Je suis allée voir L’Ecole des femmes mise en scène par Robin Renucci avec un peu d’inquiétude. Allais-je aimer cette version et que pourrais-je en dire de positif après avoir été si enthousiaste à propos de celle de Frédérique Lazarini il n’y a pas six mois ?Que du bien ! Si j’osais une comparaison culinaire je dirais que ce sont deux plats proposés avec des parfums différents, de l’ordre de ceux entre lesquels on n’arrive pas à choisir.
Comparaison n’est pas raison et je ne vais pas me lancer dans cet exercice stupide. Ma seule recommandation est de vous conseiller d’aller voir les deux. Vous vivrez deux très belles soirées.
Molière ne décrit pas l’endroit où Arnolphe séquestre la toute jeune Agnès mais on comprend que le "logis" est isolé, que les deux gardiens doivent en maintenir la porte close mais qu’il y a tout de même un balcon, donc une ouverture possible sur le monde. Robin Renucci a eu la très bonne idée de faire de ce lieu un vrai personnage qui respire (la fumée s’échappe de la cheminée tout au long de la représentation), qui ronfle, qui tousse (à s'en décrocher une latte de temps en temps), qui s’énerve (on devine le feu à l’intérieur), qui s’étonne (et la loupiote de l’entrée clignote).
Lisa Navarro, la scénographe, a ainsi conçu un dispositif évolutif qui, au départ s’apparente à une maison de bois isolée du sud américain, avec un porche sous lequel on aimerait se balancer dans un rocking-chair comme on a pu en voir dans la filmographie de Spielberg (La couleur pourpre par exemple), annonçant donc une grande histoire avec de multiples rebondissements. À la fin, ce ne seront que ruines mais Agnès sera sortie de sa chrysalide.
On remarque évidemment les godillots accrochés par leurs lacets au fil électrique. Le "shoe tossing" est souvent associé aux Etats-Unis à la mémoire d'une personne décédée à proximité mais en Australie on lance des chaussures pour marquer un moment important et je regrette de ne pas avoir noté l'instant où Agnès les décroche, sans nul doute quand elle a commencé à s'affranchir de la tutelle d'Arnolphe.
Tout est signifiant et c'est un des plaisirs de ce spectacle qui ne prend pas le spectateur pour un ignare. Horace entre à jardin avec un vieux transistor diffusant Every Breath You Take de The Police (composé et chanté par Sting en 1982). On pense alors que c'est un signe de joie du jeune homme parce que l'air est entrainant et qu'il a marqué la jeunesse de nombreux spectateurs. Cet anachronisme n'est pas anodin. Il faut être attentif aux paroles. Elles décrivent à la perfection les obsessions de contrôle d'Arnolphe, ce qui justifie tout à fait qu'Agnès se débarrasse de l'objet dans la poubelle à la fin du spectacle.
Il parait que le metteur en scène a voulu représenter la peur masculine de perdre le contrôle face à l'émancipation des femmes. Si le sujet était déjà d'actualité en 1662 quand Molière a commencé à écrire la pièce il continue de résonner de nos jours.
Arnolphe (François Morel) réagit en se défendant et avec une certaine agressivité, perçue plus ou moins par le public. Ici, à Antony, son comportement a été compris au second degré, et le rire l'a emporté sur l'indignation alors que j'ai entendu dire que ses tirades furent souvent huées lors des représentations aux fêtes nocturnes du château de Grignan l'été dernier. Il faut dire que le comédien aura été souvent très proche des spectateurs, les prenant en quelque sorte à témoin, et parvenant habilement à les amadouer.
Les costumes de Benjamin Moreau s'inspirent de l'univers du néoréalisme italien et ont été coupés dans des tissus dont les teintes s'accordent avec le décor. On remarquera que la tenue d'Agnès (Juliette Cahon) est sans doute celle qui évolue le plus, symbolisant sa libération du carcan éducatif imposé par son tuteur.Il faut saluer l'admirable travail de composition des comédiens, faisant oublier que certains d'entre eux jouent plusieurs rôles.
Il ne faut pas manquer ce spectacle qui se joue du 13 au 17 octobre au Théâtre Firmin Gémier / Patrick Devedjian d'Antony (92) mais aussi les 30 et 31 janvier à L’Onde de Vélizy-Villacoublay (78), avec entre les deux une longue tournée en région.
L'École des femmes de Molière
Mise en scène de Robin Renucci
Avec François Morel, Juliette Cahon, François Deblock, Luc-Antoine Diquéro, Sven Narbonne (en alternance avec Simon Alopé), Chani Sabaty, Igor Skreblin.

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