jeudi 8 mars 2018

Pourquoi y-a-t-il des inégalités entre les hommes et les femmes ?

On estime que la femme est l'égale de l'homme. On a bien raison ... sauf que l'Histoire avec un grand H n'a pas toujours été d'accord avec ce principe. Dorothée Werner s'est penchée sur la question et a trouvé des éléments de réponse qui font réfléchir.

Elle les a partagés avec Soledad Bravi qui les a traduit en images avec son féroce stylo. Les éditions Rue de Sèvres nous les livrent presque pour le 8 mars, qui est, non pas la Journée de la femme, comme on le dit un peu abusivement, mais la journée internationale de lutte des femmes, pour l'égalité des droits.

Toutes deux proposent de repartir sur de bonnes bases, et pour cela remontent à la nuit des temps. l'ouvrage, conçu pour de jeunes adolescents, nous en apprend aussi à nous adultes qui pensons tout savoir.

Selon elles, la première cause à cette inégalité est liée à la procréation. On a cru jusqu'en 1875 que le ventre de la femme n'était que le réceptacle du futur bébé, engendré par le mâle, uniquement, ce qui en quelque sorte l'autorisait à se croire supérieur. De l’incapacité à comprendre ce processus étonnant, va, au fil des siècles s’élaborer une division du travail entre les deux sexes, avec la domination de l’un sur l’autre.
Un mauvais départ est pris lors de la préhistoire : la grossesse étant particulièrement incommode pour chasser, les femmes restent cantonnées à l’élevage des enfants, la préservation du foyer, la cueillette. Cette division des tâches va avoir un impact sur la distribution de nourriture : aux chasseurs le gras et la viande qui rendent forts, ce qui ne sera pas sans conséquences sur la taille, la musculature et la robustesse.

À partir de là, l’Antiquité ne fera qu’entériner la répartition des rôles en excluant les femmes du savoir, du pouvoir et en privilégiant les naissances masculines. Exception faite pour les Egyptiens, partisans d’une égalité relative, cette fonction d’assurer la descendance courra sur les siècles à venir, confirmée par l'Eglise (c'est-à-dire des hommes) qui n'a rien arrangé en décrétant les femmes coupables du péché originel.
Deux exceptions toutefois pour les sorcières et les béguines. Une ouverture au siècle de Lumières se refermera avec Napoléon, qui placera dans ses codes les filles sous la tutelle de leur père, puis de leurs maris.
Quelques rares grandes figures féminines parviendront malgré tout à émerger comme Olympe de Gouge, George Sand…

Le XXème siècle sera entre tous celui où les femmes défendront avec opiniâtreté leurs droits, libéreront leurs corps et acquerront leur autonomie. Il faudra attendre 1918 en Angleterre, 1945 en France pour que la situation change ... avec l'obtention du droit de vote.
Mais en ce début de XXIème siècle, un bilan global montre qu’il y a encore beaucoup à faire, ici et ailleurs.

Les statistiques sont terribles. Chaque femme se fera agresser au moins une fois dans sa vie. Malgré la loi portant sur l'égalité des salaires entre hommes et femmes il est prouvé qu'elles gagnent environ 20% de moins, du fait notamment des progressions de carrière plus rapides pour les hommes.

Dans un tel contexte cet album est un bon outil à mettre entre toutes les mains pour ne pas rester sur un malentendu. celles des filles mais aussi (et surtout peut-être) celles des garçons. La rigueur historique n'empêche pas l'humour. Espérons que cette conjugaison fera bouger les lignes.

Alors ne lâchons rien !

Dorothée Werner est journaliste, grand reporter à Elle, auteure notamment de Au nom des nuits profondes qui traite du prix qu’ont payé les femmes pour leur émancipation. Soledad Bravi est illustratrice et auteure française d’ouvrages pour la jeunesse et de magazines ... dits féminins comme Elle.

Pourquoi y a-t-il des inégalités entre les hommes et les femmes ? 
Scénario Dorothée Werner
Dessin, couleur Soledad Bravi
Ed. Rue de Sèvres. À partir de 12 ans.
En librairie depuis le 14 Février 2018

1 commentaire:

Jean a dit…

J'ai remarqué, en tant qu’enseignant-chercheur en Economie du Travail combien l’inégalité hommes/femmes se décline à toutes les étapes de la vie des femmes :
Dans la vie scolaire, le système éducatif génère un paradoxe de taille : dans tous les pays de l’OCCE, une fille obtient à 15 ans d’aussi bons résultats qu’un garçon en mathématiques. Elle maîtrise bien mieux que lui sa langue maternelle. Mais elles sont sous-représentées dans les filières sélectives après l’équivalent du Bac, et surreprésentées dans les filières longues (droit & lettres notamment) où le système éducatif semble davantage les conduire, ce qui correspondrait d’ailleurs à leurs choix spontanés, … «Sélection adverse» diraient les économistes, contraire sans doute à l’intérêt général.
Dans la vie professionnelle : les femmes sont l’objet, dès leur premier emploi, de la part des DRH, de multiples formes de discrimination, y compris de DRH femmes, car elles se font les vecteurs du schéma masculin de l’emploi. Soupçonnées d’absentéisme en cas de maladie de leur enfant -la crèche les refuse-, ce sont les femmes aussi que l’Ecole appelle en cas d’incident. Elles seraient ainsi limitées pour la plupart à l’aspect alimentaire de l’emploi, celui dans lequel il n’est pas nécessaire d’investir. Surreprésentées dans les métiers du social et du public (éducation, santé, collectivités territoriales) on les voit moins dans les emplois du secteur marchand notamment dans les entreprises compétitives du CAC40, dans ces emplois très qualifiés qui caractérisent «les manipulateurs de symboles». Elles sont dès les premiers signes de la crise impactées au premier chef par «la déstabilisation des emplois stables» selon l’expression de Robert Castel (1995). Paradoxe : il n’y a presque plus d’emplois exclusivement masculins, les femmes pouvant devenir pilote de ligne, de TGV, même «grutière» dans le bâtiment. Parallèlement les hommes peu qualifiés ont désormais investi les métiers autrefois strictement féminins (caissière,«sage-femme», …). Pour autant ces désenclavements de métiers jusque-là liés au genre ne doivent pas cacher le maintien d’inégalités tous azimuts : inégalité salariale, discrimination à l’embauche, conditions de travail, précarité, restriction d'accès à la formation professionnelle et continue, etc…)
Dans la vie domestique : L’enquête « Emploi du temps des ménages » de l’INSEE pointe régulièrement le déficit hebdomadaire en loisirs des femmes par rapport à leurs homologues masculins, au sein du couple : au fil des années ce déficit ne se comble pas. S’agissant du partage des tâches ménagères, on remarque que les hommes, même si leur participation a nettement augmenté, ont toujours tendance à se consacrer aux tâches ménagères nobles (bricolage, jardinage) laissant les moins valorisantes aux femmes (ménage, repassage,..). Seul le progrès technique depuis les années 1960 a permis aux femmes de diminuer progressivement le temps consacré aux tâches ménagères (lave-vaisselle, lave-linge, micro-ondes…). Il le fallait bien car le taux d’activité des femmes ne cesse encore de progresser : ainsi entre 2005 et 2015, l’Enquête Emploi montre que le taux d'activité des femmes de 15-64 ans a ainsi progressé de 3,2 points pour atteindre 67,6 % quand celui des hommes est resté quasi-stable (+ 0,3 point) pour s'établir à 75,5 % en 2015. Les deux tiers des femmes en âge de travailler sont donc dans l’emploi, contre les trois/quarts des hommes.
Mais c’est surtout dans l’éducation que la participation des hommes en France est singulièrement faible, notamment par rapport à leurs homologues nordiques. Ce sont les femmes qui surveillent les devoirs, vont chercher les enfants à l’école, les emmènent au sport, à leurs activités culturelles. C’est sans doute, à pas feutrés, l’élément discriminant le plus représentatif de l’inégalité hommes-femmes, explicatif, en retour, de l’inégalité dans l’accès à l’emploi et dans les perspectives de carrière. Comme le disaient Baudelot et Establet de l’INRP dans le titre de leur ouvrage déjà ancien : « Allez les filles ! »

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