samedi 18 juillet 2009

Trève de crise, vive le troc

C’était un salon de coiffure. C’est devenu un dépôt-vente qui cache bien son jeu. La preuve : cela s’appelle la Boutique et ce nom n’est pas usurpé. Il y a beaucoup de jolies choses, à commencer par la vitrine. Nombreux sont les regards qui la balaient avec envie en attendant l’arrivée du bus, se promettant de pousser la porte un jour ou l’autre. Il faut reconnaître que l’endroit est judicieusement placé en cœur de ville entre l’église Saint Léonard et la Sous-préfecture, à deux pas de la célèbre roseraie du Val-de-Marne.

Première surprise : rien n’est cher. Le vêtement le plus onéreux est à 70 €, et c’est de la haute-couture. Les prix démarrent à 4 €. Sans chercher à imiter Jean-Pierre Coffe composant le panier de la ménagère au marché je peux vous assurer que pour 20 à 25 € une femme un peu futée combinera une tenue complète. Alors, contrairement à ce qu’on a coutume de faire, il faudra tricher avec les prix à la hausse en rentrant à la maison. Du style : regarde ce que j’ai trouvé … une petite folie …. 50 € … Mais, non, vous répondra-t-on, tu es si jolie dedans. C’est normal.

Personne d’autre que vous (et moi) ne saura que vous n’avez sorti que 5 à 10 € de votre portefeuille, ce qui en temps de crise est une prouesse.


Deuxième surprise : tout fait envie. C’est que la patronne a l’art de décider ses clientes à ouvrir leurs placards et à entreprendre le grand tri. L’idée de base est d’extirper tout ce qu’on n’a pas porté depuis deux ou trois ans mais qui est encore impeccable. Tout ce qu’on garde « au cas où » tout en sachant qu’on ne le mettra plus jamais, mais qu’on aurait gros cœur à fourguer dans une de ces grosses boites en fer qui ressemblent à des poubelles pour récolter des vêtements usagés et qui partent on ne sait où. Certes, on n’en tirera pas une fortune mais les prix étant serrés on a plus de chance que les ventes soient effectives (rien n’est pire que déposer des vêtements soigneusement lavés et repassés et de devoir les reprendre deux mois plus tard pour les remettre dans son dressing …). Et puis il existe une sorte de solidarité féminine globale qui fait que nous sommes fières de « ne pas gâcher ».


Isabelle anime un réseau d’abeilles récoltantes qui n’ont pas leur domicile dans la commune. Pas de risque donc de se retrouver avec sur le dos des choses qui sortent de l’armoire de sa voisine de palier. Elle achète aussi quelques parures de bijoux. Comme de jolies boucles d’oreilles et des bagues « fait main » dans le style millefiori de Murano (4 €). On peut aussi trouver des articles neufs.


Troisième surprise : il y a toujours du nouveau. Des vêtements sortent. D’autres les remplacent sur les élégants cintres en bois. Pour l’heure ce sont des tenues estivales mais dès septembre l’hiver s’installera progressivement. Certaines clientes songent déjà à Noël et aux tenues de soirée qu’elles vont acquérir avantageusement.


Rien d’étonnant donc à ce que l’affaire tourne bien. Tout le monde y trouve son compte. Les déposantes qui vident leur placard sans mauvaise conscience. Les acheteuses qui les remplissent sans se ruiner. Et rien n’empêche d’échanger les rôles.


Les règles du dépôt sont simples : on téléphone pour prendre rendez-vous car la boutique n’est pas grande. On pense à se munir d’une pièce d’identité (tout est contrôlé, et la tenue d’un livre dit « de police » est obligatoire pour garantir la traçabilité des articles vendus) et bien entendu on évite d’amener des copies de vêtements de marque. Cela s’appelle des contrefaçons et c’est puni par la loi. Alors ne comptez pas faire fortune avec votre faux sac Vuitton ou votre foulard Chanel acheté quelques sous à Vintimille. Je vous préviens des fois que en toute bonne foi vous n’y auriez pas pensé …


Mais cette petite jupe Kiabi superbement coupée, ce top Infinitif, une robe sur-mesure … tout cela peut intéresser Isabelle qui trouvera preneuse dans les jours qui suivront. Elle n’a pas de marque fétiche. Ses goûts la portent vers les tissus nobles comme le lin et le coton, les coupes classiques, un peu originales, jamais vulgaires. Ce qui est bien aussi avec ces articles c’est que la probabilité qu’ils aient subi au moins une fois l’épreuve du lavage est très forte. Alors ce n’est pas ici qu’on vous fourguera la brassière dont la couture va rétrécir même à 30 degrés, le tissu qui feutrera en machine, le plissé qui s’effondrera, la couleur qui déteindra …


Un regret ? C'est si charmant qu'on aimerait pouvoir y rester plus longtemps que l'espace d'un essayage. Mais l'endroit est trop petit pour se doubler d'un salon de thé-bibliothèque.


La Boutique

5 rue Jean Jaurès, 94240 L’HAY-LES-ROSES - 01 46 63 59 90

horaires (non définitifs) : 9 h 15 – 13 h 30 / 15 h 00 – 19 h 00

le samedi : 9 h15 -19 h 00 non stop et fermeture le dimanche

Congés annuels le 7 août au soir

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