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dimanche 25 octobre 2026

Garance, un film de Jeanne Herry

J’ai adoré Garance et vous aussi sans doute. Comment ai-je pu oublier de terminer ma critique ? Il est sorti depuis le 23 septembre mais je pense qu'il est encore à l'affiche. Il deviendra une référence en la matière. Tout comme En addicto l'est pour moi au théâtre sur le même sujet.

Elle ne boit pas pour chercher à oublier, Garance (Adèle Exarchopoulos. C'est une femme forte dont tout le monde profite. Son copain vit à ses crochets. Et même le copain du copain. Elle a un travail qu’elle adore et où elle excelle. L’alcool est la seule fausse note d'une vie de loin satisfaisante et elle est la seule à ne pas la voir … cette ombre à laquelle la réalisatrice accorde le plus de place sur l'affiche.

Puisqu’elle ne veut rien entendre, et parce qu’elle multiplie les "petites" erreurs (mais mon avis est plutôt que l'alcoolisme féminin dérange bien davantage que lorsqu'il concerne des hommes), l’entourage professionnel la lâchera, estimant que ça fera un électrochoc positif. Mais non. Il viendra bien plus tard quand un médecin au franc-parler lui laissera le choix de continuer, avec la conséquence de mourir bientôt … ou d’arrêter pour vivre.

J'ai beaucoup aimé les scènes de coulisses qui ouvrent le film, reconnaissant les murs patinés des Bouffes du Nord, hantés de la silhouette de Peter Brook (1925–2022) qui y installa sa compagnie en 1974 et créa Timon d'Athènes. Plus tard ce sera au Théâtre Jean Arp de Clamart (92) que se déroulera le spectacle pour enfants. J'ai reconnu aussi Jacques Vincey en Joris, le directeur de la troupe de théâtre qui emploie Garance … et qui se trouve être le tout premier metteur en scène à avoir fait travailler Jeanne Herry en tant qu'actrice à ses débuts sur les planches. 

Bruno Raffaelli (sociétaire honoraire de la Comédie-Française) joue lui aussi un membre de la troupe. Les premières minutes campent un milieu où les hommes occupent une position dominatrice tout autant que lâche.
 Son petit ami du début qui ne voit rien, Joris qui choisi le licenciement par facilité (dans une scène qui a l'horrible allure d'un procès), et plus tard le premier médecin généraliste qui passera à côté du diagnostic et sera incapable de proposer une prise en charge adaptée, accentueront l'addiction de Garance tout en l'isolant, et les périodes de confinement accéléreront le processus.

Garance sera bientôt isolée. Ce n’est peut-être pas totalement intentionnel de la part de Jeanne Herry mais dans son film seules les femmes sont courageuses et interviennent en leur nom propre et pas dans l'anonymat du collectif. La mère Catherine (Brigitte Sy) dont le passé ne fut sans doute pas un chemin de roses, la sœur (Mathilde Roehrich) voudraient bien aider mais le contrôle est un piège, l'addictologue (Hélène Alexandridis), franche et humaine et surtout sa sublime amoureuse Pauline (Sara Giraudeau).

Il faut  malgré tout considérer différemment Jérémie (Yuming Hey, un comédien que la cérémonie d'ouverture des JO a projeté sous les éclairages mais que je connais de longue date comme acteur de théâtre), qui incarne avec sensibilité la liberté de genre affranchie des normes hétéropatriarcales. Il apporte aussi un autre éclairage sur le théâtre contemporain, bien loin du conformisme de Joris. mais ce n'est pas pour autant que la fréquentation de ce gentil garçon va aider Garance à décrocher.

On va suivre cette vaillante héroïne pendant huit années dans sa traversée du déni jusqu'à une forme d'acceptation (J'ai toujours fonctionné comme çà) et sa reconstruction rendue possible grâce à l'amour, la patience et la bienveillance sans jugement grâce à la "juste distance" de Pauline et du médecin.

Le spectateur découvre que le réflexe de contrôle n'est pas efficace à long terme. La seule voie est l'acceptation de la réalité, sans faire la morale et sans user de la force, même "pour le bien" de l'autre, mais sans jamais l'abandonner pour autant.

On entend dans le film un morceau instrumental très rythmé intitulé Le Boucan, composé par le musicien Pascal Sangla (qui était aussi le compositeur de Je verrai toujours vos visages) pour accompagner les fêtes nocturnes … notamment dans un bar qui s'appelle aussi ainsi et qui existe boulevard de Clichy.

Si le film n'a pas été primé à Cannes Pascal Sangla a été récompensé au Festival du Cinéma et de Musique de Film de La Baule où il a remporté le Prix de la Meilleure Musique de Film. On peut enfin formuler l'hypothèse d'un prix d'interprétation pour la ou les comédiennes principales aux prochains César, et au titre du scénario ou de la réalisation pour Jeanne Herry (qui n'en reçu pas pour Pupille et Je verrai toujours vos visages).

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