mercredi 29 mai 2019

C’est toi, Maman, sur la photo ? de Julie Bonnie

Je ne m'attendais pas à de telles confidences quand j'ai ouvert C’est toi, Maman, sur la photo ? La couverture m'avait étonnée mais j'étais restée sur l'écriture de Chambre 2 qui était le premier roman de Julie Bonnie et qui obtint le Prix du roman Fnac. Il est en cours d'adaptation pour le cinéma, et c'est une bonne nouvelle.

Et pourtant si le second est très différent il est bien dans la veine que j'avais repérée, située entre roman et témoignage. Je terminais mon article en disant que j'attendais avec impatience le suivant et je reconnais que je suis comblée avec ce livre.

C'est à la fois très courageux d'oser se livrer comme elle le fait et en même temps très réussi parce que le doute n'est pas permis : elle est une vraie auteure.

Le livre est publié par les éditions Globe, créées en 2013 par Valentine Gay et appartenant au groupe l’Ecole des loisirs. Cette maison a une politique éditoriale assez pointue. On se souvient de l''extraordinaire livre de Stefano Massini, Les Frères Lehman, paru l'an dernier. Les couvertures interpellent et le contenu bien évidemment. Gabriel Gay a conçu un visuel intrigant et joyeux qui s'accorde au dynamisme de l'écriture.

présente parfaitement le propos. Il serait stupide d'essayer de faire plus juste :
Les parents sont des enfants comme les autres. Julie, quarante-six ans, a fait son lit et rangé sa cuisine équipée après le départ de ses enfants pour l’école. Elle est écrivain et musicienne et, aujourd’hui, elle a rendez- vous avec Julie, treize ans, avec sa jeunesse.
Sur les photos d’époque, ses enfants ne la reconnaissent pas. Leur mère, crâne rasé, joint au bec, violon dans la nuit du Berlin d’après le Mur, leur mère enroulée dans un camion qui traverse les nouvelles frontières et mène aux scènes underground d’Europe de l’Est ? Inimaginable.
Et la gamine survoltée qui a la rage et hurle dans le micro, est-ce qu’elle reconnaîtrait la femme mûre qu’elle ne pensait jamais devenir ?
Ce livre, c’est le groupe qu’elles forment à elles deux. Sa musique est pugnace, douce-amère, entêtante. Dans sa lucidité, elle nous berce tous.
Je n'imaginais pas que la puéricultrice ultra sérieuse de Chambre 2 avait succédé à une adolescente absolument déjantée. Elle revient donc sur les années qu'elle a passées sur les routes, sillonnant l'Europe pour se produire sur des scènes le plus souvent "alternatives" en France et en Allemagne.

Julie Bonnie n'aurait pas pu se souvenir avec autant de détails de chacun des concerts si un des membres du groupe, Ben, n'avait pas conservé dans une malle les archives de Myosotis. Et c'est sur une de ses notes que le livre se termine.

La sincérité avec laquelle elle relate cette période (dont on se demande comment ses parents ont pu la laisser faire car elle a tout de même couru pas mal de dangers même si elle s'en est fort bien sortie) est stupéfiante. Elle passe du "elle" au "je", mettant ainsi à distance la jeune fille qu'elle était et dont on se demande ce qui a subsisté, outre la musique puisqu'elle joue encore du violon, mais plus "sagement" dirions-nous si j'en crois les morceaux que j'ai pu glaner sur le web.

Julie Bonnie donne juste ce qu'il faut d'explications pour que le lecteur ait autant d'empathie pour la jeune musicienne que pour l'auteure qu'elle est aujourd'hui. On ne juge pas. On partage cette aventure qui valait le détour (p.11) et qui est si loin du romantisme du mythique Grand Bleu de Luc Besson (1988) qui a ému toute une génération. Julie part dans un territoire qui n'est pas glamour pour un sou, de l'autre coté du mur (de Berlin) qui, même s'il vient de s'effondrer, demeure une cicatrice entre deux mondes.

Le texte de Julie parlera différemment à ceux qui ont connu cette époque (même s'ils n'ont pas voyagé à l'Est) et aux plus jeunes qui ont une autre vision de l'Europe ... et de la musique.  

Il est important malgré tout de comprendre la fragilité de sa personnalité qui l'entraînait dans les gouffres de la mésestime, de la haine de soi, de cet affreux sentiment d'incapacité (...) capable de se saborder, d'abandonner, de détruire, de fuir (p.164). C'est parce qu'elle a croisé des gens qui l'ont encouragée qu'elle à pu surmonter les démons. C'est universel, mais c'est important de le marteler. Et c'est sans doute l'essentiel du message qu'elle transmet à la jeune génération en répondant à la question teintée de surprise, C'est toi, maman, sur la photo ?

Il ne se dégage pas de nostalgie malsaine, pas de regret non plus. La puissance des sentiments de et pour Nicolas, l'-batteur du goure, qui en fut le manager, et qui est devenu le père de ses enfants, au sein d'une famille toujours soudée, a du compter pour beaucoup aussi.

Ce livre est à lire, qu'on soit à un moment ou à un autre du parcours. Accessible aux adolescents comme aux adultes.

Julie Bonnie, née à Tours il y a quarante-sept ans, enchaine les vies. Une vie de bonne élève de bonne famille. Une vie de tournées punk-rock en camion et de scènes alternatives dans toute l’Europe. Une vie de mère, et une d’auxiliaire de puériculture pendant une dizaine d’années. Une vie d’écrivaine de chansons, de livres pour la jeunesse et de romans à présent.

C’est toi, Maman, sur la photo ? de Julie Bonnie, éditions Globe, parution le 1er Mai 201

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