mardi 28 juillet 2015

Retour au Musée Bourdelle

J'avais découvert le Musée Bourdelle à l'occasion de l'exposition Mannequin d'artiste, mannequin fétiche en avril dernier. Je n'avais pas exploité toutes les photos que j'avais alors prises.

Puisse ce billet vous donner envie d'aller voir les collections permanentes, dont l'accès est gratuit.

Comme le Musée Zadkine qui se trouve dans le même arrondissement, soit dit en passant. C'est suffisamment rare pour le souligner.

En ces périodes de forte chaleur les enfilades de jardin du musée Bourdelle offrent des havres de paix.

Emile-Antoine Bourdelle est né en 1861 à Montauban, au 34 rue de l’Hôtel de Ville, situé, et c'est un hasard, en face du musée Jean-Auguste Ingres (autre enfant du pays) où se trouvent aujourd’hui plusieurs de ses oeuvres. Il décédera en pleine gloire le 1er octobre 1929 en région parisienne.

Il avait appris le métier de sculpteur chez son père, menuisier-ébéniste, où il fut apprenti à treize ans, avant d'aller suivre, quatre ans plus tard, les cours de l’École des Beaux-Arts de Toulouse.

Il arriva à Paris en 1884, alors qu’il n’a que vingt-trois ans. Il trouvera un atelier, dans le quartier Montparnasse, impasse du Maine qu’il occupera jusqu’à sa mort et qui est l’actuel musée Bourdelle. 

Ses premières années parisiennes seront marquées par la pauvreté, la maladie et surtout le mal du pays. Il gagnera sa vie en vendant des dessins à la maison d’édition Goupil, auprès de Théo Van Gogh, le frère de Vincent.

La rencontre avec Rodin, en 1893, sera capitale lui permettra de se perfectionner et de vivre correctement puisque le maitre l'embauche pour le seconder.
Les commandes publiques se multiplient. Sa ville natale lui demande, en 1895, le Monument aux Morts, aux Combattants et Serviteurs du Tarn-et-Garonne de 1870-1871 (1893-1902) qu'il mettra au point au bout de six ans. Ce monument, situé près du Pont Vieux, et très célèbre aujourd’hui, fut l’objet de nombreuses controverses dues à sa profonde originalité.
Il est donc logique de trouver dans le jardin parisien sous l'intitulé de Grand guerrier, une Étude avec jambe pour ce monument, bronze, épreuve d'artiste numéro 1 exécutée par Coubertin en 1990, et qui est la première photographie de cet article.

Il fera pour Montauban bien d'autres oeuvres comme le buste de Jules Michelet, et surtout le Centaure Mourant ou La mort du dernier Centaure, bronze (1914), installée près de l'église Saint-Jacques, qui peut être considérée aujourd’hui comme l'édifice le plus ancien de la ville et que j'ai aussi eu la chance de visiter.

Son clocher porte toujours, à la base, les traces des boulets tirés par l'artillerie de Louis XIII lors du siège de Montauban en 1621.
Le Centaure indompté meurt en pleine lutte avec, encore dans ses mains, la lyre par laquelle il avait espéré s'élever vers l'idéal. L'oeuvre est soumise à une déformation perspective car elle a été conçue pour être vue en contre-plongée. Le buste est démesurément allongé et les pattes relativement courtes.

Plusieurs sculptures évoquent cette mythologie dans le musée parisien. A commencer dans le second jardin par le Centaure mourant, modèle imberbe, (1911-1914), bronze, épreuve d'artiste numéro 2 exécutée par Coubertin en 1986.
Et à l'intérieur de l'atelier le Centaure mourant, modèle barbu, 1911-1914, qui est en plâtre.

La notoriété permet à Bourdelle de quitter l'atelier de Auguste Rodin qui restera son maître et ami, comme en témoigne ce buste, 1910, en bronze, épreuve numéro 4 exécutée par Valsuani en 1977, qui le présente sous une forme inhabituelle et très expressive.
Il réalisera ensuite son oeuvre la plus célèbre, Héraklès archer, dont le corps de demi-dieu, remarquablement musclé fait penser aux oeuvres de Rodin. Un exemplaire se trouve à Toulouse, sur une place du même nom.
De 1910 à 1913, l’artiste réalise, à Paris, le décor du Théâtre des Champs-Élysées, composé de 75 ouvrages en s'inspirant des chorégraphies de la danseuse américaine, Isadora Duncan, rencontrée en 1909 au théâtre du Châtelet.
L'atelier d'Antoine Bourdelle fut fréquenté par des artistes éminents du XX° siècle : Matisse, Giacometti, Vieira da Siva ou Richier. Il a conservé sa structure historique : l'immense verrière ainsi que la mezzanine qui permettait à l'artiste d'appréhender ses sculptures sous un point de vue inédit.

Autour du plâtre du Centaure mourant (1911-1914), des œuvres en marbre, en bois ou en bronze restaurent l'atmosphère studieuse de ce lieu singulier et donne l'occasion de découvrir des oeuvres moins connues et témoignant néanmoins d'une belle sensibilité comme Michel Cognacq, buste, 1925, bronze, épreuve exécutée par le fondeur Rudier vers 1930.
  
Le gigantesque bronze de la Vierge à l'Offrande (1919-1922), épreuve numéro 1 se dresse dans le jardin intérieur. Il est sorti lui aussi des ateliers de Rudier.

A l'époque de Bourdelle, ce jardin était une cour pavée, extension de ses ateliers. Ici, les arbres, les fleurs et les lierres composent une scénographie rythmée par les saisons, et confèrent aux œuvres un charme singulier. La Vierge à l'Offrande (1919-1922) et La France (1925), dont sont exposés plusieurs versions y rivalisent par leur taille monumentale, encore plus impressionnante à la nuit tombée, puisque j'ai eu ce privilège de me trouver encore dans les murs à une heure tardive.
Les pièces de dimension plus modeste n'en sont pas moins intéressantes. C'est le cas de Sapho, que l'on peut voir à Montauban près du théâtre.
Il aura fallu 40 ans (1887-1925) à l'artiste pour lui donner sa forme définitive. Le bronze qui se trouve à Paris est la deuxième composition, épreuve numéro 8 exécutée par Coubertin en 1991. On dit qu'elle illustre à merveille le style 1920 de la sculpture française. Mais elle témoigne surtout l'attachement à la femme et à l'Antiquité. N'a-t-il pas épousé en secondes noces son élève Cléopâtre Sévastos ?
On peut aussi redécouvrir l’atelier de peinture de Bourdelle. Le sculpteur exposait ses dernières créations - sculptées ou peintes - aux visiteurs et acheteurs potentiels au milieu d'un bric-à-brac de mobilier chiné chez les brocanteurs. Elles partageaient les cimaises de l’atelier avec la collection personnelle de l'artiste, peintures et terres cuites antiques dénichées chez les antiquaires et les toiles qu'il aimait - un dessus-de porte du XVIIIe siècle, un portrait de femme attribué à Hippolyte Flandrins ...
Ses dessins et aquarelles ne sont pas la partie la plus connue de son oeuvre et pourtant il les considérait comme la part essentielle de son travail. La plus grande partie de ce fonds graphique est rassemblée au musée.

Les huit pièces du mobilier - le lit de repos où Bourdelle aimait à s’étendre, le secrétaire à abattant sur lequel il écrivait, le meuble à pastel... – ont été dépoussiérées en respectant la patine du temps. 

Il faut savoir aussi que des ateliers de modelage ou de dessin sont ouverts à tous les âges et que les visiteurs sont invités à toucher des œuvres sélectionnées et à découvrir les matériaux et techniques de la sculpture au sein de l'atelier.

On peut ainsi y voir la trace laissée par un instrument qui s'appelle la gradine.

Musée Bourdelle
18, rue Antoine Bourdelle, 75015 Paris
Métro : Montparnasse - Bienvenüe / Falguière
Téléphone : 01 49 54 73 73
Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h.
Fermeture les lundis et les jours fériés sauf les dimanches 5 avril (Pâques) et 24 mai (Pentecôte) 2015
L'accès aux collections permanentes est gratuit.
Seules les expositions temporaires du musée sont payantes.

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