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vendredi 29 avril 2022

debout dans l’eau de Zoé Derleyn

J’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir le premier roman de Zoé Derleyn. Elle nous embarque dans le cerveau fertile en imagination, à la limite de la mythomanie comme peuvent l’être les enfants qui découvrent la vie, d’une petite fille pas difficile, qui joue toute seule (p.26) et qui pourtant ne cesse de ruminer ses pensées, assise en face des vaches.

Je suis assez d’accord avec le résumé de debout dans l’eau, et qui figure en quatrième de couverture :
La narratrice, une enfant de onze ans, vit chez ses grands-parents, dans le Brabant flamand. Sa mère l'a abandonnée des années auparavant. C'est l'été dans cette vaste maison bordée d'un étang et d'un magnifique jardin. Le grand-père est en train de mourir dans une des chambres à l’étage, visité chaque jour par une infirmière. Cet homme autoritaire, distant, intimidant, est l'ombre manquante dans le jardin, espace de prédilection où sa petite-fille l'assistait dans ses occupations. Alors que la mort approche, autour de la fillette prennent place les différents protagonistes de ce lieu où la nature est souveraine : ses grands-parents bien sûr, les trois chiens, un jeune homme qui s'occupe des gros travaux, une baleine qui un jour a surgi dans l'étang. Elle rêve aussi d'un ailleurs qui pourrait être l'Alaska, la mer des Sargasses ou les Adirondacks.
Je n’aurais par contre pas dit que cette oeuvre "interroge avec subtilité la manière dont se construit une filiation". Car la petite ne semble pas tant que ça souffrir de sa place. Elle a appris au fil du temps à se faire invisible, sans doute pour mieux surprendre les conversations des adultes et apprendre à les interpréter. Elle travaille aussi à maîtriser ses émotions, tente de sublimer l’ennui, en y parvenant parfois, et s’interroge sur l’intérêt de s’endurcir.

Cette gamine, qu’on pourrait dire abandonnée comme un des chiens du foyer, se forge une personnalité dont la construction nous est décrite la perfection, en une langue économe de mots mais pas d’images, par une auteure qui va être intéressante à suivre. Une simplicité émane de ce premier roman dont le titre s’écrit sans D majuscule. Avec une illustration de couverture qui ne se décrypte pas immédiatement et qui célèbre l’omniprésence de la nature, surtout l’étang, d’où le titre. A cet égard on pourrait établir un parallèle avec la manière dont Zoé Cosson revient sur son enfance et décrit le village d’Aulus, qui est un autre roman de la sélection 2022 des 68 premières fois. Tous deux dégagent une nostalgie comparable.

Il est fréquent d’écrire à propos des adolescents, moins sur l’enfance, et il faut souligner cet aspect du roman que Zoé Derleyn dédie à sa propre fille. Elle avait publié un recueil de nouvelles en octobre 2017 aux éditions Quadrature, Le Goût de la limace, lauréat du prix Franz De Wever 2018, décerné par l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique. 

debout dans l’eau de Zoé Derleyn, Le Rouergue, en librairie depuis le 5 mai 2021
Mention spéciale du jury au Prix Libbylit 2022

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