dimanche 1 décembre 2013

Casse-tête chinois de Cédric Klapisch

J'ai peine à croire que les Poupées russes ont 10 ans. Je m'en souviens comme si c'était hier ... Mais j'eus beau chercher dans les archives du blog je n'ai pas trouvé trace d'une chronique. Et pour cause, le blog n'existait alors pas encore.

Xavier a maintenant 40 ans (il ne les fait pas ...). On le retrouve avec Wendy, Isabelle et Martine quinze ans après L’Auberge Espagnole (2002) et dix ans après Les Poupées russes  (2005).
La vie de Xavier ne s’est pas forcément rangée et tout semble même devenir de plus en plus compliqué. Désormais père de deux enfants, son virus du voyage l’entraîne cette fois à New York, au beau milieu de Chinatown. Dans un joyeux bordel, Xavier cherche sa place en tant que fils, en tant que père… en tant qu’homme en fait ! Séparation. Famille recomposée. Homoparentalité. Immigration. Travail clandestin. Mondialisation. La vie de Xavier tient résolument du casse-tête chinois ! Cette vie à l’instar de New York et de l’époque actuelle, à défaut d’être cohérente et calme vient en tout cas nourrir sa plume d’écrivain…
Je suis allée voir le film avec un a priori positif et j'en suis ressortie satisfaite. Ce n'est sans doute pas le film du siècle (ni même celui de l'année) mais il est bien construit, avec un dosage mesuré entre les clins d'oeil aux films précédents et les situations qui s'inscrivent dans les problématiques sociétales actuelles.

Avoir vu L'Auberge espagnole ou Les Poupées russes n'est absolument pas un préalable indispensable. Pas davantage qu'il faille n'avoir manqué aucun film de Claude Lelouch pour apprécier le dernier. La référence n'est pas anodine. Il y a du Lelouch chez Klapisch : la récurrence des personnages, la fidélité aux acteurs, l'importance de la famille et des enfants, les ralentis ...

Après Paris, Barcelone, Londres et Saint-Petersbourg, Romain Duris et ses compagnons quittent cette fois-ci l'Europe pour visiter New York. Hormis quelques plans magnifiques sur la skyline, on ne verra pas la grande pomme que l'on connait, mais son quartier chinois et des rues plutôt banales ... de notre point de vue parce que le réalisateur a filmé la ville dans laquelle il avait étudié il y a 25 ans sans tomber dans les poncifs habituels.

J'ai lu de méchantes choses qualifiant Casse-tête chinois de "suite improbable pour des héros fétiches". Certes, les personnages ont très peu gagné en maturité. Dans la vraie vie aussi on constate qu'avoir des enfants ne rend pas adulte (que l'on soit hétérosexuel ou homosexuel d'ailleurs) et Klapisch parle aussi de çà, de la difficulté à organiser sa vie,­ malgré les divorces et les recompositions familiales, tout en parvenant à se réaliser ...

Il est question de paternité, d'éducation, et de difficulté à exister. Rien d'excitant, il nous en prévient très vite : "Le bonheur, c'est chiant pour la fiction". Klapish parvient malgré tout à dérouler un fil qui retient notre attention jusqu'à la fin.

Mine de rien ce sont les enfants qui comprendront le mieux la situation.

Il commence par un gros plan sur les yeux de Xavier (Romain Duris), un écran blanc que l'on met quelques secondes à relier à celui de l'ordinateur avec un tiret d'insertion gigantesque. Des images du père courant (il courra beaucoup) avec ses deux enfants sur South Street s'intercalent en ralenti. La construction s'articule un peu à l'instar d'un générique de film d'action.

Arrive la question existentielle essentielle de Klapisch sur la vie, sa vie (celle de Xavier) qui au lieu d'aller d'un point A à un point B ... avoue avoir le problème du point B, en toute logique, sinon il n'y aurait pas de film(s).

On a donc droit à l'incursion de philosophes pour alimenter le débat. Le surgissement de Schopenhauer n'est pas surprenant. Déjà en 2011, à la sortie de Ma part du gâteau, (film que j'ai brièvement chroniqué) Cédric Klapisch citais cette phrase à propos du vieillissement, et que l'on retrouve intacte dans son dernier film: "La vie est comme une broderie. On passe la première partie du côté extérieur de la broderie et c'est très joli. On passe la seconde moitié de l'autre côté. C'est moins joli, mais on voit comment sont placés les fils."

Il rappelle plus tard le point de vue de Hegel sur le néant : "Tout néant est néant de ce dont il résulte". Il nous promet aussi Cyrulnik mais je ne l'ai pas entendu ...

Il est amusant de revoir les personnages principaux à différents âges. Cécile de France est celle qui a le plus changé. Autre lien cette fois musical, on entend à intervalles réguliers quelques mesures des Poupées russes que Loïk Dury  a composé pour Kraked Unit. Le film n'est pas pour autant autocentré sur les précédents. La référence au morceau de Duke Ellington, Take the A train en est une illustration. Comme la répétition de la scène de sport en plein air des chinoises. Le réalisateur, comme son personnage écrivain, se doit "d'aller à la rencontre des fantômes du futur, et pas du passé".

N'empêche que Xavier se décidera (enfin) à poser ses valises une fois qu'il aura trouvé la preuve que ses propres parents se sont vraiment  aimés. Quant à sa nouvelle (ancienne) compagne c'est le constat d'avoir eu sa "dose de paf dans la gueule" qui la convainc que tous deux pourraient redevenir heureux. Nous sommes en plein débat : l'amour a-t-il besoin d'inconnu ou de sécurité ?

On notera la présence de Klapisch lui-même dans un petit rôle (de photographe) et de Benoît Jacquot dans celui du père de Xavier.

Franchement hyper drôle, la négociation d'Audrey Tautou en chinois sans qu'il soit besoin d'avoir un sous-titrage pour le comprendre. La comédienne a poussé le professionnalisme jusqu'à prendre des cours de chinois, deux heures par jour pendant six semaines.

1 commentaire:

Delphine Olympe a dit…

Bonjour,
Voilà qui me conforte dans le désir d'aller voir ce film - je compte bien mettre à profit ces quelques jours de congés de fin d'année.
Je suis (presque) inconditionnelle de Klapich, et ce depuis Le péril jeune. Ses héros vieillissent en même temps que moi et j'ai toujours un plaisir immense à les retrouver !
Je reviendrai te dire ce que j'en ai pensé.
En attendant, je te souhaite un très joyeux Noël !

Delphine

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