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vendredi 11 septembre 2026

Mémoire de fille de Judith Godrèche

Mémoire de fille avait été projeté au Festival de Cannes 2026, dans la Sélection Officielle Un Certain Regard. Ce fut le film choisi par Carline Diallo pour clôturer la très belle 24 ème édition du festival Paysages de cinéastes avec beaucoup de pertinence puisque le thème était l'adolescence.

Judith Godrèche a fait un travail remarquable d'adaptation. On comprend qu'elle y ait consacré plusieurs années (avec de multiples aller-retour avec l'autrice Annie Ernaux qui est mentionnée comme co-scénariste) mais tous ses efforts sont pertinents. Et il faut saluer ce succès d'autant plus que ce n'est "que" son second film, après Toutes les filles pleurent en 2010. 
Annie Ernaux est sollicitée pour une signature de son dernier ouvrage dans la ville de son enfance, Rouen. Alors qu’elle s’y rend, elle est prise d’un vertige et replonge dans le souvenir de l’été 1958, celui de sa première nuit avec un homme. Nuit dont l’onde de choc s’est propagée violemment dans son corps et sur le reste de son existence.
J'ai lu le roman juste avant de découvrir le film au cinéma et j'ai retrouvé l'essentiel, parfois au mot près alors que, franchement, je pensais l'exercice impossible. Une des bonnes idées est d'avoir recours à une voix off en évitant l'écueil de l'explication par l'image.

Le film est ainsi fidèle au type d'écriture d'Annie Ernaux, qui le caractérisait dans La place, prix Renaudot 1984 comme excluant la poésie du souvenir. Pas de dérision jubilante. L’écriture plate me vient naturellement (p. 24).

Etant un récit autobiographique il était important de respecter la volonté de l'autrice. Il est d'ailleurs amusant de la reconnaitre dès les premières images, floutée, descendant les marches conduisant à la librairie où aura lieu la séance de dédicace. On retrouve aussi avec plaisir, dans le rôle de Claudine, Maïwène Barthèlemy qui avait été révélée dans le film Vingt dieux où elle était la jeune Marie-Lise et qui lui valut le César de la meilleure révélation féminine. 

Ajoutons une direction d'acteurs d'une grande finesse. Tess Barthélemy est remarquable de naturel, espièglerie et d'intelligence. Tout le monde sait que c'est la fille de la réalisatrice, ce qui ne retire rien à son talent. Elle avait déjà tourné sous la direction de sa mère dans la série Icon of French Cinema en 2023 et le court métrage Moi aussi en 2024. Victor Bonnel (venu presque en voisin puisqu'il est originaire de Châtenay-Mallabry, et ci-dessous avec Esther Archambault qui interprète Marie-Thérèse) est d'un machisme au naturel désarmant, correspondant à ce qu'on imaginait du personnage de H.
Le choix des musiques a été fait parmi celles qui sont citées dans le livre. Les reconstitutions historiques sont vraiment intéressantes et réussissent à restituer l'atmosphère des années 60, y compris par l'abus de la cigarette (la loi interdisant de fumer dans les lieux publics est encore loin d'être votée). 

La caméra de Judith Godrèche est toujours respectueuse des artistes. Elle a bien entendu filmé les scènes d'amour avec une coordinatrice d'intimité bien qu'elle soit elle même probablement compétente pour en assurer les prises de vue. Après être devenue l'une des porte-paroles du mouvement #MeToo en France depuis 2017, on pouvait l'attendre au tournant car Annie Ernaux exprime en toutes lettres dans le roman son plein accord avec Simone de Beauvoir affirmant que "la première pénétration est toujours un viol", ajoutant plus loin "avoir reçu les clés pour comprendre la honte ne donne pas le pouvoir de l'effacer" (p. 120).

Elle a conçu des scènes extrêmement pudiques en combinant de très gros plans, du floutage avec l'emploi d'une ampoule qui pend au-dessous d'un fil.

J'avais un petit doute à propos du personnage de la mère avec laquelle Arnie Ernaux n'est pas tendre. Ici c'est une femme digne, et plutôt positive (jouée par Ariane Labed) qui incite sa fille à être forte : regarde au-dessus de toi, pas en dessous.

On retrouve naturellement les thèmes chers à l'autrice : la question de la place et l'évolution de la condition féminine. Ce n'est pas un biopic de celle qui a été couronnée prix Nobel de littérature (en 2022) en ce sens qu'il se concentre sur "la fille de 58" mais il s'en approche et répond à la question fondamentale de dialoguer avec la jeune personne que nous avons été en interrogeant les souvenirs.

Mémoire de fille de Judith Godrèche
Scénario : Judith Godrèche et Annie Ernaux d'après le roman autobiographique éponyme paru en 2016
Avec Tess Barthélemy, Valérie Dréville, Maïwène Barthèlemy, Victor Bonnel, Ariane Labed, Anja Verderosa, Esther Archambault …
Sortie prévue en salles le 30 septembre 2026

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