mardi 22 avril 2014

La femme éclaboussée de Dominique Dyens aux éditions Héloïse d'Ormesson

Pour le lancement de sa collection, Suspense, Héloïse d’Ormesson a eu la très bonne idée de rééditer le livre de Dominique Dyens, La Femme éclaboussée qui se trouve être aussi son premier roman, et qui est un petit bijou en matière de thriller. Et cela en toute légitimité puisque à l’époque l'éditrice de l'auteur chez Denoël se trouvait être … Héloïse d’Ormesson elle-même.

Le début en résumé :
La vie de Catherine Salernes semble bien morne et monotone dans son élégant appartement du 17e arrondissement de Paris. Le contact avec ses deux enfants est difficile. Son mari ne la regarde plus. Son odieuse belle-mère lui rappelle sans cesse qu’elle est née pauvre. Lorsqu’elle prend un jeune amant, bien que folle amoureuse, elle n’a qu’une crainte : que quelqu’un apprenne sa liaison avec Olivier, qu’elle soit contrainte de divorcer et de retrouver son ancien statut social. Un matin, elle reçoit la lettre anonyme d’un maître-chanteur, et tout bascule…
C'est un bijou parce que Dominique Dyens a pétri ce livre dans le pot de la bourgeoisie où se complaisent des personnages à la psychologie empesée à qui l'on souhaite de perdre leur superbe. Parce qu'il est épicé d'autres personnages qui parviennent (avec plus ou moins de bonheur) à se libérer de cet univers comme Catherine Salernes dont le premier acte de rébellion sera d'ouvrir une boutique de cadeaux dans le 7ème arrondissement de Paris avant de parvenir complètement à "oser être ce qu'elle est".

S'il fallait le résumer à travers une question j'interrogerai : qu'est-ce qu'une salope ? En fait je devrais le formuler au masculin : qu'est-ce qu'un salaud ?

La vie étriquée de Xavier Bizot, le banquier de la jolie dame, nous est décrite (p. 62-63) en des termes qui ne susciteront aucune empathie chez le lecteur en apprenant que le fil qui tenait leur amour commun a cassé. Et si cette petite phrase provoque une appréhension c'est parce qu'on a compris que l'homme fera payer une innocente pour toutes les autres (guère plus coupables d'ailleurs). On découvrira plus tard l'horrible chose vécue par la fille de Catherine. Il y avait de quoi en faire une dépression ou sombrer dans une folie capable d'emporter tout sur son passage, enfin presque.

Ne vous étonnez pas d'y trouver des francs, c'était encore la monnaie officielle en 2000. J'ignore comment le roman fut accueilli lors de sa première parution cette année-là. J'imagine que la crudité de certaines scènes a dû faire sensation. Le roman a une dimension érotique qui est bien dans le ton de l'album, Erotisme, Cantique 25.7, de Daniel Chenevez qui faisait l'objet du billet publié hier.
Je défie quiconque de trouver un gramme de vulgarité sous la plume de Dominique Dyens. C'est d'ailleurs sa force : on ne peut rien lui reprocher. On a même du mal à croire qu'elle nous a livré un roman et pas le script de Faites entrer l'accusé ou d'une autre histoire du genre tant tout semble vraisemblable. Avec un art de la scénographie qui évoque Simenon, mais en moins sombre, ou Claude Chabrol mais en moins angoissant.

Il y a certes une victime principale mais elle n'est pas la seule à souffrir et personne ne sortira réellement gagnant dans l'histoire. Je peux bien vous le dire, il y aura un meurtre ... et plusieurs crimes, au sens juridique du terme. Le lecteur les constatera au fur et à mesure, imbriqués l'un dans l'autre comme des matriochkas. Rien d'étonnant pour une histoire qui s'enracine dans un contexte familial.

On entend des voix. Dominique Dyens nous livre le récit des faits tantôt par de son point de vue, tantôt de celui d'Henriette, la fidèle gouvernante, qui "laisse trainer ses oreilles partout mais garde les yeux dans la poche de son tablier" (p. 93).

Il y a des personnages qui ne disent rien, comme celui de Monsieur, l'époux, en toute logique puisqu'il "fait celui qui n'est jamais au courant de rien".

Les indices sont difficilement décodables et cela participe au plaisir de lecture. La psychologie de l'inspecteur de police m'a laissé entrevoir un autre dénouement. Du coup l'épilogue apporta une ultime surprise.

Catherine et Olivier seront-ils des amants maudits ? Je gage que la Femme éclaboussée donnera envie de découvrir d'autres livres du même auteur comme Lundi noir, avec lequel on peut trouver des points communs et que j'avais chroniqué en octobre dernier.

Dominique Dyens vit à Paris. Elle est l'auteur de six romans dont le décapant Éloge de la cellulite et autres disgrâces. Elle écrit également pour le cinéma et la jeunesse. Son site est très complet.

La Femme éclaboussée de Dominique Dyens, éditions Héloïse d’Ormesson, ressort en librairie le 7 mai 2014

1 commentaire:

pyrausta a dit…

je ne connais pas cette auteure mais ton billet me donne très envie d'aller plus loin dans la découverte.

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