dimanche 29 juin 2008

HIP-HOP par la compagnie MEMBROS

Depuis 1999 la compagnie Membros multiplie les exhibitions. Ses danseurs s'étaient produits l'an dernier dans le cadre de Paris Quartier d'été. Hier ils clôturaient quasiment le Festival Solstice à Antony devant un public venu en nombre.

Je ne connais pas assez bien les spécificités de ce type de danse pour en expliquer les codes et les messages. Je renvoie donc ceux qui voudraient tout comprendre sur l'article de Wikipédia.

Dans tous les commentaires qui sont consacrés aux créations de cette troupe brésilienne on souligne un engagement total, sans concession.

A l'instar de l'art brut on pourrait parler de danse à l'état brut. Cela tient de l'acrobatie, de la chorégraphie et du théâtre sur des rythmes de rap saccadé mais aussi avec un accompagnement de musique classique, ou encore des intermèdes bruités par la voix ou des cris.

Les corps expriment métaphoriquement la fièvre, la détresse, voire même la folie que la violence de la rue engendre.


Les figures virevoltantes, les sauts au mur ou au sol constituent l’expression artistique d’un message aux dimensions sociale et politique que l'on entend comme un cri de rage ou de survie.

Les danseurs ne s'économisent pas en enchainant les vrilles avec des sauts de l’ange brisés en plein vol, en multipliant des chutes à plat ventre qui claquent sur le bitume.

Pour décor, un mur qui ici remplit la fonction de toile de fond ... en bordure du marché public, délimitant un carré qui pourrait être comparé à un ring .


Contre ce mur qui symbolise l'impuissance, les jeunes danseurs se cognent et projettent leur propre corps par des mouvements acrobatiques d’une brutalité physique qui à de quoi effrayer. L'expression être dos au mur n'a jamais été aussi vraie. Un mur où les corps se lancent avec une violence qui veut dénoncer celle qui parfois fait la loi dans la rue.

Ce n'est rien de dire que c'était impressionnant : l'investissement des danseurs est total. Ils ont terminé épuisés, haletants, en sueur et le tee-shirt imprégné par le goudron. Leur rituel de salut fut rigoureux et empreint de respect, à l'égard du public, et au sein de la troupe. Ils se sont réconfortés, deux par deux, comme on le voit faire à la fin d'un match de basket ou d'un combat de boxe.

Un spectacle qui n'a pas laissé le public indifférent, bien au contraire à en juger par le niveau des applaudissements.

Si vous l'avez manqué ou si vous voulez en voir davantage : la Compagnie Membros revient dans le cadre du Festival Paris Quartier d'été du 7 au 9 Août au Palais-Royal à Paris (décidément c'est à croire que tous les chemins passent par le Palais-Royal que ce soit pour les tricoteurs, les amateurs de cirque et les danseurs) et aussi à Antony avec un nouveau spectacle, Febre, dans le cadre d'Une semaine dansée le lundi 2 février 2009. Cette fois les danseurs ne danseront plus dans la rue et feront l'expérience de la scène. Cela risque de tout changer. Nous verrons bien ...

samedi 28 juin 2008

UN DE MES DEVOIRS DE VACANCES

La mosaïque c'est un peu parfois chez moi comme le tricot pour beaucoup.


On met en route et puis au bout d'un moment il y a mille et une (bonnes) raisons d'abandonner le chantier. Surtout celle qui consiste à dire que je n'ai pas le temps. Qu'à peine aurais-je coupé 2-3 pièces qu'il me faudra retourner aux tâches ménagères toujours plus urgentes. Que dans ces conditions cela ne vaut pas le coup d'entreprendre une "ouverture de chantier".

Là je promets de poser le stylo, de lâcher le clavier et de reprendre mes outils pour faire avancer le morceau dont je vous ai photographié un gros plan.

En attendant de le découvrir en entier je vous propose une devinette. Parfois je m'inspire d'autres œuvres pour réaliser les miennes. Qui saurait le nom du peintre qui m'a influencée pour faire ce tableau ?
Tout en travaillant je réfléchirai à ce que le gagnant pourrait remporter comme lot ... Ce pourrait bien être le deux millième lecteur. Cela se fête, non ?

vendredi 27 juin 2008

Le syndrome de la madeleine

Cframboise m'avait promis que ces palets seraient une "folie". C'était bon d'accord, mais pas à la folie, point du tout.

J'avais pourtant suivi scrupuleusement la recette. J'avais sorti la balance de précision pour peser au gramme près. J'avais découpé avec le verre à vodka tout comme il fallait. J'avais mis au four 12 minutes pas une de moins, pas une de plus.
Jugez vous-même. Allez voir sur le blog de Cframboise et comparez. Ils ne se ressemblent même pas. Pour ce qui est du goût, c'est du pareil au même : rien à voir. C'était tout à fait mangeable, et même plutôt goûteux, mais comme on m'avait promis du sublime ....



Alors me direz-vous ? Eh bien, je vous répondrais que la recette ne fait pas le chef !

C'est plutôt rassurant pour les fines-bloggeuses-cuisinières. Elles peuvent bien donner leurs recettes, ce n'est pas pour autant qu'elles doivent craindre la concurrence. Je dirais même : au contraire. Car c'est plutôt dépitant d'expérimenter son incompétence. Cela donne guère envie de récidiver.

C'est d'autant plus bête que comme je suis du genre enthousiaste je croyais dur comme fer que j'allais me régaler au-delà de ce qu'il est raisonnable d'imaginer. J''avais prévu de faire un clin d'oeil à Claudia -pour la remercier de cette recette- en utilisant le reste du "fourrage" en le posant comme des petites îles avec un volcan de framboise puisqu'elles sont juste mûres à point depuis quelques jours dans mon jardin. J'ai fait un flop. Mais comme il paraît que c'est l'intention qui compte ...

Pourquoi cette allusion à la madeleine dans le titre ?

Je vois qu'il n'y a pas que moi qui m'interroge.

C'est parce que Claudia, la rédactrice de Cframboise, a imaginé d'asticoter les cuisinières-bloggeuses-férues de littérature en leur suggérant de lui envoyer des recettes inspirées d'œuvres littéraires qui leur ont plu. Depuis la Martinique elle aligne dans un second blog intitulé la petite madeleine toutes les réponses qui font plus envie les unes que les autres.

J'ai connu Jean-Pierre Chabrol en tant qu'auteur de pièces de théâtre. Sa carrure m'impressionnait. Ses coups de gueule aussi. J'adorais sa voix rocailleuse, aux accents de garrigue, ponctuée de souffles rauques qui alimentaient son inspiration au sens propre comme au sens figuré. Jean-Pierre était un conteur extraordinaire. Nous ne nous lassions jamais de l'entendre.

De toutes ses histoires ma préférence va à La soupe de la mamée (publiée en 1985 dans les Contes à mi-voix chez Grasset). Il raconte la difficulté de sa mère à égaler sa belle-mère en cuisinant une soupe aussi bonne que la sienne. Elle a beau s'escrimer à suivre la recette, avec les mêmes ingrédients, rien n'y fait : çà ne vaut jamais la soupe de la mamée. Après plusieurs péripéties la famille va jusqu'à aller chercher la grand-mère au fond de son village pour la "descendre" en ville avec son chaudron, son eau de source, les légumes de son jardin, son lard ... pour qu'elle prépare elle-même sa soupe.

Hélas le plat ne vaudra toujours pas "sa" soupe.
- Tout ça supporte pas le voyage ! marmonne-t-elle
Le père de Jean-Pierre, interrogea alors avec désespoir :
- Mais alors ?
- Alors, rugit la Vieille (et il fallait entendre Jean-Pierre pousser les décibels), alors si vous voulez manger de la bonne soupe, vous n'avez qu'à venir chez moi !

Ainsi donc ce n'est pas parce qu'un morceau de gâteau trempé dans du thé a eu le pouvoir de restaurer des souvenirs à Marcel Proust, qu'il faudrait croire que notre palais peut se laisser facilement abuser. Il y a des moments qui sont et resteront uniques.

Personnellement j'ai renoncé à retrouver le parfum du thé que je buvais certains dimanches après-midis de mon enfance. Je sais que je ne ferai jamais une pâte à tarte aussi fondante que celle de ma grand-mère même si parfois je m'en approche.

Je ne devrais donc pas m'étonner que mes palets ne soient pas à la hauteur de ceux que Claudia a goûtés. C'est une affaire de feeling, comme le chanterait Wiliam Sheller ...

vendredi 20 juin 2008

DJAMA BUREN CIRQUE A ANTONY(92) ... UNE PISTE AU CLAIR DE LA LUNE SOUS LE SIGNE DU SERPENT

Très franchement j'ai bien conscience d'être une privilégiée même si je mène une vie que je trouve toute simple. Samedi dernier je roulais entre les colonnes du Palais-Royal que je traversais brutalement en faisant crisser mes pneus sur le sable et ce soir je suis assise dans le sable, le nez en l'air, à suivre les acrobaties de deux funambules, eux aussi à vélo .... sauf qu'on ne se situe pas dans la même catégorie.

J'ai affronté pendant des années le soit-disant "ridicule" de mes déplacements à bicyclette, pesté contre les difficultés à me garer (mon véhicule n'était pas apprécié dans la cour du Sénat ni dans les ministères). Mais quel bonheur d'arriver à l'heure à mes rendez-vous, de faire des courses monumentales sans avoir les bras brisés, d'aller au théâtre sans m'inquiéter de l'heure du dernier métro. Et surtout quelle liberté de mouvement dans une des plus belles villes du monde : descendre à toute allure le boulevard Saint-Michel, admirer un coucher de soleil sur les tours de la Conciergerie, remonter les Champs-Elysées; j'ai plein d'heureux souvenirs qui me semblent uniques.Avec le Vélib je rentre un peu dans le rang.

J'habite en banlieue Sud, c'est là aussi mon privilège car il s'y passe tous les jours quelque chose d'exceptionnel. Quand ce n'est pas la Fête de la Musique avant l'heure c'est un Festival de Cinéma ou c'est le Festival des Arts du Cirque.

Ce soir c'était Solstice avec Djama Buren Cirque, un nom qui ne m'évoquait rien. En arrivant sur l'espace Cirque d'Antony j'ai immédiatement associé les fanions rayés verticalement rouge et blanc aux colonnes du Palais-Royal, plus connues sous le nom de colonnes de ... Buren, en me disant qu'il fallait que j'arrête de faire sans cesse des rapprochements entre tout ce que je vois. Sauf que c'est le même Buren qui est à l'origine de tout cela.

Comme c'est le même Jean Nouvel qui a conçu le Musée du Quai Branly et le collège Anne Frank autour d'un concept de jeu de Duplo géant dont on aperçoit les carreaux rouges et jaunes depuis les gradins. Fausse piste d'ailleurs que ces gradins : le spectacle est d'abord déambulatoire, autour d'un grand échiquier que, privée d'appareil photo, je ne pourrais maintenant vous faire découvrir qu'en croquis. Marc Jeancourt (le directeur du Théâtre) va me mettre en relation avec son photographe. En attendant quelques jours imaginez :



Un chapiteau géant couronné de fanions, aux parois de filets qui délimitent des espaces géométriques carrés avec, à l'intérieur, prisonniers dans des toiles fines, des artistes danseurs, musiciens ou acrobates. Serions-nous des araignées tournant autour d'une nourriture culturelle prête à sortir des cocons ?

Tout est signe. Les coulisses sont suggérées. Le public a sa place, les artistes la leur. Tout va s'organiser facilement. Il suffira à la clownesse bleue (Valérie Fratellini) de fixer le regard de quelques personnes pour être suivie ou au funambule d'agiter innocemment sa clochette pour qu'on lève les yeux au ciel. Le signal de départ est donné par Sissao, la chanteuse, dont la silhouette orange vif agit comme un aimant. Les musiciens lui répondent. Fabien Demuynck détache une corde et l'arène s'ouvre.


Longez les gradins, vous y reviendrez plus tard. Il faut sortir du cercle. Le spectacle commence à l'extérieur comme un spectacle de rue. Pich manipule des bâtons, prisonnier d'une cage de verre invisible qu'il nous rend quasi-palpable. Inlassablement ses bras en explorent les quatre côtés en mouvements d'essuie-glace d'une infinie patience. Son visage exprime une sérénité confiante. Nous sommes autant prisonniers que lui derrière le maillage des cordes alors qu'ayant perçu un interstice ses bâtons sont maintenant de part et d'autre du mur de glace. Mon voisin s'est pris au jeu et interroge sa compagne : il va y arriver à s'en sortir ?

Rassuré, le clown bleu s'éloigne, créant une légère diversion. Pich est maintenant jongleur. Les boules de cristal sont comme charmées par les stridulations du saxophone. L'artiste fonctionne au ralenti, sans perdre une boule des yeux. Elles semblent solides comme du plomb, légères comme des bulles de savon. La manipulation est aussi étonnante qu'une séance de close-up. Pich effectue quatre quarts de tour pour que tous les spectateurs puissent tour à tour vivre l'expérience. C'est à peine si on entend le bruit de quelques entrechoquements, jusqu'à ce qu'une clochette distrait notre regard.

Le fildeferiste est affairé tout en haut. Son balancier devient un aviron poussant une gondole de rêve, ou mesurant le battement d'un métronome géant. Il fait du vélo, ou minuscule, ou trop grand, restant dans la démesure, mais avec légèreté. Une voix s'inquiète : tu crois qu'il fait semblant ? aïe, cette fois il va tomber !
Mais non, dans une ultime facétie il nous mime un parachutiste qui plane à 15000. La voix de Sissao l'accompagne et l'encourage. Elle résonne avec une puissance comparable à celle de la chanteuse d'Allegria qui dynamisait les acrobates du Cirque du Soleil. Avec humour elle nous livre quelques dictons africains à méditer comme celui-ci : Même si son enfant est un serpent, sa mère pourra tout de même toujours bien en faire une ceinture !

Et voici un boa (de plumes, pas de frayeur) qui s'enroule au cou de Christelle Dubois, la contorsionniste qui semble en caoutchouc. Elle mime, avec ses jambes, la chorégraphie que les danseuses bengali exécutent avec leurs bras. La guitare électrique l'accompagne avec prouesse jusqu'à ce que d'un clignement de la jeune femme ne donne au musicien le la de la fin.

Nous suivons le clown bleu pour nous rapprocher de la kora, cet étrange instrument volumineux réalisé avec une demi-calebasse qui tient à la fois de la harpe et de la guitare. Un danseur évolue avec une lourde pierre sur la tête. Il effectue des contorsions. Sissao l'excite avec ironie sur un ton décalé :c'est quelle danse que tu fais là ? C'est tout ce que tu sais faire ? Danser ?

Laure Sinic
se hisse au trapèze. Elle prend des risques, même si un ange bienveillant surveille la longue corde qui l'assure, prêt à tout instant à la retenir en la serrant de ses gants blancs. Je suis assise sur le sable. Le danseur m'a envoutée. La trapéziste se laisse tomber à la renverse. Mon imagination me joue des tours. Le crissement de ses bottes sur les cordes m'évoque le son du crotale.

Le danseur reprend son rythme. La jeune femme peut souffler un peu. Bientôt ils sont à l'unisson. Les spectateurs sont impressionnés. Les instruments se taisent. La transe finale provoque les applaudissements et la foule migre une dernière fois pour gagner les gradins.

On s'installe au hasard. On a compris que toutes les places seront différentes mais qu'aucune ne sera privilégiée. Fabien Demuyinck investit une table oscillante qui ondule comme une couleuvre et qu'il partagera avec une danseuse étonnante elle aussi. Ensemble ils repoussent très loin les limites de l'équilibre que leur compère funambule défie lui aussi, mais au-dessus de nos têtes.

L'espace scénique se multiplie comme un kaléidoscope. Les codes du cirque se conjuguent avec ceux du théâtre et du happening. Chaque artiste revient pour un ultime tour de piste en réponse à notre souhait de "rappel" pourtant resté silencieux. Le clown bleu est triste, au centre de l'arène, nous faisant regretter de ne pas l'avoir vue évoluer davantage. C'est une personne extraordinaire qui a créé avec sa mère (Annie Fratellini) le premier duo féminin de clowns. Elle a été son clown blanc pendant 25 ans. Elle est aussi trapéziste et elle a lancé le Centre des Arts équestres au Moulin de Pierre à Noailles (Oise). Ce soir le clown était bleu. Si Peer Gynt avait été des nôtres il lui aurait offert "son royaume pour un cheval" et nous aurions vu Valérie s'évader.

Les étoiles ont brillé et elles illumineront encore pendant deux soirées le ciel d'Antony. Une piste au clair de lune que j'ai suivi avec l'oeil du serpent.

(Je prie les artistes non cités de m'excuser, en particulier les musiciens burkinabés mais j'ai voulu écrire l'article très vite pour que le spectacle en bénéficie sans délai et sans attendre les vérifications orthographiques ).

Je remercie Christophe Raynaud de Lage d'avoir accepté de me "prêter" quelques clichés. Son reportage sur Solstice et sur son travail est en ligne sur son site ici. Vous pourrez y admirer d'autres photos de ce spectacle et d'autres cirques aussi.

Encore samedi 21 et dimanche 22 juin 08 à 21 heures
Espace Cirque d'Antony, rue Georges Suant,
pour tout savoir sur le Festival Solstice tel 01 46 66 02 74

mercredi 18 juin 2008

L' APPEL DES ARENES

Je confesse avoir parfois des rêves de grandeur. J'adorerais aller au Festival de Cannes une fois (au moins) dans ma vie. Il me faudrait pour cela attendre l'âge de la retraite -laquelle s'éloigne comme un mirage au Sahara- pour espérer être libre un mois de mai.
Et puis, surtout, il me faudrait batailler pour avoir une place dans les salles, subir cohues et embouteillages ... Tout cela pour finir noyée dans une foule qui ne me reconnaitrait pas.

Si on vit en région parisienne, qu'on aime le cinéma et qu'on souhaite être bousculé uniquement par une programmation audacieuse et intelligente ... il suffit d'aller à Châtenay-Malabry (92) du 13 au 22 juin dans le quartier de la Butte Rouge. Un quartier qui a bien changé depuis 1983 (message personnel à Vincent Delerm dont les paroles des chansons nous font bien voyager, la preuve en images ici).

J'ai déjà évoqué le bas de la Butte où j'ai rencontré Michel Fugain. Cette fois c'est en haut que je vous entraîne, au cinéma Rex où s'orchestre le 7ème festival du film "Paysages de cinéastes".


Le cinéma a fait salles neuves (trois ans avant le théâtre La Piscine-Firmin Gémier). C'est donc dans des fauteuils hyper-confortables que les spectateurs peuvent apprécier les projections.
La journaliste Catherine Ruelle (tous les dimanches de 11 heures à midi sur les ondes de RFI en France métropolitaine) était accompagnée de Cheikh A. N'Diaye, le réalisateur de l'Appel des arènes, pour présenter puis animer un débat autour du film, aux côtés de Marianne Piquet, directrice du cinéma et créatrice du Festival en 2001.

Pour son premier long métrage, le cinéaste (que tout le monde appelait hier soir par son prénom) a choisi d'adapter un roman dont le thème est la lutte, véritable sport national de toute l'Afrique de l'Ouest.
A l'heure où la France se désespérait de voir perdre son équipe de footballeurs surmédiatisés devant la télévision nous étions une belle compagnie d'amateurs devant une toile d'une autre dimension.

Etant plutôt allergique aux sports (mais pas à l'activité physique) et à ses débordements hystériques je n'aurais pas juré que j'allais rester dans la salle jusqu'au bout du film craignant de ne pas supporter longtemps les plans serrés sur des bagarres.
Sauf que la lutte, filmée par Cheikh, tient de la danse, de la musique, de la comédie policière, du témoignage et de la spiritualité.

Rien à voir avec l'univers de la boxe filmé par Claude Lelouch en 1983 dans Edith et Marcel ou par Ron Howard en 2005 avec de l'Ombre à la lumière. Cette fois il est question de lutte. Avec un traitement qui a les caractéristiques du documentaire (c'est authentique, narratif, démonstratif ). On voit de vrais lutteurs. On entend de vrais chanteurs. Il n'y a pas d'effets spéciaux ni de doublages : quand le challenger se luxe une épaule c'est pas du cinéma et on sent bien que le dernier combat a été tourné dans un unique plan séquence.

Mais le film a aussi les caractéristiques de la fiction avec des comédiens confirmés, avec un scénario de destins entrecroisés qui s'ils ne sont pas vrais sont du moins vraisemblables, avec des dialogues dynamiques où les répliques fusent en wolof ou en français, comme on les parle dans les grandes villes du Sénégal.

Cheikh avait insisté sur la triple dimension de la lutte : sportive, artistique et mystique, en expliquant aux enfants que "mystique" signifiait "se sentir bien dans son corps et dans sa tête".

Le film est totalement imprégné de cette philosophie. Un de ses mérites est de ne prendre le parti d'aucun personnage. Chacun est attachant à sa manière, y compris Sory, joueur invétéré et épileptique qui imagine s'en sortir en multipliant les petits contrats, sauf que ce sont de sombres trafics. Sans nous faire de leçon de morale, le personnage de la mère de Nalla affirme ses convictions avec force. Son fils ne la décevra pas : il deviendra finalement guide spirituel. Sans sensiblerie, la caméra témoigne de la mort d'André, alors qu'il ramenait la récolte dans l'île où habitent ses parents. Et si le dernier chant n'est pas sous-titré (trop difficile d'en restituer la dimension poétique en français nous dit Cheikh) on comprend que c'est un hommage que lui rend sa compagne.

C'est une superbe leçon d'humanité qui nous entraine dans une spirale ascendante de spiritualité. Avec des petites touches ( par exemple quand Nala partage son sandwich avec un inconnu d'un geste d'un naturel insensé), avec des chansons, des regards ... Chacun tient son rôle avec justesse. A commencer par les lutteurs, interprétés par de vrais athlètes.
Malaw est joué par Mohamed Ndao, célèbre sous le pseudonyme de Tyson, véritable star emblématique de la lutte qui a régné sans partage de 1995 à 2002 avant de revenir en haut de l'affiche en 2004. C'est un autre champion, Tapha Guéye, le tigre de Fass, qui endosse le rôle d'André.

Si les muscles des sportifs sont mis en valeur ce n'est pas au détriment des corps féminins. Il n'y a pas non plus l'ombre d'un machisme. au contraire : dans les arènes, les femmes préviennent les hommes qu'elles pourraient bien prendre leur place.

Pas la moindre dimension anecdotique aux traditions. On les observe avec respect. Enfin le film restaure la place des ancêtres sans la force desquels on ne saurait gagner. Le griot est là pour nous le rappeler comme dans le recueil de poèmes des Chants d'ombre Léopold Sédar Senghor se souvient des choeurs de lutte.

Le public dakarois verra sa capitale
avec nostalgie, les plages qui s'étendent au nord, les falaises de basalte du Cap Vert et reconnaitra sans doute les sculptures de lutteurs en équilibre sur la corniche et réalisées par un artiste qui joue son propre rôle. Le public parisien, quant à lui, songera à Ousmane Sow, dont les œuvres ont été installées sur le Pont des Arts en 1999.

Vous l'aurez compris : l'appel des arènes est un film puissant, qui nous touche à bien des égards. Je ferai une dernière analogie avec l'interprète de Nalla, Aziz Ndiaye, dont le visage, les expressions et la silhouette m'ont font penser à Farid Chopel, qui nous a quitté trop vite en avril dernier.

Et je n'ai pas fini de m'interroger depuis hier soir sur la nature de mon double totémique ...

Pour visionner la bande-annonce.
Pour lire la fiche technique complète du film (particulièrement difficile à trouver) c'est .
Et pour connaître tout le programme du festival : voici le site du Rex.

Cinéma Le Rex 364, avenue de la Division-Leclerc
92290 Châtenay-Malabry 01 40 83 19 81

dimanche 15 juin 2008

JE VOUS AI LUE QUELQUE PART

Une forte assemblée était réunie pour le dépouillement du Prix des lecteurs d'Antony (92) samedi 14 juin puisqu'une cinquantaine de personnes avait fait le déplacement.

170 personnes s'étaient engagées dans l'aventure.
143 avaient voté, nombre élevé au regard des inscrits.
10 romans avaient été sélectionnés et présentés au lectorat potentiel au cours de deux rencontres orchestrées par les bibliothécaires.



La liberté qu'elles ont eu dans l'établissement de la sélection avait autorisé des choix audacieux comme


Cendrillon
d'Eric Reinhardt (sélectionné pour le Prix Médicis)






No et moi de Delphine de Vigan,
couronné depuis par le Prix des Libraires







Mais les grandes pointures s'étaient glissées malgré tout dans la "short list" tel Dans le café de la jeunesse perdue de Patrick Modiano





à côté de livres déjà primés comme La stratégie des antilopes de Jean Hatzfeld (prix Médicis, sélectionné pour le prix Interallié)






Il y avait enfin Les disparus de Daniel Mendelsohn,
qui, depuis a obtenu le prix Médicis étranger







le Canapé roug
e de Michèle Lesbre,
sélectionné pour le Goncourt










la Cage aux lézards
, de Karen Connelly
déjà couronné par le prix Kiriyama en 2006,









Latitudes à la dérive
de Jamal Mahjoub







Les belles choses que porte le ciel
de Dinaw Mengestu









et, enfin, Un homme de Philip Roth







Isabelle Rolland, nouvellement maire-adjoint à la culture, présidait le dépouillement. Des bibliothécaires-assesseurs traçaient autant de bâtons que de voix pour chaque premier choix et chaque coup de coeur tandis qu'une collègue empilait les bulletins suivant le premier choix.

Fabienne Serris était impatiente de connaître l'issue et aurait bien voulu que des résultats intermédiaires soient donnés. Force était de constater que la pile de "la Cage aux lézards" gonflait mais "le Canapé rouge" montait assez vite. Certains lecteurs avaient du interpréter l'expression "coup de coeur" en votant pour des romans hors sélection comme "En plein coeur" de Ray Kluun ou "Le boulevard périphérique" d'Henry Bauchau. Puis "No et moi" remonta vaillamment.

Une discussion s'engagea avec l'assemblée pendant le dénombrement des bulletins, faisant monter la pression. Isabelle Rolland poursuivit le suspense en donnant les résultats du dernier au premier :
  • Dans le café de la jeunesse perdue de Patrick Modiano
  • Latitudes à la dérive de Jamal Mahjoub
  • Cendrillon d'Eric Reinhardt
  • Un homme de Philip Roth
  • La Stratégie des antilopes de Jean Hatzfeld
  • Les Disparus de Daniel Mendelsohn
  • Les Belles choses que porte le ciel de Dinaw Mengestu
  • Le Canapé rouge de Michèle Lesbre, avec 15 voix
  • No et moi de Delphine de Vigan, avec 19 voix
  • La Cage aux lézards, de Karen Connelly, avec 35 voix

Si on considère maintenant le coup de coeur c'est No et moi qui est en tête, avec 21 voix, suivie immédiatement de La Cage aux lézards, avec 17 voix. Si bien que même si on avait voulu tenir compte de cet impact le résultat final n'en aurait pas été modifié.

Le prix a donc été attribué à La Cage aux lézards, de Karen Connelly et le coup de coeur à No et moi de Delphine de Vigan. Résultat qui a réjoui Fabienne puisque la cage était son choix. Et résultat qui me convient doublement pour deux motifs très différents : j'avais suggéré que le règlement permette aux lecteurs de donner un double vote parce que je sentais que les romans n'étaient pas tous à "égalité" de puissance éditoriale et il se trouve que No et moi était mon propre coup de cœur.

L'assistance était prête -en tout bien tout honneur- à défendre son opinion bec et ongles (je ne résiste pas à donner le titre de ce livre formidable). En fait la discussion fut argumentée avec courtoisie entre les pour et les contre. Voici quelques extraits de ces échanges :

- Y-a-t-il quelqu'un qui aurait voté pour Cendrillon et qui pourrait le défendre ? - Faut dire qu'il a été dans beaucoup de sélections ... - Joker !
Une lectrice se lance :
- C'est un livre très riche, avec un côté assez novateur. Il y a des passages que j'ai aimés (la critique sur la télévision actuelle, sur le monde des traders) mais d'autres que je n'ai pas appréciés (ce garçon qui se met en dehors de la vie, un chapitre çà va, mais les autres, j'ai eu envie de les sauter). C'est vrai que c'est un roman fourre-tout. Inégal et déroutant. Avec quelques descriptions magnifiques. disons que c'est un petit concerto, une zarzuela (sorte de petite opérette, mais aussi une variante de la paëlla. pour ceux qui veulent se lancer dans la recette, c'est ici). Bon, c'est vrai que c'est déroutant et je le reprendrai pus tard.
La bibliothécaire qui l'avait présenté reconnait avoir elle aussi sauté des passages. Mais elle souligne l'implication de romanesque. Une collègue insiste sur la scène du bal. Fabienne confie que c'est un des livres qui a le plus fait parler à la banque de prêt.

- Pourquoi avoir sélectionné la Stratégie et les Disparus, deux livres remarquables, mais qui frisent le journalisme ? Ce sont deux témoignages formidables. Ce ne sont pas des romans ! - C'est vrai qu'on peut s'interroger même s'ils ont été publiés en tant que romans, probablement pour avoir une certaine marge de manoeuvre avec la vraie réalité des faits. un peu comme pour ces films où l'on met en garde que "toute ressemblance avec ... ne serait que le fruit du hasard", histoire de couper court à la critique et d'éviter les procès en diffamation.
- La cage aux lézards n'est pas éloignée non plus de l'histoire avec un grand H. - Si on retirait tout ce qui est apparenté à l'autobiographie et au roman historique il ne resterait plus beaucoup de romans purs. - C'est comme Tom est mort ... - Alors c'est comme No et moi, une sorte de docu-fiction.

Fabienne tranche en justifiant que c'était des livres que l'on voulait faire lire. La salle approuve.
- Il y a quelques livres que je n'aurais pas empruntés spontanément et je serais passée à côté de quelque chose en ne les lisant pas. - Je me sens un peu esseulée. je n'ai pas pu rester dans la Cage aux lézards. A la page 30 j'ai arrêté : trop de cauchemars ! est-ce que j'aurais dû aller plus loin ?
-C'est un livre multi-dimensionnel. On peut s'attacher à trois facettes du roman : l'homme nourri de philosophie hindouiste qui meurt détaché de tout, l'évolution de l'enfant, la cruauté qui amène les gens à faire n'importe quoi. Il fallait pour cela accepter de rentrer dedans et ce n'était pas facile. C'est un livre qui a été moins médiatisé que les Disparus.

Je fais partie des lecteurs qui n'avaient pas tout lu. Je n'avais même pas ouvert la Cage aux lézards. Je le reconnais sans ressentir de culpabilité puisqu'il n'y avait pas obligation à lire tous les livres ni à lire entièrement ceux qu'on avait empruntés. Je peux aisément m'en justifier : j'ai calé au bout de 8, avec un formidable besoin d'oxygène. Il y avait trop de malheur dans cette sélection. Un peu comme les informations au Journal de 20 heures qui mettent insuffisamment en avant ce qui marche, ce qui va bien, ce qui peut réjouir. C'est d'ailleurs en grande partie pour cela que je poursuis l'effort (car cela en est un, vraiment) d'écrire dans ce blog. Parce que notre monde de blasés manque cruellement d'enthousiasme.

On croit qu'on est seul(e) à penser ce qu'on pense. C'est une idée reçue. Beaucoup d'abonnés ont fait la même réflexion puisque Fabienne avait ouvert la séance en annonçant que le lundi précédent l'association des Libraires avait effectué une présentation "emballante" de livres gais, suscitant des ah et des oh de satisfaction dans l'assemblée :

Laurent Gaudé, prix Goncourt pour le Soleil des Scorta en 2004. Il avait publié en 2002 la Mort du roi Tsongor. Et Eldorado en 2006.

Alice Ferney, à qui on doit le Ventre des fées, Grâce et dénuement, Conversation amoureuse, Dans la guerre, les Autres. Je viens d'avoir la chance de l'entendre s'exprimer sur l'écriture, dans un blog que je viens de découvrir, dont je vous donne les coordonnées plus loin, et qui recèle beaucoup de choses intéressantes. Vous allez apprécier. Elle explique notamment pourquoi elle écrit sous pseudonyme. (Et Delphine de Vigan confie pourquoi elle a laissé tomber le sien ...)

Michel Le Bris

Richard Ford (je me suis renseignée pour vous : le titre du prochain roman est l'état des lieux)

Valérie Goby, dont la dernière production est qualifiée de stupéfiante.

Je n'ai pas entendu le nom de Jeanne Benameur, qui elle aussi publie une nouveauté. Soit dit en passant je préfère son Présent ! à Entre les murs (le "fameux" livre qui est à l'origine de la palme d'or du festival de Cannes). Mais je vous en reparlerai ...

On nous a fait beaucoup d'autres promesses de cadeaux : un premier Café littéraire le 20 Septembre 2008, Sabine Wespieser en Décembre, Laurent Gaudé au printemps.

Nous nous sommes quittés avec entrain et les conversations interpersonnelles ont fait écho à toutes ces heureuses nouvelles. J'ai alors eu le bonheur de recevoir des avis de lecteurs à propos de mes articles. C'était inattendu et heureux. Je découvrais le visage de mon lectorat. Que je ne connaissais pas puisque son âge moyen se situant au-dessus de 30 ans, il n'a pas pour habitude de laisser des commentaires. Je sais mieux maintenant ce qu'il aime et ce qu'il attend.

Alors à tous ceux qui m'ont dit m'avoir "lue un peu quelque part" je mets dans la corbeille quelques interviews filmées dont deux proviennent d'un blog que je vous invite à découvrir http://auteurstv.blogspot.com :

Alice Ferney pour qui avoir un style c'est savoir créer des écrins pour rendre les mots plus beaux. Elle exprime avec humilité qu'il lui faut une année pour trouver la première phrase du prochain livre. Qu'elle essaie en permanence d'être novatrice sans y parvenir encore.

Laurent Gaudé

et Delphine de Vigan dont je pourrais reprendre à mon compte le contenu de l'entretien tellement je ressens ce qu'elle exprime.

samedi 14 juin 2008

JOURNEE RICHE EN DECOUVERTES

J'avais laissé reposer le clavier depuis fin mai. Le marathon nancéen m'avait essoufflée. Et c'est avec un regard neuf que j'ai vécu cette journée de samedi, allant d'étonnement en surprise. Si je n'avais pas pris quelques clichés je ne suis pas sûre que vous me croiriez.

Voici, pour vous faire patienter, quelques images qui seront reprises et commentées dans les prochains articles:

14 heures, le dépouillement du Prix du Roman des lecteurs d'Antony va bientôt être révélé

Et le gagnant est .... un premier roman dont le sujet va provoquer un débat passionné

La cage aux lézards de Karen Connelly

16 heures, la Journée mondiale du tricot est en effervescence.

Tout le monde s'y met.
Les hommes aussi bien sûr !

Pari tenu, cette robe sera vendue au profit de l'Unicef.

18 heures, le Palais-Royal a retrouvé un calme provincial


20 heures, l'ombre de la Callas se reflète entre les colonnes

La tenue de scène de la Traviata

22 heures, MC Solaar allume Antony au Clair de la Lune

... et ne tourne pas sa langue sept fois pour dire ceci à son public : merci.

Je ne voudrais pas non plus différer trop longtemps encore le compte-rendu que je m'étais promis d'écrire sur Peer Gynt, la pièce d'Ibsen que je suis allée voir au théâtre Firmin Gémier, celui de la visite de l'exposition des Arts décoratifs, Aussi rouge que possible. Il y a aussi un brunch formidable au Murano, la lecture d' Entre les murs avant d'aborder cette palme du festival de Cannes, à moins que je ne me concentre auparavant sur Sagan.

Egalement quelques défis culinaires et tags auxquels je réfléchis. Je voudrais aussi prendre le temps de naviguer dans les blogs de tous ceux avec qui j'ai discuté aujourd'hui de vive voix. Sans compter deux ou trois billets d'humeur qui sont à l'état de brouillon mais qu'il me tient à cœur de terminer.

- Mais quand dormez-vous ? s'est inquiété une lectrice hier après-midi ?
- La nuit, justement, alors il va falloir attendre ... un peu ... pour lire la suite... mais il y a une chose très importante que je vous dis sans délai et sans parodier de nouveau MC Solaar : merci ! Les encouragements dont vous m'avez gratifiée tout au long de cette journée sont un carburant extraordinaire.

Pour en savoir davantage sans patienter plus :
le site de la journée mondiale du tricot ici
celui de la Médiathèque d'Antony
sans oublier celui de MC Solaar par ici pour écouter des extraits et regarder des vidéos


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