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samedi 24 mars 2018

Hamlet dans l'adaptation de Xavier Lemaire et Camilla Barnes

Il y a comme ça des spectacles qu'il n'est pas commode de chroniquer... A-t-on le droit de "dépoussiérer" un classique jusqu'à en faire un opéra rock ? Certains affirment que non, disant que le décor de ce Hamlet est hideux, qu'on ne peut pas re-traduire Shakespeare, et qu'une mise en scène ne peut se résoudre à monter/descendre deux escaliers

Cela aurait pu être mon point de vue mais je ne suis pas partie au bout de 15 minutes (j'étais coincée en bout de rang) et je dois dire que je ne partage pas l'opinion du réfractaire au bout de 3 heures.

Tout se tient et il faut accepter que le regard d'un metteur en scène ne soit pas celui auquel on a l'habitude. Je vous encourage donc à attendre pour juger ... (un conseil qui vaut pour tout d'ailleurs). Il est vrai que cet Hamlet est radicalement différent de Qui es-tu Fritz Haber ? Prix Coup de Coeur de la presse OFF 2013 en Avignon.

Le roi du Danemark est mort… Sa femme Gertrude se remarie avec Claudius son propre beau-frère ! Le jeune Prince Hamlet, fils de Gertrude et du feu roi, et neveu de Claudius, vit très mal cette situation… Or, au dehors des remparts du château d’Elseneur, apparaît, les nuits de pleine lune, un spectre ! Y aurait-il quelque chose de pourri dans le royaume du Danemark ! Des mots, des mots, des mots… Etre ou ne pas être, là sera la question.

vendredi 30 décembre 2016

Modèle Vivant mise en scène de Xavier Lemaire


(mise à jour 26 février 2017)

Le Studio Hébertot programme un cycle Xavier Lemaire, avec trois pièces qui sont données à des horaires et des jours différents.  Outre la reprise de l'excellent spectacle, Qui es-tu Fritz Haber ?, que j'avais vu il y a trois ans au Poche Montparnasse au moment de sa création, on peut voir le témoignage d'un modèle qui pose dans un atelier.

Ceux qui ont eu la chance de voir l'exposition Mannequin d'artiste à la réouverture du musée Bourdelle apprécieront particulièrement ce spectacle même s'il n'est pas nécessaire de connaitre le sujet auparavant. Qu’est-ce qu’un modèle vivant ? Que se passe-t-il dans la tête et le corps de la personne qui prend la pose ?

Isabelle est allée voir Modèle vivant pour le blog. A écouter les conversations dans la file d'attente elle a constaté que plusieurs personnes venues voir le spectacle sont eux-mêmes des modèles. Sa chronique s'en trouve encore plus vraie.

J’aborde l’une d’elles qui me confie qu’elle a 68 ans et qu’elle est modèle depuis l’âge de 20 ans. Ce travail continue de lui plaire. Elle m’explique que le fait qu’il y ait une contrainte physique l’oblige à rentrer dans son intériorité. Elle en ressort pleine d’énergie pour aller vers les autres. Parfois, l’effort physique lui coûte : certaines postures sont difficiles, voire mal pensées et il arrive qu’on doive les maintenir pendant plusieurs semaines.

Je rentre, grâce à elle, dans un univers inconnu que la comédienne Stéphanie Mathieu va continuer d’évoquer durant le spectacle. Mis en scène par le très talentueux Xavier Lemaire, le texte, largement autobiographique, a été entièrement rédigé par Stéphanie Mathieu. D’abord danseuse de revue, Stéphanie bifurque ensuite vers le théâtre au hasard des rencontres de la vie. En parallèle, elle pose depuis 8 ans, une activité essentielle pour elle.

Sur scène : un podium, un projecteur qu’elle promène au gré des poses, un paravent pour se changer. Seule en scène, elle partage avec franchise et drôlerie sa routine déroutante, ses impressions, ses réflexions.

On pose d’abord pour gagner de l’argent. "Etre à découvert donc découverte peut me rapporter de l’argent !" se dit-elle après avoir été conviée à poser nue dans une banque.

Dans l’atelier, elle attend que chacun s’installe, jeunes élèves des beaux-arts ou retraités. A-t-elle le trac ? Plus vraiment. Froid ? Souvent. La comédienne se déshabille, prend une pose élégante. On sent sa formation de danseuse classique dans la beauté de ses postures. Son corps est sculptural, la lumière l’épouse à merveille. "Une fois que tout est en place, accord parfait avec le silence."
Poser peut être considéré avant tout comme un acte technique. La sensualité et l’érotisme qui se dégagent sont le fruit d’un effort. Le souvenir d’une pose est d’abord charnel, chaque muscle auquel elle envoie de l’oxygène sait ce que 2 minutes, ... 5 minutes d'immobilité veulent dire.
L’art consiste à donner l'illusion qu'on est statique tout en effectuant de micro-mouvements invisibles, car le corps vit, et doit respirer. Et si on faisait poser les corps morts ? nous demande Stéphanie Mathieu non sans humour. Eux au moins ne souffriraient pas et garderaient une pose éternelle, et puis en même temps, cela leur redonnerait vie !

Comment fait-on pour changer de pose ? Sortir de ce labyrinthe du corps ? Parfois, nous avoue la comédienne, je suis dans la boue. Autrement dit, elle est empêtrée dans son corps. Un corps plus ou moins en forme selon les jours. Nous rions à la mimique de son ventre "qui gonfle, qui gonfle" sous l’effet d’un bon repas accompagné d’une eau minérale gazeuse !

Par son corps, le modèle entre en relation avec l’autre. Des yeux la regardent mais la jeune femme aussi les regarde : "Pour moi le spectacle commence et je les regarde me dessiner", alors qu'on entend le grattement de coups de crayons sur un Canson.

Cette création en devenir peut parfois entrainer des frustrations de part et d’autre. Les étudiants la dessinent à leur image et souffrent de ne pas arriver à la représenter à la perfection. De son côté, il y a des déceptions : Je lui en voulais de dessiner seulement les contours. Je ne voulais laisser aucune place à la médiocrité.

Le rapport change quand elle quitte la pose pour prendre une pause : la transition n’est pas simple. J’étais nue. Ils sont pudiques. J’aime qu’ils ne me voient pas comme je me vois.

Dans cette relation, il y a aussi le besoin d’exister par le regard des autres. Cet effet miroir que Xavier Lemaire rend réel à un moment sur le podium en face d’elle en utilisant une glace comme accessoire.
Poser, c'est aussi la promesse d'être le centre du monde : Quand je pose dans un atelier, pendant deux ou trois heures, il n’y a que moi qui compte (...) lire l’admiration dans le regard de l’autre, c’est mieux qu’une crème de beauté."

Au-delà de la relation à l’autre, c’est la relation à soi-même qui est cultivée par le modèle lors de ses longues séances de pose. Coexistent comme dans la danse, la difficulté à tenir la pose et en même temps la possibilité de rêver, d’accéder à une liberté mentale et artistique dont on ressort plus fort. S’engager nue dans la société c’est résister nous dit Stéphanie, et résister c’est créer.

Etre nue, c’est être vulnérable mais paradoxalement, cette nudité protège. Nue, je suis fragile et on n’ose pas me marcher dessus.
Tout au long du spectacle, Stéphanie présente ses courbes dans une esthétique stylisée ou drapée d’une étoffe noire nouée avec élégance. Elle nous dévoile son corps et son âme, imite avec talent aussi bien le rappeur que la bourgeoise.

Poser est un art qui mène à l’acceptation de soi. Se mettre à nu, c’est se découvrir dans les deux sens du terme et accéder comme le dit Stéphanie Mathieu à une forme de maturité et d’abandon. On peut se demander d'ailleurs si une comédienne qui n'aurait pas son expérience parviendrait à nous faire ressentir la situation à un même niveau.

Modèle vivant est une très belle performance qui nous entraîne à mieux comprendre un métier qu’ont exercé parfois des muses célèbres comme Kiki de Montparnasse, (qui fut le sujet d'un spectacle au Lucernaire et à la Huchette), Lee Miller et tant d’autres dont la renommée repose sur le talent de celui qui les a fait renaître par la matière.

Modèle Vivant
De et avec Stéphanie Mathieu
Mise en scène Xavier Lemaire
Décors : Caroline Mexme
Lumières : Didier Brun, Musique : Fred Jaillard
Au Studio Hébertot
78 bis Boulevard des Batignolles, 75017 Paris 01 42 93 13 04
Mardi, mercredi, jeudi à 21h

Reprise du mardi 28 février au 11 avril 2017
Les mardi à 21 h 30
Au Théâtre de Dix heures
36 Boulevard de Clichy 75018 Paris (métro Pigalle)
Photos Lot.

vendredi 8 juillet 2022

Madame Ming adaptée et mise en scène par Xavier Lemaire à Théâtre Actuel (Avignon 2022)

Changement de décor à 15 h 30 avec Madame Ming, interprétée par la sensationnelle Isabelle Andreani, qu’on jurerait être née en Chine.

Eric-Emmanuel Schmitt, adapté et mis en scène par Xavier Lemaire, nous fait prendre les affabulations de cette dame-pipi pour des lanternes, et nous fait croire en l’existence de ses dix enfants qu’elle n’a jamais eues.

Je ne spoile rien, l'information est contenue dans le titre de l'oeuvre originale, Les dix enfants que Madame Ming n’a jamais eus.
Un homme d’affaires travaillant en Chine, rencontre à chacun de ses déplacements, au Grand Hôtel de Yunaï, une dame-pipi nommée Madame Ming. Elle va lui révéler qu’elle a eu dix enfants ! Mensonge ou réalité dans un pays qui n’autorise qu’un enfant unique ? Le récit de la vie de Mme Ming sera l’occasion pour cet homme d’affaire d’une exploration intime de sa vie personnelle et de son rapport à la Chine et à la pensée de Confucius.
C'est d'ailleurs une excellente idée que de faire venir sur scène les enfants sous forme de marionnettes et leur création par Pascale Blaison est remarquable.
La Chine est un secret plus qu'un pays. On reconnait la plume malicieuse de l'auteur. Avoir une fille c'est labourer le champ du voisin. Chacun de ses aphorismes fait rire le public.
Benjamin Egner perd la tête à entendre le violon et à devoir négocier avec des marionnettes quasi vivantes dans un décor évoquant une pagode. La famille peut être un univers cruel mais la tendresse n’est jamais feinte.
L'album de la violoniste Elsa Moati est proposé à la sortie.

Madame Ming d'après Eric-Emmanuel Schmitt.
Adaptée et mise en scène par Xavier Lemaire
Avec Isabelle Andréani, Benjamin Egner, Pascale Blaison, Elsa Moatti
Décors de Caroline Mexme
Costumes de Virginie H
Lumières de Didier Brun
Création musicale de Elsa Moatti
Création marionnettes de Pascale Blaison

Spectacle vu le Vendredi 8 juillet 2022 à Théâtre Actuel. Article rédigé après mon retour, à partir de mes notes et des publications faites chaque jour sur la page Facebook À bride abattue, rendant compte des spectacles vus la veille, aussi bien dans le In, que le Off ou le If. Les meilleures photos de la journée étaient publiées sur mon compte Facebook Marie-Claire Poirier peu après dans la matinée.

Reprise parisienne au Théâtre Rive Gauche à partir du 25 janvier 2023

mardi 2 avril 2019

Les nommés de la 38 ème Nuit des Molières

Pour la première fois ce ne sera pas la captation d'une pièce mais un film qui sera proposé aux téléspectateurs en début de soirée, avant la retransmission, en léger différé de la cérémonie des Molières.

C'est une fiction politique et religieuse, historiquement documentée sur les cinq années de la vie de Molière entre 1664 et 1669, qui a été retenue, Brulez Molière! de Jacques Malaterre, avec Dimitri Storoge dans le rôle de Molière et Jules Pélissier dans celui de Louis XIV.

Les téléspectateurs découvriront des propos tenus par Molière et jamais révélés qui témoigne de son combat pour pouvoir rire de tout et présenter son Tartuffe, dont je garde pour ma part un souvenir particulier dans la mise en scène de Jacques Lasalle avec Gérard Depardieu dans le rôle titre.

La cérémonie sera animée par l'humoriste Alex Vizorek et retransmise en léger différé comme maintenant chaque année.

La famille du théâtre retrouvera le cadre des Folies Bergère, où la cérémonie s'était déjà déroulée en 2017 et 2016.

Cette année l'éventail de pièces honorées est plus large. Ce sont 44 pièces différentes qui sont nommées au moins une fois pour se partager 19 Molières. Il en ressort cependant que Le canard à l'orange est la pièce la plus nommée (7 fois) et vise donc plus d'un tiers des récompenses. Avec 5 nominations Kean en vise un quart.

Nous saurons le 13 mai qui recevra les statuettes dont voici les nominations, avec les liens Internet pour les spectacles que j'ai chroniqués (je mentionnerai en rouge les gagnants seulement après la fin de la cérémonie pour respecter l'embargo) :

vendredi 27 décembre 2013

Qui es-tu Fritz Haber ? créé au Théâtre de Poche Montparnasse est repris au Studio Hébertot

J'ai vu hier soir Qui es-tu Fritz Haber ? Voilà un de ces spectacles essentiels que l'on ne regrette pas d'avoir inscrit dans son emploi du temps.

Le sujet est difficile mais son traitement est universel. On se pose tous des questions semblables sur la religion, la science et la vie. Cela reste d'actualité : Peut-on faire de la science une religion ? Inversement, la science remet-elle en cause l’idée même de Dieu ? Qu’est-ce que la vérité scientifique ? Un scientifique peut-il s’affranchir de toute considération morale ? Le progrès scientifique est-il toujours un progrès pour l’humanité ?

Parfois ce type d'interrogations entraine des litanies bien pensantes ou culpabilisantes. Pas au Poche Montparnasse où les deux comédiens sont aussi persuasifs l'un que l'autre et je n'ai pas perdu une phrase de leurs joutes.

Initialement programmé jusqu'au 7 janvier, le spectacle -succès oblige- est prolongé jusqu'au 23 Février 2014 et son horaire est avancé à 19 heures, du mardi au samedi, le dimanche à 17h 30.

Des tintements d'assiettes et de couverts sur le cristal accompagnent l'installation du public. Nous sommes à Berlin, chez les époux Haber, tous deux chimistes, juifs et allemands, où vient de s'achever un dîner d'exception. L'action se situe en avril 1915, donc en pleine Première Guerre mondiale et si les dialogues ont été imaginés par Claude Cohen il n'empêche que les deux personnages ont réellement existé et que la tragédie fut bien réelle. Tous les faits relatés dans la pièce sont exacts. Le travail de recherche et d’écriture aura pris trois ans.
Fritz Haber se réjouit de s'être enfin régalé : rien à voir avec ce qu'on avale dans les tranchées ! Son épouse est d'emblée sur un autre terrain en resituant la soirée dans le contexte de la première utilisation du gaz chloré comme arme chimique pour détruire des vies humaines. Au fil de la soirée leurs désaccords se creusent sur la religion comme sur la conception morale du progrès scientifique. On assiste au drame d’un couple uni par la science mais déchiré par une conception opposée de l’humanité.

J'ai néanmoins écouté les dialogues avec une certaine distance pour mieux percevoir leur valeur universelle. Car ce type de joute est transposable à bien des découvertes.
Fritz Haber (1868-1934) est magistralement interprété par Xavier Lemaire qui est aussi le metteur en scène de la pièce. Alors que de prime abord sa culpabilité est évidente (le public ne peut que se situer du coté de Clara au début de la pièce) l'art du comédien est de faire vivre la dualité de son personnage.

On comprend vite que le chimiste a développé, quelques années plus tôt, un procédé de synthèse directe de l’ammoniac à partir d’hydrogène et d’azote atmosphérique. Cette découverte primordiale, vitale même, a favorisé l’intensification des productions agricoles grâce aux engrais azotés. Grâce à ses recherches des populations entières purent être alimentée et cela lui vaudra le Prix Nobel de chimie.

Malheureusement cette même découverte a fait de lui le père de l'arme chimique. En effet, depuis 1914, il travaille à la demande du gouvernement allemand, à la mise au point de gaz toxiques, notamment à l’emploi du sulfure d’éthyle dichloré comme gaz de combat dont les vapeurs toxiques sont plus connues sous le nom d’"ypérites".

L'Histoire, avec un grand H, confirme que ces gaz furent à l’origine de milliers de morts parmi les soldats français et eurent à plus long terme des conséquences tragiques, avec d'autres déclinaisons tristement célèbres comme le Zyklon B. Cela Clara ne peut pas le savoir mais on perçoit qu'elle devine combien les travaux de son mari vont engendrer de catastrophes.

Et le spectateur, pris par l'action, se met à douter. Certes toute guerre s'accompagne d'atrocités. Fritz porte l'uniforme. Son patriotisme est sans bornes. Il repose sur un besoin de reconnaissance que sa femme pointe en lui rappelant qu'il a changé son prénom de Jacob en Fritz avant de se faire baptiser dans le culte protestant. On sait combien la judaïté est une entrave dans sa carrière universitaire, dans une Allemagne où l’antisémitisme est fort, même s'il est sans commune mesure avec les proportions que l'on connaitra une trentaine d'années plus tard.

Sa démonstration est troublante : tous les moyens sont bons dès lors qu'ils sont efficaces. Si l'emploi de ce gaz peut accélérer la victoire il aura permis en quelque sorte de limiter les pertes humaines. Et bien entendu il recevra les honneurs qu'il estime mériter.  Fritz odieux apprécie d'être aux commandes sur ce champ d'application extraordinaire qu'est la guerre (son budget a été multiplié par 5 et il ne touche plus terre, comme on dirait vulgairement). Il est sûr de lui ... jusqu'à ce qu'un coup de fil le déstabilise un instant. Il a commis une erreur mais il est prêt à partir sur le front pour réviser ses calculs.
Isabelle Andréani est Clara Immerwahr-Haber. La comédienne a déjà travaillé plusieurs fois sous la direction du metteur en scène et ils se sont donnés longuement la réplique dans Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée de Musset. Le couple qu'ils forment sur scène est totalement crédible.

Clara Immerwahr, l’épouse de Fritz Haber, est également chimiste de formation. En cette soirée d'avril 1915 c'est la mère de famille qui s'exprime devant nous.  Elle vit désormais dans l’ombre de son mari et ne se consacre plus qu'à l’éducation de leur fils Hermann, et aux tâches domestiques. On apprend au fil de leur conversation qu'elle fut la première femme (et juive de surcroit) diplômée d’une université allemande. Elle a reçu un doctorat de l’université de Breslau. Ses démonstrations, d'abord fragiles et passionnelles, s'affinent et s'argumentent.

On comprend aussi qu'elle tente autant de protéger l'humanité que son mari. Elle cherche à le dissuader pour le sauver mais il n'entend rien, aveuglé par son patriotisme, son ambition et le machisme ambiant. Admirable de courage, elle défendra ses convictions jusqu’au bout d’elle-même... mais son suicide ne provoquera aucune remise en cause chez Fritz qui s'aveugle sur ce qui ne serait qu'un problème de couple si on se limite à la colère de Clara qui ne veut plus porter son nom.

Encore une fois non seulement les faits historiques sont exacts, mais le couple a réellement existé et fonctionné ainsi. Le geste de Clara a été expliqué par la folie. Leur contemporains n'auraient pas pu admettre une autre version.

C'est la pièce de Claude Cohen qui permet une relecture de la tragédie familiale. Avec toutes les conséquences (positives) sur la descendance du couple. Le hasard a fait que j'ai assisté à la représentation le même soir que l'arrière-petite-fille de Clara (photographiée ci contre) qui a fait part de son soulagement à comprendre que son aïeule était dans le vrai, et non une folle furieuse. La honte a changé de camp.

On peut prolonger la réflexion par la lecture de l'Invention de nos vies de Karine Tuil publié cet été chez Grasset. On y retrouve des traits communs sur les motivations à réussir sa vie pour celui qui se sent victime (comme Fritz) de ses origines, de son histoire ou de son éducation.

Qui es-tu Fritz Haber ? au Théâtre de Poche Montparnasse
D’après Le Nuage vert de Claude Cohen
Mise en scène Xavier Lemaire
Avec Isabelle Andréani et Xavier Lemaire
Décors, Caroline Mexme
Costumes, Rick Dijkman
Scénographie, lumières, Stéphane Baquet
Musique, Régis Delbroucq
Production Famprod et coréalisationThéâtre de Poche-Montparnasse
Le texte de la pièce est paru aux éditions Ovadia (2011).

Reprise au Studio Hébertot à partir du 23 novembre 2016

Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de Lot.

jeudi 5 septembre 2024

RENTREE 42, Bienvenue les enfants

Toutes les rentrées ne sont pas équivalentes. Je me souviens de celle de Toussaint 2015 particulièrement tendue et angoissante après l’attentat du Bataclan et des journalistes de Charlie Hebdo à deux pas de la Comédie Bastille où a eu lieu ce soir la première parisienne de la dernière pièce de Pierre-Olivier Scotto (dont j'ai appris qu'il est fils d’instituteur) et Xavier Lemaire qui ont écrit ensemble pour la seconde fois.

Le spectacle RENTREE 42, Bienvenue les enfants est de saison mais on espère que les temps ont définitivement changé.

A cette époque les soit disants vacances s’achèvent fin septembre. Soit-disants car, pour beaucoup d’enfants, il fallait aider la famille à expédier les travaux agricoles et particulièrement les vendanges (qui avec le réchauffement climatique sont terminées aujourd’hui bien avant la fin septembre mais c’est une autre histoire). 

Ce ne sera qu’en 1959 que les grandes vacances seront déplacées dans leur ensemble de deux semaines : elles commenceront plus tôt (le 1er juillet) et finiront plus tôt (vers la mi-septembre). L’allongement du premier trimestre sera compensé par la libération de 4 jours à la Toussaint pour qu’il y ait une "petite coupure". Et maintenant que la rentrée s’effectue au 1er septembre, les vacances de Toussaint sont portées à deux semaines.

Revenons en 1942. La rentrée aura lieu le 2 octobre. C’est bien normal. Le 1er, les enseignantes se retrouvent et préparent leur classe. C’est toujours normal. Le décor est réaliste et nous sommes, spectateurs, placés en position d'élèves invisibles.

Monsieur Bastien (Dominique Thomas) chante Maurice Chevallier. La salle de classe va se réveiller de la trève estivale. Gisèle, la directrice (Anne Richard) efface "Au-revoir les enfants" du tableau noir et inscrit la date de demain, le 1er octobre 1942. Les vacances sont terminées et elle exprime sa nostalgie à propos de la maison et de son potager situés à Antony (92). On saura plus tard combien l’endroit compte pour elle.

Bien accueillir les élèves suppose de les connaître et de disposer de leurs noms, encore contrôlés aujourd’hui par les mairies pour ce qui est des écoles primaires. Et pourtant la directrice ne parvient pas à se faire remettre les listes. 

Il est prévu un peu plus de 120 filles (l’école ne sera mixte que dans les années 70) pour 4 maîtresses. Les classes seront chargées. Cela reste normal pour l’époque. Les enseignantes sont plus ou moins heureuses de se retrouver, masquant leurs émotions dues au contexte tragique général car la France reste en guerre. On est soulagé de savoir Pétain aux affaires car les combats ont cessé ou on est furieux de vivre dans un pays sous domination allemande. On s’accommode quand on a un père a la tête d’une chocolaterie. On se rebelle quand ses amis sont communistes. On s’affole quand on est fragile (incroyable Isabelle Andreani qui a inventé la gestuelle de Lucienne Tatillard). On essaie de maintenir l’ordre quand on est directrice d’école. On fait de son mieux pour aider quand on est le gardien de l’établissement mais on n’oublie pas la précédente … guerre où on a laissé un bras. 

Le premier acte installe l’ambiance, rappelle les privations dont on sent le poids et les petits bonheurs magiques comme la perspective de faire croire qu’on porte de vrais bas (avec couture apparente sur l’arrière de la jambe) ou le plaisir de savourer un vrai café qui déclenchera un soupir d'aise. On a appris à vivre rationné (savez-vous que faute de tissu on a créé la jupe crayon ?), y compris pour les fournitures scolaires, à l'exception de la craie. On enfile la blouse bleue réglementaire et rassemble le matériel parmi lequel figure le masque à gaz réglementaire. Radio Paris, peu informative, claironne que Cadum est le meilleur des savons. Tout se passe sous le portrait quasi lumineux du maréchal. On mesure la crainte oppressante de conséquences éventuelles si on n’appliquait pas fermement les principes de neutralité et de discrétion afférents à l’école publique. Lucienne joue la victimisation, se plaignant d’une poisse constante qui nous ferait croire qu'elle seule est frappée par le malheur, en l’occurrence le risque d’être mutée dans un bureau en cas de fermeture de classe pour manque d’effectifs. L'énergie qui se vit sur le plateau allège néanmoins l'atmosphère, surtout quand on ponctue ses plaintes d'adages qui font rire le public : Ne sois pas modeste, les autres le sont pour toi. Ou encore : Le silence est la seule chose en or que les femmes détestent.

La Marseillaise est interdite et la devise complète est devenue Travail-Famille-Patrie. Chacun exprime son aversion pour l’occupant, mais par petites touches, parfois comiques, quand les allemands sont comparés aux artichauts, un légume qui présente plus de déchet que de chair comestible. Au mur, les cartes reflètent la nouvelle géographie de la France coupée en deux par la ligne de démarcation entre le nord occupé et la France libre.

Ce qui ne sera pas normal ce sera la rareté des élèves qui vont se présenter le lendemain. Mais pourquoi ? Elles ne sont que 14 à se présenter au portail alors qu’elles sont 123 inscrites. Comment justifier 109 retardataires ? Le spectateur en apprend assez vite la raison mais je ne vais pas la dire ici. Je préciserai juste que le trouble grandit quand nous réalisons que nous sommes à quelques centaines de mètres du quartier où se trouvait l’école de cette histoire, l’école élémentaire des Hospitalières-Saint-Gervais au coeur du Marais.

Les programmes ont évolué. Les fondamentaux sont : moralisme, patriotisme et vie pratique. L’accent sera porté sur les travaux manuels à la demande du maréchal pour préparer les garçons à devenir artisans, les filles à être de bonnes maîtresses de maison. Le sport sera au centre des apprentissages. La venue du grand champion de tennis Jean Borotra est déjà annoncé. On cite Sarah Bernhardt comme exemple de volonté, élevée dans la misère et aujourd’hui artiste adulée dans le monde entier.

Les enseignantes ont du mal à se projeter. Le départ de leur collègue Rachel Meyer reste une douloureuse interrogation. On apprend que des écoles du IV°, du XI° et du XX° arrondissement seront fermées au retour des vacances de Noël. Et ce que je peux raconter c'est comment la directrice cherche une solution qui garantisse la survie de l’établissement. Par exemple en constituant une classe unique dans laquelle les institutrices se relayeront en appliquant la métaphore du lancer de ballon. Mais, comme le déplore Monique Ricou (Emilie Chevrillon) : Les gamines seraient-elles dans de très jolis camps de repos en Bavière ? Ça ne tourne pas rond dans l’carré d’l'hypothénuse. Il est temps de prendre des virages en ligne droite.

Ce qui est très réussi dans l’écriture c’est le tricotage entre la grande et la petite histoire. Il est savoureux de nous restituer l’épisode (hélas bien réel puisque 4115 élèves seront privés de rentrée scolaire en octobre 42) en le faisant vivre par le biais de femmes et d’hommes qui l’ont traversé. C’est l’occasion de secouer nos consciences. Rien n’est jamais acquis et l’horreur se répète au bout du monde, on le sait. 

Ce qui est très réussi c’est la distribution car les acteurs incarnent toutes les tendances de l’époque. Jusqu’au fonctionnaire d’état trop dévoué à sa hiérarchie, avec pour justification le fait que le ministère de l’Éducation nationale est occupé (du 25 février 1942 au 20 août 1944) par un fanatique de la collaboration, obsédé par l'ordre nazi, un certain Abel Bonnard, qui est une sorte d'anti Jules Ferry. Les comédiens se connaissent et sont amis dans la (vraie) vie. Leur cohésion de groupe s’en ressent.

Ce qui est très réussi et moins fréquent c’est d’avoir pensé à faire basculer la tragédie dans une sorte de comédie à l’italienne. Le perdant sera cet inspecteur de l’Education nationale (formidable Michel Laliberté dont le jeu évoquera souvent le comédien Michel Serrault) suite à quelques scènes fort jubilatoires. L’équipe fait acte de résistance et chacun s’y met, y compris la jeunette bourgeoise Fanny Lucet (Suzy Courcelle) qui semblait avoir des idées différentes au début de la pièce.

La fin ne console pas du drame mais elle ouvre sur l’espérance. On peut applaudir.
Ce spectacle qui passe du rire aux larmes en revenant sur le rire est utile et humaniste, surtout en temps de remise en cause de la démocratie. Parlons-en aux enfants et venons avec eux au théâtre !
RENTREE 42, Bienvenue les enfants de Pierre-Olivier Scotto et Xavier Lemaire
Mise en scène de Xavier Lemaire
Avec Anne Richard  (la directrice Gisèle Blanc), Isabelle Andréani  (Lucienne Tatillard), Emilie Chevrillon (Monique Ricou), Fanny Lucet  (Suzy Courcelle), Dominique Thomas (le gardien Adolphe Bastien) et Michel Laliberté (l'inspecteur Monsieur Person)
Décors : Caroline Mexme - Lumières : Didier Brun - Musique : Phlippe Bozo - Costumes : Christine Vilers 
Du dimanche 08 septembre au dimanche 05 janvier 2025
Au Théâtre Comédie Bastille
5 rue Nicolas Appert - 75011 Paris - 01 48 07 52 07
Le texte de la pièce a été publié chez l’Harmattan

samedi 24 mai 2025

Madeleine Béjart, une femme libre, interprétée par Isabelle Andréani

Isabelle Andreani est une comédienne que je chéris. Xavier Lemaire est un metteur en scène que j’apprécie, tout autant que l’auteur Pierre Olivier Scotto. Tous trois travaillent régulièrement ensemble et j’aurais été désolée de manquer leur rendez-vous autour de Madeleine Béjart au festival d’Avignon cet été.

On se souvient évidemment de leur précédent succès, Un cœur simple (qui sera cet été encore à l'affiche de l'Ancien Carmel d'Avignon à 15 h 15)

Le Théâtre des Gémeaux parisiens a offert au public parisien l’occasion de découvrir Une femme libre en avant-première à travers trois représentations spécialement programmées dans le cadre de leur nouveau festival mettant en avant des Seul(e)s en scène. Une, que dis-je, deux séances de rattrapage restent possibles dans le cadre du Mois Molière à Versailles les 25 et 26 juin. Ce sera dans la Cour de la Grande Ecurie, en plein air, et forcément émouvantissime.

Madeleine Béjart, une femme libre raconte les sept derniers jours de Madeleine Béjart, première compagne de Molière, qui a été sa "mentor", sa muse, sa compagnonne de route, son ombre… Par son écriture Pierre Olivier Scotto (ci-dessous avec son fils, ce qui donne l'indication que le spectacle est accessible aux enfants, à partir de 12 ans) démontre combien elle fut une femme moderne, capable de s’aventurer sur des chemins qu’aucune femme de son époque n’a empruntés.

On découvre que Madeleine s'est occupé de tout/ Elle fut non seulement une interprète de génie, mais elle a écrit des vers, a inventé la mise en scène, et concevait les costumes. On découvre qu’elle construit, finance et dirige les comédiens et la troupe qui deviendra le Théâtre Français en 1680. C'est elle qui aura eu l’idée des Précieuses ridicules. À tel point qu’on a envie, quand le rideau se referme, de signer une pétition pour que la Comédie Française s’appelle la maison de Molière et de Madeleine Béjart !

La scénographie est simple, composée essentiellement d’accessoires. N’oublions pas que pendant le festival d’Avignon les artistes disposent de peu de place et surtout de peu de temps pour monter un décor. De toute façon, à l’origine, les comédiens ne disposaient pas de théâtre et jouaient sur des tréteaux.

Un fauteuil à cour adossé à une petite table évoque celui auquel on associe beaucoup de scènes interprétées par Molière. Le buste du maître est présent à jardin. Entre les deux une malle, telle que celles dans lesquelles depuis toujours on a transporté les costumes.

Isabelle Andreani m’a d’emblée conquise par ses éclats de rire dont la succession est digne de la tirade des nez de Cyrano.

J'ai lu que le spectacle était annoncé comme une confession. Ce n'est pas le terme qui me vient à l'esprit parce qu'elle n'a pas grand chose à se reprocher, bien au contraire. On comprend très vite -comme elle nous le souligne elle-même- qu'elle n'est pas une pleurnicheuse en se tournant vers nous comme pour nous livrer une confidence : Jean Baptiste me doit beaucoup. 

De fait, c'est bien cela car on quittera la salle en en sachant davantage sur cette femme que l'histoire n'a pas suffisamment retenue alors que son illustre partenaire a tiré grand honneur de leur compagnonnage. J'ai entendu dire d'ailleurs que la grande majorité de ses pièces n'étaient pas de sa plume mais de celle de Corneille. Il ne sera pas question de cela ce soir. Si sa mémoire est égratignée c'est sur un autre registre, plus personnel, bien que Madeleine ne soit pas dans la plainte. Et je me dis que s'il avait vécu à l'époque de #MeToo il n'aurait pas fait la carrière qu'il a eue.

Isabelle Andréani démontre, s'il le fallait qu'elle est une grande comédienne, et qu'elle maitrise l'art du rire car il est vrai que démarrer un spectacle par un rire est l’angoisse des comédiennes mais pas pour elle et elle nous en donne cinq exemples qui deviennent contagieux. La première fois qu'elle devra s'interrompre dans une quinte de toux on s'inquiète de découvrir un vrai souci de santé.

Elle n'a que 54 ans mais le compte à rebours est lancé. Il ne lui reste que 7 jours pour se livrer et lever le voile sur une vie de femme qui fut un océan de secrets.

Son père était huissier des eaux et forêts et sa mère propriétaire d’une échoppe de lingerie. On sent tout de suite que c'est une femme de tête. Malheureuse en ménage, elle n'hésita pas à batailler pour obtenir la séparation de corps et de biens. Superbe victoire et exemple manifeste à une époque où les femmes étaient empêchées.

La jeune fille grandira entre ce modèle d'autonomie et le conformisme (normal pour l'époque) d'un père qui l'offre à un homme âgé de 60 ans. Ç'aurait pu être un drame. Ce fut le début d'un épanouissement sexuel autant que sociétal par la fréquentation des salons littéraires mondains. L'homme sera son amant et son mentor (aucun doute que nous sommes loin de #Metoo). Ajoutez l'hypermnésie (et l'intelligence) et vous comprendrez l'agilité de Madeleine à devenir précieuse mais pas ridicule tout en demeurant courtisane sans culpabilité.

Son parcours interroge évidemment sur l'époque où la gente féminine était interdite d'écrire. Mais nullement de penser. Avec pertinence, sensibilité, est une certaine acuité dans ce qui peut advenir. C'est en tout cas la vision que Pierre Olivier Scotto nous invite à entendre sur Madeleine, ce qui ne l'empêche pas de brosser un très beau portrait d'homme à travers la figure du grand-père. Comme il est réjouissant d'entendre Isabelle (très bien dirigée par Xavier Lemaire) imiter la voix du vieillard prédisant : tu seras une grande tragédienne !

Elle rend grâce à la perspicacité de son aïeul tout en relatant la puissance de ses sentiments, estimant, en toute humilité, qu'elle lui doit d'être devenue Madeleine Béjart.
Mais aussi à Charles Dufresne qui lui apprit le jeu théâtral quand, au printemps 1645, la troupe de l'Illustre Théâtre ayant fait faillite, Molière et elle quittèrent Paris pour aller jouer dans l’ouest et le sud de la France au sein de la troupe de Dufresne.

On apprend tout ce que Molière lui doit alors que son comportement est odieux puisqu'il lui préfère Armande, qui n'est pas (ne serait pas) sa soeur mais sa fille. L'une ou l'autre option est tout autant désolante, surtout qu'Armande nous est décrit comme machiavélique.

Je ne veux pas renoncer au théâtre car ce serait n’avoir jamais existé. Le plus bouleversant est de revivre avec elle l'obligation de devoir rendre son rôle, ce qu'elle nous raconte tout en dégrafant sa robe, qu'elle range dans la malle, mettant à distance aussi le souvenir des coulisses du Théâtre du Marais qui l'a éblouie au premier regard. Comme je la comprends quand elle nous dit qu'elle n’en a jamais oublié l’odeur ! Il m’a fallu trois ans pour accepter de ne plus souffrir du manque de celle des coulisses du TNS après mon départ de Strasbourg.

Ce spectacle est une occasion de dire l'essentiel de la condition d'acteur. Un comédien ne dit pas je vais travailler mais je vais jouer. Il n'empêche que le trac ne tarit pas. Je suis comédienne depuis plus de trente ans et plus je joue plus j'appréhende la montagne de monter sur scène. On comprend la fonction d'apaisement que doivent jouer les loges qu'à juste titre Madeleine caractérise comme les petites alvéoles d’une ruche d’abeilles.

Madeleine restera une femme amoureuse qui pose régulièrement un regard attendri sur le buste de Poquelin. J’ai honte de l’aimer et cependant je l’aime, nous confie-t-elle. Mais elle sera aussi jusqu'au bout une femme libre, malgré un tempérament superstitieux qui la poussera à écrire une lettre à Dieu avant de mourir. Qui ne l'était pas à cette époque ? On le serait à moins quand on compare les dates respectives de leur décès : le 17 février 1672 pour elle et le 17 février 1673 pour lui, très exactement un an plus tard.

Il y aurait sans nul doute beaucoup d'autres choses à dire. L'auteur m'a confié avoir écrit un monologue de deux heures trente dans lequel il fallut couper abondamment. L'essentiel a été conservé. Il est un spectacle en hommage à deux immenses comédiennes, Madeleine Béjart autant qu'Isabelle Andreani qui nous éblouit jusqu'au bout dans une cascade de rires.
Madeleine Béjart, une femme libre, de Pierre Olivier Scotto
Interprétée par Isabelle Andréani
Mise en scène de Xavier Lemaire
Du 24 au 31 mai 2025
Au Théâtre des Gémeaux Parisiens - 15 rue du Retrait - 75020 Paris
Dans la Cour de la Grande Ecurie de Versailles les 25 et 26 juin 2025 à 20 h 30 (sachant que Un coeur simple y sera joué le 13 juin à 20 h 30)
A La Luna du 5 au 26 juillet 2025 (relâche les 11, 18 juillet) à 11 h 45 à pendant le festival d’Avignon
Le texte de la pièce a été publié chez l’Harmattan

samedi 20 avril 2019

Un coeur simple de Flaubert, adapté et interprété par Isabelle Andréani

(mise à jour 6 Mars 2020)

Avec quelle sensibilité Isabelle Andréani interprète Un coeur simple ! Il n'y a rien de trop autour d'elle pour distraire le regard du spectateur qui n'a d'yeux que pour cette femme modeste, si touchante car si authentique, une "bonne" comme on disait à l'époque.

La scénographie est épurée et extrêmement efficace pour suggérer d'une part la maison qui avait intérieurement des différences de niveau qui faisaient trébucher et cette Normandie profonde où, au siècle dernier, vécut Félicité. Elle va partager avec nous ses bonheurs tout simples, ses espoirs, ses détresses aussi et on la suivra jusqu'à son dernier souffle.

Rien d'étonnant à ce que la comédienne soit nominée Molières pour ce seul(e) en scène qu'il ne faut pas manquer (les trois autres sont également de très haut niveau, empêchant de faire un pronostic).

En tout cas, ce Coeur simple est un très grand moment de théâtre qui par chance pour vous, si vous ne l'avez pas encore découvert, depuis sa création au Théâtre La Luna dans le cadre du Festival d’Avignon 2018, est prolongé pour la troisième fois, jusqu'au 30 juin 2019, au Poche Montparnasse.

La salle du sous-sol est en configuration cabaret avec des chaises de bistro rouges et des tables noires qui ne m'ont pas semblé incongrues. J'avais l'impression d'être dans un de ces troquets normands où Guy de Maupassant aurait pu s'attabler (je sais que l'auteur du texte est Flaubert) ... et puis, c'est assez pratique de pouvoir poser mon carnet pour prendre des notes.

Shubert joue le String Quartet n°14 In D Minor. Isabelle Andréani accroche notre regard. Elle est immédiatement sympathique. On se sent proche d'elle malgré la distance historique. Elle annonce qu'elle attend la cinquantaine mais elle semble sans âge et nous ne sommes pas surpris de l'entendre dire qu'à vingt-cinq ans, on lui en donnait quarante.

Elle remonte le fil de sa vie chronologiquement. Quand elle évoque le bal de ses dix-huit ans l'émotion du personnage renforce cet accent normand qui appuie sur les "a". Elle tombera amoureuse d'un jeune homme d’apparence cossue et qui fumait sa pipe les deux coudes appuyés sur une charrette.

Il l'invite danser, lui offre cidre, café, galette, et surtout un foulard qu'elle secoue sous nos yeux. La comédienne mime le garçon tirait sur sa pipe tout en parlant. L'idylle commence, cahotante car la jeune fille est méfiante. Pas assez puisque pour se garantir de la conscription, le fameux Théodore épousera une vieille femme très riche, Mme Lehoussais, de Toucques.

mardi 25 février 2020

Colors, le spectacle culte d'Esteban Perroy à la Pépinière Théâtre

(mise à jour le 9 mai 2020)

On dit que c'est un spectacle-culte et on a raison.

Tenir l'affiche pendant douze ans chaque dimanche soir à 21 heures sans avoir recours à un texte du répertoire, et avec une distribution fluctuante, chapeau !

Après le Gymnase, le Casino de Paris et le Théâtre Michel, Colors est désormais bien installé sur la scène de la Pépinière Théâtre et a déjà diverti et fait rire plus de 100 000 spectateurs. La troupe compte bien reprendre à la rentrée de septembre 2020 ... ou un peu plus tard.

Les règles sont constantes. Le maitre de cérémonie est toujours Esteban Perroy, directeur de l'école française d'improvisation théâtrale, alias Mister Purple, facilement reconnaissable à sa chemise violette. Il partage la scène avec au moins quatre comédiens qui sont identifiés eux (et elles) aussi par la couleur de leur vêtement. Un invité extraordinaire est habillé de blanc et joue le jeu de s'intégrer au groupe un peu au débotté. Ils (elles) sont environ 500 à avoir relevé le défi.

Parmi eux Gregori Baquet, Thierry Beccaro, Liane Foly, Sophie Forte, Virginie Lemoine, William Mesguich, Patrick De Valette des Chiche Capon ... Le soir de ma venue c'était Xavier Lemaire, comédien, metteur en scène, que j'avais souvent applaudi sur scène, plutôt dans un registre dramatique d'ailleurs.

Si vous connaissez, pas besoin d'aller plus loin. Vous êtes forcément acquis. Si ce n'est pas le cas je vous raconterai juste que dans la file d'attente on vous sollicitera pour proposer des sujets aux comédiens, sou forme d'une expression, d'un titre de film, d'une question, ... il n'y a aucune limite à votre propre imagination. Et si vous croyez que vous réussirez à les piéger ... et bien essayez !

Tous les petits papiers seront pliés en quatre et rassemblés dans un aquarium dans lequel, plus tard, on puisera les thèmes sur lesquels les comédiens devront improviser en temps réel. Cela se fait en deux temps. D'abord chacun "pitchera" sa proposition et ensuite on en retiendra une qui sera développée.

Dimanche dernier il y eut les verrues plantaires, le tango, faire les boutiques, la Joconde... des indications apparemment impossible à traiter comme "pourvu qu’elle soit douce", et "le côté de la biscotte", et puis aussi un thème qui devait plutôt concerner les comédiens : vendre sa pièce au festival d’Avignon. Nous ignorions alors que le prochain festival n'aurait pas lieu !

Ils sont tous admirables et l'invité particulièrement puisqu'à de rares exceptions il n'a pas cette habitude. Improviser ne s'improvise pas. C'est un immense travail qui repose sur la confiance et l'écoute. Ce soir là ils en ont tous fait la démonstration et le public n'a pas senti le moindre temps mort. je suis certaine que c'est tout le temps le cas même s'il y a certainement des moments plus forts que les autres.

Aucun ne tire la couverture à lui. Chacun a son moment de "gloire". C'est tout le "secret" de l'attention que le metteur en scène porte à son équipe. Sans se départir d'une grande bienveillance il pousse les comédiens à aller plus loin et le cas échéant il infléchit les registres. Le public lui-même est très vite complice. On en sort tous dopés.

Il ne faut pas oublier le rôle de la musique, jouée en direct, qui adoucit ou pimente, c'est selon.

En avant-programme, on découvre quelques élèves, improvisateurs amateurs, de l'école créée par Esteban Perroy et qui font un peu office de chauffeurs de salle à partir des contraintes que les spectateurs leur fixent. Cette disposition offre au public la possibilité d'entrer en salle jusqu'à 21h30 mais il me semble important d'arriver néanmoins à l'heure car il est essentiel pour ces élèves dont certains font leurs premiers pas sous les lumières de ne pas jouer devant des rangées clairsemées.

Colors, créé et mis en scène par Esteban Perroy avec la complicité de Franck Porquiet
Création lumières : Antho Floyd
Avec en alternance : Prisca Demarez, Guano, Alexandra Bialy, David Garel, Camille Giry, Bastien Jacquemart, Ars Dankar, Mathilde Bourbin, Pablo Rey, Julien Tréfeu, Batiste de Oliveira, Guillaume Beaujolais, Aurélia Coulin, Franck Porquiet, Julia Marras, Etienne Huon, Nicolas Perruchon, Flavie le Boucher, Antonia de Rendinger, Esteban Perroy, Erwan Le Guen (violoncelle), Jérôme Klur (guitare), Eric Le Guen (piano), Kordian Hérétynski (violon)
Théâtre La Pépinière - 7 rue Louis Le Grand - 75002 Paris
Tél. : 01 42 61 44 16
Dimanche 21h30, première partie dès 21h.
Plus de renseignements sur http://www.colorsimpro.com

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Si vous voulez en apprendre davantage sur Esteban Perroy et sur la manière dont il traverse le confinement je vous invite à écouter l'interview qu'il m'a accordée pour Needradio, programmée à l'antenne le jeudi 7 mai, et qui est accessible en podcast ici.

Vous remarquerez combien il est resté ultra actif depuis le début de la crise, tout en respectant le confinement. Sa vision de la "réponse collective que les artistes peuvent donner à notre monde qui saigne" est très intéressante et témoigne de sa profonde humanité.

jeudi 23 novembre 2023

Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée

Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée est typiquement le spectacle dont on ne peut faire que des compliments.

Le texte et l’interprétation sont très justes. Les costumes élégants. Même si nous sommes davantage dans une cave que dans un grenier les vieilles pierres de ce cadre naturel composent un décor qui convient à merveille.

La pièce d’Alfred de Musset est intemporelle puisque le thème est la naissance du sentiment amoureux et sa déclaration.

Le seul bémol serait peut-être sa brièveté mais l’équipe artistique a trouvé une parade en demandant à Isabelle Andréani de créer une brève « comédie- proverbe » dans son contexte le plus intime en regardant l’auteur par le trou d’une serrure, comme une petite souris...

Après s’être plongée dans le secret de sa vie, tumultueuse et mouvementée, elle a imaginé que ses deux serviteurs pourraient témoigner de son quotidien, de ses tourments, de ses amours et leur a accordé le droit de commenter ses œuvres. Comme l’explique le cocher, quand on fait ce métier on attend beaucoup, ce qui laisse du temps pour lire. Ainsi, au fil de ses découvertes avec la servante il va découvrit qu’il ont une passion commune pour les livres, les poèmes et les pièces d’Alfred de Musset. Ils pourront même donner, à travers certains extraits de ses écrits, tout l’éventail de son style. Et nous assisterons aux prémices de leur connivence alors qu’ils font un décryptage croustillant des amours de leur patron avec Georges Sand. 

Placée en « lever de rideau », La clef du grenier d’Alfred nous donne les éléments de compréhension de l’œuvre de l’écrivain en révélant certains de ses secrets... avant d’enchaîner avec la pièce proprement dite.
À Paris, en septembre 1851, la servante et le nouveau cocher de la maison pénètrent dans le grenier d’Alfred de Musset pour récupérer les harnais du coche... C’est alors qu’ils découvrent des textes inédits et le récit d’anecdotes piquantes qui vont bientôt les conduire à jouer eux-mêmes Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée et progressivement se déclarer de façon singulière leur amour...
Il y a beaucoup de fantaisie dans cette pièce qui procure sans nul doute un grand plaisir aux deux comédiens. Leur connivence est savoureuses. Les dialogues sont une suite de réparties souvent très drôles.  Les batailles de mots s’enchaînent. Avec de jolies trouvailles comme celle consistant à cacher une déclaration d’amour en la découpant en morceaux de manière à ce qu’elle n’apparaisse que si on pense, par exemple, à ne lire qu’une phrase sur deux.

S’il est nécessaire que le public accourt à la création d’un spectacle il est bon également qu’il songe à venir (aussi) plus tard. Car il ne faut jamais arrêter de parler du théâtre. Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée n’en est pas à sa première saison et elle n’a rien perdu de sa fraicheur. C’est l’apanage des valeurs sûres.
La clef du grenier d’Alfred d’Isabelle Andreani
Suivi de  Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée d’Alfred de Musset 
Mise en scène de Xavier Lemaire  
Avec Agathe Quelquejay et Michel Laliberté 
Au théâtre Essaion - 6, rue Pierre-au-Lard - 75004 Paris
Jusqu’au 09 janvier 2024
Les mardis à 19h15
Relâche le 26 décembre
Une pièce accessible à partir de 12 ans

lundi 6 février 2017

Compartiment fumeuses



A peine le cycle Xavier Lemaire se termine t-il que le Studio Hébertot inaugure celui des "amours singulières" qui fait écho au titre du livre "Les amitiés particulières" de Roger Peyrefitte. Le sujet de l’amour entre personnes du même sexe est certes dans l’air du temps mais Joëlle Fossier, l’auteure de Compartiment fumeuses, a su lui donner une dimension humaine qui échappe aux référentiels du militantisme ambiant.

Isabelle est revenue bouleversée et enchantée de la Première. Elle apprécie ces soirées où le jeu des acteurs n’est pas complètement rôdé. Leurs émotions n’ont pas encore subi l’usure de la répétition. C’est d’autant plus vrai quand le thème abordé est un sujet difficile comme dans cette pièce où deux femmes meurtries par la vie vont devoir partager la même cellule en prison. Rien pourtant n’aurait pu, dans un autre contexte,  les rapprocher à ce point.

La première, Suzanne, jouée par l’excellente comédienne Sylvia Roux, directrice du Studio Hébertot, se définit elle-même comme une prolo qui "pue" le poisson. Elle est fille de marin pêcheur breton et en prison depuis 2 ans pour multirécidives dans des affaires de vols et de chèques en bois. Arrive pour partager sa cellule, une femme d’un certain âge, d’un grand raffinement et fort élégamment habillée, Mademoiselle Blandine de Neuville incarnée par la magnétique Bérengère Dautun.

Tout à priori sépare les deux femmes : l’âge, l’éducation, le style et, nous l’apprendrons par la suite, la gravité de leur crime. Mais dans ce huis clos forcé, elles n’ont rien d’autre à faire que d’apprendre à se connaître et leur vie va s’en trouver changée.Suzanne se présente comme la maîtresse des lieux. C’est un peu devenu chez moi ici, dit-elle à propos de ce petit monde que sont les quatre murs de sa chambre. La mise en scène d’Anne Bouvier correspond à l’idée que l’on se fait du dépouillement d’une cellule de prison : 2 lits, 2 petites tables avec une chaise et une fenêtre à barreaux très haut placée.

Sur sa table, Blandine dépose sa pochette en soie, son peigne en ivoire, ses flacons de parfum et une photo d’un personnage mystérieux qui s’avère être son père… Suzanne a entassé sur la sienne des coquillages de toutes tailles dont elle se sert pour faire des créations. Parmi eux, une conque dans laquelle elle souffle pour communier avec la mer.
Ces éléments de décor ne sont pas anodins. Ils reflètent les univers respectifs des deux femmes : un raffinement poudré pour l’une, la mer et ses horizons infinis pour l’autre.

La première journée s’écoule, scandée par les bruits des trousseaux de clefs, des portes qui claquent, des pas qui résonnent dans les couloirs. Stéphane Corbin, auteur-compositeur, nous donne à entendre ces sons qui font sursauter Blandine à chaque passage de la surveillante (Florence Muller), une femme perverse, ambigüe et jalouse de la relation d’intimité qui se noue entre Suzanne et Blandine. Le piano sera l'instrument central, avec une attention particulière portée au traitement sonore, réverbérations et textures qui définiront le climat et feront partie intégrante du décor de la pièce, en cohérence avec le travail de lumière et la mise en scène d'Anne Bouvier.
Tout commence par le partage d’une cigarette (denrée précieuse en prison), qui va instaurer leur première complicité. Les voilà embarquées dans le même compartiment, où elles voyageront par la parole et découvrir que l’on peut s’émerveiller de la différence et l’accepter avec bienveillance. Au lieu de rejeter ce qui fait leur individualité, elles vont s’en nourrir mutuellement.

Suzanne explique les lois de la prison à sa compagne. On sent en elle un caractère rebelle bien décidé à ne pas céder aux humiliations : La force qu’il faut ici, c’est se tenir vivante.

On apprend que Blandine était professeur de lettres. Elle a le profil de la personne sans histoire.
- T’as l’air d’une petite fille qui collectionne les médailles … Moi je tchatche mais toi ton charme c’est ta présence.

Blandine remerciera en employant le vouvoiement qu'elle conservera tandis que Suzanne louvoie entre vous et tu, donnant l’avantage au singulier : T’es pas ici pour qu’il se passe quelque chose, t’es ici parce qu’il s’est passé quelque chose. Qu’est-ce qui s’est passé dans votre vie Blandine ?

Blandine porte un lourd secret qu’elle ne confiera à Suzanne que plus tard, lorsqu’elle se sentira en confiance et que vous découvrirez en allant voir le spectacle.

Dans la solitude de cet univers carcéral, leur amour va éclore comme une fleur qui pousserait dans la craquelure du bitume. Les sentiments se dévoilent tout en délicatesse et en humour. Alors que Suzanne décrit son habileté à voler, Blandine lui répond avec un sourire angélique : J’ai mon cœur à voler, personne n’a encore jamais volé mon cœur.

Toutes deux s’évaderont dans un rêve éveillé fait de beauté, de liberté et de poésie. Je veux du large dit Suzanne ... un monde à votre mesure Suzanne lui murmurera Blandine.
Elles s'évadent vers la liberté, traversent l’océan, Bérengère Dautun devenant magnifique figure de proue d’un navire imaginaire rappelant le beau bateau en coquillage fabriqué par Suzanne. La malveillance de la surveillante finira par les séparer physiquement mais on comprend avec la scène finale qu’elle n’a pas eu raison de leur amour. C'est un spectacle à ne pas manquer.

Comme le souligne parfaitement Joëlle Fossier

, Compartiment Fumeuses est une pièce dédiée à toutes les femmes qui résistent, s’affranchissent, aspirent à briser leurs chaînes et gagnent leur liberté.
Compartiment fumeuses

 de Joëlle Fossier


Mise en scène d'Anne Bouvier


Avec Bérengère Dautun, Sylvia Roux, Florence Muller
Studio Hébertot
78bis Boulevard des Batignolles, 75017 Paris  / 01.42.93.13.04
Du 5 février au 9 avril 2017, chaque dimanche à 19h30
Reprise du 10 mars au 14 avril 2018
jeudi et vendredi à 21 heures, samedi 19 heures
Photos Béatrice Landre

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