La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes.
A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.
Marie-Ange Moulonguet, directeur de l’Espace culturel Louis Vuitton, connait bien Camille Henrot qu’elle a déjà accueillie au 7ème étage de l’immeuble, au 60 rue de Bassano, au-dessus de la boutique du 101 Champs Elysées.
Elle a organisé il y a une dizaine de jours une rencontre entre l’artiste, Jacques Leenhardt, directeur des études à la prestigieuse école des Hautes Etudes et Jean-Hubert Martin, directeur honoraire du musée national d’art moderne Centre-Pompidou. Cet échange a eu lieu devant des témoins admiratifs de tant d’intelligence. Car la jeune femme ne s’est jamais laissée démonter par ces hommes brillants, rendant très pertinente à posteriori la question de M.A. Moulonnet, à savoir qui cuisine qui aujourd’hui ?
C’est que Camille possède une culture immense qu’elle a totalement digérée. Les connaissances de cette jeune artiste (c’est une trentenaire qui, entre deux voyages au bout du monde, vit et travaille à Paris et qui a été nommée à l’édition 2010 du prix Marcel Duchamp) ne sont pas des étalages de savoirs mais une vraie nourriture de l’esprit qu’elle partage avec simplicité et c’était une grande chance de pouvoir l’écouter. Si elle entend que ses références peuvent devenir un frein pour le spectateur qui pourrait ainsi perdre sa liberté de penser elle répond avec le sourire qu’il convient alors de venir voir ses œuvres en son absence. Elle ajoute que chacun peut les interpréter selon sa propre sensibilité et qu’elle ne s’offusquerait pas d’être mal comprise.
C’est une femme généreuse qui ne se fâche pas que les anthropologues débattent sur les mots, quitte à perdre de vue la réalité des faits. Elle donne patiemment les clés pour comprendre sans jamais faire la leçon, mais toujours avec précision. L’écouter s’apparente à une opération de dopage intellectuel. Le terme d’acculturation est positif dans son discours. Elle l’associe à la transformation.
Elle travaille en sens inverse de ceux qui idéalisent ce qui n’a pas été touché par l’homme, utilisant des matériaux de récupération qui tous ont un lien de parenté avec la communication, sans craindre les malentendus puisque la création se nourrit précisément de malentendus. Ce qu’elle fait a quelque chose à voir avec la pureté.
Transformer un objet du quotidien pour en faire une pièce de musée est une opération magique pour conjurer la menace du temps. C’est un peu l’idée des Objets augmentés. Elle aurait pu employer du bronze ou du plâtre mais elle a choisi une matière vivante, le goudron, en ne se privant pas de l’éventualité de le voir craqueler, ou de faire des bulles. Le goudron est une matière sale mais qui est aussi le cœur de la terre. Il est difficile de s’en procurer (cela ne se vend pas au détail), de le manipuler et de le fixer. Libre à nous d’y voir une représentation de Kinder surprise géants. Par contre n’allons pas jusqu’à les imaginer recouverts de plumes, l’allusion serait trop littérale. Elle établit des connexions mais sans porter de jugement. On entend pourtant clairement un message d’alerte sur la disparition. En utilisant des durites usagées pour représenter des Espèces menacées en s’inspirant de la forme de certains masques bambara du Mali ne signifie-t-elle pas aussi son regret qu’une voiture d’exception portant un nom d’animal sauvage comme la Porsche cayman ne puisse pas elle aussi bientôt disparaitre ?
Camille Henrot n’a pas le culte de l’authenticité mais celui de la sincérité. Qu’un objet volé ait davantage de valeur après cet acte a de quoi la révolter tout comme cette idée préconçue que le beau soit forcément ancien.
Je me méfie des catégories, utiles comme outils pour penser, mais la liberté de l’artiste est de proposer des théories personnelles, irrationnelles, voire utopiques ; en un mot d’interroger la légitimité du savoir. L’exposition évoque l’absurdité du concept de pureté des civilisations à la fois dans l’espace et dans le temps. Chaque objet porte en lui une mémoire collective et individuelle, il a un passé et un avenir, un ici et un ailleurs.
Elle aurait voulu dresser l’inventaire des variétés de maïs mais elles ont toutes été bloquées en douane pour diverses raisons. L’installation « Sanctuaire » met donc en scène un unique épi encerclé par un dispositif photographique. Il est doublement symbolique, d’abord d’un monde directement en voie de disparition, celui des indiens hopis qui ont donné cette « poupée » (c’est ainsi qu’on appelle les épis de maïs) qui rappelle les poupées kachinas, et celui d’un monde en évolution qui précipite sa propre destruction puisque ce végétal étant devenu un bio-carburant son prix connait une inflation proportionnelle à celui de la viande. C’est aussi une référence au roman de Faulkner. Le tapis est, selon le Corbusier, la forme la plus évidente d’architecture, mobile d’habitat nomade. Camille Henrot a posé le sien, d'apparence navajo, reprenant les silhouettes de monuments emblématiques de l’architecture moderniste, en rouge et noir, devant la fenêtre qui s’ouvre sur le ciel parisien, composant le Plongeon du funambule d’Odile Decq, architecte française, que je dois bientôt rencontrer et sur laquelle je ferai ensuite un focus.
Cet objet unit les deux artistes, faisant le lien entre leurs Perspectives réciproques. On a dénoncé les musées comme « des églises culturelles où les non pratiquants n'osaient pas entrer ». Au centre culturel Vuitton tout est mis en œuvre pour que chaque visiteur se sente accueilli et il ne faut pas hésiter à y monter d'ici le 5 septembre. L'entrée est libre et l'ascension est en elle-même une initiation, comme je le décrivais dans le précédent article.
Espace culturel Louis Vuitton, 60 rue de Bassano, 75008 Paris, 01 53 57 52 03 du lundi au samedi de 12 à 19 heures, dimanche et jours fériés de 11 à 19 heures
Drôle d'endroit pour une rencontre ... je veux parler de ce marché Saint-Honoré où je suis allée mercredi dernier malgré la pluie. Un jeune homme avait bien du mérite à se trouver sur le stand de la Fédération française de cuisine amateur parce qu'il est habitué à des températures plus clémentes. Il avait apporté avec lui de précieuses réserves de cet or noir de Madagascar, des gousses de vanille, dont il m'a remis 4 exemplaires à tester. Son nom s'apparente à celui d'un personnage de roman policier, Lord Vanilla, mais il n'a rien d'effrayant.
Voici ma première expérience. Je ne vais pas jouer à la devinette. Il s'agit d'une huile d'olive que je compte utiliser dès que l'arôme de la vanille l'aura parfumée. Je n'ai pas cherché à gratter les graines, afin de laisser au processus le temps nécessaire à l'opération.
Mais ces petites graines se sont vite échappées de l'incision. Voyez plutôt ...Je pense que cette huile fera merveille pour accommoder un tartare de poisson, d'où cette petite "étiquette" en guise de pense-bête. Si quelqu'un a une autre idée ... N'hésitez pas à aller sur le site de Lord Vanilla. Vous y apprendre beaucoup sur ce condiment qui nous est familier et que l'on croit bien connaitre.
C'est un prix littéraire modeste mais sérieux. Il existe depuis 10 ans. On est loin des coups d'éclat qu'on peut déplorer parfois. Fabienne Serris, la très dynamique directrice de la médiathèque (qui a initié ce Prix ... et quelques autres ensuite) a promis à ses abonnés une version encore plus sérieuse l'an prochain puisque ceux qui l'accepteront seront initiés à la critique littéraire pour voter selon des critères déterminants.
Cette évolution arrive à point nommé parce que cette année la sélection était si bonne que les lecteurs souffraient de ne pouvoir mettre qu'un bulletin dans l'urne. Malgré leurs tergiversations les quelques 120 jurés (le même nombre que pour le "prestigieux" jury ELLE) étaient sur les mêmes longueurs d'onde. Cinq livres se sont nettement détachés pour le grand Prix comme pour le prix Découverte qui couronne un livre qui a été une belle surprise de lecture (parfois le titre est en lien avec un billet du blog) et le dépouillement fait par Marie-Christine LECLERC, adjoint à la Culture et au Patrimoine du Plessis-Robinson (92), a été un suspense jusqu'au dernier bulletin. LES CHAUSSURES ITALIENNES d'Henning Mankell au Seuil s'est classé premier. A 66 ans, Fredrick Welin vit reclus depuis douze ans sur une île de la Baltique. Durant deux solstices d'hiver et un d'été, des personnages qu'il a connus vont réapparaître dans sa vie et le pousseront à retrouver le monde des émotions humaines. Henning Mankell est né en Suède en février 1948. A seize ans, il débarque à Paris, où il écrit et survit en réparant des clarinettes. Dans les années 1970, il découvre l'Afrique. Aujourd'hui, il partage encore son temps entre sa terre natale, la Suède, et le Mozambique où il dirige une troupe de théâtre le "Teatro Avenida". C'est le dernier livre que j'ai lu dans le cadre du Prix sans lequel je me serais privée d'une belle découverte. Je reviendrai bientôt sur cet ouvrage.
CELUI QUI SAIT d'Alexandra Marinina au Seuil l'a talonné de quelques voix. Le passage de la société soviétique à l'univers russe contemporain est décrit à travers les destins croisés des locataires d'un appartement communautaire de Moscou : Natacha Kasantsev, future réalisatrice, sa sœur Lioussia, écrivain raté, leurs parents, la bibliothécaire juive Bella Lvovna et son fils Marik, un couple d'ivrognes et un autre sans enfants. Née en 1957, Alexandra Marinina est un ancien lieutenant-colonel de la police judiciaire de Moscou. Elle est l'auteur de plus de dix-sept romans, principalement des romans policiers. Son livre a été un des premiers à révéler le quotidien vécu par les habitants du bloc soviétique après la tombée du communisme.
L’ANNEE BROUILLARDde Michelle Richmond chez Buchet Chastel arrivait ensuite. La disparition d'une fillette de 6 ans, sur la plage embrumée d'Ocean Beach, à San Francisco, est prétexte à disséquer les composants de l'amour paternel et maternel, de découvrir quelles sont les méthodes américaines d'investigation, d'explorer comment fonctionne la mémoire, et aussi comment la culpabilité peut-elle se dissoudre par un certain travail de deuil. Ce fut un de mes coups de cœur dans le cadre des livres que j'ai lus pour le Prix littéraire de ELLE. Michelle Richmond est l’auteur de trois romans et d’un recueil de nouvelles. Seul L’Année brouillard est disponible en français. Native de Mobile dans l’Alabama et lauréate de plusieurs prix littéraires, elle enseigne les techniques d’écriture et publie sur le web "Fiction attic", une revue littéraire.
JE VOUS RACONTERAI d'Alain Monnier chez Flammarion était en quatrième position pour le Prix. Il a remporté le plus grand nombre de voix dans la catégorie Découverte. Dans une société laminée par la pauvreté et la violence, un homme misérable est au bout de ce qu'il peut endurer. Mais, alors qu'il s'apprête à en finir, un mafieux lui propose de venir jouer à la roulette russe contre une forte somme d'argent. Il accepte, en sort indemne, mais totalement fasciné d'avoir frôlé la mort. Dès lors, il ne cesse de revenir jouer et peu à peu reprend goût à la vie. Alain Monnier publie en 1994 son premier roman, Signé Parpot, dont le montage réalisé à partir de traces écrites est remarqué par la critique. Il poursuit une œuvre originale qui, au travers de formes et de thèmes très variés, propose une critique de la modernité.
L’ANNONCE de Marie-Hélène Lafon chez Buchet Chastel a reçu un nombre de voix très honorable. C’est l'histoire d'une rencontre amoureuse, provoquée par une petite annonce entre Paul, un paysan de 46 ans travaillant à Fridières dans le Cantal et Annette, une mère de 37 ans, qui décide de quitter son mari alcoolique et Bailleul dans le nord de la France. Marie-Hélène Lafon est née en 1962 à Aurillac dans le Cantal. Agrégée de grammaire, professeur de Lettres, et écrivain, elle vit à Paris où elle enseigne les lettres classiques. Elle aussi est venue discuter avec les abonnés du Plessis au cours d'une soirée d'échanges passionnants.
L. A. STORY de James Frey chez Flammarion, LIVRE DE CHRONIQUES - 4 d'Antonio Lobo Antunes chez Bourgois, CONTREBANDE d'Enrique Serpa chez Zulma et GRAND HOMME de Chloé Hooper chez Bourgois n'ont été plébiscités que par quelques rares personnes.
Et puis LA VÉRITÉ SUR MARIE de Jean-Philippe Toussaint aux Éditions de Minuit s'est classé "bon" dernier, malgré la venue de son auteur et un débat passionné et passionnant dans le hall de la médiathèque. Comme quoi on peut apprécier un écrivain sans pour autant aimer ce qu'il fait.
L'addition des deux votes n'aurait pas bouleversé le palmarès. Ce sont bien les Chaussures italiennes et Je vous raconterai qui seraient toujours sortis gagnants. Le cru 2010 était décidément particulièrement excellent. Rendez-vous samedi prochain pour cette fois l'annonce du Prix du roman d'Antony. Parmi les dix livres en compétition on retrouve les Chaussures italiennes, Celui qui sait et l'Annonce. Mais il y a aussi Ce que je sais de Vera Candida qui a reçu le prix ELLE, et quelques autres excellents livres dont Les mains nues de Simonetta Greggio dont on a trop peu parlé à mon avis. Bien malin celui qui peut prédire qui l'emportera.
Et puis le vendredi 25 juin à 19 heures, les deux médiathèques réunissent leurs forces pour animer une soirée littéraire autour de la littérature d'Afrique du Sud au Moulin Fidel ... pour tous ceux et celles qui s'intéressent à ce pays autrement qu'à travers des prouesses footballistiques ! Il sera prudent de réserver.
Médiathèque du Plessis-Robinson (92) 2, rue André-Le Nôtre Tél : 01.46.01.44.70 Courriel : bibliotheque@plessis-robinson.com Site Internet : http://www.plessis-robinson.com Rubrique « Vivre au Plessis » – « Culture »
Aussi familier en banlieue sud-parisienne que la fête de la musique, ce festival est le rendez-vous attendu des habitants. Les abonnés des théâtres et leurs publics sont les bienvenus mais ce n'est pas à ce titre qu'ils sont invités à sortir pendant cette manifestation.
Ce que Marc Jeancourt cherche toujours à faire à ce moment de l'année c'est poursuivre sa mission de double découverte : du coté des artistes en débusquant les meilleurs et du coté des gradins en attirant des spectateurs qui ne savaient même pas la veille qu'ils viendraient.
C'est donc pour vous qui n'êtes jamais rendu dans une salle de spectacle que le cirque vous est offert. Tout est presque "cadeau" en cette année de dixième anniversaire. Ce ne sont pas les deux soirées à 3 euros qui vont mettre en péril le budget des vacances ... et le festival ne fera pas recette.
L'argument du prix est réglé. Celui des lieux aussi puisque les artistes navigueront entre les quartiers d'Antony et de Châtenay-Malabry, au bout des parcs, au fond des jardins, dans les cours d'école. Celui de la surenchère en terme de proposition de sorties n'est plus d'actualité puisque le formidable festival de cinéma Paysages de cinéastes est programmé pour septembre (exactement du 3 au 12 alors qu'il avait lieu traditionnellement en juin. Notez ces dates sans attendre.)
Il vous faut d'autres preuves ? Remontons un an en arrière et relisons quelques publications pour retrouver intacte l'émotion que nous avons partagée. Sachez par exemple qu'en juin 2009 les personnes bien avisées ont apprécié le Grand C qui a ouvert le festival dans le parc du CREPS. Cette troupe reviendra dans quelques mois et cette fois la place sera au juste prix. Ce ne sera pas loin, à l'Onde de Vélizy (78).
Les œuvres sont de qualité mais faciles d'accès. Pas besoin d'un diplôme culturel pour les apprécier. Ameutez vos amis, composez des petits groupes, ou des grands ... et accourez ! Quel risque prendrez-vous en coupant votre télé ce soir là ? De louper un match nul (zéro à zéro) de la Coupe du monde de football ? Le seul impondérable sera celui de la météo. Mais on a pensé à des solutions de repli. Vous avez affronté la neige il n'y a pas si longtemps alors ce n'est pas une brise estivale qui va vous freiner tout de même !
Impossible de tout vous raconter. Le programme est disponible sur place et sur Internet. Il vous sera probablement tendu par la main aimable d'un porteur de tee-shirt turquoise siglé de l'affiche du festival. Accueillez-le avec le sourire. Ce sont des bénévoles qui portent la bonne parole et ce n'est pas toujours facile pour eux de vous aborder, à vous qui ne voulez pas bouger alors qu'ensuite vous deviendrez les ambassadeurs les plus déterminés.
Il faut vivre avec son temps, nous dit le conservateur du musée Bombana de Kokologo. Un véritable musée, mais imaginaire, avec de vrais objets, mais complètement absurdes, dont l'usage est totalement détourné, mais avec naïveté. Quelques chanceux l'ont découvert au théâtre Jean Arp de Clamart (92) en décembre dernier. Il se déploiera au pied de trois sites patrimoniaux, le 18 juin à 18H30 dans le Parc Bourdeau, derrière la Maison des Arts d'Antony, le lendemain à 17 heures devant la Maison de Chateaubriand, à Châtenay et le 20 à 17 heures ce seront les pierres du Château de Sceaux (entrée principale, pelouse “Le Caprice”) qui feront écho à la voix de M. Bakary, alias Athanase Kabré, conteur joyeux et truculent, passionné et passionnant, qui vous entraînera dans son tourbillon d’histoires décalées. Pour tout public à partir de 8 ans, en accès libre mais sur réservation au 01 41 87 20 84.
Également en accès libre, toujours dans un parc, cette fois le Parc Heller d'Antony, une Ballade de cirque vous fera croiser samedi 19 juin à 21 heures deux artistes étonnants. Boris Gibé en acrobatie aquatique et aérienne, au-dessus de l’Etang du Soleil, évoluera au rythme du vent et des pulsations d’un saxophone. Vincent Warin, ancien champion de France et vice champion du monde de BMX en acrobatie sur BMX, enchainera les exploits sur son "vélo" particulier.
Changement d'échelle avec les Philébulistes qui interpréteront Arcane, un duo de voltigeurs pour Objet Roulant Surdimensionné. Leur numéro quasi magique remplace in extremis le spectacle Rivages, dont la dangerosité est incompatible avec la grossesse de la danseuse.
Je les ai découverts ce soir (ils ont fait une petite démonstration de leur talent à la fin de la présentation de saison de l'Onde à Vélizy - dont j'annoncerai bientôt l'essentiel de la programmation - et ils clôtureront dimanche 13 juin le festival des Arts de la rue de Vélizy). Leur engin est fabuleux : deux gigantesques roues de vélo, de 5 mètres de diamètre, reliées par un axe central, au milieu desquelles les deux acrobates voltigent, tourbillonnent, virevoltent, s'agrippent aux rayons comme des hommes araignées dans une cage en mouvement. Ce sera un ravissement de les revoir sur le parvis du Théâtre Firmin Gémier le 25 juin à 21 heures, en accès libre.
Sur cette même place François Simiand où l'an dernier nous avons applaudi Perlas y Plumas, nous surveillerons l'après-midi du dimanche 20 juin l'entrainement de cinq as de la bascule et du mât chinois tout juste sortis de cette grande école du cirque de Chalons. Performance bien sur, mais aussi humour et énergie pour épater les habitants qui pourront les applaudir depuis leurs balcons à 21 heures. Switch sera lui aussi un spectacle offert où devraient se retrouver tous les habitants de la Butte rouge de Châtenay.
La vieille roulotte rouillée des Gavalo Kanibal campera à 21 heures le jeudi 24 à l'Ecole André Chénier d'Antony, le lendemain sur le Parvis des Tours de la rue Joseph Delon et le samedi 26 sur le terrain de sports La Bruyère, en contrebas du théâtre de la Piscine de Châtenay-Malabry. Je n'oserais pas passer mes vacances avec le couple de "Bohos" mais une soirée à jouir de leurs numéros de foire, cela ne se refuse pas.
Le festival s'ornera aussi des Etoiles, qui sont deux petites pièces pour funambules sensibles et fantaisistes mises en scène par Antoine Rigot lequel continue son métier en restant les pieds sur terre depuis un très grave accident. Avec Hautes-pointures, ce sont deux jolies filles, l’une rousse et fantasque, l’autre en tailleur noir, qui ont chaussé des talons aiguilles pour monter sur le fil ! Tête en l’air ou tête en bas, elles osent des acrobaties incroyables avec un punch et un burlesque étonnants. Dans Tarina, c’est toute la fragilité d’une rencontre qui se joue, sur le fil de la vie. Une femme et un homme se cherchent du geste, se trouvent et se repoussent. C'est tout public, pour deux soirées exceptionnelles au lycée Jean Jaurès de Châtenay-Malabry, les vendredi et samedi 18 et 19 juin à 21 heures, pour la modique somme de 3 euros et sur réservation au 01 41 87 20 84.
Un festival sans clowns ce ne serait pas sérieux. Il y aura Augustes tous les soirs, (sauf lundi) à 22 heures à l'Espace cirque d'Antony, désormais bien connu dans le milieu et dans la région. C'est peut-être le seul spectacle qui demande qu'on se vide un peu l'esprit avant de s'y précipiter. Pionniers du cirque contemporain français, Nigloo et Branlo sont des artistes exceptionnels. Ils ont inventé une espèce de tonneau, véritable baraque à mystère pour clowns hallucinants ...
Si vous avez la curiosité de vous approcher des braseros, de monter l’escalier et de vous accouder à la balustrade, vous vivrez une expérience unique : observer d’en haut, comme à la loupe, deux hommes qui vous embarqueront dans leur vision de la solitude, de la tristesse, de l'absurdité d'un isolement. Ce sera un spectacle très sensoriel qui évoque aussi le territoire de l'illusion. Vous serez dérouté vers un rêve éveillé sans fin, une grande bouffée d'air où tout sera grandiose et dérisoire, et où le grotesque tutoiera le sublime. A partir de 10 ans. 3 euros et sur réservation au 01 41 87 20 84.
Les enfants auront leur après-midi spéciale. Ribouldingue campera sur le Parvis rue Mont-Blanc d'Antony, mercredi 23 à partir de 15 heures. Les amateurs de musique régaleront leurs oreilles, mais pas qu'elles puisque les apéro-concerts sont désormais un des rituels du festival à 19 heures sur la place Firmin Gémier (sauf lundi, mardi et mercredi).
Et puis le dimanche 27 juin, Christine Corday, danseuse et chorégraphe, fera lever de leur chaise ceux qui font tapisserie autour de la piste de danse. Le p'tit bal nous promet une belle fête sans se casser la tête ni se marcher sur les pieds.
Pour tout savoir des spectacles nécessitant l'achat d'un billet et sur l'ensemble du festival : 01 41 87 20 84 • Au Théâtre La Piscine – 254 av. de la Division Leclerc à Châtenay-Malabry : Mardi de 14h à 19h /Mercredi au vendredi de 11h à 19h / Samedi de 11h à 17h • Au Théâtre Firmin Gémier – Place Firmin Gémier à Antony : aux mêmes horaires mais fermé de 13h à 14h Sur www.theatrefirmingemier-lapiscine.fr 06 33 29 85 30 Le jour des représentations, pour tout renseignement de dernière minute Les photos non mentionnées A bride abattue proviennent du site du théâtre que je remercie.
C'est un dilemme pour certains(nes). La Fédération française de cuisine amateur a réglé la question avec le concours de la Ville de Paris et de quelques écoles de cuisine qui se déplacent sur les marchés pour initier la ménagère à des saveurs nouvelles.
Quoi de plus naturel que de se réunir sur ces lieux d'échanges pour y acheter les produits de saison qu'il serait raisonnable de consommer ?
C'est l'occasion de se réconcilier avec la cuisine de loisir en découvrant peut-être un marché de Paris où vous n'êtes encore jamais allé. Profitez-en pour interroger les marchands de primeurs qui ne demandent qu'à vous conseiller dans vos achats ... Ils sauront vous dire ce qu'il est économique de cuisiner en ce moment.
L'équipe de la FFCA est toujours là pour vous renseigner sur les écoles pour amateurs qui dispensent des cours dans tous les arrondissements de Paris.
Aujourd'hui c'était le quartier Saint Honoré qui prenait toute l'après-midi des allures de marché asiatique qu'une pluie fine et collante aurait pu rendre morose.
Tous les âges étaient représentés pour cette initiation qui a suscité beaucoup de questions aux passants. Et c'était l'atelier ZenZoo Foodi, 2 rue du Nil, 75002 Paris, (Métro Sentier) Tél / Fax / 01 45 08 48 28 qui a officié ce jour-là. Spécialisé dans les cuisines asiatiques (car il y en a une immensité) cette école est aussi l'adresse d'un traiteur et d'un organisateur de réception. Son site est aussi appétissant qu'une de ces belles assiettes préparées sur le marché et déjà largement goûtée. La prochaine fois, le 13 juin, le cours de cuisine aura lieu sur le marché PLACE DES FÊTES, Paris 19 ème (Métro : Place des Fêtes), avec deux leçons, de 11h15 à 12h15 puis de 12h30 à 13h30. Nombre de participants : 7 à chaque séance
Le 3 juillet ce sera le marché CHARONNE, Paris 11eme, (Métro : Alexandre Dumas) qui accueillera trois leçons, de 10h00 à 11h00, de 11h15 à 12h15 et de 12h30 à 13h30 , toujours pour 7 personnes à chaque fois. Le marché Charonne est installé entre le n°129 bd de Charonne et la rue Alexandre Dumas et se tient les samedis, de 7h à 15h
D'autres rendez-vous aussi sympathiques que gastronomiques sont déjà programmés tout le long du mois de juillet et jusqu'à la fin de l'année. Pour participer s'inscrire rendez-vous sur la page Internet de la FFCA ici. Bien entendu si vous êtes déjà membre de la Fédération, vous serez prioritaire.
Son livre, je vous raconterai avait été choisi pour concourir au Prix Robinsonnais, un prix décerné depuis dix ans déjà d'après les votes des abonnés de la médiathèque sur une proposition d'une dizaine d'ouvrages (voir liste en fin d'article). Il a obtenu la majorité des voix dans la catégorie "découverte", succès amplement mérité.
Je l'avais lu en février dernier et j'avais fait un billet plutôt très positif malgré deux critiques mineures pour lesquelles Alain Monnier a fait immédiatement amende honorable tout à l'heure lorsque je l'ai rencontré à la médiathèque.
Pour une fois je ne ferai pas un compte-rendu quasi exhaustif de ses échanges avec les lecteurs, et pour cause : j'étais retenue par mon travail et suis arrivée quand chacun se levait pour le verre de l'amitié. Mais Alain Monnier ayant fort aimablement devisé avec moi je peux m'essayer à retransmettre quelques-uns de ses propos, d'autant que Marie-Françoise m'a un peu "raconté" ce qui s'était dit avant mon arrivée. Merci à elle.
Le soleil de Toulouse s'entend dans sa voix, à moins que ce ne soit son sourire constant qui fasse que l'on se sente immédiatement en phase avec ses idées.
Je vous raconterai avait semblé très "sérieux". Pardonnons-lui d'avoir préféré employer le pistolet, parce que ce mot est plus romantique et qu'il évoque une atmosphère du XIX° siècle plutôt que le revolver qui est selon lui connoté gangster. Jean-Philippe Toussaint fait vomir un cheval dans La vérité sur Marie, Alain Monnier peut bien faire jouer son héros à la roulette russe avec un pistolet. Puisque nous sommes dans la fiction il faut bien laisser l'imaginaire gouverner l'écriture.
Pourtant l'écrivain est un perfectionniste. Il peut écrire un bouquin dix fois avant d'estimer la version digne d'être montrée à son éditeur. Il ne donnera jamais à lire quelque chose qui ne soit pas complètement abouti et ne se fie pas à l'opinion des amis, forcément indulgents.
Quand il n'écrit pas il lit Patrick Modiano, Serge Joncour, Benoit Duteurtre, Jean Rouault (ses premiers livres). Il écrit entre 5 heures 30 et 7 heures du matin comme Véronique Ovaldé et tant d'autres. C'est décidément un bon horaire pour les écrivains contemporains, surtout ceux qui ont un travail salarié "à coté" de leur activité d'écriture. Et il est probable qu'on ne traite pas les mêmes sujets quand on est du soir ou du matin. C'est qu'on n'a pas toute la journée devant soi pour laisser venir l'inspiration. Il faut au contraire la convoquer à heures fixes, se laisser porter par l'énergie créatrice tout en sachant qu'on devra brutalement s'arrêter en espérant ne rien perdre du jaillissement premier.
Alain Monnier part de nos peurs. Il se met dans la peau du personnage et s'efforce de ressentir les mêmes émotions que lui, de vivre des souffrances analogues, d'avancer avec son héros en vivant la même quête. Le fond importe davantage que la forme. Une belle phrase qui n'a pas de raison d'être sera impitoyablement abandonnée. Le résultat doit obéir à une cohérence.
J'écris et je lis pour réfléchir. Chaque livre doit être un cheminement entre l'auteur et le lecteur. Une fois posé sur la table il est prêt pour une rencontre. J'aimerais travailler maintenant encore sur un thème grave, mais cette fois dans la légèreté.
Son prochain livre sera sans doute plutôt une fable, dans la veine de Givrée, le premier roman qu'il a publié chez Flammarion en 2006. Ionesco aurait pu inventer cette aventure qui commence par une panne de frigo et qui évolue autour d'une collection d'appareils dont le nombre prend des proportions hors du commun. L'écart entre la réalité et le discours (qu'il soit marketing ou politique) est pointé avec sagacité.
Le choix du thème n'est pas aisé. Alain Monnier avait voulu établir un parallèle entre la vie nomade des Roms et celle de quelques richissimes personnalités qui partagent leur temps entre plusieurs domiciles. Il est alors tombé sur un livre passionnant traitant du nomadisme des cadres. La justesse de l'analyse l'a aussitôt dissuadé de s'atteler au même sujet. Attendons donc avec patience le prochain cru ... d'ici un an, au moins.
Les 10 livres sélectionnés pour le Prix Robinsonnais sont (parfois le titre est en lien avec un billet du blog):
JE VOUS RACONTERAI d'Alain Monnier chez Flammarion Dans une société laminée par la pauvreté et la violence, un homme misérable est au bout de ce qu'il peut endurer. Mais, alors qu'il s'apprête à en finir, un mafieux lui propose de venir jouer à la roulette russe contre une forte somme d'argent. Il accepte, en sort indemne, mais totalement fasciné d'avoir frôlé la mort. Dès lors, il ne cesse de revenir jouer et peu à peu reprend goût à la vie. Alain Monnier publie en 1994 son premier roman, Signé Parpot, dont le montage réalisé à partir de traces écrites est remarqué par la critique. Il poursuit une œuvre originale qui, au travers de formes et de thèmes très variés, propose une critique de la modernité. L’ANNEE BROUILLARDde Michelle Richmond chez Buchet Chastel La disparition d'une fillette de 6 ans, sur la plage embrumée d'Ocean Beach, à San Francisco, est prétexte à disséquer les composants de l'amour paternel et maternel, de découvrir quelles sont les méthodes américaines d'investigation, d'explorer comment fonctionne la mémoire, et aussi comment la culpabilité peut-elle se dissoudre par un certain travail de deuil. Ce fut un de mes coups de cœur dans le cadre des livres que j'ai lus pour le Prix littéraire de ELLE. Michelle Richmond est l’auteur de trois romans et d’un recueil de nouvelles. Seul L’Année brouillard est disponible en français. Native de Mobile dans l’Alabama et lauréate de plusieurs prix littéraires, elle enseigne les techniques d’écriture et publie sur le web "Fiction attic", une revue littéraire. LA VÉRITÉ SUR MARIE de Jean-Philippe Toussaint aux Éditions de Minuit Un livre sur le fantasme que l’on peut avoir d’un être aimé qui nous a quitté, et qui continue à exister sans nous, avec d’autres que nous. Ici, l’amant déchu se transforme en narrateur, fait de Marie le personnage de son histoire, et tire les fils de la marionnette. N’est-ce pas le privilège des auteurs que de modeler la réalité pour nous offrir une autre réalité surgie de leur imaginaire ? Né en 1957 à Bruxelles, Jean-Philippe Toussaint est l'auteur de La Salle de bain (1985), Fuir (prix Médicis 2005) et La Mélancolie de Zidane (2006). Il a récemment rencontré les lecteurs de la médiathèque.
L. A. STORY de James Frey chez Flammarion Quatre destins permettent de tisser l'histoire de la ville de Los Angeles : Esperanza, petite-fille d'immigrés mexicains ; Amberton, acteur narcissique et coqueluche des studios ; Dylan et Maddie qui ont déserté l'Ohio pour échapper à la violence familiale ; et Joe, amoureux de la bouteille et de sa liberté. Né en 1969, James Frey est originaire de Cleveland, Ohio. Il est l'auteur de Mille Morceaux (2004) et Mon ami Leonard (2006). Il vit à New York.
L’ANNONCE de Marie-Hélène Lafon chez Buchet Chastel C’est l'histoire d'une rencontre amoureuse, provoquée par une petite annonce entre Paul, un paysan de 46 ans travaillant à Fridières dans le Cantal et Annette, une mère de 37 ans, qui décide de quitter son mari alcoolique et Bailleul dans le nord de la France. Marie-Hélène Lafon est née en 1962 à Aurillac dans le Cantal. Agrégée de grammaire, professeur de Lettres, et écrivain, elle vit à Paris où elle enseigne les lettres classiques. Elle aussi est venue discuter avec les abonnés du Plessis au cours d'une soirée d'échanges passionnants.
CELUI QUI SAIT d'Alexandra Marinina au Seuil Le passage de la société soviétique à l'univers russe contemporain est décrit à travers les destins croisés des locataires d'un appartement communautaire de Moscou : Natacha Kasantsev, future réalisatrice, sa sœur Lioussia, écrivain raté, leurs parents, la bibliothécaire juive Bella Lvovna et son fils Marik, un couple d'ivrognes et un autre sans enfants. Née en 1957, Alexandra Marinina est un ancien lieutenant-colonel de la police judiciaire de Moscou. Elle est l'auteur de plus de dix-sept romans, principalement des romans policiers. Son livre a été un des premiers à révéler le quotidien vécu par les habitants du bloc soviétique après la tombée du communisme.
LIVRE DE CHRONIQUES - 4 d'Antonio Lobo Antunes chez Bourgois Ces chroniques ont été écrites entre 2003 et 2005 pour un journal portugais et sont composées de 69 textes, dont une vingtaine de récits fictifs. Des hommages à quelques figures des lettres et des arts portugais et des morceaux sur des thèmes chers à l'auteur ponctuent ces textes. Né à Lisbonne en 1942, Antonio Lobo Antunes s'est spécialisé dans la psychiatrie. Son service militaire, qu'il a effectué en Angola de 1971 à 1973, a inspiré ses trois premiers romans. Traduit en de nombreuses langues, il est devenu l'une des figures majeures de la littérature européenne.
LES CHAUSSURES ITALIENNES d'Henning Mankell au Seuil A 66 ans, Fredrick Welin vit reclus depuis douze ans sur une île de la Baltique. Durant deux solstices d'hiver et un d'été, des personnages qu'il a connus vont réapparaître dans sa vie et le pousseront à retrouver le monde des émotions humaines. Henning Mankell est né en Suède en février 1948. A seize ans, il débarque à Paris, où il écrit et survit en réparant des clarinettes. Dans les années 1970, il découvre l'Afrique. Aujourd'hui, il partage encore son temps entre sa terre natale, la Suède, et le Mozambique où il dirige une troupe de théâtre le "Teatro Avenida". C'est le dernier livre que je lis dans le cadre du Prix sans lequel je me serais privée d'une belle découverte. je reviendrai bientôt sur cet ouvrage.
CONTREBANDE d'Enrique Serpa chez Zulma A Cuba, dans les années 1920, l'armateur de la goélette La Buena Ventura, ex-ingénieur chimiste à l'American Sugar Compagny, et son capitaine, un gentilhomme de fortune surnommé Requin, s'opposent sur l'opportunité d'abandonner la pêche pour se lancer dans le trafic de contrebande d'alcool vers les Etats-Unis, pendant la Prohibition. Enrique Serpa (1900-1968) est né à La Havane. Il côtoie les jeunes intellectuels de son temps et exerce le métier de journaliste. Contrabando est son premier roman. Il a remporté le Prix national du roman en 1983.
GRAND HOMME de Chloé Hooper chez Bourgois La journaliste relate avec précision le déroulement de l'enquête, de l'instruction et du procès déclenchés par le décès d’un jeune Aborigène australien, en 2004 à Palm Island suite aux violences du brigadier Chris Hurley. Un récit qui témoigne de la destruction du peuple et de la culture aborigènes par la colonisation occidentale. Née en 1973, Chloé Hooper a grandi à Melbourne, avant de venir étudier à New York. Son premier roman, Un vrai crime pour livre d'enfant, paru en 2002, a été sélectionné pour le Orange Prize, remis chaque année à un auteur de langue anglaise.
Le cru 2010 était particulièrement excellent. Mon choix a été difficile. Je ne pense pas avoir été la seule à hésiter à renoncer à l'un ou l'autre. Depuis le 12 juin on sait que le titre gagnant, Les chaussures italiennes, a devancé de très peu Ce que je sais, l'Année brouillard et le livre d'Alain Monnier. Médiathèque du Plessis-Robinson (92) 2, rue André-Le Nôtre Tél. : 01.46.01.44.70 Courriel : bibliotheque@plessis-robinson.com Site Internet : http://www.plessis-robinson.com Rubrique « Vivre au Plessis » – « Culture »
Croyez-vous que j'ai le temps de cuisiner entre le travail, la maison, la famille et tous ces spectacles qui s'enchainent à grande vitesse ? Le mois de juin est d'ailleurs traditionnellement un des plus chargés pour beaucoup alors faisons simple pour de bon.
Quelques sardines à l'huile, juste égouttées, écrasées à la fourchette avec une cuillère à soupe de confit de citron au gingembre du Coq noir (le même que j'ai utilisée pour cette recette-ci) et deux cuillerées à soupe de fromage blanc battu. Assaisonnez. Ajoutez de l'aneth finement ciselée et le tour est presque joué.
Il ne reste plus qu'à tartiner généreusement un pain de qualité grillé que vous borderez d'une salade de jeunes pousses d'épinards.
J'ai ajouté un petit hachis de betteraves rouges nouvelle récolte pour donner une touche de couleur. Bon appétit !
Écrire que "29 degrés à l'ombre" a été donné à la Piscine de Châtenay-Malabry ressemble à une blague de premier avril mais c'est la stricte vérité.
Salle comble, multiples rappels, public enthousiaste ... et il y avait de quoi. La saison se clôturait avant-hier sur un duo de pièces qui avaient toutes les qualités pour mettre le spectateur de bonne humeur.
Dans la salle, un papa attentif avait été largement remarqué. Richard Borhinger était venu voir sa fille sur scène, in extremis puisque c'était la dernière représentation avant la tournée programmée l'an prochain. Les plus hardis ont demandé un autographe en catimini. D'autres ont exprimé combien ils auraient apprécié une petite rencontre-débat en famille autour de leur métier de comédien. Tous ont salué la qualité d'interprétation de Romane.
Séduit par l'intensité des farces de Molière qu'il a récemment mises en scène à la Comédie-Française, Pierre Pradinas, directeur du Théâtre de l'Union - Centre Dramatique National de Limoges, poursuit son travail autour de la comédie avec deux comédies en un acte de Labiche qui ont conservé leur potentiel de distraction réjouissante. Pour le metteur en scène "Ces textes n'ont rien d'inoffensif, ils sont drôles par leur dimension critique, et c'est sans doute pour cela qu'ils ne vieillissent pas."
29 degrés à l'ombre se déroule dans un décor high tech simulant un jardin prolongé d'une serre et d'une sorte de terrain de boules où la compagnie joue "au tonneau". On devine que selon le récipient qui reçoit la pièce qu'on a lancée on gagne plus ou moins de points. Ce qui est amusant c'est que l'on nous montre seulement les contorsions des joueurs et que le résultat se devine à la tête qu'ils font. Même s'ils ne sont pas tous fervents amateurs de cette distraction la journée semble promise à une sorte de quiétude lénifiante. Jusqu'à ce qu'un invité sans scrupules tente d'embrasser la maîtresse de maison. Comment Monsieur Pomadour, féroce en paroles mais lâche en réalité, vengera-t-il son honneur bafoué sans risquer sa vie ?
Embrassons-nous, Folleville ! suit dans un décor baroque d'inspiration XVIII° radicalement différent. L'enthousiaste mais soupe-au-lait Manicamp s'est mis en tête de marier sa fille Berthe avec le timide Folleville. Mais Berthe en aime un autre. Il s'agira dès lors de convaincre Manicamp de renoncer à son absurde projet sans déclencher la colère d'un ex futur beau-père très préoccupé du qu'en-dira-t-on.
Cette seconde partie flirte joyeusement avec la comédie musicale. Les comédiens interprètent en play-back leur texte (qui est rigoureusement celui qu'a écrit Labiche, à une exception près : l'allusion à un vase de Limoges qui est brisé, en clin d'oeil à la ville où le Centre dramatique a son siège). Seule Romane Borhinger chante de sa vraie voix et il faut saluer sa performance.
Pierre Pradinas peut se réjouir de partager depuis 10 ans avec une actrice qui a tant de qualités et de ressources cette même vision d'un théâtre populaire et flamboyant qui se vit et se partage avec les spectateurs. Il serait injuste de ne pas rendre hommage aux autres qui sont des partenaires tout autant excellents et qui nous ont fait oublier pendant deux heures qu'il allait falloir patienter jusque septembre ou octobre pour revenir applaudir avec fougue un nouveau spectacle dans cette salle.
Création le 23 février 2010 au Théâtre de l'Union - CDN de Limoges Mise en scène : Pierre Pradinas Interprètes: Romane Bohringer, Thierry Gimenez, Gabor Rassov, Gérard Chaillou et Matthieu Rozé
L'opéra en plein air est un de ces rendez-vous attendus qui coïncident avec le retour de l'été. Le thermomètre était bas pour la "générale" qui a eu lieu ce soir mais la température annoncée pour les trois vraies premières représentations est au beau fixe.
Il y avait foule sur les gradins installés face au château du Parc de Sceaux, dans la même disposition que celle qui avait été adoptée pour Rigoletto l'an dernier. Les producteurs ont l'habitude de solliciter des grands noms pour assurer la mise en scène. Après Julie Depardieu ou Francis Perrin, c'est Patrick Poivre d'Arvor qui relève le défi.L'homme avait depuis longtemps envie de se lancer dans la mise en scène mais ses obligations professionnelles ne lui avaient pas donné plus tôt la liberté de le faire. En janvier dernier il avait pu donner son accord alors même que le sujet était déjà choisi. Qu'importe, celui-ci lui convenait parfaitement.
Créé le 3 mars 1875 à l'Opéra-Comique de Paris, cet opéra est le plus joué au monde, ce qui est un avantage car les airs principaux sont très connus. Bien entendu c'est un challenge de faire une mise en scène nouvelle. Pour cela Patrick dit avoir du effacer de sa mémoire tout ce qu'il a vu auparavant, au cinéma, au théâtre et à l'opéra.
Bien lui en a pris car c'est une vraie réussite qu'il partage d'ailleurs avec Manon Savary. Celle ci avait fait ses premiers pas sur scène avec Jérôme, son père, mais elle a aussi travaillé avec Alfredo Arias et collaboré à une mise en scène d'opéra avec Henri-Jean Servat. Son expérience et ses compétences ont été très précieuses pour Patrick Poivre d'Arvor qui a le même point de vue qu'elle sur l'œuvre de Bizet.
Connaissant très bien l'œuvre de Mérimée son regard de journaliste lui a permis d'imaginer Carmen en femme rebelle, chef de sa petite bande de bohémiens qui défend la liberté comme principe de vie inébranlable, dans sa tête comme dans son corps, au cœur d’une Espagne corsetée. Carmen n’est d’ailleurs pas une figure du passé. Elle assume pleinement son statut social de bohémienne et ses choix de vie. Patrick Poivre d'Arvor et Manon Savary lui donnent un rôle presque politique que des éléments de décor soulignent comme ces drapeaux qui dansent comme des oriflammes et dont les ombres se découpent sur les arbres du parc.
Il est permis d'attendre, il est doux d'espérer.
Malgré ce moment de rêverie le spectacle est une vraie cavalcade, trépidante, qui va vers la mort avec le fatum qui nargue en permanence nos héros. Cela se termine par la mort du taureau puisque la pièce se clôture sur une corrida. Mais aussi par celle de Carmen.
Le public a été littéralement séduit. Il faut dire que la mise en scène était assez enlevée. Les entrées et les sorties étaient dynamiques sans utiliser les habituels artifices qui m'exaspèrent à l'opéra : rien de plus stupide que les trappes et autres ascenseurs ... Ici tout était simple mais efficace, beau et élégant. La suggestion de la corrida du dernier acte nous transporte magiquement dans les arènes de Séville.
L'orchestre était admirablement dirigé, en douceur. Les chanteurs étaient tous excellents en ce soir de répétition générale, y compris un certain jeune homme de quinze ans, discret dans l'abondant chœur d'enfants ... qui n'est autre que François Poivre d'Arvor. Son papa pouvait être fière de lui. Rien d'étonnant à ce que sa maman Claire Chazal (tellement plus en beauté au naturel que pour le Journal du 20 heures !) se soit déplacée pour l'applaudir.
On peut gager qu'après ce succès l'ex-journaliste aura envie de récidiver. Il se murmure qu'un projet de fiction est déjà dans ses intentions pour 2011. Voilà de quoi le ramener sur les plateaux de télévision.
Créé en 2001, Opéra en plein air a pour vocation de drainer un public peu habitué à fréquenter les salles d’opéra. Les représentations débuteront cette année au Parc départemental de Sceaux les 3, 4 et 5 juin 2010 à 21 heures 30. La troupe se déplacera ensuite au Château de Chambord, les 11 et 12 juin 2010 Au Château du Champ de Bataille, les 18 et 19 juin 2010 Au Château de Vincennes, les 25, 26 et 27 juin 2010 A la Cité de Carcassonne, le 3 juillet 2010 Au Château d'Haroué, les 3 et 4 septembre 2010, séance supplémentaire le 2 septembre Dans la cour d'honneur de l'hôtel national des Invalides, du 7 au 14 septembre 2010 Au Mont-Saint-Michel, les 17 et 18 septembre 2010 Au Château de Fontainebleau, les 23, 24 et 25 septembre 2010
Il n'y a pas que les célébrités à avoir la surprise de retrouver une de leurs "petites" phrases à la une d'un article. J'avais répondu spontanément à la journaliste interviewant quelques-unes d'entre nous dans les salons France-Amériques, à Paris, le 26 mai dernier. Ma remarque a été isolée en commentaire de la vidéo retraçant l'essentiel de la soirée et que vous pouvez consulter sur la page dédiée au Prix sur le site du magazine ou plus simplement visionner ci-dessous.
L'exercice de la lecture n'a pas été totalement solitaire. J'avais repéré sur la toile quelques autres bloggeuses dont j'avais suivi les critiques, parfois en les partageant, de temps en temps en proposant un avis différent. Nous guettions avec de plus en plus d'intérêt les points de vue de chacune et nous avons apprécié de pouvoir nous voir avant d'être un peu "perdues" dans la foule des invités.
Le compte à rebours lancé il y avait un peu plus d'un an menaçait de se terminer abruptement. J'étais à peine autant stressée qu'un matin d'examen. Les premiers échanges non virtuels ont eu lieu, au bar Nespresso des Champs-Elysées qui, fort aimablement, nous avait réservé une banquette. La chaleur étouffante de l'avenue contrastait avec la fraicheur apaisante du lounge. Zarline (j'aurai le plaisir de la rencontrer quelques jours plus tard), Armande, Jostein et Carine étaient retenues en province ou à l'étranger. Sandra devait nous rejoindre plus tard. Elle s'était accordé une pause en Normandie après le festival de Cannes.
Sophie arriva la première, bientôt rejointe par Flora puis par Kornaline. Notre quatuor était modeste mais nous avons apprécié ce moment calme et nos échanges passionnés dans une ambiance décontractée. De nous toutes Sophie est sans conteste la plus active. C'est une quasi professionnelle des Prix. On peut faire confiance à ses recommandations pour hausser notre PAL vers de nouveaux sommets. Cet après-midi là elle nous incitait à découvrir son coup de coeur pour le prix Orange, Chouquette, d'Emilie Frèche, chez Actes sud, et puis aussi Fourrure, d'Adélaide de Clermont-Tonnerre, aux éditions Stock (l'écrivain arrivera en soirée), et l'Emprise de Sarah Chiche, chez Grasset. Kornaline nous rappelle l'intérêt de Voix sans issue de Céline Curiol chez Actes sud.
Le bar Nespresso est ouvert tous les jours de 10 heures à 20 heures, sauf le dimanche. Il accueille quelques 300 à 400 personnes mais il est si vaste qu'on ne s'y bouscule pas. Ce serait un endroit parfait pour lire au calme et avec gourmandise. On peut y consommer des plats salés mais aussi les pâtisseries de Christophe Adam, le chef pâtissier de Fauchon et déguster moult spécialités classiques. La carte offre aussi des recettes surprenantes comme en ce moment le Tanzarù, qui allie deux arabicas du pérou et de Tanzanie, allongés d'1 cl de jus de pamplemousse, adoucis d'une mousse de lait chaude, et rehaussés d'un zeste de citron vert avant d'être poudré de cacao.
Les salons France-Amérique n'étaient pas loin, heureusement, parce que nous avons tout de même eu le temps d'essuyer une belle averse et d'arriver le cheveu dégoulinant. La première à nous accueillir fut la toujours charmante Amandine que nous ne connaissions que par mail. Quel soulagement de recevoir son accusé de réception après chaque envoi de nos commentaires. Nous avons été tristes pour elle d'apprendre qu'elle allait devoir quitter son poste et nous lui souhaitons bonne chance dans sa vie professionnelle future.
Au sous-sol, Véronique Ovaldé, que nous savions déjà grande gagnante de la sélection Roman, conversait avec Jacqueline Gérard, la responsable du Prix. Sa joie était éclatante, son sourire flamboyant. Elle rayonnait en collant résille, dans une robe de soie bleu nuit signée Lanvin, le poignet alourdi d'un bracelet scintillant.
Les lectrices se sont réparties autour de trois tables ovales nappées de blanc pour entamer un "débat" avec chacun des gagnants. Jesse Kellerman, annoncé lauréat Policier pour les Visages, ne viendrait pas et son éditeur était en retard. Il a fallu se condenser autour d'Eric Fottorino, le gagnant Document, ou de Véronique Ovaldé.
J'étais très proche de l'écrivain et pourtant j'ai eu peine à comprendre ses paroles. L'acoustique de la salle est déplorable et je plains celles qui étaient assises plus loin. Il est revenu sur les conditions d'écriture de cet ouvrage qu'il pense avoir eu longtemps en germe jusqu'à son éclosion, à la mort brutale de son père. La fiction agit comme un révélateur et permet une reconstruction salutaire, même si elle est romanesque : l'écriture est le véhicule qui est le plus à ma portée pour exprimer ce que je ressens et ce que j'ai à dire, malgré toutes les imperfections de cet exercice.
Il a écrit autour d'une souffrance qu'il fallait partager. Il écrit aussi comme tant d'autres d'ailleurs pour tenter de comprendre d'où il vient, qui il est et qui s'est en quelque sorte penché sur son berceau. Eric Fottorino n'est pas prêt de s'arrêter. Le jour même son éditeur publiait Questions à mon père, fruit d'un dialogue entre l'auteur et son père biologique cette fois, qu'il ne connait que depuis quatre ans et qu'il a voulu publier de son vivant.
Il confesse qu'il lui a été difficile d'admettre qu'il n'avait pas été un bon fils. Le livre lui fait d'une certaine manière une place à mi-chemin entre celle d'un père et celle d'un étranger. Il a permis à la colère de se domestiquer. Pendant trois mois ils ont communiqué sans relâche, par mail, de plus en plus longs. Leur histoire se constituait un peu à la manière de Shéhérazade qui contait toutes les nuits un nouvel épisode des mille et une nuits.
Aujourd'hui il ressent le manque de ces échanges si féconds qui lui ont permis de faire le lien entre ses deux papas, d'ériger un pont entre Tunisie et Maroc, entre leurs deux métiers si proches, l'un kiné, l'autre accoucheur, le premier ayant une clientèle de personnes âgées, et l'autre de très jeunes.
Il a appris qu'il à une demi-frère et une demi-soeur. Il est toujours traversé par la question de l'identité, y compris celle de la question religieuse mais il ne supporte pas davantage une église qu'une synagogue.
Eric fottorino ne correspond pas au mythe classique de l'écrivain. D'abord parce qu'il parle en toute modestie, se disant par exemple incapable d'écrire un polar (parce qu'il ne pourrait pas deviner lui-même qui serait le coupable dit-il avec humour). Il semblerait que l'exercice lui soit complexe. Quand il a du temps ce sont les idées qui manquent et quand les mots arrivent il a autre chose de plus urgent à faire que de s'installer pour les coucher sur le papier. C'est un peu comme le chat qui demande toujours à passer de l'autre coté de la porte ...
Longtemps il n'a pas disposé de bureau. Il écrivait dans le train, le RER, sur un table au milueu de son jardin, très souvent mais pas longtemps. Il peut lui falloir trois moments d'écriture pour terminer une page. Les idées volent, les mots vont à pieds, nous explique-t-il pour mieux signifier la délicatesse de la chose.
Une lectrice le relance sur son père adoptif qu'elle dit avoir bien connu à Toulouse. On aurait aimé poursuivre la conversation, en faisant le lien avec sa profession de journaliste au Monde, journal dont il est maintenant président du directoire. Il doit forcément avoir aussi un point de vue particulier sur l'évolution de notre société. Je n'ai pas osé pour ma part le relancer sur le suicide des seniors qui fut le sujet de plusieurs romans ces derniers mois (je pense à Un amour exclusif de Johanna Adorjan, une Année étrangère de Brigitte Giraud, Lettre à D d'André Gorz ...). Il était temps de changer d'interlocuteur.
Véronique Ovaldé s'exprime avec un naturel désarmant. Sa franchise est à la mesure de sa simplicité : immense. Elle s'étonne elle-même que ses lectures et sa propre vie dorment à ce point le substrat inconscient qui nourrit son imaginaire et ses livres. C'est inquiétant de constater qu'on ne maitrise pas grand chose mais c'est aussi finalement plutôt relaxant. Les indices sont partout semés comme des cailloux blancs : le nom de Vera Candida est au centre de son identité. Il existe une parenté, même si elle est involontaire, avec L'Incroyable et Triste Histoire de la candide Erendira et de sa grand-mère diabolique de Gabriel García Márquez .
Elle résume sa méthode avec simplicité : une première phrase m'installe quelque part et je tire le fil. Je situe toujours mes romans dans des lieux inventés, imaginaires. Je n'arrive pas à m'attacher au réel quand il s'agit d'écriture. C'est très exaltant d'inventer un personnage et un territoire possibles.
Par contre il apparait clairement que Véronique Ovaldé est taraudée par la question de la transmission, particulièrement entre mère et fille. Sur la peur que nos enfants se séparent de nous. Également par son interrogation personnelle sur l'inacceptable, sur les tyrannies et le fascisme domestique qui la pousse à toujours glisser une allusion au nazisme dans chacun de ses livres, quitte à employer le genre burlesque comme dans déloger l'animal.
Longtemps elle a écrit à la main, sur les pages de droite d'un cahier, pour pouvoir ajouter des annotations sur la gauche. Elle est passée récemment à l'ordinateur. On sait déjà qu'elle se livre à cette activité très tôt, alors que la maison est encore endormie, avant d'aller elle-même à son travail. Elle écrit sans faire de plan, et sans savoir où elle va, pour être la première surprise de ce qu'elle découvre sous sa propre plume. Du coup elle se trouve fort démunie quand elle pose le point final. Elle avoue ne plus savoir alors ce qu'elle a voulu dire. C'est là qu'intervient son éditrice, Alix Penent, qui est de fait la première lectrice professionnelle.
Elle prend la parole en s'enflammant encore rétrospectivement : j'ai immédiatement su que ce livre allait faire un carton parce qu'il était rempli de justes métaphores, d'images profondes, et qu'à la fin nous nous identifions aux personnages.
Véronique Ovaldé est bien entendu très fière, mais surtout rassurée, par les prix qui tombent dans ses bras : Ce que je sais de Vera Candida avait déjà reçu le prix Renaudot des Lycéens et le prix France Télévisions 2009. La jeune adolescente qui estimait devoir faire longtemps des gammes avant de se lancer pour de vrai peut regarder derrière elle avec satisfaction. Elle avait décidé après son Bac de travailler dans l'édition, d'abord comme chef de fabrication. Elle cumule aujourd'hui avec succès la double position d'éditrice et d'écrivain.
Un petit sac glacé noir nous fut offert pour y glisser le dernier numéro de ELLE. Nous pourrons ultérieurement bouquiner à la lumière de quelques bougies d'ambiance qui nous furent offertes ainsi qu'un carnet de notes et un stylo aux couleurs assorties. Les récriminations des jurées de l'an dernier, réclamant un abonnement, n'ont pas été entendues mais il semblerait que les photophores soient le petit "plus" de l'année. On proposa à celles qui n'avaient pu le faire à l'occasion de la rencontre organisée un après-midi au salon du Livre de faire dédicacer leur livre. Coup de chance : je fus la seconde à tendre le mien à Véronique. Par contre la queue qui s'était formée devant la table d'Eric fut dissuasive et je remis cet instant à plus tard. (il y eut un moment opportun après l'annonce des prix) Je me suis trouvée du coup disponible pour l'interview dont quelques extraits figurent dans le petit reportage qui chapeaute le billet.
Et puis ce fut la traditionnelle photo de famille ponctuée d'éclats de rire et de bousculades sur les marches du grand escalier, où je suis à peine reconnaissable à l'extrême gauche.
Un moment de flottement s'ensuivit.
Les invités commençaient à arriver, accueillis dans le hall par Pascale Frey, la spécialiste "policiers" de la rédaction, (pull orange tango) ou par Jacqueline Gérard (photographiée ici en compagnie du si charmant Philippe Grimberg, auteur d'Un secret, lauréat du Goncourt des lycéens 2004 et du prix des lectrices de ELLE 2005).
A l'étage les salons étaient encore clairsemés. Chacun était en quelque sorte sur le mode pause, comme diraient nos ados. Nous attendions poliment les discours officiels sans dévisager les nouveaux venus.
Olivia de Lamberterie fut parfaite. Eric Fottorino et Véronique Ovaldé furent émouvants. A écouter le sympathique éditeur de Jesse Kellerman et ses remerciements en série on se serait cru à la cérémonie des Césars.
Que ceux qui n'ont pas été lire le compte-rendu de Sandra ne s'en privent pas : elle a filmé l'essentiel des discours, me faisant regretter l'archaïsme de mon équipement. J'ai depuis investi dans un appareil photo qui devrait me permettre de capturer des images dans les pires conditions, mais je regretterai sans doute certains flous "artistiques".
Le moment n'était guère propice à discuter avec Nathalie Rheims, ancienne collaboratrice du magazine, (bras croisés au centre de la photo ci-contre) dont j'avais tant aimé le Chemin des sortilèges, paru en 2008 chez Léo Scheer.
Comment demander un entretien à Franz-Olivier Giesbert, interroger Patrick Poivre d'Arvor dont je dois voir dans une semaine la générale de Carmen qu'il a mis en scène avec Marion Savary pour opéra en plein air, dire à Philippe Claudel (encore un lauréat du prix Elle) que j'aimerais faire son portrait pour le blog lorrain auquel je collabore ?
C'est alors que la plupart des jurés se sont senties redevenir de simples quidams. Chacune le dit, parfois en termes désabusés (Combien de fois ai-je entendu : on redevient un numéro). Difficile en effet d'oser adresser la parole aux célèbres auteurs non plus qu'à leurs éditeurs. Même les attachées de presse ne semblaient pas avoir d'oreilles pour les lectrices, oubliant sans doute que certaines bloggeuses peuvent vite propager un bouche à oreille positif à propos des nouveautés de leur maison ... ou pas.
Restaient le buffet, les vins, le champagne mais nous n'étions pas venues spécialement pour cela. Et quelques personnalités lumineuses comme Sarah Kaminsky dont les confidences de son père sur sa vie de faussaire lui ont permis d'écrire un livre qui a très bien été noté par les jurés (voir mon billet du 6 mai). Notre conversation fut passionnante et passionnée. Je pourrais en dire autant d'Owen Matthews dont j'avais beaucoup apprécié les Enfants de Staline (voir billet du 18 mai) et qui m'a fait une gentille dédicace.
Je n'ai pas aperçu Hervé le Tellier dont j'espérais la venue malgré son élimination par mes consœurs du jury de mars. Assez parlé d'amour n'avait pas passé le cap de ce mois. Il y parlait de dédicace avec humour ...
Après plusieurs mois que la journaliste Marion Hérail qualifie de "lecture acharnée et passionnante"les membres du jury du Grand Prix des Lectrices de ELLE sont reparties sur la pointe les pieds pour reprendre une activité dite normale. Cette page est tournée mais que vive encore la lecture dans nos foyers et sur nos blogs !