vendredi 9 décembre 2016

Born to be Wilde et l'exposition consacrée à l'Impertinent absolu au Petit Palais

L'entrée était gratuite ce soir de 18 à 21 heures... sur inscription et il y a eu un peu de cafouillage. C'était prévisible entre ceux qui avaient fait les choses par anticipation mais qui ne sont pas venus et ceux qui sont arrivés in extremis.

Mais, bonne princesse, l'administration du musée publiera sur sa page FB le message suivant : le succès de "Born to be Wilde" au Petit Palais ne vous a pas permis d’accéder dans de bonnes conditions à cette soirée. Afin de prolonger votre expérience de visite, nous vous proposons d’accéder gratuitement à l’exposition sur présentation de votre billet "Born to be Wilde" chaque vendredi soir en nocturne de 18h à 21h jusqu’à la fin de l’exposition, les 16, 23 ou 30 décembre, et les 6 et 13 janvier."

Bien que l’auteur soit mort dans la capitale, c'est la première fois que le public français est invité à une grande exposition consacrée au célèbre écrivain Oscar Wilde (né en 1854 à Dublin - mort en 1900).

Le Petit Palais retrace la vie et l’œuvre de ce parfait francophone et ardent francophile à travers un ensemble de plus de 200 pièces rassemblant documents exceptionnels, inédits pour certains, manuscrits, photographies, dessins, caricatures, effets personnels, et tableaux empruntés en Irlande et en Angleterre bien sûr, dans les musées français (musée d’Orsay, BnF...) mais aussi aux Etats-Unis, au Canada, en Italie et dans différentes collections privées étrangères.

Wilde fit de nombreux séjours à Paris entre 1883 et 1894 et se lia d’amitié avec divers écrivains, tels André Gide et Pierre Louÿs. Il fréquenta Mallarmé, Verlaine et même Victor Hugo. Il écrivit directement en français sa pièce de théâtre Salomé dont il destinait le rôle-titre à Sarah Bernhardt. Son personnage est légitimement évoqué par une comédienne déjantée de la compagnie théâtrale La Comédie des Anges sous le portrait géant de l'écrivain.
Les animations étaient sympathiques et pensées dans l'esprit du grand auteur dont on connait tous la personnalité excentrique, exubérante, mais toujours élégante, afin que chacun puisse avoir l’opportunité de jouer l’impertinence au cours de cette soirée exceptionnelle dédiée au dandysme dans le cadre de Paris Musées OFF.

Pour commencer, un studio photo était improvisé devant un papier peint aux ramages gigantesques. On pouvait se faire tirer le portrait dans une posture que n'aurait pas renié le célèbre dandy. Chapeau et canne étaient à disposition comme accessoires. Pour récupérer la photo, il fallait attendre quelques jours et scruter la page FB où 150 d'entre elles devaient être publiées. La mienne fut de celles là.
Avant, ou après la visite de l'exposition, on pouvait aussi donner libre cours à sa créativité en matière de caricature, en utilisant des cartons noirs et des crayons blancs et en s'appuyant sur une table haute. Un accrochage de nos réalisations était réalisé en temps réel par une artiste plasticienne.
 
Chacun s'y livrait en toute modestie, comme nous y enjoignait une des citations du célèbre auteur, disposées régulièrement, et composant une sorte de chasse au trésor.
Une des propositions de la Comédie des Anges, intervenante pour la soirée, consistait à choisir un des tableaux préraphaélites de la salle Grosvenor Gallery, par exemple ces ... Deux jumeaux flottant au-dessus du monde en une étreinte indissoluble. Le premier déployant le manteau des ténèbres, tandis que l'autre laisse tomber de ses mains distraites les pavots léthéens en une averse écarlate.
... l'exercice recommandait de se laisser porter rêveusement et d'écrire 4 mots (double, coquelicot, semer, légère).
Ensuite il fallait regarder les 13 tirages photographiques originaux de portraits réalisés par Napoleon Sarony, pendant la tournée américaine de Wilde (dont la présentation en France est une première) et qualifier son regard de 3 mots (perdu, perçant, particulier).

Le jeu consistait alors de se décrire en utilisant ces 7 mots pour composer un portrait réel ou imaginaire, si possible poétique dont quelques-uns devaient être publiés (mais je n'en ai pas vu de trace) :
Une allure légère
Deux yeux perçants
Trois taches de naissance coquelicot
Des caractères particuliers
Qui sèment le trouble
Forcément
Avec un nom double : marie-claire
Je suis perdue
Eperdument !
Toute l'exposition présente des oeuvres intéressantes. Comme le portrait de sa femme, Constance Lloyd (1858-98) de Louis-William Desanges (1822-1887). Le portrait a été peint en 1882, deux ans avant leur mariage. Le peintre a représenté la jeune femme un livre à la main, comme pour attester des intérêts intellectuels de celle-ci. Constance parlait en effet plusieurs langues et était une grande lectrice de poésie. Ils auront ensemble deux fils.
On est touché par ce manuscrit autographe de 1881 "Helena", première version de "Camma", un sonnet dédié à Ellen Terry, fabuleuse actrice dont on peut admirer le tableau monumental peint par John Singer Sargent, la représentant en Lady Macbeth. 
Oscar Wilde adorait le théâtre. Il écrivit ainsi en 1885 Un mari idéal (An Ideal Husband) dont Oliver Parker tira une époustouflante adaptation cinématographique en 1999 avec Rupert Everett et Cate Blanchett. Il l'exprime dans un de ses aphorismes, écrit en lettre capitales au-dessus de ce tableau représentant Salomé dansant de Gustave Moreau (1826-1898) aquarelle sur traits de crayon J'adore le théâtre. Il est tellement plus vrai que la vie.
Salomé est au coeur de l'exposition. On la voit entrer sur les pointes de pied dans la salle du festin serrant dans sa main droite une fleur de lotus. A droite se tient un musicien qui accompagne à la cahare sa danse voluptueuse. A gauche est esquissée une silhouette portant une longue épée annonciatrice du drame à venir.
Dans la salle suivante on marche sur la projection d'une représentation à l'opéra qui rappelle ce qu'on peut voir dans l'exposition Divines et Divas au musée de Beauvais jusqu'au 20 mars 2017.
Oscar Wilde n'aura écrit qu'un seul roman, Le Portrait de Dorian Gray. On entend la voix de Rupert Everett en lire des extraits dans un français impressionnant.
On découvre dans la dernière salle le procès, la prison et l’exil. C’est à Paris que l'histoire s'achève en 1900. Oscar Wilde mourut dans le dénuement et la misère après sa condamnation en incarcération en 1895 à Londres pour homosexualité. Son tombeau, surmonté d’une sculpture monumentale de Jacob Epstein, est situé au cimetière du Père Lachaise.
En fin de soirée un contreténor, une soprano et des musiciens ont interprété des extraits de l’opéra contemporain Dorian Gray (composé par Mariana Ungureanu - ci-dessus au centre - sur un livret d’Emmanuel Reibel) sur une scène spécialement installée dans la Galerie Sud.
On croisa plusieurs personnages en tenue extravagante ... Dommage que l'iphone qu'ils pianotaient tous, tête baissée, ait en quelque sorte fait tâche dans le décor.
La fête se poursuivait dans l'un des lieux emblématiques de la nuit parisienne de 21h jusqu’au bout de la nuit, le Silencio, un lieu imaginé par David Lynch, pour permettre à l'art contemporain de cotoyer la musique, la littérature et le cinéma dans des espaces cependant bien identifiés, et où il était promis de rencontrer l’âme de Wilde, mais celle-ci s'était déjà envolée.

Oscar Wilde, L'impertinent absolu
Exposition temporaire jusqu'au 15 janvier 2017
Petit Palais
Avenue Winston Churchill 75008 Paris | Métro : Champs-Elysées Clemenceau
Tel : 01 53 43 40 00
Du mardi au dimanche de 10h à 18h
Le vendredi jusqu'à 21h

Le Petit Palais présente une autre exposition temporaire, elle aussi jusqu'au 15 janvier 2017 intitulée L'Art de la paix, Secrets et trésors de la diplomatie. On peut y admirer le célèbre tableau de Claude Monet, la Rue Montorgueil, à Paris, fête du 30 juin 1878.
La fête nationale organisée le dimanche 30 juin pour célébrer la paix et la renaissance de la France après la défaite de 1870 et la Commune fut un des points d'orgue de l'Exposition universelle de 1878. A cette occasion les parisiens avaient été invités à pavoiser leurs maisons de drapeaux tricolores, symboles de la Révolution française et de la République.
Le Petit Palais n'était alors pas encore sorti de terre puisqu'il fut érigé pour l'Exposition universelle de 1900. Ce musée est aussi le cadre de magnifiques collections permanentes, toujours accessibles, et d'un patio exotique, conduisant à un salon de thé isolé des rumeurs.
Offrir la carte Paris Musée qui permet de bénéficier d'un accès illimité et coupe file aux expositions temporaires présentées dans les 14 musées de la Ville de Paris est une bonne idée de cadeau ! L'an dernier le Démon de l'estampe avait lui aussi été de nature exceptionnelle.

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