Publications prochaines :

La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.
Affichage des articles triés par date pour la requête caviar. Trier par pertinence Afficher tous les articles
Affichage des articles triés par date pour la requête caviar. Trier par pertinence Afficher tous les articles

jeudi 9 avril 2026

Je suis allée chez Ypseli

J’avais rencontré Syméon Kamsizoglou et Delphine Pique à l’ambassade de Grèce à l'occasion de la présentation de leur livre éponyme, à la fois récit de voyage, guide culinaire et livre de recettes, que j'ai d'ailleurs déjà chroniqué ici.

La métaphore de la ruche, Ypseli en grec, leur va admirablement. Je ne sais pas si je parviendrai aujourd'hui à "tout" dire à propos du concept parce qu'il est aussi complet qu'un concept-store mais nous allons tenter.

Ypseli a trouvé sa place dans un bâtiment conçu par l’architecte François Constant-Bernard, qui présente sur la rue Réaumur une succession de travées identiques, très largement vitrées et encadrées de pilastres. L'espace de 600 m2 a permis d'organiser deux espaces indépendants, ayant chacun leur entrée et leur identité, pilotés par deux équipes dédiées. D'un côté le restaurant, sur lequel je reviendrai plus loin, de l'autre l'épicerie-taverne où le service est très convivial, sans service à table (mêmes s'il y a du personnel de débarassage). Avec aussi une longue terrasse sur le trottoir.
On peut encore voir une horloge spectaculaire à l’angle avec la rue Saint-Denis et si on peut toujours lire GOBERT-MARTIN au-dessus des vitres ce n'est pas le nom des occupants actuels mais ceux des fondateurs, Jean-Baptiste Gobert (1848-1921) et sa femme, Lucia Martin, fille de Félix Martin (directeur de grands magasins en Belgique).

A Réaumur fut un des premiers Grands Magasins à proposer des articles de confection de grande qualité à prix attractifs avant de lancer également la vente par correspondance, bien avant les grandes enseignes du Nord comme la Redoute (1922). Pourtant le succès fut de relative courte durée avec une fermeture dans les années 1960 mais les bâtiments ont été conservés.

L'inauguration de l'établissement parisien se fit en 1897 et en grande pompe en présence du président de la République, Félix Faure. A cette époque, la rue Réaumur est un véritable laboratoire d’une nouvelle architecture utilisant la charpente métallique et libérant ainsi de grandes surfaces vitrées. Entrons aujourd'hui côté épicerie.
Le Taboulé (en bas à gauche) et la Salade d'aubergines en bas à droite) composée d'aubergines, roquette, metsovone fumé, tomates cerises, oignon sont les premiers à être en place. Le comptoir est attrayant avec un grand nombre de plats parmi lesquels on compose sa salade (l'assiette qui est présentée en tête d'article en est un exemple) que l'on agrémente en fonction de son appétit en ajoutant fromage, brochette, légumes frits … des Kolokythokeftedes, qui sont des beignets de courgettes aux herbes bien gonflés (p.68), voire bien entendu une portion de moussaka. J’ai apprécié que les substances possiblement allergènes soient systématiquement  mentionnées systématiquement.
Si on est pressé on pourra opter pour un sandwich dans un pain pita. Les produits font la loi et la saisonnalité impose son rythme. Mais il existe des incontournables comme la Stanakopita, tourte traditionnelle aux épinards et à la feta, que je vous montre tout juste sortie du four. Elle était à l’origine préparée avec les herbes sauvages cueillies autour de chez soi. Depuis les épinards se sont imposés mais elle pourra aussi être faite avec des blettes.
Vous en avez une recette approchante p. 252. Il vous faudra des oignons, des épinards frais revenus, et des herbes aromatiques comme  persil plat, aneth et menthe et puis bien sûr de la fêta, qui sera émiettée à la main. Chez Ypseli on évite pour ce plat la pâte phyllo, préférant la faire à la main (un peu comme une pâte brisée finement étalée). En Grèce ça se grignote à toute heure, chaud ou tiède.

Et s'agissant d'un dessert la
 Karidopita (gâteau aux noix) sera toute l'année présente.
Comme sans doute le très classique gâteau à l'orange Portokalopita (de portokali orange, pita gateau) un dessert de grand-mère dont la recette est page 230 du livre Ypseli.
Devant de gauche à droite la brioche "Tsoureki" caramel, cannelle, chocolat, noisettes, puis le Halva à la semoule et aux fruits secs, cannelle, orange et huile d'olive, et la Galatopita, ou tarte au lait de brebis, qui est une sorte de flan.

vendredi 20 février 2026

Ypseli, une taverne, un traiteur, une épicerie fine, une cave à vins … et un livre

C’est toujours avec émotion que je me rends à l’invitation d’une ambassade.

Il y a deux semaines la représentation diplomatique de la République hellénique auprès de la République française rassemblait aussi bien des convaincus que quelques personnes ignorant tout de la cuisine grecque mais prêtes à la découvrir.

Symeon Kamsizoglou a parcouru le pays avec sa femme Delphine, de Thessalonique à Athènes en passant par Corfu, la Crète, les Cyclades, Metsovo et Meteora. Pendant deux ans ils ont recherché les meilleurs producteurs, vignerons et artisans. Ce périple, ponctué de rencontres et découvertes, aboutit en 2025 à la création de leur maison dédiée à la gastronomie grecque, Ypseli, ainsi qu’au livre éponyme.

Celui-ci, dont la couverture inscrit clairement l’ouvrage dans l’univers de la péninsule grecque, est autant un guide de voyage qu’un recueil des recettes qui incarnent l’art de vivre et la cuisine de ce pays. Ypseli incarne un certain art de vivre.
Il est de coutume, au cours d’un tel moment, de partager un verre et de grignoter quelque chose. Symeon et Delphine étaient venus avec quelques-unes de leurs spécialités, tout juste sortis de leurs cuisines, des feuilles de vigne farcies (dont la saveur est loin des dolmas qu’on a l’habitude de consommer en conserve), des beignets de potimaron, inspirés par la recette classique des beignets de courgette (p. 68 du livre), à plonger avec gourmandise dans un le tzatziki frais (p. 64) et d’appétissants plateaux de spanakopita, une délicieuse tourte fondante aux épinards, qui n’a pas été réalisée avec de la pâte filo mais quelque chose qui évoque plutôt le croquant de la pâte brisée de nos quiches lorraines. Une variante, appelée hortopita nous est donnée p. 252.
C’était simple et authentique, ce qui n’est pas si fréquent. Ces plats ont été accompagnés, au choix, et en toute modération parce que l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, par un vin blanc et un rouge, grecs bien entendu.
Le mot taverne nous intrigue parce que pour nous, français, il ne correspond pas à une réalité moderne alors qu’en Grèce il est aussi patrimonial que le serait le terme de guinguette, même s’il n’en existe plus guère d’authentique dans notre pays.

Ce sont les gaulois qui ont imaginé des lieux où ils pourraient écouler leurs vins. Et ce furent les premières tavernes. Plus tard on commença à y servir à manger comme dans les auberges.

Les auteurs ont voulu mettre en valeur la gastrotaverna, qui pourrait peut-être correspondre au mouvement qui a désigné l'évolution de la cuisine servie dans les bistrots français sous le terme de bistronomie, à ceci près que les établissements mis en valeur dans Ypseli sont restés simples dans la présentation de leurs plats.

Le mot résonne comme un nom de code, un sésame magique, ouvrant les portes d'un monde de saveurs authentiques. On y trouve la recette du meilleur caviar d'aubergine (p. 46) qu'on aura malgré tout du mal à reproduire, faute d'avoir des produits d'aussi bonne qualité (comme pour faire une vraie salade grecque, p. 62) mais on aura appris que le secret est dans l'égouttage et le repos.

Le poulet dit "à la grecque" n'est pas éloigné de celui que ma mère cuisinait le dimanche, bien qu'elle n'ajoutait pas d'huile mais du beurre, ce qui me fait penser qu'une de mes amies grecques m'a confié avoir découvert cet ingrédient seulement à son arrivée en France.

Il y a plusieurs manières de cuisiner les gros haricots. Sans avoir exactement la même variété il me semble que les haricots de Soissons (délicieux) pourront faire l'affaire. Les frites sont toujours découpées "en coin de rue". Il faut le coup de main pour garder un côté bombé et un côté plat avant de la couper en faisant des angles.

Je pense que je n'aurai jamais le bonheur de déguster une moussaka comme celle qui est décrite p. 108 à moins que celle qui est servie dans le restaurant de la rue de Réaumur s'en approche. Ce que je sais c'est que chaque cuisinier a sa manière d'assaisonner les ingrédients si bien que le plat n'a pas exactement le même goût selon les équipes, et c'est ce qui participe à l'authenticité de la cuisine.

L'ouvrage se feuillette en prenant le temps de rêver, aux saveurs, aux odeurs, en s'imprégnant progressivement de la spécificité de cette cuisine. C'est un voyage dans l'espace et dans le temps, suggéré par les superbes images de Stanislaw Boniecki qui a travaillé en argentique, ce qui donne à ses clichés un grain tout particulier.

J'ai beaucoup apprécié la présence de plusieurs index, par lieux, par nom de recettes et par ingrédient, ce qui facilite grandement le repérage.

Cette approche de la culture gastronomique grecque est bien entendu à concrétiser en se rendant chez Ypseli dont voici quelques photos.

samedi 24 janvier 2026

Déjeuner hivernal chez Vendémiaire

Je connaissais ce restaurant que j'appréciais beaucoup. Apprenant son changement de chef je me suis interrogée sur son évolution. Allait-il poursuivre dans la même direction ou opérer un changement de cap ?

Je suis donc revenue chez Vendémiaire. Le contexte était différent, preuve que les lieux sont modulables.

Etant sans doute plus attentive j'ai remarqué cette fois la mention "Brasserie française" revendiquée sur le rideau et sur chaque assiette. Et pourtant, je viens de vérifier avec les photos que j'avais prises en novembre 2024, elles n'ont pas été changées.

La chef pâtissière Asia Goncalves qui avait magnifiquement clôturé mon déjeuner, avec une Tartelette au chocolat Tulakalum 75%, praliné noisette et grué, est toujours là, et plus encore puisqu'elle exerce davantage de responsabilités, secondant le chef, sans abandonner la conception et la réalisation des desserts.

Je gouterai plus tard une tuile de sa conception qui témoigne du mouvement que l'établissement a entrepris.

Plus discret, mais tout aussi important, la playlist qui est diffusée est désormais uniquement composée de chansons françaises (ou du moins francophones car on entend Céline Dion) et c'est fort agréable. Tout à l'heure j'entendrai Stephan Eicher affirmer sa volonté de déjeuner en paix … histoire d'oublier que les nouvelles sont mauvaises.
J'étudie la nouvelle carte en dégustant (en toute modération comme il se doit, sachant que l'abus d'alcool est préjudiciable à la santé) un des cocktails proposé depuis depuis l'ouverture. Le choix n'a pas bougé parce que les propositions sont très abouties en raison du très grand nombre d'alcools français présents chez Vendémiaire, y compris en digestifs.

J'opte pour le Spritz Pampelle qui, avec un Crémant alsacien et une eau pétillante, est une version 100% française du cocktail si connu, presque galvaudé, et qui ici deviendrait quasi gourmand, accompagné d'une vraie tranche de pamplemousse, avec un peu moins d'amertume que dans la version italienne originale.

Pampelle est distillé à Cognac, à partir d'une variété corse de pamplemousse Star Ruby certifié bio, choisie pour l’intensité de sa couleur et sa saveur. Après macération des fruits, une partie est distillée dans des alambics en cuivre, afin de renforcer les arômes naturels d’agrumes. À ceux-ci sont ajoutés des écorces d’autres agrumes comme le cédrat français (mais aussi du yuzu du Japon et du bigarade d’Haïti) puis de l’écorce de quinine, des bitters de racine de gentiane, et l'eau-de-vie.

Je remarque qu'une formule s'est glissée depuis cette semaine dans la carte, sous le nom évocateur de "Brèves de comptoir", née de la volonté d'innover du chef Jeffrey Quetin.

Pensée pour celles et ceux qui souhaitent manger rapidement sans renoncer au plaisir, cette proposition à 25€ comprend un plat, un verre de vin (ou une autre boisson) et un café, autour des grands classiques bistrotiers français : croque-monsieur, soupe à l’oignon ou encore tartare-frites... Une cuisine sincère, accessible, à savourer sur le très beau marbre blanc du comptoir.
Intriguée, j'interroge un client qui semble se régaler d'une soupe à l'oignon qui à elle seule "vaut le détour". Il n'a jamais rien mangé d'aussi voluptueux, et il est vrai que c'est un plat d'anthologie. Je crois que le souvenir de la première cuillerée restera imprimé dans ma bibliothèque gustative.

Le bar est un espace qui se déploie largement et qui peut, avec une offre spécifique, aura une forme d'indépendance. Celle-ci va se renforcer Avec l'ajout de deux rideaux et d'un panneau de bois qui créeront un espace potentiellement privatisable, pour un évènement ou un after-work.
Un autre mord avec appétit dans un croque-monsieur. Invitée à en partager un morceau je comprends ce que Vendémiaire Nadd-Mitterrand (en photo en tête d'article avec Eloi Poch, son directeur de salle) entendait lorsqu'il m'avait annoncé qu'il voulait inscrire "un croque-monsieur intéressant".

Le pain est "signé" Jean-Luc Poujauran, taillé dans la grande largeur du pain, jambon et Comté sont fournis par Chatin. Il est sans béchamel, travaillé avec un beurre foisonné mi beurre demi-sel mi beurre doux, bien marqué, avec une croute colorée finie au four, gourmand et généreux, et un tour de moulin à poivre au dernier instant.
Me voici préparée à découvrir la cuisine du nouveau chef. Jeffrey Quetin (ci-dessus) a travaillé aux côtés de plusieurs chefs étoilés en Belgique et à Paris, notamment chez Maison Rostang**, L’Orangerie** du George V et Le Gabriel*** à l’Hôtel La Réserve, dont il était sous-chef. Je comprend qu'on lui ait confié les rênes de Vendémiaire pour y faire triompher la cuisine française avec exigence, en conciliant tradition et création et je suis impatience d'en découvrir l'interprétation.

vendredi 16 janvier 2026

Isidore Leroy présente sa nouvelle collection

La maison Leroy est un éditeur et fabricant de papier peint haut de gamme depuis plus de 150 ans. J'avais découvert ses créations à l'occasion d'une édition de Maison & objet et j'ai été invitée cette année dans le show-room pour la présentation des nouveautés … 

La marque avait fait un autre choix que d'exposer à Maison & Objet en choisissant plutôt Paris Déco Off, un événement gratuit, ouvert aux professionnels comme au grand public, comme plus de 150 Maisons qui préfèrent accueillir dans leur showroom pour présenter leurs nouvelles collections en avant-première.

A titre d'exemples il y avait parmi eux, et vous constaterez que peu de pas les séparent :
  • Charles Burger au 4, Houlès au 13 rue du Mail, Paris 75002
  • Pierre Frey au 27, Nobilis au 38 rue du Mail - Paris 75002
  • Tribù avec un pop-up au 5, Manuel Canovas au 6 rue de l'Abbaye - Paris 75006
  • Fortuny au 17, le Jacquard français (présent aussi sur Maison & Objet) au 28 et Jules Pansu au 42 rue Bonaparte Paris 75006
  • Deyrolle, 46 rue du Bac - Paris 75007
Pour saisir l'ADN de la Maison il faut remonter au début du XIXᵉ siècle, alors que l’industrie du papier peint stagne et peine à prendre le virage de l’industrialisation en raison de la difficulté technique à mécaniser la fabrication.

Louis Isidore Leroy (1816-1899) va alors révolutionner le secteur en inventant des machines permettant l’impression continue et en plusieurs couleurs, inspirées des techniques textiles. Nous sommes en 1842, et la date figure sur tous les catalogues, et l'entreprise éponyme est fondée à Paris.
Elle connaît un essor rapide. Elle est récompensée aux Expositions universelles de 1855 et 1867. Ses innovations sont brevetées. Ses collections se diversifient et elle s’impose alors comme un acteur clé du renouveau technique et artistique du papier peint.
Louis Isidore cède l’entreprise à son fils Charles en 1879. Durant la Belle Époque, l'entreprise continue de prospèrer en incarnant le luxe et le confort ostentatoire, restant à la pointe du style grâce à ses dessinateurs et artistes en vogue. Un quart de la production est alors exportée. Maurice-Isidore (1877-1933), le fils de Charles, poursuit la modernisation et fait construire une usine à St Fargeau Ponthierry. Il supervise en 1912 le déménagement de l'entreprise dans cette commune dont il sera le maire jusqu'en 1929. Elle est aujourd’hui préservée et visitable.

La maison Leroy connaît son apogée, portée par l'engouement pour les arts décoratifs dans les années 20, en s’inspirant des courants Art nouveau et Art déco. Ses créations adoptent une esthétique basée sur la logique constructive et l'abondance de formes géométriques telles que les cercles, les triangles et les losanges. Ces motifs évoquent le mouvement et la dynamique d'une génération enthousiasmée qui découvre l'avion, l'automobile et les délices du sport.
Le papier peint s’imposera dans les foyers, porté par des styles fleuris et colorés tout au long des années 70 où personne ne craignait de vivre dans des pièces aux motifs chargés. Isidore Leroy en profite pour innover avec des collections audacieuses, notamment le succès du Twin Set et le papier non-tissé dès 1972, atteignant son apogée en 1970 en tant que leader européen.
La fin des années 1970 est brutalement marquée par une crise qui s'accompagne de la disparition de la plupart des industriels papetiers d'ameublement français. Leroy n'est pas épargnée par la hausse des coûts et la concurrence étrangère, ce qui provoqua sa fermeture en 1982.

mardi 9 décembre 2025

Le Grand Tasting de novembre 2025

Je ne suis pas Le Grand Tasting Paris depuis sa création, il y a vingt ans, mais on peut tout de même considérer que je suis une fidèle de l'évènement organisé par Bettane+Desseauve.

Le duo bien connu des amateurs des oenophiles a eu l’envie de créer un festival où se réuniraient les producteurs les plus doués, les plus innovants, les plus passionnés et les plus déterminés à faire briller la civilisation de la vigne et du vin. Depuis et grâce à tous les amoureux du vin, leur festival est devenu un rendez-vous hors du commun.

A tel point que cette année, pour le 20e anniversaire, nous fûmes près de 15 000 à nous y rendre.

Si je suis restée une journée entière, j'ai dégusté en toute modération et je n'ai pas multiplié les rencontres de manière à rester plus longtemps sur chaque stand visité.

J'aurais pu oublier cette recommandation à mon premier arrêt puisqu'il s'agissait d'une marque proposant des boissons sans alcool. J'essaie régulièrement d'en goûter et je suis jusqu'à présent toujours déçue. Cette fois je pourrais presque dire que ce fut une révélation.

Fondée en 2017 à Copenhague, Sparkling Tea incarne la fusion de l'innovation nordique et du savoir-faire asiatique en matière de thé. Elle est élaborée artisanalement, exclusivement à partir d’ingrédients biologiques de premier choix et d'un assemblage pouvant contenir jusqu'à 13 thés biologiques différents combinant des thés blancs délicats, des thés noirs plus intenses et corsés, ou encore verts et oolong, qui seront infusés manuellement à différentes températures et différentes durées. On comprendra que la précision et le savoir-faire sont essentiels pour créer le goût, la texture et surtout le bon rapport tannique.

La gamme se compose de six boissons effervescentes naturellement sans alcool. Ce point est capital car très souvent les "vins" sans alcool sont des breuvages désalcoolisés. Elle est disponible sans alcool (0 %) mais aussi avec une teneur réduite en alcool (5 %), avec la promesse d'apporter une touche de raffinement à toutes sortes de moments festifs.

L'histoire a commencé pour pallier une difficulté rencontrée en 2010 par un sommelier danois Jacob Kocemba se trouvant dans l'incapacité d'accorder un dessert avec un vin alors qu'il avait à sa disposition une cave de plus de 1 700 références. Il travaillait alors dans un restaurant étoilé Michelin à Copenhague, au Danemark. La solution lui est alors venue avec un extrait de thé maison, composé d'un mélange de thés d'exception. Il a alors imaginé des thés pétillants et depuis, grâce à des centaines d'essais, il a mis au point des combinaisons qui constituent la base des différentes versions de Sparkling Tea.
Cette nouvelle boisson a rapidement rencontré un vif succès et est devenue la préférée des clients du restaurant, ce qui l'a autorisé à rêver d'en faire une nouvelle catégorie de boissons à l'échelle mondiale. Pour cela il fallait s'associé à quelqu'un qui ait une ongue expérience en développement commercial. Ce fut Bo Sten Hansen en 2017.

Ensemble ils ont fondé Copenhagen Sparkling Tea Company, et ont vendu leur première bouteille en mai 2017. La croissance est fulgurante. La boisson est désormais distribuée dans plus de 50 pays et servie dans plus de 100 restaurants étoilés Michelin à travers le monde. A Paris on peut citer celui de Pierre Gagnaire.

L'équipe était venue au salon avec trois propositions (sur les six que compte actuellement la marque) que j'ai toutes dégustées dans cet ordre : BLÅ (florale), LYSEGRØN (plus classique, fraîche et citronnée) et LYSERØD (qu'on peut qualifier de sèche) … des noms un peu complexes à mémoriser pour nous autres français. Si j'ai ma préférence il n'empêche que je reconnais le potentiel de ce type de produit qui pour moi est pour l'heure la meilleure boisson pétillante sans alcool … à égalité tout de même avec le pétillant des Vergers de la Silve. Disons que c'est une alternative très intéressante pour ceux qui ne veulent pas une boisson au goût de pomme.

J'ai été amusée de réaliser qu'à l'instar d'un vin je humais le parfum qui se dégageait et j'avais le réflexe de faire tourner le breuvage dans le verre. Effectivement, chaque version de thé pétillant possède son propre caractère unique. Par contre ils sont tous bio et vegan avec une durée de conservation de 2 ans à compter de la production. Et s'agissant de la teneur en sucre il faudra y être vigilant. Elle est respectivement de 50, 40 et 20 g/l pour la dernière bouteille dégustée.

vendredi 12 septembre 2025

Moi qui t’aimais, un film de Diane Kurys

Moi qui t'aimais, projeté en clôture du festival Paysages de cinéastes, aura été une véritable heureuse surprise et je ne pense pas être la seule à pouvoir le dire.

D'abord parce que c'est un film qui ne triche pas. Il commence sur une scène de maquillage des deux acteurs principaux, signifiant par là que s'ils vont endosser un rôle ils ne prétendront jamais être Simone, pour Marina Foïs, pas davantage qu'Yves pour Roschdy Zem.

C'est si bon est la chanson qui accompagne ce moment et Marina, alias Simone, précisera dans l'interview qui suivra qu'elle n'a pas été écrite pour l'acteur comme beaucoup de gens le supposent mais qu'il s'agit d'une vieille chanson française. On devine à travers cette anecdote combien la réalisatrice Diane Kurys a effectué un immense travail de documentation. Et de fait elle a lu et regardé pendant plusieurs années tout ce qu'il était possible de s'approprier afin de maitriser le moindre détail.

Nous comprenons que l'entretien a lieu juste après la cérémonie des Oscars au cours de laquelle Simone reçut la statuette (voir en fin de publication quels sont les français à l’avoir eue) et qu'il se déroule dans la maison de location dédiée au couple à Los Angeles, le fameux bungalow 21 qui a fait l'objet d'une pièce de théâtre dont les éléments sont parfaitement semblables, si bien que les dialogues ne m'ont pas surprise.

Je ne sacrifie rien du tout, prétendra la comédienne qui refusera toujours le rôle de victime, en tout cas pas sa carrière (ce qui n'est pas si certain que ça car elle a compris le risque qu'il y a à s'éloigner de Montand le temps d'un tournage. Son séjour à Rome fut fatal et précipita son aventure avec Marilyn Monroe). On s'aime et on s'aime bien dit-elle pour conclure.

Nous voilà ensuite de retour en France, dans leur appartement surnommé la Roulotte, au 15 de la place Dauphine, une ancienne petite librairie transformée en duplex par le couple en 1951 et qui est restituée plus vraie que nature. Simone détestait cuisiner et ne préparait jamais les repas. Elle était donc idéalement située à côté d'un restaurant qui s’appelle maintenant Le caveau du palais et où plusieurs photos évoquent toujours le duo mythique qui y fut si souvent attablé.
On y voit Simone tricoter en faisant répéter un rôle à Yves. Cette situation ne m'étonne pas car je me souviens d'elle, tricotant à l'écran (je crois qu'il s'agit des Diaboliques, dans une scène se déroulant au bord d’une piscine) pas plus que je ne sois pas surprise que cela agace Montand, à cause du bruit des aiguilles et surtout sans doute de sa capacité à faire deux choses en même temps alors qu'il peine à mémoriser ses dialogues. Alors il raille : Fait du tricot ! Faut faire ce qu'on sait faire !

J'en ai rien à foutre de ma gueule prétendra Simone qui fut tout de même d'une beauté totalement comparable à celle de Marilyn dans Casque d'or (elle était alors aussi blonde que l’actrice américaine) et qui restera longtemps hantée par cette liaison.

Moi qui t’aimais est un biopic s’étendant sur les douze dernières années du célèbre couple : Simone Signoret (1921-1985) et Yves Montand (1921-1991. Il a été présenté dans la section  "Cannes Classics" du Festival de Cannes 2025. Diane Kurys a retravaillé avec Martine Moriconi, avec qui elle avait écrit le formidable scénario de Sagan (2008) et il leur fallu cinq années pour celui-ci, en s’inspirant pour les premières années par le livre de Simone Signoret, La nostalgie n’est plus ce qu’elle était (1976). Elle a  resollicité Philippe Sarde pour la musique, 35 ans après le film La Baule-les-Pins (1990).

Nous y reverrons aussi, mais leurs noms de famille ne sont pas cités, Claude (Sautet) et le personnage de Paul dans le film Vincent, François, Paul et les autres où Paul et interprété par Serge Reggiani qui restera l'ami fidèle et le confident de la comédienne, et puis François (Périer). Gravitent aussi autour du couple le plus célèbre de l’époque, Nadine (Trintignant), Alain (Corneau, le futur mari de Nadine), Jean-Louis (Trintignant, qui vit alors une histoire d'amour avec Romy Schneider).

Le titre du film est emprunté à la chanson, Les Feuilles mortes écrite par Jacques Prévert. Il comporte une certaine ambiguïté puisque si ce sont des mots que chantait Montand il est vraisemblable que les sentiments de Simone étaient plus forts, en tout cas si on prend en considération la somme des infidélités du mari, et en dépit de cette affirmation : Elle l’aimait plus que tout, il l’aimait plus que toutes les autres.

Qui pourrait juger images et dialogues ? Je veux bien croire que Diane Kurys a effectué un immense travail de documentions et je pense qu’il faut visionner un tel film pour ce qu’il est, une oeuvre comportant une certaine part de fiction et qui est interprétée par des comédiens qui ne cherchent pas à copier leur modèle mais à en restituer le caractère. A commencer par Roschdy Zem et Marina Foïs mais aussi Thierry de Peretti (Serge Reggiani), Vincent Colombe (François), Raphaëlle Rousseau (Catherine Allégret), Sébastien Pouderoux (Alain Corneau), Leonor Oberson (Nadine Trintignant), Timothée de Fombelle (Jean-Louis Trintignant) et Cécile Brune qui est Marcelle, la fidèle employée de maison.

Si on part du principe qu’il serait inopportun de remettre en cause les dialogues on acceptera de voir en Montand un homme égoïste, souvent de mauvaise foi (ce qui n’a pas manqué de faire régulièrement réagir le public), n’ayant aucun frein à reconnaître "Moi, je mens tout le temps".

S’il est vrai, et ça l’est sans doute car Diane Kurys savait que chaque phrase serait décortiquée, la réflexion d’Yves le soir de la remise des Césars est assez significative de sa jalousie. Apprenant la nouvelle devant la télévision il note On lui a donné le César (pour La vie devant soi en 1978 dont Simone eut le grand courage d’accepter le challenge d’endosser le rôle de madame Rosa), ce qui blesse Catherine, la fille de Simone (qu’Yves avait adoptée) qui, furieuse, interroge : donné ou gagné ?

On comprend qu’on lui reproche de "ne pas savoir partager la lumière". Mais on peut aussi admettre que ni pour elle ni pour lui il n’a été facile de passer de Casque d'Or à La vie devant soi. Etre l'amant de Casque d'Or, c'était facile, mais il a fallu beaucoup d'amour pour aimer Madame Rosa.

L’amour est une donnée relative … entre Simone qui se défend : Ça me plait bien d'avoir un homme qui plait bien … et Yves qui crâne …  On se dispute, ça prouve qu'on est vivant. Entre elle qui se plaint : T'as pas arrêté de me quitter, et lui qui répond : Oui mais je suis toujours revenu.

Toujours, certes, mais jamais définitivement. Il épousera Carole Amiel (qui ne fut pas la première, mais sans doute la dernière) deux ans après le décès de Simone mais il la connaissait depuis plus de treize ans même si leur liaison n’avait pas démarré dès la première rencontre … à La Colombe d’or, hotel iconique de Saint-paul-de-Vence où il séjournait souvent avec Simone et dont Diane Kurys nous offre de belles séquences.

Sans doute est-il exact qu’il ne pouvait pas vivre sans elle. Des moments heureux nous sont montrés comme la grandiose fête d'anniversaire de Simone au caviar chez Prunier. Mais il est probablement exact aussi qu’il ait raillé qu’on devrait faire un film sur nos engueulades, ce serait drôle.

La réalisatrice s’y est en quelque sorte employée mais elle ne passe pas sous silence les engagements politiques du couple et leurs déceptions à propos de l’URSS lorsque la tristesse qu’ils perçoivent dans le regard des gens leur démontre qu’ils se sont fourvoyés.

Simone meurt 20 septembre 85 et Yves 6 ans plus tard. Le film s'achève sur la musique de la chanson d'Hélène des Choses de la vie (encore un film de Sautet) dont les paroles sont d’une cruauté acide :

L'histoire n'est plus à suivre et j'ai fermé le livre
Le soleil n'y entrera plus
Tu ne m'aimes plus

Moi qui t'aimais, réalisé par Diane Kurys
Scénario de Diane Kurys et Martine Moriconi
Avec Roschdy Zem, Marina Foïs, Thierry de Peretti, Vincent Colombe, Raphaëlle Rousseau, Cécile Brune, Sébastien Pouderoux, Leonor Oberson, Timothée de Fombelle, Yuval Rozman, Nicolas Grandhomme, Marine Arena …
En salles le 1er octobre 2025

samedi 14 juin 2025

L’ Andouille est une jolie table parisienne

Je reviendrai quelques lignes plus loin sur le rapport que Jean-Pierre Vasseur a entretenu avec la scolarité et l'apprentissage. Avant tout je voudrais casser une idée reçue à propos de la réputation des ânes. En effet, au XVIII° siècle, mettre un bonnet d'âne à un élève était un encouragement, car cet animal était considéré comme un modèle de sagesse et de savoir. Ensuite, l'image a évolué négativement et l'animal a été perçu comme bête et têtu. Porter un bonne d'âne est devenu une punition qui ridiculisait le mauvais élève.

Après ses années dans plusieurs restaurants californiens ou de Chicago et l'expérience acquise auprès de Thierry Breton, Jean-Pierre et sa femme Jarlene ont eut bien raison de ne pas chercher longtemps un lieu où s'installer à Paris et à préférer Puteaux, la ville natale de Jean-Pierre pour accrocher son bonnet … d’âne (redessiner par un copain d'enfance devenu graphiste) sur le store de la devanture d'une maison aux allures champêtres, au coeur du centre ville, en bordure d’une rue fermée à la circulation, juste derrière le théâtre et à égale distance entre deux jolis squares.
Le cadre est très agréable en ce moment. Déjeuner en terrasse est un bonheur. On se sent à la fois comme chez soi et à la campagne. Beaucoup de passants ont déjà goûté la cuisine et saluent les serveurs. C'est l'avantage d'être régulier dans sa cuisine depuis 5 ans. Manifestement la clientèle vient spécialement pour célébrer la cuisine familiale mais inventive, simple mais généreuse, colorée autant qu’expressive.

Le chef m'a dit avoir "tout appris" de Thierry Breton chez qui il a décroché  un premier Bib Gourmand en 2012 chez Casimir, puis un nouveau chez Michel en 2015 (mais il a aussi transité par La Pointe du Grouin, c'est dire combien il connait Thierry Breton). Cette récompense, nommée d'après Bibendum, le sympathique bonhomme Michelin, n'est pas vraiment une étoile mais elle correspond à une note tout aussi estimée qui récompense les établissements conviviaux qui servent de la bonne nourriture à des prix modérés.

Et cela fait donc 5 ans déjà qu'il applique toutes les leçons reçues dans son restaurant au nom atypique, L’Andouille, où il ne cuisine que de bons produits à partir desquels il élabore une carte qui s'adapte chaque jour et qui, du coup, n'est jamais imprimée. Car ce n'est pas en fonction d'une recette qu'il faut acheter les ingrédients mais construire le repas avec le meilleur qu'on a trouvé.

Pour première preuve, un menu du jour qui change quotidiennement et dont les assiettes ne sont pas moins réussies. Jugez plutôt avec ces Carottes râpées et harengs doux, ce Poulet pommes à l’huile et pour finir ces Abricots rôtis et sablés vanille, le tout pour 28 €.
Les clients attendront chaque année l'arrivée des fraises jusque mi-avril. Ils peuvent se régaler en ce moment avec les abricots du Lot qui seront ensuite remplacés par les pêches.

J'ai passé un excellent moment en terrasse (une quarantaine de places sans compter la possibilité de s'étendre sur la rue en cas de venue d'un groupe). La maison affectionne l'esprit "formule" à composer à partir de propositions écrites à la main sur une immense ardoise. Et le prix est raisonnable : entrée / plat ou plat / dessert à 36 €, ou menu complet à 42 €.
J'ai noté 10 possibilités en entrées, autant en plats et autant en desserts, ce qui offre 1000 combinaisons différentes. Il faut quelques minutes (et quelques conseils) pour se décider, le temps de déguster une coupelle de bigorneaux avec une mayonnaise montée à la moutarde ancienne, et de se rafraichir avec l'eau de Plancoët, exactement la même que celle que Thierry Breton commande pour ses restaurants.

Parmi les entrées figure souvent (mais pas aujourd'hui) une Soupe de poisson, croûtons et parmesan qui
Passent sous nos yeux plusieurs assiettes appétissantes qui ne facilitent pas vraiment le choix comme ces Rillettes de thon-fenouil-salade de chou rave, ces Asperges blanches est vertes pochées-parmesan, ces Sardines marinée à cru, quinoa, avocat, fenouil, ou encore la Salade de tomates-fraises-fenouil-salicorne à moins de succomber à la tentation de la Salade de homard, fraises et melon.

Vous aurez reconnu la salicorne, ou cornichon de la mer, une plante sauvage et naturelle, très croquante, qui ne pousse que dans des sols riches en sel, donc le plus souvent en bordure des marais salants. Et puis les alcaparrones ou câpres à queue. J'adore ce pédoncule légèrement croquant, macéré dans une base de vinaigre, est à la fois aromatique et décoratif sur une salade. Et que dire du pain de la Maison Manzagol servi tiède ? Un bonheur pour saucer !
Nous allons opter pour le classique avec un des plats signature, le Pâté en croute de cochon et noisettes …
… et pour l'originalité avec un Ormeau de Trégor, ail et persil rustique et fondant, croquant aussi par la présence marquée des noisettes.

Articles les plus consultés (au cours des 7 derniers jours)