionnels appartenant aux garde-robes royales, et mettant en avant les huit formats de costumes traditionnels thaïlandais conçus par Sa Majesté la Reine Sirikit en collaboration avec une équipe d’historiens et de créateurs locaux thaïlandais.
Elle s’inscrit dans le cadre des célébrations du 340 ème anniversaire de la première relation diplomatique et du 170 ème anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la France et la Thaïlande.
Elle met aussi en lumière plus de trente années de collaboration entre Sa Majesté la Reine Sirikit et le créateur de mode Pierre Balmain, ensuite avec son successeur Erik Mortensen, poursuivies avec Dior et Valentino, et bien entendu toujours la maison de broderie Lesage.
Après avoir hésité à mentionner la composition des modèles qui m’ont le plus séduite j’ai choisi de les faire figurer sans trop de commentaires puisque ni vous ni moi ne sommes spécialistes. L’essentiel à retenir est qu’ils sont en tissus précieux, principalement une soie, souvent richement brodés de fils métalliques, perles et sequins.
Le parcours met en valeur des robes dont la structure est tout à fait "parisienne" comme cette robe du soir, exécutée en 1960 par Pierre Balmain (français, 1914-1982) en satin de soie, dentelle de coton, fils métalliques, raphia synthétique, perles et paillettes, brodées par la maison Lesage.
Elle est un exemple classique des grandes robes de bal produites par Balmain au milieu des années 1950. Elle fut portée par S.M. la reine Sirikit à l'occasion d'une visite officielle au palais royal de Bruxelles, en octobre 1960.

Ce qui frappe au fil des salles, c’est la manière dont certaines robes ont été conçues, comme les exemples ci-dessus, évoquant les costumes traditionnels thaïlandais officiels dont il existe huit styles de Chud Thai. On remarque sur chacune un long drapé fixé en écharpe sur l’épaule gauche avant de retomber dans le dos. La jupe est longue, tubulaire, drapée, dont les bordures sont brodées. Une large ceinture serre la taille et se ferme avec un médaillon plutôt imposant, en or ciselé, incrusté de pierres précieuses.
Quand la soie intègre des fils d'or ou d'argent il prend le nom de brocart (le Pha Yok). Ils sont fabriqués dans des villages par des femmes qui tissent quand elles ne travaillent pas dans les champs. Sa Majesté la reine Sirikit les trouvait très beaux et les a utilisés pour réaliser certaines de ses tenues, ce qui a permis que la technique parvienne jusqu'à nous. Et aussi que des milliers de femmes vivent de leur travail parce que la reine s'est intéressée à leurs conditions de vie. Elle a d'ailleurs encouragé les artisanes à améliorer leurs techniques et la qualité de leurs tissus pour répondre aux attentes du marché.
Il est évident que ses apparitions officielles à l’étranger ont contribué à la notoriété des textiles et productions artisanales thaïlandaises. J'ai appris que le gouvernement avait choisi la date anniversaire de cette reine, le 12 août, pour célébrer la Journée nationale du textile thaïlandais, en reconnaissance de son action.
L'ikat est une technique unique et complexe pour créer des motifs colorés. On teint les motifs sur le fil avant le tissage. Sa Majesté la reine Sirikit a demandé à ce qu’on les associe dans ses tenues à d'autres matériaux comme des perles ou même des ailes de scarabées. On reconnaît l'ikat à l'effet un peu flou que cette technique donne aux motifs.
En voici (à gauche) un exemple datant de 1983 où l’écharpe a été totalement réinventée par le grand couturier Erik Mortensen (danois, 1926-1998) pour Balmain et qui fut portée par S.M. la reine Sirikit lorsqu'elle présida, en compagnie de S.A.R le prince Philip duc d'Edimbourg, un gala de charité en faveur du World Wildlife Fund à l'hôtel Oriental de Bangkok, le 13 octobre 1983.
Sur cette autre tenue, plus récente (à droite), la création est une nouvelle fois très nette, associant tradition et modernité, abandonnant l’écharpe mais maintenant la ceinture. Nous sommes en 2022 et elle a été faite par Tirapan Vanarat (thaïlandais, né en 1950) pour TIRAPAN, en soie unie, brocart de soie, fils métalliques, et perles.
Elle a été portée par S.M. la reine Suthida lorsqu'elle accueillit les chefs d'État et de gouvernement, au cours de la réception royale donnée dans le cadre du 29 ème sommet de l'APEC, dans la salle du trône Chakri Maha Prasat du Grand Palais (Bangkok), le 18 novembre 2022.
D’autres encore sont plus stylisées mais tout autant gracieuses. Le parcours s’achève sur des pièces plus contemporaines comme celles-ci :
A gauche une robe du soir, 2024 de Sirivannavari (Thaïlande, créée en 2005) pour laquelle S.A.R. la princesse Sirivannavari a puisé encore une fois dans le répertoire des tenues traditionnelles thaïlandaises. Les motifs reprennent ceux des bordures kruai choeng, propres aux textiles traditionnels thaïs. Le plissé frontal, lui, rappelle le costume national, ici épuré au profit d'une silhouette moderne. Une broderie complexe de perles, de sequins et de fils métalliques est méticuleusement disposée en motifs transversaux, apportant profondeur, mouvement et une opulence raffinée à l'ensemble.
A droite, un ensemble de deux pièces inspiré du Chud Thai (huit formats), 2025, toujours de Sirivannavari qui cette fois s'inspire du costume masculin Raj pattern (Raj pattan), instauré par S.M. le roi Chulalongkorn (Rama V) dans le cadre de la modernisation du costume de cour à la fin du XIX° siècle. La silhouette traditionnelle est revisitée et rehaussée d'une broderie en relief évoquant la fleur phutson (gardénia).
C'est une chance pour les deux pays que, depuis les années 1960, la Reine Sirikit entretienne des relations étroites avec de grandes maisons de couture françaises et européennes. Passionnée de mode, elle a joué un rôle central dans la modernisation de la tenue de cour, présentant ses créations lors de voyages officiels avec le roi Rama IX. L'exposition démontre combien, avec l’aide de Pierre Balmain, elle a réinventé l’élégance royale thaïlandaise, préservant son héritage tout en lui assurant un attrait international. Elle a donc contribué à la fois à la connaissance des trésors de savoir-faire traditionnels de son pays dans le domaine des textiles (notamment le brocart), des bijoux et des accessoires et de la compétence française à les moderniser tout en ne les dénaturant pas le moins du monde.
Engagée dans la préservation des traditions, la Reine Sirikit a travaillé sans relâche pour sauvegarder les arts textiles et l’artisanat de son pays, ce qui a conduit à la création de la Fondation SUPPORT. Aujourd’hui, celle-ci est placée sous le patronage de la Reine Suthida, qui continue à défendre et à développer sa mission, tandis que sa petite-fille, la Princesse Sirivannavari, perpétue cet héritage en tant que créatrice de mode, en soutenant la jeune génération de créateurs thaïlandais. Elle encourage l’innovation contemporaine et promeut l’utilisation des textiles traditionnels.
Des cartels pour enfants de 7-12 ans, en français et en anglais, sont à la disposition du visiteur tout au long de l’exposition afin de vulgariser les termes les plus techniques en les rendant abordables.
La mode en majesté. Haute couture et tradition à la Cour de Thaïlande
Commissaires
Béatrice Quette, conservatrice en charge des collections asiatiques
L’équipe de conservation du Queen Sirikit Museum of Textiles en collaboration avec The Sustainable Arts and Crafts Institute of Thailand (SACIT)
L’équipe de conservation du Queen Sirikit Museum of Textiles en collaboration avec The Sustainable Arts and Crafts Institute of Thailand (SACIT)
Au musée des Arts décoratifs
107, rue de Rivoli - 75001 Paris - Tél. : +33 (0)1 44 55 57 50
Du 13 mai au 1er novembre 2026
Du 13 mai au 1er novembre 2026






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