mercredi 13 juillet 2016

Ne ramenez jamais une fille du futur chez vous de Nathalie Stragier (Syros)

S'il ne m'était pas passé entre les mains (je ne sais même plus à quelle occasion) la couverture de Ne ramenez jamais une fille du futur chez vous n'aurait vraiment pas retenu mon attention. Et ce n'est pas l'argument de l'éditeur qui promet une comédie à suspense décapante et addictive qui m'a davantage convaincue. Vous me direz que je ne suis pas dans la cible (un lectorat à partir de 13 ans) et que c'est donc normal.

Bof ... comme je pourrais l'écrire si j'avais l'âge requis. Parce que Nathalie Stragier a écrit un livre qui a toutes les qualités pour intéresser un public bien plus large.

L'auteur déploie, d'abord en douceur puis de façon plus musclée, une réflexion fort intéressante sur la question de l'altérité. C'est à dessein que je n'emploie pas le terme d'égalité car il n'est pas question de prétendre à cela en ce qui concerne les hommes et les femmes mais plutôt d'équilibre ou de complémentarité.

Elle pointe toutes les injustices envers les filles, qui seraient des victimes plus ou moins consentantes, ou du moins plus ou moins conscientes, et elle nous interroge en nous proposant la vision d'un monde apparemment plus beau.

Ce monde n'existe pas, ou du moins pas encore. Mais il est incarné par Pénélope qui s'y trouve déjà puisqu'elle vit dans le futur. Après quelques péripéties la jeune fille débarque dans notre espace-temps où elle croise Andrea, une lycéenne bien de chez nous, même si l'action se déroule déjà en 2019, ce qui serait encore le Moyen-Age. Tout est affaire de point de vue. Et quand les sentiments s'en mêlent on a entre les mains un roman très attachant.

Dès qu'on considère notre époque froidement on ne peut qu'être d'accord. Rien n'est parfait et sommes-nous véritablement plus humains qu'il y a deux siècles ? Cette lecture est à la fois joyeuse (on peut même rire à plusieurs reprises), haletante (les actions s'enchainent très bien) et source de réflexion.

La seule faiblesse que j'y ai vue concerne la disparition de la mère d'Andrea, qui demeure une énigme et qui sera peut-être résolue dans le tome 3 qui ne devrait pas tarder.

Impossible d'en dire beaucoup plus pour respecter le suspense et le rythme de la narration, parfaitement maitrisée pour un premier roman et qu'on aurait tort de classer dans le genre science-fiction. Il est bien davantage, comme l'est aussi le roman de Marie Leymarie, Les effets du hasard.

Les personnages sont attachants, les ados comme les adultes (ce papa policier qui élève seul sa tribu est ultra positif) et on a envie de connaitre la suite. Ça tombe bien puisque le tome 2 est déjà sorti, avec une couverture aussi flashy, mais bleue et je ne vais pas estimer que ce sèche-cheveux qui fait figure de revolver n'a pas sa place sur l'une comme sur l'autre.

Si le premier racontait les évènements du point de vue d'Andrea, le second aborde la narration sous la plume de Pénélope. Cette astuce permet de pointer la force de caractère du personnage qui a certes de  (relatives) faibles capacités physiques mais des qualités de coeur impressionnantes. Elle n'hésite pas à s'ouvrir aux autres malgré leurs différences.

Dans ce second volume Nathalie Stragier met davantage l'accent sur ce que le tempérament peut devoir à la nature ou à la culture, autrement dit qu'est-ce qui relève du patrimoine génétique et sur quoi l'éducation peut-elle avoir de l'effet ... Elle démontre fort intelligemment que voyager rend humain, quel que soit le type de voyage qu'on entreprend.

L'écologie et le devenir de la planète demeurent des thèmes sous-jacents auxquels les jeunes sont très probablement très sensibles.

La fin du second tome annonce un nouveau rebondissement. On se demande si les aventures d'Andrea, de Pénélope et de leurs camarades vont s'achever sans drame dans le tome 3. Je fais confiance à l'auteure qui est aussi scénariste pour la télévision et qui depuis plusieurs années invente des histoires pour J'aime lire ou Je bouquine.
Ne ramenez jamais une fille du futur chez vous, de Nathalie Stragier chez Syros, en librairie depuis le 7 janvier 2016
Ne retournez jamais chez une fille du passé, mêmes auteur et éditeur, en librairie depuis le 2 juin 2016
Ne dites jamais jamais, prévu pour 2017

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