lundi 26 octobre 2009

Une Gourmandise de Muriel Barbery et ma recette de riz au lait mode Tonka

On a grand intérêt à s’écarter des feux médiatiques de la rentrée littéraire 2009 pour revenir explorer les cuvées précédentes. Ce tourisme est difficile à faire en librairie. Heureusement les bibliothèques sont là pour çà ; c’est même leur vocation première.

Remontons jusqu’en 2000 et arrêtons nous sur Une Gourmandise. Ce premier roman de Muriel Barbery contient les ingrédients qui ont fait le succès du second ; chaque chapitre constitue en quelque sorte un hors d’œuvre au suivant. Avec un sens de la formule qui confine au sublime, un vocabulaire d'une précision insensée, des chapitres assez courts charpentés par d'interminables phrases qui se comprennent parfaitement.

La concierge s'appelle (déjà) Renée. Françoise Hardy chante Mon amie la rose. Dante, Proust et Tolstoï (déjà) traversent l'ouvrage sans faire de bruit. La carte de Pierre Gagnaire réunit des huitres (Gillardeau bien sûr) et des madeleines aux fèves Tonka. Nous sommes en 1988 et cet épice n'est alors employé que par un microscosme d'initiés. Il est vrai que le Festin de Babette n'est sorti sur les écrans que l'année d'avant.

Sans être un livre de recettes on remarquera tout de même la préparation des crevettes à l'orientale. On basculera de charivari sensoriel en blandices intemporelles, après un détour par quelques attachement gastronomiques, qui précéderont les cascades olfactives d'un breuvage méphistophélique.

La ruse du dalmatien pour se régaler d'une buche de Noël m'a rappelé certains coups de langue appliqués avec délicatesse par la petite chienne de maman sur un diplomate (le gâteau bien sûr, lequel était arrivé sur la table complètement déshabillé de sa robe de crème à la vanille). Le gâteau, sorte de variation locale du tiramisu, était appelé "miasspateux" dans le jargon familial sans que je ne sache jamais l'origine de ce terme peu ragoutant.

Le livre est excellent mais c’est avec l’Elégance du hérisson que l'auteure connaitra la notoriété et la bonne fortune. Elle est depuis un an au Pays du Soleil levant avec son mari dont on sait dans les milieux littéraires combien il été le génial inspirateur de sa talentueuse plume.

Écrit-elle encore sous son influence ? Exerce-t-elle son palais à la dégustation de délicats sashimis ? Muriel Barbery demeure une surprise.

Comme l’est la révélation gustative que le personnage principal du livre, critique gastronomique de son état, veut éprouver une dernière fois avant de quitter notre monde.

Il est en quête d’une saveur qui lui trotte dans le cœur, une saveur d’enfance ou d’adolescence, un mets originel et merveilleux dont il pressent qu’il vaut bien plus que tous ses festins de gourmet accompli. Alors il se souvient. Silencieusement, parfois frénétiquement, il vogue au gré des méandres de sa mémoire gustative, il plonge dans les cocottes de son enfance, il en arpente les plages et les potagers, entre campagne et parfums, odeurs et saveurs, fragrances, fumets, gibiers, viandes, poissons et premiers alcools… Il se souvient – et il ne trouve pas. Pas encore.

Chaque chapitre est l’occasion d’un hymne à d’heureuses saveurs. Celui qui fait l'apologie de la tomate est digne de figurer dans une anthologie culinaire. Comme dans les contes, le sublime n’est jamais atteint … sauf à la toute fin de l’histoire, par un mets sur lequel nous n’aurions pas parié un sou.

On a tous en nous quelque chose de Proust. Muriel Barbery ne semble pas le suivre dans sa célébration de la petite madeleine qu'elle décrit comme une bizarrerie pâtissière éparpillée par un sinistre et terne après-midi en débris spongieux dans, offense suprême, une cuillérée de tisane.

Personnellement je partage avec ma fille l’amour d’un plat tout simple auquel on ne songe que trop rarement, le riz au lait.
160 grammes de riz rond (fuyez le riz incollable qui vous ferait rater cette recette) et 100 grammes de sucre seront mis à cuire à feu doux dans un litre de lait, en remuant régulièrement au moins 45 minutes. C’est tout !

Selon l’envie du moment je peux ajouter quelques millimètres de fève Tonka râpée ou de la cannelle, de la muscade, ou encore du cacao.
Il nous arrive aussi de savourer ce dessert chaud avec une boule de glace à la vanille. Ou froid, avec un demi pot de crème dessert au caramel. Il s’offre à toutes les fantaisies.

Une Gourmandise de Muriel Barbery
Édité chez Gallimard en 2000, 145 pages -

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