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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

jeudi 10 septembre 2015

Fabriquer son papier ... possible au Moulin Richard de Bas à Ambert d'Auvergne

Si  je vous dis Ambert, vous allez penser que je vais vous décrire la fabrication d'un fromage, la Fourme d'Ambert, un fromage à pâte persillée qui est une des spécialités auvergnates. Je le ferai bientôt.

Mais pour le moment je voudrais vous parler d'une autre pâte, celle dont on fait le papier, ce qui est assez "raccord" avec le billet du début du mois expliquant comment on fabrique les crayons.

La région d'Ambert était l'une des toutes premières à produire du papier en France dès le début du XIV° siècle. Dans un un hameau enfoui dans la verdure et dont certains bâtiments remontent au XV° siècle, j'ai eu l'occasion de visiter cet été le dernier témoin de ce que fut le berceau de la papeterie française.

Nous sommes dans la verdoyante vallée de Laga, fraiche en soirée même par temps de canicule. Le moulin Richard de Bas est le dernier moulin à papier d'Auvergne. C'est ce qu'on appelle un "musée vivant" parce qu'il est encore en pleine activité. Il emploie une dizaine de personnes à l'année, sans compter els saisonniers. On peut voir la feuille de papier naitre sous nos yeux, comme au premier temps de cette industrie, en 1326. On y produit encore aujourd'hui 200 feuilles par jour, destinées aux éditeurs, artistes et amoureux du beau papier.
Après la visite, les enfants peuvent eux aussi mettre la main à la pâte pour fabriquer leur propre feuille de papier. Ils sont invités à touiller la cuve, plonger le cadre dedans, recueillir sur cette "forme" la pâte encore liquide, le ressortir lentement et avec précaution avant de laisser égoutter.
Une fois le cadre enlevé l'animateur aide à faire le geste du "coucheur" consistant à basculer la feuille encore fragile et humide sur un feutre.
Puis il la presse avec une machine (compresseur) pour faire partir l’eau.
Les parents auront la charge de récupérer la feuille qu'il faudra soigneusement faire sécher ... à la maison.
Après, ou avant cet atelier d'initiation, on peut visiter le moulin où les choses sont faites à plus grande échelle, à commencer par la fabrication de la pâte à papier, à partir de chiffons, de coton, de lin ou de chanvre, uniquement des fibres naturelles, qui seront coupés en touts petits morceaux avec une lame de faux dans le "dérompoir". Les chiffons sont donnés par des associations, des hôpitaux, des particuliers. En effet, ici point de bois, simplement des chiffons et de l'eau pure pour fabriquer "une simple feuille, une feuille blanche, une feuille de papier d'Auvergne" disait Pierre Seghers, selon une technique qui n'a pas bougé depuis 1326.
L'eau est bien entendu celle de la région, parfaite parce qu'elle est peu calcaire et relativement neutre. C'est elle qui fait en premier lieu tourner la très grande roue du moulin, plutôt vite, à un rythme de 35 tours minute. On sent la fraicheur dès qu'on a descendu les quelques marches conduisant aux salles de travail.

Cette roue actionne "l’arbre à cames", dont la finalité est de produire un mouvement de va-et-vient à une, ou plusieurs masses. Cet arbre est un tronc de sapin d'une dizaine de mètres de longueur  avec des cames rapportées, elles aussi en bois, qui sont régulièrement arrosées pour qu'elles ne se détachent pas. Ces morceaux de bois, en tournant, actionnent chacun une pile qui fonctionne comme un marteau et écrase le chiffon mélangé à l’eau.
Une seule pile à maillets était en action le jour de ma venue, parce que nous étions en période de sécheresse. Le moulin fonctionnait au ralenti mais le vacarme était néanmoins déjà impressionnant.
Le creux de pile est en granit et chacun des trois maillets est renforcé de 48 gros clous pour hacher menu le chiffon. Il faut 24 heures pour achever le défibrage, puis on ajoute la colle, à base de résine de pin (autrefois elle était obtenue à partir de cartilage passé au four), et on termine le raffinage en une douzaine d'heures, sinon on aurait du papier buvard.
Dans la salle suivante, dite salle de la cuve, une ouvrière était à l'oeuvre sans discontinuer, maniant le tamis métallique avec dextérité, dans un très grand bac rempli de pâte à papier assez liquide. L’eau permet de lier les fibres ce qui donne la solidité à la feuille. La dilution détermine le grammage (poids de la feuille au mètre carré).
Avant de fabriquer la feuille, il faut spatuler la pâte régulièrement avec le "redable" percé de gros trous, pour éviter que la pâte se dépose dans le fond.
La production s'adapte au rythme des saisons. En hiver on fabrique les papiers blancs, couleurs et chinés et aquarelles. Le papier blanc sert à la restauration d'ouvrages anciens, à l'édition de livres d'artistes à tirage limité. Les papiers pour beaux-arts seront le support de dessins, aquarelles, gravures ou lithographies ...

Avec l'été et la récolte des fleurs dans les jardins, c'est le papier à inclusions florales qui s'impose, haut en couleurs et en diversité. Le papier à fleurs permet l'impression de poèmes, de faire-part, de menus à l'occasion de fêtes, mais aussi la réalisation d'abat-jour.
C'est ce type de papier qui était en ce moment réalisé. Chaque feuille est couchée sur un morceau de feutre en laine et l'opération est répétée cent fois.
Ensuite on pressera au cabestan, opération un peu délicate, voire dangereuse. Les couches de papier sont pressées à une pression équivalente de 40 tonnes pour leur faire perdre le maximum d’humidité.
Puis ce sera le levage et chaque feuille sera ébarbée à la main.
Les feuilles seront ensuite acheminées en haut, dans le séchoir naturel où l'opération pourra demander deux jours comme une dizaine, selon la météo.
On y voit une presse plus modeste, qui permet de se rendre compte du procédé.
C'est amusant de voir que l'étendage est fait avec des pinces à linge comme s'il s'"agissait d'une lessive.
 
Le Moulin dispose de plusieurs jardins pour s'approvisionner en pétales frais, cueillis le matin même de leur utilisation. Les fougères et graminées viennent des berges du ruisseau du val de Laga, celui même qui alimente la roue du moulin.
Les fleurs sont récoltées dans le jardin : du souci, du bleuet, de la centaurée rouge.

Pendant les mois de juillet et août, si vous avez de la chance, les bouquetières disposeront devant vous les compositions florales sur les feuilles. La production n'excède alors pas une dizaine de feuilles par jour tant les créations requièrent minutie et délicatesse. Les compositions florales sont des oeuvres uniques destinées à l'encadrement telles quelles pour le plaisir des yeux. Marque-pages et cartes de correspondance sont également réalisées. Il peut y avoir parfois des ateliers de composition florale proposés aux visiteurs.

On peut acheter des feuilles vierges ou des reproductions à la fin de la visite, comme ce poème de Paul verlaine ou le Serment d'Hippocrate.
Sur chacune est imprimée la mention : "Imprimé sur papier fait feuille à feuille à la main au Moulin Richard de Bas à Ambert d'Auvergne".
   
Dans le passé la centaine de moulins de la région a contribué à fournir en papier l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert pendant plusieurs années au XVIII° pour le tirage des gravures.

Le papier du moulin Richard de Bas a également servie à l'exemplaire unique de la Constitution de la V° République Française de 19658, ou encore des diplômes de Prix Nobel, ainsi que bien d'autres éditions prestigieuses.

L'ancienne demeure du dernier maitre papetier ayant vécu au Moulin est également une visite intéressante, à laquelle je vous convierai dans quelques jours. A cette occasion vous voyagerez à travers les siècles et les continents pour connaitre l'histoire du papier inventé il y a pratiquement 2000 ans  ... en Chine, ce qui en fait une invention récente en quelque sorte.

Moulin Richard de Bas, Musée historique du papier
63600 Ambert d'Auvergne
04 73 82 03 11

mercredi 9 septembre 2015

Nous serons des héros de Brigitte Giraud chez Stock

Nous serons des héros. Le titre du dernier roman de Brigitte Giraud m’a semblé un peu imperméable. Je me suis interrogée tout au long de la lecture sur ce "nous", pensant qu’il s’agissait soit d’Olivio, le petit garçon qui raconte l'histoire, et de son copain Ahmed, ou bien l’enfant et sa mère. Parce que j’étais focalisée sur la narration. Ce n’est qu’à la fin que j’ai compris que cette déclaration devait s’entendre comme une revendication. En fait c’est le déni de l’héroïsme des victimes de la dictature de Salazar qui est ici dénoncé.
« Les nuits où je ne dormais pas, j’ouvrais le velux et je m’installais sur le toit, j’étais le seul dans la cité à jouir de ce privilège, passer la nuit à la belle étoile, dans le plus grand secret. Le ciel était-il le même ici qu’au Portugal, les constellations étaient-elles visibles depuis la lucarne de la prison de Peniche où mon père avait été enfermé ? »
En ce début des années soixante-dix, Olivio et sa mère viennent de fuir la dictature portugaise. Ils s’installent dans une banlieue lyonnaise et emménagent bientôt chez Max, un rapatrié d’Algérie, avec qui ils espèrent un nouveau départ. Alors que Max accepte mal l’adolescent, Olivio se lie à Ahmed, un immigré algérien de son âge, auprès de qui il trouve tendresse et réconfort.
Nous vivions avec Max quand j'avais douze ans .... nous dit l'enfant au début de la première partie. Mais quel âge a-t-il quand il écrit ? Sa manière de s'exprimer ne m’a pas semblé être celle d'un enfant. Sa pensée est ordonnée comme celle d'un adulte qui convoque ses souvenirs et qui reconstitue l’enchainement des évènements après-coup. Il inscrit décédé sur les fiches de renseignements scolaires sans oser demander l'origine de la mort de son père (p. 60).

Dans les romans de Brigitte Giraud, le deuil est souvent l'élément déclencheur d'un départ vers un nouveau pays. Elle le confiait lors d'un entretien auquel j'ai assisté en avril 2013. Comme par exemple dans Une année étrangère qui raconte la fuite de Laura, une jeune fille de 17 ans qui décide de partir en Allemagne.

Au fil des différentes parties qui composent Nous serons des héros, l’enfant commence à démêler ce qui relève de l’histoire familiale de ce qui a été précipité par l’Histoire. En toute logique il ignorait que le Portugal vivait sous un régime dictatorial. Il ne peut pas se douter qu’une Révolution libératrice se produira quelques années après que sa mère ait décidé de quitter Lisbonne.

J’ai regretté que Brigitte Giraud n'ait pas donné de titre à chacune des quatre parties, ne serait-ce que pour que nous disposions par exemple d’indices chronologiques.

Océano est le nom du chat qui va aider le gamin à supporter le départ du Portugal, la mort du père et lui permettre de s'habituer à son nouveau pays, la France. Bientôt un autre papa s'impose dans la vie de sa mère qui semble plus heureuse. Peut-on pour autant parler de famille recomposée ? On sent beaucoup de frustrations et d'angoisses. Surtout quand son animal de compagnie est interdit de séjour dans la nouvelle maison où la mère et l'enfant se sentent "des étrangers".

Ce couple est bâti sur le regret de leurs mondes disparus, le Portugal pour elle, l'Algérie pour lui (p.112). Mais étaient-ce des mondes compatibles ?

L'enfant pointe à demi-mots des incohérences entre le discours de son beau-père, Max, qui affronte les éléments pour réparer des lignes haute-tension et son comportement quand il a peur de monter sur une échelle pour couper une branche.

La mère tente de maintenir sa bonne humeur. Elle devient experte en arrondissage des angles, quoiqu'il arrive, à l'usine comme à la maison. Elle fait tout ce qu'elle peut pour ne jamais provoquer d'éclat, quitte à s'enferrer dans une position d'infériorité. On devine qu'un orage pourrait à tout moment éclater parce que la personnalité de Max comporte une part d'ombre malgré tous les aspects positifs énumérés par le petit garçon qui est le premier à avoir des doutes confus.

Arrive le mois d'avril 1974 et la Révolution des œillets qui met fin à la dictature au Portugal. La famille est au comble de l'excitation. Sauf Max qui compare toujours à ce qui s'est passé en Algérie dont l'indépendance apparaît en filigrane. Le sujet n'est qu'effleuré mais on sait qu'il "travaille" l'auteur, née en Algérie, à Sidi-Bel-Abbès, avant d'avoir vécu à Lyon.

La liberté de circulation permet à Olivio de retourner dans son pays d'origine avec son oncle et sa tante. Et de se recueillir sur la tombe de son père (p. 162). Le deuil va pouvoir commencer. Et surtout l'enfant va grandir, un peu dans la continuité logique, sur le plan littéraire, de Yoto, le personnage central de son roman précédent, Avoir un corps.

Mais un décalage subsiste, que l’enfant ne s'explique pas, entre ce qui se vit à la maison et le silence de son professeur d'histoire, bloqué au siècle des lumières, imperméable à l'actualité contemporaine. Brigitte Giraud nous offre sur le sujet de très belles pages (p. 179 et svtes) qui répondent à la question que j'ai entendue dans le titre du livre, même si la fin un peu énigmatique laisse entendre que l'héroïsme n'est peut-être pas là où on le croit.

Nous serons des héros, de Brigitte Giraud, Éditions Stock, août 2015

mardi 8 septembre 2015

Le Tout Nouveau Testament de Jaco Van Dormael

Dieu existe. Il habite à Bruxelles. Il est odieux avec sa femme et sa fille. On a beaucoup parlé de son fils, mais très peu de sa fille. Sa fille c’est moi. Je m’appelle Ea et j’ai dix ans. Pour me venger j’ai balancé par SMS les dates de décès de tout le monde…
Tel est le pitch du Tout Nouveau Testament de Jaco Van Dormel qui, au premier abord est une farce. Très vite on s'aperçoit que l'on est dans le registre du conte, ce qui n'est pas pour nous surprendre quand on connait le réalisateur qui avait signé le Huitième jour en 1996.

Ainsi Ea atterrira au coeur de la grande ville en empruntant un tunnel un peu à la manière d'Alice basculant au pays des merveilles. Sauf que le tunnel est devenu une gaine de machine à laver.

Les allusions religieuses existent, mais elles sont portées par d'autres références, comme par exemple le tableau de la Cène, de Léonard de Vinci sur lequel de nouveaux apôtres apparaissent.

La religion n'est pas le sujet principal et le scénario fourmille d'humour, ce qui permet d'éviter le piège de la provocation. Rien ne choque parce que tout est intelligent. L'homme créé à l'image de Dieu cache sa nudité derrière un rectangle noir, comme autrefois le carré blanc étiquetait les films interdits aux mineurs.

Evidemment tant qu'il n'a pas tout inventé aucune ligne d'écriture ne peut se lire dans les livres dont les couvertures sont encore vierges. Les cantines scolaires sont désertes. Le monde est vide.

Avec l'arrivée des premières guerres (de religion) j'ai pensé au mot de Georges Brassens justifiant son agnosticisme ... tant que les chrétiens prendront les armes arrosées d'eau bénite.

Le grand créateur imaginé par Jaco Van Dormel met en oeuvre un credo terrifiant "beaucoup de malheur, un peu de bonheur pour donner de faux espoirs". Mais il le fait avec des images si drôles qu'on rit volontiers à chaque nouvelle loi de la série des emmerdements universels. Qui n'a pas pesté en laissant tomber une tartine sur le coté de la confiture ?

Hormis Catherine Deneuve, les comédiens sont essentiellement belges : Benoit Poelvoorde, Yolande Moreau, François Damiens, Serge Larivière ou Didier De Neck.

Benoît Poelvoorde est colérique, mais pas trop excessif dans le rôle (pas facile) de Dieu manipulé par Ea (extraordinaire Pili Groyne), très imaginative et très volontaire. Yolande Moreau est désarmante dans le rôle de la femme de Dieu, une pauvre femme 100% ramollie, mais sans qui la fin aurait tourné à la catastrophe. Ce sera la femme qui remettra le monde d'aplomb. C'est peut-être un trait d'humour ... belge ... et féministe qu'il faut apprécier à sa juste valeur.

La dérision est constante. Ea marche sur l'eau, Dieu fait glou glou. Le Christ descend de sa croix pour conseiller sa petite soeur. Mais derrière la rigolade se faufile la question fondamentale et existentielle que pose le film : que faisons-nous de notre vie ? Et comment passerions les années qu'il nous reste à vivre si on en connaissait le nombre ?

Le domaine de la variété francophone est très présent avec la Mer de Charles Trenet, Il venait d’avoir 18 ans de Dalida, Tombe la neige d'Adamo.

La compositrice et interprète flamande An Pierlé a composé plusieurs morceaux de piano. La bande son est sublime. Les amateurs de classique se régaleront. Depuis le Carnaval des animaux de Saint-Saens, en passant par le Rappel des oiseaux de Jean-Philippe Rameau,  O solitude de Henry  Purcell, la Jeune fille et la mort de Franz Schubert, et Lascia ch’io pianga de Haendel. Les titres sont donnés au cours de la projection et il suffit de les noter ... Chaque nouvel apôtre a sa petite musique et le miracle que chacun accomplit c'est l'amour. Avec un homme, une femme, un animal ... mais toujours l'amour. Et çà on voudrait bien que ce ne soit pas surréaliste.

lundi 7 septembre 2015

Marie Curie, une bande dessinée de Laura Berg et Stéphane Soularue chez Naïve

Je ne connaissais pas la collection de bandes dessinées "Grands Destins de Femmes" des éditions Naïve, déjà riche de volumes consacrés à des personnalités aussi différentes que Virginia Woolf, Françoise Dolto, Coco Chanel ou Dian Fossey.

Après avoir lu celui qui retrace la vie de Marie Curie on se demande pourquoi elle n'a pas été plus tôt sur la liste. Elle qui fut la première femme professeur d'université en France ...

J'ai appris beaucoup de choses dans ce livre que j'ai eu la chance de découvrir avant sa sortie en librairie. C'est Laura Berg qui a écrit les textes à partir d'un scénario qu'elle a elle-même composé. La jeune femme avait deux dispositions particulières qui ont structuré son travail : elle est photographe et a donc le sens du cadre, et elle connait très bien la Pologne, qui est le pays d'origine de Marie Curie.

Elle raconte sa vie en pointant certains éléments plus que d'autres. En particulier son implication au cours de la Première Guerre mondiale avec sa fille en secourant un million de blessés grâce à une unité de radiologie mobile. Cette bravoure avait fait l'objet d'un documentaire remarquable à patir d'images d'archives, et diffusé par France 3 sur le rôle des femmes pendant cette guerre que j'avais chroniqué il y a presque un an.

On apprend que les femmes n'avaient pas du tout accès aux études supérieures en Pologne où elles ont créé une université clandestine. Que la tuberculose et le typhus sont de redoutables maladies. Que l'un des corps radioactif découvert par la physicienne s'appellera polonium, en hommage à sa terre natale.

Ce portrait est plein d'humanité et de poésie. On devine combien son oeuvre a été menée dans des conditions périlleuses, longtemps sans aucune protection physique contre les radiations. Son mari peut être associé à son succès, de la même manière qu'il refusait de recevoir le Prix Nobel si on ne le lui attribuait pas à elle aussi.

Les dessins de Stéphane Soularue apportent du mouvement et restituent une Marie qui fut autant femme de science que de coeur, portée par l'enthousiasme et le courage, toujours déterminée par une volonté permanente d’émancipation, dans le respect de ses valeurs.

Après des études aux Arts décoratifs de Paris, il a commencé à travailler comme illustrateur pour la presse (Libération, Le Nouvel Observateur, L’Expansion, L’Humanité…) avant de publier sa première BD, Sueurs noires, en 2007 aux éditions Six Pieds sous Terre. Professeur agrégé en Arts appliqués, il enseigne l’illustration et le cinéma d’animation à l’école Estienne depuis 2003.

Laura Berg avait publié un premier roman, Second portrait d’Irena, que j'avais apprécié il y a dix-huit mois.

Marie Curie, de Laura Berg, et Stéphane Soularue, Naïve, en librairie le 17 septembre 2015

dimanche 6 septembre 2015

Avez-vous déjà goûté le Konjac ?

J'avais goûté des verrines avec cet ingrédient sous forme de spaghettis en avril dernier et j'avais apprécié la texture de cet aliment, à mi-chemin entre craquant et fondant. Je m'étais promis de faire l'expérience de le cuisiner moi-même. Je n'avais alors pas connaissance de ses propriétés et de son emploi comme coupe-faim, et pour cause puisqu'il m'avait ouvert l'appétit.

Le konjac est une plante que l'on utilise en Asie pour faire des pâtes, notamment les vermicelles très longs shirataki, les petites perles qui ressemblent à du riz et qu'on appelle gohan ou les kishimen, qui elles ressemblent à des tagliatelles.

Sous une forme ou une autre on en a tous mangé pour peu qu'on soit allé dans un restaurant asiatique... Rien de bien révolutionnaire alors.

Composé d'un rhizome, d'une feuille et d'une fleur, c'est le tubercule qui est employé., un peu à la manière d'une pomme de terre en Corée. Par contre, en Chine ou au Japon, le konjac est réduit en farine, puis transformé en bloc gélifié (d'où cette sensation un peu croquante) dont on tire des pâtes alimentaires.

On l'appelle konnyaku au Japon et cela fait des siècles qu'on en prépare. C'est une pâte claire obtenue par le mélange de la farine de konjac et de l'eau de chaux. Elle est parfois plus sombre, lorsqu'on la mélange à une algue.

L'eau de chaux est souvent ajoutée en Asie à l'eau de cuisson des fruits et des légumes pour qu'une fois cuit, ils restent fermes et donc présentable, tout en étant cuits à l'intérieur. Nos grands-mères ajoutaient quelques pincées de bicarbonate de soude à l'eau bouillante avant d'y plonger des choux ou des haricots pour en faciliter la digestion.

La gamme Gayelord Hauser propose aussi desTagliatelles, et des Shirataki à côté du Riz. C'est par celui-ci que j'ai commencé. Le mode d'emploi est identique à celui qu'on observe (et pour cause) pour le vermicelle de riz :
1. Rincer abondamment le Konjac façon Riz à l’eau claire.
2. Réchauffer dans l’eau bouillante 2 à 3 min.
3. Egoutter puis accommoder selon son goût.

Le konjac étant neutre de goût ce serait une "punition" de le manger tel quel. C'est malgré tout ce que font les personnes qui l'utilisent comme coupe-faim dans certains régimes, parce qu'il est pauvre en calories et propice à remplir l'estomac. On peut l'ajouter à des légumes verts déjà cuisinés ou le préparer avec un épice. J'ai suivi la recette façon risotto carottes curry qui figurait sur le paquet de riz Gayelord Hauser.
On fait dorer une carotte précuite ainsi qu’un demi-oignon dans un filet d’huile d’olive pour qu’ils obtiennent une belle couleur dorée. On ajoute le Konjac préalablement rincé et réchauffé dans l’eau bouillante avec 2 cuillerées de curry et 50 ml de bouillon. On laisse mijoter une vingtaine de minutes avant de déguster.
Avantages et inconvénients :
Comme je l'ai précisé le konjac est peu calorique. Avec moins de 10 calories pour 100 grammes (à condition de le manger sans accompagnement). Rien de comparable avec des pâtes classiques. Ni avec du riz car sa teneur en glucides est réduite.

Il est riche en fibres, il aurait une action bénéfique sur la flore intestinale. Il est aussi réputé être efficace contre le cholestérol.

Si on boit beaucoup en le mangeant il va gonfler dans l'estomac et apporter un sentiment de satiété. Voilà pourquoi on lui prête une vertu de coupe-faim. Et il n'apportera ni minéraux ni vitamines. Il ne faudrait pas en faire le produit essentiel de son alimentation.

J'avoue que cet aspect m'a un peu effrayée. Certaines de mes amies l'absorbent sous forme de gélules entre une heure et une demi-heure avant le repas, avec un grand verre d'eau. En abuser provoquerait des ballonnements car le glucomannane contenu dans le tubercule ralentit la vidange gastrique (le temps d'évacuation du contenu de l'estomac, normalement entre deux et trois heures).

Le konjac est donc, à mon avis, à employer de temps en temps, dans le cadre d'une alimentation variée. La mention "pour votre santé, associez une alimentation variée et équilibrée à un mode de vie sain" figure d'ailleurs à bon escient sur le paquet.
J'ai trouvé que l'association avec des carottes était judicieux. Je l'ai consommé avec un pain maison. Je n'irais pas jusqu'à dire que le Konjac façon Riz est une "excellente" alternative aux féculents classiques mais qu'il est appréciable de temps en temps pour réduire les apports caloriques. Et de le réserver sans doute à l'alimentation des adultes.

samedi 5 septembre 2015

Dheepan de Jacques Audiard

Le cinéma avait affiché une mise en garde. Certaines images violentes pouvaient choquer. Certes le film commence par une crémation et on comprend que la guerre civile qui a marqué le Sri Lanka se termine dans la douleur. Il ne faut pas y voir un témoignage, mais un conte moderne. Cela change tout.

Dheepan est un tigre. C'est comme cela qu'on désignait les combattants de l'indépendance tamoul. La défaite contraint l'homme à fuir son pays. On comprend assez facilement qu'il a décidé d'emmener avec lui une femme pour obtenir plus facilement l'asile politique en Europe. Ce serait mieux encore avec un enfant. La femme se met en quête d'une orpheline d'une douzaine d'années qui se laisse faire sans doute parce qu'elle n'a pas d'autre espoir ...

Ce n'est pas le grand air d'opéra qui résonne dans la salle qui va rendre la scène plus douce. En tout cas ces réfugiés vont assez bien vivoter dans un foyer d'accueil jusqu'à ce que Dheepan obtienne un emploi de gardien d'immeuble en banlieue, dans la cité de la Coudraie à Poissy, dans les Yvelines.

Le traducteur mène les tractations et on devine que tout cela n'est pas très clair, mais là encore ce n'est pas plus le sujet du film de dénoncer la guerre que de condamner les trafics.

Il pose par contre la délicate question de l'intégration. Peut-on pratiquer sa religion ou doit-on faire comme tout le monde ? Que faire pour être apprécié ? Se fondre dans le décor, fermer les yeux sur les affaires des voisins, chercher à rendre service pour devenir indispensable ?

La femme, l'homme et l'enfant de cette pseudo famille auront chacun leur réponse. On suit leur périple. On est près de penser que même si Dheepan a une morale d'acier, il ne va rien leur arriver de grave tant que la femme fera la cuisine pour le père alzheimer d'un caïd (interprété magistralement par Vincent Rottiers qui alterne tendresse et dureté).

Le rêve surgit à plusieurs reprises avec Ganesh, le Dieu à tête d'éléphant. Le trio semble sous ses auspices protecteurs et on voit leur train de vie s'améliorer. L'appartement se dote d'appareils ménagers et d'un ordinateur. Dheepan va pouvoir baisser sa garde et s'ouvrir à l'humour.

Jacques Audiard est habile pour camper une atmosphère et juxtaposer deux mondes. Il joue avec les ralentis et les accélérations. La direction d'acteurs est parfaite et on ne se doute pas que la majorité ne sont pas des professionnels. Les scènes de nuit, le recours à des nappages de lumière rouge et la musique font naitre des inquiétudes. La violence s'infiltre partout. Bientôt ce qui a des allures de jeu vidéo va devenir réalité. La cité apparaitra comme une zone de combat qui va réveiller les réflexes de Dheepan.

Composée en grande partie par Nicolas Jaar, la bande-son du film laisse également place à quelques extraits biens sentis de rap français pour appuyer l’ensemble : on retrouve Swift Guad, avec le morceau Tout s’arrête, ainsi que Lomepal, avec Les Battements, mais également des extraits du Freestyle Hip Hop Momo de Yoshi. Cela n'empêche pas d'entendre de la musique classique comme le très beau Cum Dederit de Vivaldi.

Certes il y a quelques faiblesses. Je n'ai pas compris la scène faisant surgi l'ex colonel tamoul comme personne influente au coeur de la cité, à moins que ce ne soit juste un cauchemar. La fin n'est pas celle qu'on aurait pensé. Mais nous sommes au cinéma et cette Palme d'or n'est pas usurpée. Ne serait-ce que parce qu'il ne nous parler d’immigration mais d’intégration, voire même de résurrection... si l'on croit le très étonnant happy end.

vendredi 4 septembre 2015

D'après une histoire vraie de Delphine de Vigan, chez Jean Claude Lattès


(mise à jour le 1er décembre 2015)

Le grand public guette le nouveau Nothomb à chaque rentrée. Je l'ai fait moi aussi, je le concède. Mais, cette année, la découverte du dernier De Vigan m'intéressait bien davantage. Sans que ce soit exclusif parce que j'étais tout autant impatiente d'avoir entre les mains le dernier Bertholon, Tessarech, Giraud, Blondel ... pour ne citer au hasard que quelques-uns de mes auteurs préférés, qu'ils aient ou non publié fin août.

Cela faisait plusieurs années qu'il n'y avait pas eu de nouveau de Vigan à l'horizon. Rien en 2012, ni les suivantes. Je patientais. Sans me douter que l'auteur me donnerait la réponse dans ce roman - car c'en est un - qui est sorti le 26 août dernier.

Le vrai du vrai c'est la conséquence de sa rencontre avec une femme et qui aurait provoqué deux ans d'impuissance à écrire. Ce démon reste masqué derrière une initiale, L. qui s'entend aussi à la troisième personne (elle) tandis qu'une pléiade de prénoms comme François, Olivier, Nathalie ... surgissent au fil des pages de ce roman à (petites) clés pour le cercle littéraire.

Rassurez-vous : point n'est besoin de débusquer les patronymes pour apprécier l'ouvrage. Je ne vais pas vous les donner. A l'exception du nom de famille du compagnon de l'écrivain, puisqu'il est de notoriété publique, François Busnel, qui anime la Grande Librairie sur France 5.

Delphine de Vigan fait référence dans son livre à son passage dans cette émission littéraire quelques semaines après la sortie de Rien ne s'oppose à la nuit. Elle dit combien cette soirée lui a été reprochée, les mauvaises langues estimant qu'elle avait bénéficié de favoritisme. Elle relate la jalousie dont elle a été abusivement la cible puisque ce roman était déjà un grand succès. Elle raconte surtout combien elle était terrorisée de s'exprimer devant François Busnel ce soir là. C'est tout à fait exact. Il se trouve que j'y étais et je me souviens parfaitement de la façon dont elle se tenait, avec le plus de discrétion possible, comme si elle avait voulu se fondre dans le décor.

Elle m'avait très gentiment dédicacé cet ouvrage après l'émission. Sa manière d'écrire m'avait surprise. Non pas parce qu'elle écrivait de la main gauche mais par sa façon unique de tenir son stylo. Ce qui est drôle c'est que ce geste fait l'objet d'une mention dans le dernier roman. Mais je peux jurer que je ne suis pas L.

Nous avions ce soir là évoqué la question de la vérité. Je n'avais pas pu m'empêcher de l'interroger sur deux ou trois points, en raison des prénoms et des patronymes qu'elle avait employés et qui faisaient terriblement écho à ma propre histoire familiale. Ce n'était que pure coïncidence.

Il faut se garder de raccourcir le titre D'après une histoire vraie en laissant tomber le premier mot. Il est essentiel. Finalement tous les auteurs écrivent "d'après" des éléments plus ou moins réels. Et c'est ce mot là qui situe le texte dans l'univers du roman.

L. demande trois photomatons (p. 203) pour conserver un souvenir de Delphine. Sans doute les trois clichés reproduits sur la couverture ... à ceci près que ce n'est pas le visage de Delphine, même si la ressemblance est troublante.

Delphine de Vigan a effectivement écrit pour le Paris des Femmes. Elle s'est rendue au festival de Chalon sur Saône en avril 2014. Que les faits rapportés soient un peu, beaucoup, ou exacts à la folie, peu m'importe. La lecture de ce dernier roman est tout à fait palpitante, à la manière d'un polar, jusqu'au mot FIN*. Et je vous encourage à entreprendre ce voyage plusieurs fois parce qu'il y a de toute évidence plusieurs niveaux de lecture.

L. porte la même initiale que Lucile, la mère ou Liane, la grand-mère ... de Delphine et déjà dans Rien ne s'oppose à la nuit (p.204), elle s'inquiétait du livre qu’elle écrira après, lorsqu’elle sera délivrée de celui-ci. La question du sujet la hante. Et je ne suis pas loin de penser que L. est son double au simple motif que l'écriture est une grenade (p. 212).

Je n'ai pas recueilli de confidence mais je suis persuadée que l'histoire qui nous est racontée a été inventée de toutes pièces pour ce qui est de l'enchainement des actions. Vue la noirceur de certaines scènes je souhaite sincèrement à Delphine de ne pas les avoir vécues et si par hasard c'était le cas j'ose croire qu'elle interprétera mes doutes comme une preuve de sympathie.

En tant que lectrice j'ai pourtant totalement adhéré au scénario, même si les citations empruntées à l'univers de Stephen King m'ont mise sur la piste de l'hommage. Je suis une fan inconditionnelle de Misery, que j'ai vu plusieurs fois.

La construction du roman en trois actes, séduction, dépression et trahison, démontre une analyse rigoureuse de la relation d'emprise, ce qui n'a rien d'étonnant pour quelqu'un qui connait le sujet du harcèlement au travail, déjà traité dans Les heures souterraines.

Delphine de Vigan raconte aussi la pesanteur des dédicaces et je la comprends. Tous les auteurs le disent. Elle a beaucoup donné dans le registre de l'autobiographie. Je ne veux plus faire çà (écrire sur sa famille), pas sous cette forme confie-t-elle p. 208.

En fait elle punit son personnage. Elle règle des comptes. C'est très habile, très intelligent, même généreux. Elle est elle-même et son double. Un double L.

Ce qui est surtout "vrai" ce sont ses réflexions sur l'écriture. Au lieu de nous livrer un livre sous forme d'essai, à la manière de Barthes, elle nous offre un thriller psychologique. C'est tout de même plus réjouissant. Autrement dit un livre dans le livre.

On pourrait tout de même lui faire un reproche : la source des lettres anonymes n'est pas élucidée, à moins qu'il n'y ait rien à en dire ... ce qui reviendrait à supposer qu'elles furent le fruit d'une imagination débridée.

Emilie Frèche traite à sa manière, et de façon elle aussi très réussie, le même double sujet, l'écriture et l'emprise avec un Homme dangereux.

D'après une histoire vraie de Delphine de Vigan, chez Jean Claude Lattès
Sélectionné pour le Goncourt
Prix Renaudot attribué le 3 novembre 2015
Goncourt des lycéens le 1er décembre 2015

jeudi 3 septembre 2015

J'ai adopté les croûtons extra croustillants Tipiak

Je présente régulièrement les nouveautés Tipiak sur le blog. J'ai une certaine affection pour cette marque que je connais depuis l'enfance, depuis que ma mère ajoutait du tapioca dans les potages.

Le nom Tipiak provient d'ailleurs de "tipi'ak", qui est un terme désignant la fécule de tapioca dans la langue des Guarani du Brésil et qui a donné le mot "tapioca".Aujourd'hui ce sont les Croûtons Extra Croustillants qui ont retenu mon attention.

Et je dois confesser que s'ils avaient existé du temps de mes jeunes années j'aurais plus vite terminé mon assiette. On le sait : faire manger de la soupe aux enfants, c’est quelquefois une épreuve.

Disposer d'une solution gourmande est un atout. Leur attrait tient à leur forme ronde et ludique, et leur texture légère qui craque à l’extérieur et qui croustille à l’intérieur. De plus un sachet entamé se conserve très bien.
La recette est 100 % naturelle avec simplement de la pâte à pain pétrie puis formée en de petites billes légères, extra aérées et grillées au four. Et leur goût se marie avec tous types de soupes et potages.
Voici, en bonus une recette facile à réaliser : une Soupe de petits pois, chèvre frais et Croûtons extra croustillants. Un vrai régal qui ne vous prendra que 20 minutes de préparation et un quart d'heure de cuisson.

Il vous faudra :
• 500 g de petits pois surgelés
• 1 cube de bouillon de légumes
• du beurre
• 1 fromage de chèvre frais
• 4 brins de persil
• du sel et du poivre du moulin
• 1 sachet de Croutons Extra Croustillants Tipiak (en vente en sachet de 80 g en GMS au prix moyen conseillé de 1,10 €)

Faites chauffer 1 litre d’eau, ajoutez le cube de bouillon. Quand celui-ci est dissous, versez les petits pois et laissez cuire 15 minutes environ.

Quand les petits pois sont cuits, mixez les jusqu’à obtention d’une préparation homogène. Salez, poivrez.

Ecrasez le fromage de chèvre dans une assiette avec une fourchette. Ciselez les feuilles de persil et incorporez-les au fromage. Disposez dans chaque bol et versez dans le potage bien chaud dessus. Remuez avant de servir.
Accompagnez de Croûtons Extra Croustillants que chacun parsèmera sur la soupe qui sera vite avalée ...
J'ai apprécié la croustillance et la gourmandise de ces croutons. Ils ont séduit et régalé toute la famille.
Je les ai aussi associés aussi à un reste de quinoa Tipiak aux légumes. D'autres idées viendront sans doute ...

mercredi 2 septembre 2015

Un homme dangereux d'Emilie Frèche chez Stock

Cela m'apprendra ... J'ai lu Un homme dangereux en format numérique et je ne parviens pas à remettre la main sur mes notes de lecture. D'habitude j'inscris mes impressions au fur et à mesure sur une feuille de papier que je laisse dans le roman.

Impossible cette fois, et comme la version numérique dans laquelle j'ai lu le roman ne permet pas d'ajouter quelque mention que ce soit me voici fort dépourvue. Heureusement malgré tout que mes souvenirs demeurent "frais".

Il faut dire qu'on ne peut pas lire ce roman en diagonale, et c'est très bien. C'était d'ailleurs très difficile d'en suspendre la lecture et d'accepter d'attendre quelques heures pour m'y replonger.

Le livre d'Emilie Frèche, comme plusieurs autres en cette rentrée, interroge sur la "vérité". Parce que, à l'instar de Delphine de Vigan, elle endosse le rôle de personnage principal à l'intérieur de son livre, sans que ce soit à proprement parler de l'autofiction.

N'ayant pas le livre sous les yeux je ne peux pas recopier la quatrième de couverture. Le site de l'éditeur, Stock, présente l'ouvrage par un extrait que voici :
« – Maintenant que tu as vraiment quitté ton mari, on va pouvoir parler. Je veux que tu deviennes ma femme. Je t’aime, je veux vivre avec toi, mais avant, il faut que tu laisses tes enfants. 
– Pardon ?
– Je suis sérieux. Il faut que tu les laisses à leur père, je te dis ça pour leur bien. Elles seront très heureuses avec lui ; ils partiront vivre en Israël, ce sera beaucoup plus simple, et tu iras leur rendre visite pour les vacances.
– T’es complètement malade.
– Tu sais bien que non, puisque c’est comme ça que ça va se terminer pour les juifs de France. Sept mille juifs sont partis rien que cette année, c’est moi qui l’invente ? Bientôt, il n’y aura plus de juifs en France. Plus un seul juif. Tu te rends compte, un peu ? Le grand rêve de Vichy réalisé par des Merah, des Nemmouche, des Kouachi. Que des petits enfants de bicots qu’on a fait venir du bled pour assembler des boulons, et qui feront mieux que les idéologues du Troisième Reich, sans même avoir besoin de vous mettre dans des trains. Tout ça simplement en jouant avec votre peur. Quelle intelligence ! Quelle économie, surtout. La France nettoyée pour pas un rond. »
L'odieux bonhomme s'appelle dans le roman Benoit Parent et chacun avance, dans le microcosme littéraire, tel ou tel nom de critique susceptible de correspondre au personnage, pour peu que ses initiales soient BP ou l'inverse, PB. On se demande comment son mari qui est Jérôme Guedj, conseiller départemental de l'Essonne et membre du Bureau National du Parti socialiste, pourra prendre les choses (bien, je vous rassure). Cela n'a aucun intérêt de démêler ce qu'on a coutume d'appeler le vrai du faux. Emile Frèche met d'ailleurs son lecteur en garde contre cette tentation :

J'ai toujours considéré que la question de la vérité dans un roman ne doit pas se poser. Qu'on se moque complètement de savoir si tel ou tel évènement est vrai, ou bien si les personnages sont inspirés de gens réels, parce que, évidemment, ce n'est pas cela qui fait l'intérêt ni la qualité d'un texte.

Comme elle a raison ! Ce livre offre une réflexion sur la relation d'emprise, évidemment et c'est toujours intéressant de voir quelqu'un d'autre que soi se débattre dans les affres de l'addiction amoureuse. On se projette, on s'identifie, on se dit qu'on est plus faible encore, ou plus fort, bref, on vibre aussi. On remarque aussi que le téléphone portable n'est plus à ce stade une bénédiction mais une vraie chaîne.

Personne n'est jamais assez en alerte sur les motivations du pervers (qu'il soit un homme ou une femme, que ce soit dans le domaine des sentiments ou du travail). Et personne ne devrait jamais accepter qu'on jouisse de son humiliation.

En ce sens, lire Un homme dangereux comme un "simple" thriller psychologique serait déjà un grand plaisir. Mais là où l'auteure est très subtile, c'est qu'elle parvient à secouer les consciences par rapport à un sujet qui lui tient particulièrement à coeur, et en toute légitimité, qui est l'antisémitisme. On se souvient qu'elle a publié 24 Jours, La vérité sur la mort d'Ilan Halimi, coécrit avec Ruth Halimi, publié au Seuil en avril 2009.

Il y a un effet de miroir entre ce que subit la jeune femme, héroïne du roman et l'ensemble de la communauté juive.

Il y a un troisième niveau de lecture concernant l'écriture. Je ne parle pas ici du style mais du fond, de ce face à face avec soi-même qui est si difficile pour tout écrivain, surtout après la publication d'un livre qui a été un succès, ou qui a traité un sujet d'actualité très fort. On retrouvera la même problématique dans le dernier roman de Delphine de Vigan, D'après une histoire vraie.

Vous allez penser que je n'y ai pas cru à ces histoires ... ce n'est pas du tout le problème. Quand on dévore un livre jusqu'au bout et qu'il fait réfléchir. Son auteur peut estimer qu'il a réussi son pari. C'est l'essentiel. On peut certes casser avec des mots. On peut aussi construire.

Un homme dangereux, Emilie Frèche, Stock, en librairie depuis le 19 août 2015

mardi 1 septembre 2015

Visite de l'Ile aux crayons à Olliergues

La double porte de la maison donne sur la route principale d'Olliergues, dans le Parc Naturel du Livradois Forez, au coeur du Massif Central. Le moins qu'on puisse dire est qu'elle ne paye pas de mine, comme vous pourrez le constater par vous-même sur la dernière photo de cet article.







J'étais là pour photographier le pont médiéval, qui  enjambe la Dore en trois arches inégales depuis plus de cinq cents ans.

Comme bien d'autres ponts dans le Sud-Ouest, les deux piles sont munies de becs, aménagés en refuge pour la protection des piétons lors du passage des charrois.

Ce sont les galets blonds de la Dore qui ont servi à faire le revêtement du tablier. Je n'allais pas tarder à découvrir l'usage d'autres ressources locales.
Une cohorte de gamins, brandissant chacun un crayon, pointe en l'air, sortait deux par deux d'une sorte de grange. Je me suis toujours demandée comment on fabriquait ces instruments que les enseignants désignent sous un terme qui a tout du nom de code : outil scripteur. Il me semble opportun de faire la lumière sur cet objet en ce jour de rentrée scolaire.
En usine le crayon de mine est fait en série à partir de deux planchettes de cèdre rainurées dans lesquelles on insère une mine composée d'un mélange de graphite et d'argile cuit au four. Le crayon à papier tel que nous le connaissons aujourd’hui a été inventé par le chimiste français Nicolas-Jacques Conté en 1795. C'est la proportion de graphite qui détermine la dureté. Plus il y en a plus l'objet est tendre. La dureté est notée en HB, qui est l'abréviation de Hard Black, allant du 9H pour la pointe la plus dure (ou sèche) au 9B pour la plus tendre (ou grasse).

Une seconde planchette identique sera encollée et posée en sandwhich sur les précédentes. Le profil hexagonal (adéquat pour ne pas glisser sur le pupitre) sera ensuite découpé en machine. Plusieurs couches de vernis cacheront la trace de fabrication.
Dans son île aux crayons, Patrick procède un par un d'une toute autre manière. De fin novembre à début mars il récolte des branches de noisetier et des touffes d'osier qu'il fait sécher, au moins un an avant de les couper en tronçons d'environ 22 centimètres de longueur avec une scie à ruban.
Les morceaux seront repris un par un pour être forés de manière à glisser la mine à l'intérieur ultérieurement. Il faut environ un diamètre de 4mm pour le crayon de papier, 6 mm pour le crayon de couleur.
Toute l'astuce consiste à employer de la colle à bois, point trop n'en faut de manière à solidifier le crayon. Il n'y aura plus qu'à tailler la pointe.
Raconté comme ça l'affaire semble un jeu d'enfant (même si je ne conseille à personne de forer sans protection comme cet artisan le fait). La réussite est le fruit de mille et un détails que Patrick raconte volontiers. Ne soyez pas pressé lorsque vous lui rendrez visite ...
Il abrite un coeur tendre dans sa carcasse de géant. Il vous parlera sans doute en premier lieu du choix de ses matériaux. Il importe que l'écorce soit belle. Le noisetier est tendre. L'osier décline des jaunes jusqu'aux bruns, du clair au foncé, en passant par les oranges et rouges. Le saule offre une très large gamme de couleurs, du rouge au vert. La peau fine se déchire par endroit. Certains segments sont marqués par la grêle et c'est une aubaine de les récolter. Chaque écorce est unique. En outre ce bois a des fibres longues qui rendent aisée la taille au couteau, 
Les paysans sont parfois jaloux de leurs terres et n'acceptent pas qu'on vienne y glaner. Par chance des copains lui ont dédié une bande de terrain en lui demandant d'y planter des osiers. C'est une espèce qui draine l'eau et qui est réputée pour apporter la sérénité et la douceur.

Il emploie la pousse la plus charnue, peu importe si elle est un peu tordue alors que le vannier utilisera la pousse fine. Tous deux cohabitent donc en bonne intelligence dans la même petite ville.

Patrick est un poète qui appuie ses affirmations de références littéraires. Il évoque la fable de La Fontaine, le chêne et le roseau pour convaincre son auditoire. Il trace avec ses crayons des pensées qui couvrent les murs de son atelier. On sent poindre une nostalgie douce-amère dans la plupart des petites phrases :
Notre passé est terrifiant. Notre passé est préoccupant. Heureusement, on n'a pas d'avenir.
Etre dans le vent, c'est une ambition de feuille morte.
On trouve de tut chez lui, jusqu'à une recette de pains d'épices punaisée sur une poutre.
Il a recours à des astuces pour faire des crayons bicolores en insérant une mine d'un bout, une autre de l'autre. Les couleurs sont obtenues avec un mélange de matériaux d'origine naturelle : du kaolin et du pigment (7%) avec un liant et de l'eau. le tout est malaxé, extrudé, séché, cuit dans la cire (un mélange de suif et de graisse de mouton). Argile, graphite, noir de cheminée, le tout cuit dans un bain-marie de cire, composent les crayons dits "crayons à papier". C'est parce que c'est cuit dans un four que le code APE est le même que celui d'un céramiste.
Et si la branche est artistiquement tordue il obtient un animal fantastique qui pourra tout de même devenir un crayon. Des sortes d'insectes ou d'araignées en particulier.

Patrick a beaucoup bourlingué. Il a travaillé sur des plates-formes pétrolières, s'est installé en Haute-Saône dans une ancienne usine à sécateurs. Il fait des crayons en branches d'arbres depuis 1996. Il est ici depuis 2003. Son installation n'a pas été facile mais il a tout de même pu saisir une formidable opportunité.

Il lui arrive de produire des séries de mille crayons pour des boutiques ou des musées mais il n'est pas près de concéder sa liberté pour gagner des mille et des cents. Rien ne lui fait plus plaisir que transmettre aux enfants et de recueillir leur parole. Il adore répondre à toutes les questions qu'ils lui posent : D'où il vient, ce que je faisais avant et pourquoi il est ici ... Il sourit quand un petit garçon le désigne comme fabricateur et n'hésite pas à garder ce néologisme sur son site.
Tout est beau chez lui. Difficile d'arrêter son choix sur une couleur. Ici le rose n'a pas bonne mine, il est rose éléphant, l'orange est d'Algérie, le rouge s'appelle Dédé, le vert peut être kawasaki, bleu col-vert ou entre-deux. Quant au bleu il est de chauffe ou comme une orange. Le violet est ... violette, tout simplement. Ils portent des noms rigolos : zigotos, bicolos, berlioz, les tutti-colors ... et sont appointés en facettes.

Le monochrome désigne un crayon d'une seule couleur, à choisir parmi 20 coloris différents, plus le Graphite, de grade 3B. Son diamètre est variable, d'environ 0,8 à 2,5 cm. Les Zigotos sont composés de 2 mines D6 de couleurs différentes et leur longueur est plus qu'aléatoire.
 
Les couleurs du Tutti-color sont toujours rouge, bleu, vert et jaune.
 
On achète ses crayons, à priori pour leur aspect décoratif. Ils sont faits pour qu'on s'en serve et il ne faut pas se restreindre.
Tailler un crayon est un art. Il ne faut pas que ce soit le crayon qui bouge mais le taille-crayon. Et il importe de le tenir verticalement. C'est le secret pour éviter de casser les mines sans arrêt.

Patrick a un couteau dédié à cela, en toute logique puisque nous sommes près de la région de production de Thiers. On peut prendre un cutter en redoublant de prudence. Le bois est serré dans la main gauche, le couteau dans la droite, si vous êtes droitier. La lame taille le bois de haut en bas en allant vers l'extérieur, dans le sens du fil pour obtenir une pique bien lisse et bien effilée. Toujours d'abord le bois et ensuite la mine que l'on râpe avec le même geste, mais plus doux et plus court, ou avec un papier de verre fin.

Il reproche au petit taille-crayon traditionnel de tourner à l'inverse du sens du fil du bois, et surtout de tailler la mine en même temps que le bois, deux matériaux différents qui ont besoin chacun d'un geste différent.
Il a adhéré à la Route des Métiers, une association de quarante adhérents dont le but est d'ouvrir les ateliers et de communiquer les savoir-faire. Elle se déroule du bas de Vichy au haut du Puy en Velay, en passant par Thiers, la capitale du couteau et par Ambert la capitale du papier et de la fourme, un fromage persillé presque crémeux. Voilà une manière originale de découvrir cette belle région.
Le camping local rend à sa manière hommage à l'artisan avec une sorte de haie de crayons géants.

L'Ile aux Crayons, 29, rue du Rhin et Danube

(en face de l'office de Tourisme)
63880 Olliergues
04 73 72 92 49
E-mail : contact@ileauxcrayons.com
Site : http://www.ileauxcrayons.com
Visites les lundi, mardi, mercredi, jeudi et vendredi à 15 h et à 17 h pour les particuliers lors des grandes vacances scolaires.
Accueil des groupes d'avril à octobre sur réservation seulement pour au moins 10 personnes.
Le prix d'entrée à 4 € donne droit à un crayon de la couleur de son choix à la fin de la visite.

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