vendredi 18 avril 2014

Une terre d'ombre de Ron Rash, aux éditions du Seuil

Le temps me manque pour lire toute la littérature américaine (étant donné tout ceux que je reçois des auteurs français) que je souhaiterais mais pas question de louper un nouvel opus de Ron Rash depuis que j'ai découvert cet écrivain alors que j'étais juré du Grand Prix des Lectrices de ELLE.

Son dernier livre, dont le titre anglais est The Cover, aurait pu être traduit par le Vallon ou quelque chose de plus littéral. En choisissant Une terre d'ombre, Isabelle Reinharez, qui fut aussi la traductrice du Monde à l'endroit, publié au Seuil, et d'un Pied au paradis, aux éditions du Masque, ajoute un supplément anxiogène, surtout quand on pose les deux livres côte à côte ... et que l'on réalise assez vite que ses personnages portent encore le même patronyme.

L'auteur a l'art d'immerger le lecteur dans une nature hostile mais si grouillante de vie qu'elle en devient envoutante. On est saisi par la richesse de ses précisions botaniques et ornithologiques.

Avec Ron Rash les montagnes sont toujours sauvages, épaisses, recouvertes de forêts, traversées par une rivière qui n'est pas nécessairement une voie de sortie.

Les plantes sont toxiques autant que les serpents pour qui ne les connait pas. Laurel Shelton est une jeune femme qui sait comment utiliser les herbes sauvages, ce qui ne devrait pas faire d'elle une sorcière. Mais les rustres ne voient pas plus loin que le bout de leur nez. Ses personnages doivent affronter l'âpreté de leurs congénères encore plus que celle de leur biotope.

L'écriture maintient une très forte tension en privant le lecteur du moindre indice qui lui permettrait d'estimer la provenance du danger. On devine malgré tout que la guerre n'est pas finie et qu'un ultime épisode se jouera mais sans savoir qui en sera la victime.

Cette fois c'est de la Première Guerre mondiale qu'il s'agit et j'ai été surprise de lire que des soldats américains avaient été enrôlés en France (il faut croire que je fus une mauvaise élève au lycée ou alors que les leçons d'Histoire contemporaine ont été incomplètes). Toutes les guerres sont abominables mais celle-ci le fut d'une manière qui perturba les esprits peut-être d'une manière particulière parce que ce fut une vraie boucherie.

Mon grand-père en était revenu psychiquement anéanti quoique vivant. J'imagine la folie que les combats ont pu engendrer. Mais ce n'est pas une raison pour absoudre le patriotisme, le racisme, l'intolérance, les préjugés et la haine de l'autre en adossant ses croyances à des superstitions, ce que je n'ai jamais constaté dans ma famille.

Si on devait résumer d'une phrase on pourrait dire que c'est l'histoire de la collusion fortuite de quelques destins avec des évènements historico-politiques. Le thème n'est pas nouveau mais l'auteur le traite magistralement. Dans un autre style, et avec un autre angle d'approche, mais avec un semblable fil rouge, je vous parlerai bientôt de la lecture de Julia, du néerlandais Otto de Kat.

Une terre d'ombre marque un changement de cap dans l'oeuvre de Ron Rash avec l'arrivée de la douceur synthétisée par le couple que Laurel forme avec Walter. On aimerait que l'auteur s'attarde dans ce sillon et que la lumière inonde son prochain ouvrage, même s'il demeure dans le sublime et toujours sauvage cadre des Appalaches.

Né en Caroline du Sud en 1953, Ron Rash est un poète, auteur de cinq recueils de nouvelles et de cinq romans, tous lauréats de prestigieux prix littéraires —Sherwood Anderson Prize, O. Henry Prize, James Still Award, Novello Literary Award, Frank O’Connor Award. Il est titulaire de la chaire John Parris d’Appalachian Studies à la Western Carolina University.

Une terre d'ombre de Ron Rash, traduit par Isabelle Reinharez, publié au Seuil
En librairie depuis le 2 janvier 2014

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