vendredi 11 février 2011

Incendies de Denis Villeneuve, d'après la pièce de Wajdi Mouawad

Il fallut plus de 4 ans à Denis Villeneuve pour peaufiner un scénario dont il se dit à juste titre très fier. Ce n’était pas une mince affaire d’adapter la pièce de Wajdi Mouawad, un auteur de théâtre reconnu comme un des plus prometteurs de sa génération, au Canada comme en France.

L'écrivain se compare au scarabée qui se nourrit des excréments d’animaux autrement plus gros que lui et affirme que l’artiste s’alimente de la merde du monde pour lequel il œuvre, et de cette nourriture abjecte il parvient, parfois, à faire jaillir la beauté.

Il y a un certain snobisme à affirmer haut et fort qu’on adOOOre Wajdi. Les festivaliers d’Avignon le connaissent bien depuis la présentation de Littoral en 1999 puis Seuls en 2008. Il fut l’artiste associé de la 63ème édition l’année suivante, achevant la consécration de son talent. Je peux bien l’avouer. Je n’ai rien vu de lui et je le découvre au cinéma avec Incendies, un film que l’affiche ne m’encourageait pas à aller voir.

J’avais tort. Et je rejoins avec respect l’assemblée des fans de l’auteur. En saluant aussi haut et fort le talent de Denis Villeneuve dont le scénario très écrit a tracé la route de la quête-enquête d’un couple de jumeaux sur leurs origines, depuis le Canada jusqu’à un territoire qui n’est pas nommé, qui aurait pu être le Liban, puisque c’est le pays où Wajdi Mouawad est né en 1968. A l'instar de Z de Costa Gravas il s'inscrit en fait dans un espace imaginaire qui permet de dégager le film d’un parti pris politique, même s'il est "un champ de mines historiques" comme Denis Villeneuve a pu le dire.

Ce n’est pas la première fois que le réalisateur abordait la problématique du souvenir. Il avait creusé ce sillon dans un film audacieux et étonnant qu’il avait présenté en 2000, un 32 aout sur terre, et qui l’avait déjà conduit à filmer le désert. Le tournage a eu lieu cette fois-ci en Jordanie, dans des paysages très beaux où l’empreinte de la guerre est néanmoins nettement lisible. Pour le spectateur français le dépaysement est de toute manière plus important qu’il n’y parait parce qu’il nous faut en premier nous habituer à la langue québécoise, toujours déroutante par son accent et ses expressions, surtout ses jurons.

Je ne vais pas dévoiler beaucoup de l’intrigue, dont le potentiel de rebondissements est littéralement insensé. Le film croise tous les genres : historique, policier, autobiographique. L’interprétation est formidable. La ressemblance entre la mère et la fille entretient un suspense croissant. On retrouve avec plaisir Rémy Girard, même s’il a tourné bien des films depuis le Déclin de l’empire américain en 1987.

Le synopsis officiel est ainsi rédigé :
Lorsque le notaire Lebel lit aux jumeaux Jeanne et Simon le testament de leur mère Nawal, il réveille en eux l’incertaine histoire de leur naissance : qui fut leur père, et par quelle odyssée ont-ils vu le jour loin du pays d’origine de leur mère ? En remettant à chacun une enveloppe, destinée l’une à ce père qu’ils croyaient mort et l’autre à leur frère dont ils ignoraient l’existence, il fait bouger les continents de leur douleur : dans le livre des heures de cette famille, des drames insoupçonnés les attendent, qui portent les couleurs de l’irréparable. Mais le prix à payer pour que s’apaise l’âme tourmentée de Nawal risque de dévorer les destins de Jeanne et Simon.

La bande-annonce sera peut-être plus « causante » pour reprendre un terme québécois.

Déjà plus d’une dizaine de prix internationaux ont été attribués à ce film qui n’est pas au bout de ses récompenses.

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